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L’AFFAIRE WEINSTEIN, par Olivier Mathieu.

17 octobre 2017

L’AFFAIRE WEINSTEIN,

par Olivier Mathieu.

La famille Weinstein :

https://www.nytimes.com/2016/11/04/movies/miriam-weinstein-died-miramax.html

https://www.vanityfair.com/news/2003/04/max-weinstein-200304

La Légion d’honneur de Weinstein :

http://forward.com/schmooze/152519/weinstein-awarded-french-legion-of-honor/

Harvey Weinstein Urges Jews to Take on Anti-Semites: « Kick These Guys in the Ass » :

http://www.hollywoodreporter.com/race/harvey-weinstein-urges-jews-take-784210

Jean-Pierre Fleury :

– Olivier Mathieu, vous venez de publier plusieurs livres, sur l’actrice américaine Dawn Dunlap et sur le grand photographe David Hamilton, dont l’un a été préfacé par l’écrivain et psychologue Roland Jaccard. Le même Roland Jaccard a consacré plusieurs vidéos à ces livres sur son canal YouTube. Il y a bientôt un an, David Hamilton est mort. Aujourd’hui on parle beaucoup de ce Harvey Weinstein, né dans une famille juive américaine et dont le père, Max Weinstein, était bijoutier. Voyez-vous un rapport entre l’affaire Harvey Weinstein, d’une part, et ce que certains ont appelé l’affaire David Hamilton ?

Olivier Mathieu :

  • Non. Je vois une affaire Weinstein, mais je ne vois pas d’affaire Hamilton.

JPF :

  • En tant que distributeur, Harvey Weinstein a pris en charge la diffusion de nombreux films dans les salles de cinéma américaines. En 1997, « La vie est belle » de Roberto Benigni. La vie est-elle encore belle pour Harvey Weinstein ?

Olivier Mathieu :

  • Ce monsieur Weinstein, que je ne connais pas personnellement, est accusé de millions de choses dans la presse. Il n’entre pas dans mes intentions de le défendre (il n’a pas besoin de moi) ou de me mettre à crier avec… les dames qui l’accusent. Il y a de grandes différences, il y a des différences essentielles avec l’affaire, la non affaire Hamilton. Weinstein est riche, Hamilton était dorénavant plutôt pauvre, semble-t-il. Hamilton n’est plus de ce monde, qu’il se soit suicidé ou qu’on l’ait directement ou indirectement suicidé, l’action publique est éteinte. Surtout, les accusations contre Hamilton provenaient d’une et une seule personne. Or, personne n’est censé ignorer la loi, et l’adage latin qui est à la base du Droit, « Testis unus, testis nullus », cela veut dire qu’un témoignage unique est à considérer comme nul. La chose peut déplaire à Madame Flament, mais c’est ainsi ; et l’on me consentira de penser que le Droit basé sur des siècles ou des millénaires de jurisprudence ne sera pas remis en cause, même par une intellectuelle aussi prodigieuse que Madame Flament.

JPF :

  • Revenons à Weinstein. « A leurs débuts, en 1979, les frères Weinstein n’étaient que des charognards se jetant sur des films – n’importe quoi sur pellicule – auxquels les autres n’auraient pas touché, même avec des gants. Comme bien d’autres dans le milieu, ils ont quelques mauvais films érotiques sur la conscience (…). Le sexe faisait vendre, ils l’avaient compris », écrivait par exemple Peter Biskind dans Sexe, mensonges et Hollywood. Jusqu’à devenir un producteur puissant, distingué par le Centre Simon-Wiesenthal pour ses actions humanitaires et défini par Jeffrey Katzenberg, comme un « très gentil garçon juif » (« a really nice Jewish boy »).

Olivier Mathieu :

  • Autre différence de taille, les accusatrices de Weinstein l’accusent de son vivant. Weinstein s’est excusé, il semble avoir fait des admissions partielles. Hamilton, non ! Hamilton a nié, il a rejeté les accusations portées contre lui, par le biais d’un communiqué de presse. On a donc, je le répète, deux situations complètement différentes. Incomparables, impossibles à comparer. Mais il y a davantage.

JPF :

  • Davantage ?

