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MÉMOIRE TRAUMATIQUE, ÂME INCARNÉE ET PENSÉE MAGIQUE

9 mars 2018

Il semble difficile avec la littérature flamo-flavienne de s’élever jusqu’aux limbes rédempteurs de la bassesse humaine ou, si l’on préfère, d’échapper à ce qu’on appelle communément le dessous de la ceinture, ce « juste milieu » tel que défini autrefois par des Inconnus facétieux.

Dans un article d’il y a quelques mois, j’établissais une statistique (affligeante) portant sur le vocabulaire courant de La Consolation. Que de fesses à l’air, zizis en berne et culs en l’air ! Il est vrai qu’il s’agit d’une « oeuvre » d’un auteur qui revendique, à presse pipole que veux-tu, sa vulgarité littéraire (et intrinsèque, sans doute… va savoir!)

Comme disait Pierre Desproges aux prémices de son sketch « La Femme de Monsieur Seguin » :

Bon, assez parlé de cul, hein. Le cul, y a quand même pas que ça dans la vie ? Il y a aussi l’âme. Tenez, parlons-en de l’âme. Qu’est-ce que l’âme ? L’âme, c’est un complexe nébuleux, qui se situe ici, approximativement, au niveau du crâne, c’est-à-dire, exactement à un mètre du cul… Bon maintenant, y en a marre, cachez-moi ce cul. Mais qu’on lui mette une culotte et qu’on n’en parle plus… Une petite culotte ?!…

Pourtant, bien obligé de rappeler que certains aiment causer de l’âme avec ou sans culotte. Ou avec culot comme le prodiguent certains psys hurluberlus promoteurs du juteux commerce attardé, passé de mode, destructeur ou mortifère au choix — de la « mémoire traumatique ».

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En effet, les gourous communiquent et ont grand-messe commune, m’a-t-on dit, au « Congrès annuel de psychiatrie de l’encéphale ». Curieux intitulé que « psychiatrie de l’encéphale » ; j’y vois une redondance comme si l’on disait « podologie des pieds ». Mais, je ne sais pas … on pourrait faire des recherches (subventionnées) plus hasardeuses du genre : psychiatrie de la moelle épinière, ou psychiatrie des organes génitaux. Bah! je dois être un ignorant, ou un attardé. Un rigolo.

Je suppose que la psychiatrie de l’encéphale est du domaine actuellement très prisé, et controversé des « neurosciences cognitives » qui entendraient matérialiser, plus encore que les processus cérébraux, les lieux de stockage de la pensée réflexive et de la mémoire, afin in fine de les manipuler (pour « le bien thérapeutique » des petits hommes, comme de bien entendu). Mais heureusement, comme le dit très justement Brigitte Axelrad en titre d’un article du mois de mars (n° 55) de Causeur : « Notre cerveau n’est pas un disque dur ».

Enfin, toujours est-il que grâce à l’IRM on saurait maintenant reconnaître le siège de la « mémoire traumatique » ou plus exactement de la part « traumatisée » de la mémoire, ou d’une certaine forme de la mémoire ; le trauma réducteur ou expansif de je ne sais quels lobes cérébraux. Tout ça est de source sûre ; Salmona, grande prêtresse qui n’en dénie ! Poupette elle-même en serait affligée, a-t-elle dit à plusieurs reprises.

Le côté arbitraire de la chose est que les traumas infligés à certains lobes cérébraux ou les formes jugées aberrantes, anormales, malades de certaines parties du cerveau, ne sont (jusqu’à preuve du contraire) que les conséquences de malformations congénitales, d’infections diverses, d’accidents cérébraux ou de lésions du crâne… Le cerveau subit des destructions parce que c’est le cerveau, ou le cervelet, ou la moelle épinière qui sont attaqués. À cause de problèmes génétiques, ou de maladies physiques, ou de blessures corporelles.

Pour ce qu’on en sait, l’abus sexuel, l’agression sexuelle, le viol ne relèvent pas (pas encore) de problèmes génétiques (pas plus pour le coupable que pour la victime d’ailleurs), ou d’une maladie (si ce n’est indirectement à cause de celle, mentale, qui ronge le coupable, mais c’est autre chose), ou de blessures cérébrales. Ces agressions sexuelles peuvent avoir des conséquences physiques aux « endroits » des délits, mais non pas au cerveau ; ou plus souvent encore des conséquences mentales, mais lorsque j’écris « mentales », je veux dire idéelles, non matérielles, du domaine de la pensée malade, de la pathologie mentale.

