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À BOUT DE SOUFFLE

14 juillet 2017

On est au moins deux à y avoir pensé. Je lis ce jour, sur Internet, ce commentaire à un article du Parisien.fr, du 11 courant titré : `Affaire Grégory : le juge Jean-Michel Lambert retrouvé mort — Un suicide selon « des sources concordantes »` :

Je remarque que le juge Lambert a été « suicidé » suivant les mêmes modalités que David Hamilton il n’y a pas très longtemps.

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Sources concordantes… « De source autorisée » et plus encore « de source sûre » disait-on autrefois ; ce fut même une expression récurrente, ayant réponse à tout, de l’un des chroniqueurs humoristes de l’une des émissions « d’informations pour rire » de Jacques Martin dans les années soixante-dix.

J’ajoute que les titres de journaux eux-mêmes se ressemblent. « On » s’oriente toujours bien rapidement, médiatiquement et unanimement vers la thèse du suicide.

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Et j’ajoute que le tempo (le « timing » comme disent et écrivent les journalistes obnubilés par l’anglais) est similaire :

C’est le soir même de la « Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes » que David Hamilton a été retrouvé mort chez lui.

C’est le soir même de la diffusion par BFM-TV d’extraits peu amènes pour le juge Lambert, sortis d’un carnet intime du juge Simon aujourd’hui décédé (celui qui avait repris, en vain lui aussi, le dossier de l’affaire), que l’on retrouve seul en sa demeure, assis à son bureau, mort et la tête ensachée, Jean-Michel Lambert. Carnet Simon faisant partie, je précise, des pièces du présent dossier judiciaire de réouverture de l’Affaire Grégory. Donc normalement incommunicable à la presse et non diffusable par cette dernière.

En précisant que ces propos ne devaient pourtant pas étonner le « petit juge » qui savait à quoi s’en tenir sur son aîné juge. Et qui nous dit d’ailleurs que le juge Lambert (qui apparemment n’a pas laissé de mot d’explication, comme David Hamilton) était au courant de ce que venait de « dévoiler«  Business Fouille Merde en contrevenant au secret de l’instruction. Mais qui encore de nos jours respecte le secret de l’instruction ? Les gens de police, de loi, de politique sont les premiers à transgresser cette loi.

Certes, cela fait quelques semaines que l’on a ressorti ce feuilleton judiciaire que l’on croyait définitivement clos. Et l’on ignore comment le juge Lambert a pris cette réouverture.

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Dans les deux cas on voit le rôle nocif, toxique desdits media de masse. Et ceci pas même aujourd’hui, mais déjà dans les années quatre-vingt pour l’Affaire Grégory. Avant-hier, début des années quatre-vingt, c’était dans toute la presse, l’hallali sur Lambert, et c’était Paris-Match en tête qui publiaient des « enquêtes » aberrantes. Je me souviens encore d’un article avec forts photos et commentaires (pas vraiment à son avantage) où Bernard Laroche encore vivant et sorti de prison (et non protégé par la police, alors même que Jean-Marie Villemin, son cousin, avait annoncé publiquement qu’il le tuerait) était mis devant le fait qu’il avait la même écriture et faisait les mêmes fautes d’orthographe que l’un des sinistres corbeaux de l’affaire.

Aucun secret de l’instruction, grand copinage (bien monnayé ?) des journalistes avec les inculpés, et avec les premiers instructeurs de l’affaire, des gendarmes eux-mêmes dépassés. Sorte d’indifférence judiciaire ou d’impossibilité à faire taire tout le monde. Si le juge Lambert a « péché » c’est avant tout dans la gestion de l’enquête, dans ses rapports « dépassés par les événements » avec les gendarmes eux-mêmes trop bavards et négligents ; luimême, sans grands soutiens ni conseils judiciaires, étant également trop bavard et manipulé par la presse pourrie et gluante. Subissant toutes les pressions, il abandonna on ne sait pourquoi la piste Bernard Laroche au profit de la piste Christine Villemin.

De nos jours c’est la belle-sœur de Bernard Laroche, Murielle Bolle, qui semble être, comme à l’origine (du temps de l’emprisonnement de Laroche), dans le collimateur d’une justice de nouveau trop bavarde et qui bafouille encore son dossier, très épais dossier. Précisons qu’au moment des faits, Murielle Bolle n’avait que quinze ans.

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Pour l’heure le bilan est pitoyable :

précédé de lettres de menaces anonymes aux parents, assassinat sordide, ignoble et fou du petit Grégory, jeté vivant dans une rivière pieds et poings liés ; très vraisemblablement orchestré par un groupe de personnes apparentées entre elles et à la victime, sur base de jalousie familiale minable, de très bas étage, très bas fonds ;

assassinat d’un témoin, suspect, complice ou assassin lui-même, on ne le saura jamais, Bernard Laroche, par le père de la victime, Jean-Marie Villemin ;

– emprisonnement un certain temps de la propre mère de la victime ; épisode pendant lequel la pauvre Marguerite Duras donne — non pas à Dieu mais à la plèbe branchée toute la somme de son petit talent en accouchant, dans une tribune de Libération (juillet 1985), d’un texte où elle se montre convaincue de l’infanticide de la « sublime, forcément sublime Christine V. » Ce qui, pour l’occasion, ne fut pas non plus très moderato cantabile. Je ne sais pas ce que son fils Jean Mascolo en pensa, lui qui ne fut pas « infanticidé » par une mère sublime ;

procès du père condamné à cinq ans de prison dont un avec sursis ce qui couvre sa détention préventive ;

– condamnation de l’État a des dommages et intérêts pour Marie-Ange veuve Laroche, pour sa soeur Murielle Bolle, et pour les époux Villemin ;

et présentement « suicide » apparent et me semble-t-il même, trop apparent et trop manifeste du Petit juge bouc émissaire, sur lequel s’étaient focalisés autrefois toutes les erreurs et les errements judiciaires.

Le « public » en redemande ! Triste spectacle qui finalement ne dépare pas dans un monde présent de macronyques.

Quel film « édifiant » (qui ne serait pas le premier d’ailleurs), tout cela pourra faire à l’avenir. Je ne sais si Poupette Lecanu est sur ce coup-là.

Ainsi s’achève ma chronique.

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