Olivier Mathieu :

  • Oui. Je ne sais pas si Weinstein est coupable. Le personnage, croyez-moi, ne m’est pas sympathique. Pourtant et tout d’abord, je ne sais pas de quoi Weinstein est coupable. Personne ne le sait, parce qu’il n’y avait personne – à part lui et ses victimes présumées – dans les chambres d’hôtel où il est censé avoir eu des propos ou des gestes déplacés. Il est évident, en tout cas il est évident à mes yeux que le viol est répréhensible. Il n’en reste pas moins que Weinstein, tout comme Hamilton, a droit à la présomption d’innocence. Ce qui est atrocement gênant est d’entrer dans l’époque du Far West digital, avec des formules comme « balance ton porc » qui engage les gens à « balancer », donc à faire œuvre de délation. Or je pense que la délation est une vilaine chose. Je pense aussi que cela porte à une justice sommaire, qui n’est plus en rien une justice. C’est une justice rendue non pas par les tribunaux mais par une opinion publique – laquelle est, ou risque d’être en partie manipulée. C’est une justice de Far West et d’Epuration sauvage. C’est l’injustice totale. C’est pire que les « fake news ». C’est le conformisme, c’est le puritanisme, c’est l’ordre moral qui déferlent. On ne devrait pas pouvoir dire « balance ton porc », comme si on engageait toutes les femmes à dénoncer un « porc ». Comme si tous les hommes étaient des porcs. Traiter tous les hommes de « porcs » est une généralisation abusive et ridicule.

JPF :

  • Et les accusations contre Weinstein?

Olivier Mathieu :

  • Il y a des choses que je ne comprends pas dans l’affaire Weinstein. Je suis peut-être un imbécile… mais je ne comprends pas très bien cette avalanche soudaine de témoignages contre Weinstein. Cette unanimité soudaine a quelque chose de suspect. Ne pourrait-il pas y avoir des disputes, ou des histoires de gros sous dans une famille comme celle des Weinstein ? Qui a soudain encouragé tant d’actrices à témoigner contre Harvey Weinstein ?… Le risque, ici, est que certains de ces témoignages soient sincères et réalistes, mais d’autres pas du tout. Le risque est que certaines personnes veuillent se faire de la publicité. Or comment le savoir ? Ensuite, de quoi l’accuse-t-on ? Je l’ai dit, le viol est répréhensible. Mais personnellement, je ne crois pas que l’on puisse mettre, sur le même plan que le viol, une tentative que fait un homme de donner un baiser sur la bouche à une femme. Sinon, on arriverait à un monde de complète folie où plus aucun homme n’oserait embrasser ou draguer une femme. En fait, on arriverait à une société asexuée où, en définitive, ce serait l’ordre moral, petit bourgeois et monogamique qui serait renforcé. Si j’ai bien compris, Weinstein a demandé à beaucoup de femmes de le masser. Il a sans doute profité, pour cela, de sa position de richissime producteur cinématographique hollywoodien. Sans aucun doute. Mais est-ce que l’on peut condamner (et condamner à quoi?) quelqu’un qui a demandé à une femme de lui faire un massage ? Et même s’il a demandé à une femme de le regarder se masturber ? C’est d’ailleurs une demande un peu adolescente qui, à mon avis, n’est pas fréquente chez un « violeur ». Un violeur, je suppose, exige. Un violeur ne demande pas. Il se sert. On pourrait aussi imaginer quelqu’un qui demande à une femme de coucher avec lui. Mais demander à une femme de le regarder se masturber ? A ce point, je reviens à ce que je disais, où est le délit si la demande s’adresse à une femme adulte et qui est entrée, de son plein gré, dans une chambre d’hôtel ? Je pense qu’il y a délit à partir du moment où la personne est retenue contre son gré et contrainte par la violence. Mais s’il n’y a pas entrave à la liberté de mouvement de la personne, et s’il n’y a pas violence ? On est plus près, ici, de la drague (un drague de mauvais goût, certes, si vous voulez, mais de la drague) que du « viol ». Quiconque a les yeux en face des trous le comprend. Weinstein n’est pas quelqu’un de fin, ça se voit. C’est peut-être un malade sexuel. Mais jusqu’à quel point la plupart des accusations portées contre lui peuvent-elles être prises en compte d’un point de vue pénal et judiciaire ? Dans combien de cas y a-t-il eu réellement eu viol ? Je suis fort sceptique quant à la réponse. Aujourd’hui que le monde contemporain parle de déboulonner les statues des propres statues qu’il adorait hier, pourquoi ne pas proposer d’interdire les représentations du Don Giovanni de Mozart ? De brûler «Lolita » de Nabokov ? De mettre à l’index les films d’Alberto Lattuada ou au pilon les œuvres de Roland Jaccard ?

