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« Il n’est point si gai d’être mort. / Tout cela manque de confort. » (René Delize)

27 juin 2017

Qui ne sait ce que la Grande Guerre, ce que la Grande Gueuse a enseveli d’écrivains, artistes, poètes, hommes de science ou simples gens de peu mais talentueux et honnêtes hommes.

Un ouvrage ancien qu’il m’arrive de feuilleter (« Anthologie des écrivains morts à la guerre 1914-1918, publiée par l’Association des écrivains combattants », oeuvre « pieuse » dont on dit qu’il ruina son éditeur Edgar Malfère) répertorie, en cinq forts volumes, 560 écrivains confirmés ou en herbe morts pour rien, au front ou des suites de la guerre ; ou plus exactement morts pour les seuls intérêts capitalistes et impérialistes, allemands, français, anglais, nord-américains… liste non close.

https://www.youtube.com/watch?v=SpychENwlGg

Me ‘zo gannet e kreiz eur mor ; version écourtée

Pour ne citer que quelques-uns : le romantique Henri Fournier dit Alain-Fournier, le mystique Charles Péguy, l’auteur de « La Guerre des boutons », Louis Pergaud ou encore le poète breton Jean-Pierre Calloc’h, auteur du célèbre (en Bretagne) « Me ‘zo gannet e kreiz eur mor… Ér Bro Arvor ! » (Je suis né au milieu de la mer… en pays breton !) dont voici une adaptation française (la mienne) qui suit le texte breton d’assez près en gardant la contrainte des pieds et celle de rimes :

Moi, je suis né au cœur des flots,

Trois lieues en mer.

Blanc petit toit, là-bas, m’est cher ;

Le genêt croît dedans mon clos ;

La lande y court devant derrière.

Moi je naquis au creux des flots,

Pays de l’Eau.

*
Mon père était, comme ses pères,

Un matelot.

Pelé, caché, tel fut son lot ;

Nul n’a chanté haut sa misère ;

Et de nuit blette en jour ballot,

Mon père était, comme ses pères,

Traîne-filières.

*

Ma mère aussi subit sa somme,

En blancs cheveux ;

Et avec elle, la sueur aux yeux,

J’ai vite appris, tout petit homme,

La faux, la bêche aux fruits terreux.

Ma mère aussi, que vie assomme,

Survit en somme.

*

Bout d’homme vif, j’allais, enfant,

Au long des jours

Avec maman courir labours,

Avec mon père en mer, pêchant ;

Où êtes-vous bonheurs si courts ?

Ô le jour vif allait enfant

Doux comme un faon !

*

Nous étions six, Sainte-Marie,

En votre sein,

Portant estime à dieu, aux saints

Et puis joyeux et pas marris.

Mais il a bien changé l’essaim ;

Six on était Sainte-Marie

Trois sont en vie.

*

La Mort, à la porte, a toqué ;

A notre accueil,

Bonheur parti dans un cercueil ;

Au cimetière, il est couché.

Moi, barde est né de ces écueils.

La mort, à la porte, a frappé ;

Ne pas pleurer !

Calloc’h naquit sur l’île de Groix en face de Lorient. Il est « mort pour la France » dit-on en français, « maro evit ar vro » voit-on écrit sur les monuments aux morts bas-bretons. « Mort pour le pays », on ne sait pas lequel ; la France ? la Bretagne ? Sans doute les deux.

https://www.youtube.com/watch?v=NRcQyfbLD2I

La sonate oubliée

Parmi les musiciens ayant subi le même sort, on peut citer le compositeur Albéric Magnard, mort en septembre 1914, en défendant l’accès de sa maison aux allemands. Maison brûlée, ce qui détruisit une partie de ses œuvres non encore publiées.

Je ne peux ici m’empêcher de rapprocher ce fait de la mort lors de la Seconde guerre mondiale de Paul Roux, dit Saint-Pol-Roux, le barde breton originaire du Midi de la France, de Marseille exactement, mort en 1940 de chagrin devant le désastre de l’assassinat de sa gouvernante, de la grave blessure subie par sa fille, puis du pillage de son manoir (qui finit d’ailleurs en très grande partie détruit par des bombardements incendiaires alliés sur Camaret, en août 1944).

Maintenant, pour en revenir à notre époque ou presque, les Trente glorieuses plus précisément, on peut dire que la technique n’arrêta pas la « mort bête« , bien au contraire, si l’on peut dire puisque toute mort est prévisiblement ou imprévisiblement bête.

Tel l’accident de voiture qui tua le 22 septembre 1962 Jean-René Huguenin, l’auteur de « La Côte sauvage », son unique roman, et le 28 septembre de la même année Roger Nimier, le hussard des lettres bien connu, en compagnie de Sunsiaré de Larcône auteur de « La Messagère », son unique roman également. Écrivains morts jeunes dans des accidents de puissantes voitures, à l’âge où il arrive encore que l’on bouffe la vie à pleines dents.

Ce genre de mort fut aussi le lot de l’actrice Françoise Dorléac un certain 26 juin 1967, soit il y a cinquante ans tout juste… Mazette !

https://www.youtube.com/watch?v=Edqk-jQAm1Y

Les deux sœurs : Françoise Dorléac et Catherine Dorléac, dite Deneuve.

« Nous sommes toutes deux prêt’s à perdre raison ». Je dédie cette phrase, cette maxime aux ayatollahs du féminisme, tant femelles que mâles.

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