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À PROPOS DE LA NOUVELLE GUERRE DES SEXES.

30 avril 2018

          Molière, ou plus exactement celui ou ceux qui ont versifié Le Tartuffe, ou l’Imposteur (i.e. très probablement Pierre et Thomas Corneille et compagnie, mais c’est un autre sujet), pièce publiée dans sa version définitive en 1669 par le libraire Jean Ribou, fait dire à Elmire — la jeune épouse d’Orgon, vieillard bigot et naïf — courtisée par Tartuffe * :

Est-ce qu’au simple aveu d’un amoureux transport,

Il faut que notre honneur se gendarme si fort ?

Et ne peut-on répondre à tout ce qui le touche

Que le feu dans les yeux, et l’injure à la bouche ?

Pour moi, de tels propos je me ris simplement ;

Et l’éclat, là-dessus, ne me plaît nullement.

J’aime qu’avec douceur nous nous montrions sages ;

Et ne suis point du tout pour ces prudes sauvages

Dont l’honneur est armé de griffes et de dents,

Et veut au moindre mot dévisager les gens.

Me préserve le ciel d’une telle sagesse !

Je veux une vertu qui ne soit point diablesse,

Et crois que d’un refus la discrète froideur

N’en est pas moins puissante à rebuter un cœur.

           « Et ne peut-on répondre à tout ce qui le touche [l’amoureux transport] / Que le feu dans les yeux, et l’injure à la bouche ? » « Et ne suis point du tout pour ces prudes sauvages / Dont l’honneur est armé de griffes et de dents, / Et veut au moindre mot dévisager les gens. » « Dévisager » au sens ancien de : « déchirer le visage avec les ongles ou les griffes » (le Littré).

           Je crois y lire ici une critique affirmée du « t’es un bel enc…, connard » d’un certain Ardisson, du #MyHarveyWeinstein, ou encore du #balancetonporc imbécile et autre #Metoo, les slogans des brebis bêlantes et perroquets de raison perdue.   

           Je trouve que nos viragos castratrices exacerbées et féministes hystériques feraient bien d’en prendre de la graine, de cette sentence d’il y a quelques siècles, siècle galant (du moins en certains milieux), certes écrite par un ou plusieurs mâles, mais non dénuée d’esprit tout féminin. À l’inverse de ces curieux êtres, souvent invertis, qui refusent leur état naturel de femelle et prétendent faire la nouvelle loi des sexes. Pouvant aller jusqu’à la non-mixité assumée et revendiquée dans des domaines jusqu’alors uniquement reconnus, ou plus exactement imposés, dans les pays les plus attardés et intolérants au point de vue des mœurs.

           Le simple bon sens est mis à l’envers, rayé des cartes plutôt, réduit à néant. Il y a un côté fou, ou loufoque si l’on veut encore sourire sans trop voir les conséquences parfois dramatiques que cela peut donner dans la vie de tous les jours.

           Folie, oui, comme celle de ces pauvres lycéennes québécoises qui s’affublent d’un carré jaune sur la poitrine en réclamant, intransigeantes, l’abolition du code vestimentaire « trop décent » en vigueur pour les filles dans les écoles, lequel serait sexiste et misogyne, car pas assez permissif. « On revendique le droit de s’habiller comme à la plage », pousse un peu une gazette, mais on y est presque. Et ceci pour combattre « la culture du viol », expression en soit débile. Comme s’il s’agissait d’une culture, d’une coutume ou d’une tradition. Selon elles, interdire certains types de vêtements trop cachant, trop longs « attise la curiosité malsaine des garçons ». « Curiosité malsaine », il y en aurait à dire sur cette expression également…

           Eh bien ! qu’elle doit être attisée la « curiosité malsaine » dans les pays où tchador, ou hijab, ou burqa, ou niqab sont imposés par les préjugés moins religieux que patriarcaux, machos, féodaux. Ou bien dans les monastères. Et que penser également de ces (jeunes) femmes portant burqa, ou (jeunes) hommes portant une sorte de tenue monastique d’où dépassent les bouts de tissus de ladite « modernité », tout droit sortis d’une friperie « made in USA » ? Époque perdue en tout.

           Nouvelle « révolution sexuelle » mais inversée, pire même : au nom de l’interdit et de la liberté mêlés ! Jérôme Blanchet-Gravel écrit dans Causeur :

          Ceci étant, si le discours de la nouvelle génération est anachronique, il est surtout rempli de contradictions, ce qui s’explique moins par leur manque de maturité que par l’emprise du néo-féminisme sur eux. Un courant qui oscille constamment entre le puritanisme et le renversement total de la réalité sexuelle.

           Ou pour le dire autrement notre monde médiatico-spectaculaire a intégré, en chaque domaine de la société, tout et son contraire dans une fusion, ou plus exactement une confusion du haut et du bas, du blanc et du noir, du vrai et du faux, du « progressiste » et du « réactionnaire », du libertaire et du totalitaire ; dans une bouillie de la « Pensée-non-pensée » inextricable et dénuée de sens. Si ce n’est de lieux communs très sots et tout autant contradictoires et hasardeux.

           « Un se divise en deux« , disait le marxiste de pacotille et à la petite semaine Mao, à la dialectique primaire et très mortifère. Pour parler un peu comme lui, nous dirons, qu’à notre époque, deux s’unissent en un, autrement dit les illusions, réifications, chosifications des extrêmes s’unissent en un charabia idéologique glauque et une praxis déshumanisante sidérante qui raison a perdue.

          Société bien malade.

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