JPF :

  • Que faire, oui?

Olivier Mathieu :

  • Weinstein, sauf erreur de ma part, est accusé de viol par les plus ou moins connues Lucia Evans, Asia Argento, Rose McGowan, Lysette Anthony et aussi par une cinquième femme qui souhaiterait garder l’anonymat. On a donc cinq accusations de viol, qui restent à prouver. Par ailleurs les actrices (elles aussi plus ou moins connues) Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Rosanna Arquette, Emma de Caunes, Judith Godrèche, Léa Seydoux et Cara Delevingne ont ensuite apporté des témoignages pour affimer qu’elles auraient été l’objet des attentions, agressions ou tentatives d’agressions de Weinstein… Je crois qu’une règle d’or serait que tant de dames, tant d’actrices, un peu partout dans le monde, cessent de rendre visite aux producteurs américains ou autres dans leurs chambres d’hôtel. Beaucoup de ces actrices posent nues, parfois depuis leur adolescence. Elles s’exposent dans des films et, en d’autres termes, montrent leur cul aux spectateurs du monde entier, et ça ne semble pas les gêner tant que ça leur rapporte du pognon. Ou tant qu’elles sont jeunes. Parce que quand elles vieillissent, elles commencent à dire qu’elles voudraient brûler les films où elles ont tourné quand elles étaient jeunes… Mais qui croit à tout ça ? Elles ne sont quand même pas nées de la dernière pluie, je suppose. Toute femme peut se douter que, si elle rend visite à quelque homme que ce soit dans sa chambre d’hôtel, il pourrait éventuellement lui passer par la tête d’essayer de la séduire, ou avoir envie de coucher avec elle. Beaucoup de ces actrices, confirmées ou débutantes, n’auraient-elles pas pu ou dû rendre visite à Weinstein dans un bureau ? Est-ce que le fait de lui rendre visite dans une chambre d’hôtel ne pouvait pas, d’ailleurs, lui donner des illusions ?

JPF :

  • On assiste en tout cas à une classique et habituelle multiplication des « témoignages ».

Olivier Mathieu :

  • Oui, et c’est gênant. Il n’y a pratiquement plus une actrice qui, chaque jour, désormais, n’affirme avoir été violée par Weinstein, ou par tel autre. On a même le cas de l’Italienne Asia Argento qui, à ce jour, a déclaré avoir subi TROIS viols ou agressions sexuelles de la part de TROIS cinéastes. Or, autant c’est évidemment la tâche des magistrats de punir le viol, autant la multiplication de « témoignages » (invérifiables, pour des faits supposés et souvent prescrits) ne peut mener qu’à renforcer encore la « guerre des sexes », et à augmenter la distance entre les hommes et les femmes. On a le sentiment d’une société où les hommes de demain seront d’un côté, les femmes d’un autre ; et où un homme aura tout intérêt à ne pas monter dans un ascenseur tout seul avec une dame parce que, si la dame accuse le monsieur au sortir dudit l’ascenseur, il est dans de sales draps… Ce ne sera pas une société sensuelle, non, ce ne sera pas une société innocente, ce ne sera pas une société très hamiltonienne. Hamilton, selon moi, ce n’était pas du machisme. C’était de la poésie, la poésie d’un monde où les poètes rendaient hommage à la beauté féminine. Mais après des années de machisme, c’est aujourd’hui le déferlement du féminisme le plus terre à terre, celui de « l’abhorration » pure et simple du mâle. Or, coupable ou pas (et je ne suis pas juge, ce n’est pas à moi d’en décider), rien ne devrait permettre à qui que ce soit et notamment à des millions d’internautes anonymes, à des « justiciers » autoproclamés, de traiter de « porc » Weinstein. Si celui-ci est coupable, qu’il soit puni. S’il ne l’est pas, rien n’autorise ou en devrait autoriser des millions de gens – qui ne savent rien des faits en question – à insulter un homme. Si Weinstein est malade, qu’on le soigne, le cas échéant. Mais ici encore, voire encore davantage s’il est malade, qu’on ne l’insulte pas. Les insultes, surtout quand elles proviennent des meutes contre un homme seul, sont toujours obscènes et émétiques. Toujours. Est-ce que l’on veut brûler les œuvres de François Villon ou les tableaux de Caravage, exemples parmi tant d’autres, parce qu’ils furent des assassins ? Si l’on brûle demain les œuvres de génies universels coupables d’avoir par exemple épousé des femmes qui avaient dix, vingt ou trente ans de moins qu’eux, on va amputer l’art et il ne restera plus que des minables… Est-ce qu’on voudra aussi ensuite condamner « moralement » Niezsche et Baudelaire et mille autres parce qu’ils allaient aux putes ?… Condamner rétrospectivement qui que ce soit est toujours une parfaite imbécillité.