Tout ce qui relève des diverses formes d’agression sexuelle a sans doute ses lieux de manifestation privilégiés au sein du complexe cérébral, mais elle ne saurait entraîner une atteinte physique modifiant des lobes cérébraux, à moins de retomber dans une conception magique de la pensée selon laquelle celle-ci pourrait agir sur la matière humaine au point même de la déformer ou de la transformer.

« Mon cerveau m’indique que j’ai subi un viol (des viols?) et il en a la marque physique indélébile » nous dit en substance Flavie Flament. Mais ne serait-il pas plus rationnel de tourner dans le bons sens l’assertion et de dire : « mon anomalie cérébrale apparente, ne me conduirait-elle pas à des difficultés existentielles, anorexie, déprime, angoisse… Et même à reprendre à mon compte des théories douteuses (celles à la mode en France, après bien du retard, et dont j’ai pu parler et reparler avec desdits et dites « spécialistes » dans mes émissions radiophoniques consacrées au sexe ; qui sont aussi celles développées par mon « psy » ; et qui ont fini par me monter à la tête) amenant ma pensée obsessionnelle à des fantasmes de viols afin de résoudre la cause de mon mal-être et de mon anomalie cérébrale ?

On est là du côté des tripatouillages « savants » de cerveaux « normaux » ou ayant subi des lésions, qui, pour tant de louables raisons « thérapeutiques » ou « scientifiques » (« science » ne veut pas dire « bien » en soi, elle peut même vouloir dire « mal absolu » depuis les gaz asphyxiants de la guerre de 14 jusqu’à l’apothéose atomique au Japon en 1945), recourent à des manipulations de l’activité cérébrale : électro-chocs d’une autre époque, stimulation électrique, stimulation magnétique transcrânienne, psychotropes, optogénétique (basée sur l’intrusion de virus dans des gênes de neurones !), etc. Il serait tellement tentant, pour certains, de pouvoir pénétrer dans les réserves et les archives mêmes de la mémoire et de la réflexion, de la parole et de la pensée !

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Les recherches sur le siège de l’âme, ou mieux sur la composante ou les composantes de l’âme ou des divers avatars de l’anima, est un vieux poncif de la philosophie et de la religion depuis l’antiquité. De nos jours on en est venu, ou revenu, à vouloir matérialiser au sein du cerveau, sinon le siège en soi du Mal, du moins la manifestation intrusive du Diable Violant en personne. Quelle dégénérescence scientiste !

Est-ce très différent, ou plutôt est-ce même aussi poétique et sophistiqué que la métempsychose positive de l’Égypte antique avec son bā, l' »Âme » qui rend possible l’incarnation du divin sur Terre ; sa shōūt, l’ombre-esprit, reflet de la Vérité ; et l’ākhou, la Lumière, maîtrise et puissance de l’esprit, la composante invisible et immortelle des êtres qui, après une pesée du cœur réussie, atteint au divin, juste en-dessous des dieux ?

Est-ce même aussi poétique et sophistiqué que la métaphysique de Homère qui huit siècles avant notre ère, attribuait deux « âmes » à l’être humain : le thumos, l’élément vital de l’homme, sang et souffle, qui le pousse à agir et interagir avec le monde extérieur, qui lui insuffle sensations, émotions, sentiments ; et la psychè, le souffle inconsistant et fragile de la vie, qui s’exprime dans l’inconscience, le sommeil ou la mort ; auxquels on peut ajouter la skia, l’ombre, image, silhouette, fantôme, souvenir de ce qu’il fut et qui lui survit dans l’Hadès ? Ce sont les rites orphiques qui font de la skia, partie divine et supérieure de l’homme qui souffre dans son corps et cherche à conquérir sa rédemption.

Est-ce encore très différent ou plus sophistiqué que la physiognomonie ou la phrénologie (ou céphalognomonie), pseudo-sciences plus ou moins propres au dix-neuvième siècle?