JPF :

    • Pour conclure ?

Olivier Mathieu :

    • Pour conclure, au spectacle de cette affaire Weinstein, je peux certes subodorer que le monde du cinéma en général, ou du cinéma hollywoodien en particulier, est un petit peu pourri. Avais-je d’ailleurs besoin de Weinstein pour le savoir ?…Mais Weinstein, s’il est coupable, peut-il être le seul et unique coupable ? Qui est vraiment coupable ? Weinstein, ou alors le système qui a produit Weinstein, j’entends par là Hollywood ? La chose la plus triste est que si tant d’actrices ont été violées (avec Weinstein on en serait déjà à 28 !), et certaines à trois reprises (!!!), et cela sur tous les continents à commencer par l’Amérique du Nord et l’Europe, alors je comprends mieux en tout cas que l’art dramatique soit tombé si bas, en particulier en France, depuis une quarantaine ou une cinquantaine d’années. S’il me fallait croire que les actrices modernes des écrans ont cédé à des avances du genre de celles que l’on reproche à Weinstein, je comprendrais mieux leur absence de talent totale. Et cela vaut aussi pour les acteurs, je suppose. Car qui sait combien d’acteurs hommes ont aussi reçu – pourquoi pas ? – des avances de la part de producteurs ? Ils sont lointains, les temps des derniers réellement grands acteurs français de génie, Jean Gabin, Louis Jouvet, etc, des dernières grandes actrices, Arletty, etc, des derniers grands hommes du cinéma comme Michel Audiard. Toujours est-il que Weinstein, même Weinstein, a droit à la présomption d’innocence que l’on a refusée et déniée à David Hamilton. Weinstein a le droit de se défendre. C’est à ses accusatrices de démontrer leurs accusations. Le Droit, au moins en Europe, et le bon sens aussi disent que tout homme devrait être considéré comme innocent jusqu’à ce que sa culpabilité ait été démontrée. C’est ce que je pensais pour David Hamilton, c’est ce que je continue à penser. Le bon sens dit aussi que les témoignages tardifs sont à prendre un par un, avec des pincettes, parce qu’ils doivent être examinés et vérifiés. Enfin, le bon sens dit que le monde auquel on risque d’arriver – c’est le monde d’aujourd’hui ! – sera un monde sans drague, sans séduction, sans sensualité, sans émotion. Puisque tout ce qui est fait semble concourir à traquer l’émotion pour la remplacer par la repentance (on en arrive à des messieurs qui, sur les « réseaux sociaux », désormais s’auto-accusent d’avoir eu dans le passé des comportements jugés sévèrement par les tenants des nouveaux dogmes et des nouveaux tabous). Partout c’est le conformisme et l’homologation des êtres humains, dans une vaste et répugnante globalisation des comportements, des modes de pensée et des façons d’aimer !

Propos recueillis par Jean-Pierre Fleury.

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