— qui, elle classant les personnes selon des traits de physionomie décrétés positifs ou négatifs (le chantre de la physiognomonie « spirituelle », religieuse, fut Gaspard Lavater ; et celui de la physiognomonie « matérialiste » fut le médecin légiste et criminologue Cesare Lombroso, qui développa toute une théorie sur les traits dits héréditaires des délinquants et criminels ; de même établit-il, sur aucune base sérieuse, que les partisans de telle ou telle idéologie relevaient de la psychopathologie, de la folie — ce qui n’est pas sans rapport avec la psychiatrie stalinienne beaucoup plus récente pour laquelle les dissidents étaient des malades mentaux, des fous à interner et à « soigner » par des psychotropes artificiels ;

— qui, l’autre classant les personnes selon leurs bosses crâniennes, censées refléter le développement interne du cerveau, ou établissant des statistiques des formes de voûtes crâniennes — la crânioscopie (le chantre de cette théorie qui affirmait que le cerveau était divisé en aires fonctionnelles localisées, ce qui est juste, mais qui dérapait rapidement en affirmant que les aspérités du crâne en étaient le reflet, pour finir par y voir les sièges de penchants tels que l’imitation, l’amour du logis, l’instinct de destruction…).

Est-ce même très différent ou plus sophistiqué que la physiognomonie et la phrénologie remises au goût du jour et redorées dans le courant du XXe siècle sous le nom de morphopsychologie ? Ou que le recours à la photographie dans les documents curriculaires, ou à la graphologie, élevée au rang d’une science, par exemple dans les tests d’embauche de l’époque présente ?

Est-ce enfin moins délirant que certains questionnements quasi métaphysiques concernant les rapports entre la réalité ondulatoire et corpusculaire de la théorie quantique qui amènent certains théoriciens de la physique, très sérieux par ailleurs, ou jugés tels (dont au moins un prix Nobel et un autre bardé de prix internationaux et de médailles « prestigieuses ») à suggérer l’existence de « particules spirituelles » ou de « forces spirituelles«  et autres entités télépathiques permettant d’expliquer les incohérences logiques et apparemment physiques de la théorie quantique? Même sans n’y rien connaître, je risque la question : ne serait-ce pas la théorie ou certaines hypothèses qui véhiculeraient quelques incohérences logiques et faiblesses mathématiques ?

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En résumé. De nos jours, il ne faut plus s’étonner de rien: physique théorique mêlée de métaphysique ; traumatisme physique cérébral par agression sexuelle ; localisation intrusive du Mal moral, culturel, social (mauvaises mœurs) au sein du cerveau… On retombe ici en des conceptions primaires de temps très anciens, ou de tribus reculées, lorsque certains hommes étaient trépanés pour en extirper l’esprit du Mal (le Diable en personne), ou la maladie… Ou pire encore, conceptions très primaires d‘un temps très « moderne » et contemporain qui entendaient ou entendent à nouveau (là aussi, c’est la régression) soigner par sismothérapie (électrochocs) ou lobotomie.

C‘est bien pourquoi, le 24 janvier dernier, lors du Congrès annuel de psychiatrie de l’encéphale, aucun organe de presse n’a paru surpris de la présence, encore une fois grotesque (avec communication à la tribune à l’appui !) de Flavie Flament, notre docteur d’État ès viols (pour rire), et diplômée (d’opérette) en Droit, Sciences politiques et Psychiatrie.

C’est proprement sidérant, alors qu’elle n’a aucune qualité scientifique particulière pour défendre, en un congrès apparemment scientifique, une théorie (qui de plus est vaseuse). Ou alors le charlatanisme et les dérives des ultimes sectaires freudiens apparaissent comme étant sans limite, ni retenue. Sans une once de scientificité. Et ceci même au plus haut niveau de l’État.

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Un commentaire à cet article :

« Pour Flavie Flament, c’est plutôt le congrès de l’encéphallus. Elle semble figée à ce stade. Si jamais elle lit cet article, il va falloir qu’elle s’accroche ! Mais, une fois encore, on parle d’elle. C’est sans le doute le plus important à ses yeux. » (C.D.)

 

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