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DAVID HAMILTON ET LE BLANC TABOU.

15 avril 2017

Il vient de me venir une idée comme ça, dans la rue, alors que j’avais les bras chargés ; ou plutôt, il vient de me revenir une idée que j’avais remisée dans un coin de ma tête.

David Hamilton n’a cessé de répéter que son type artistique, esthétique de jeune fille ou de jeune femme était la nordique longiligne, blanche, blonde voire rousse (le vraiment pas commun). D’Europe nordique occidentale ou expatriée. Un pourcent de la population mondiale, a-t-il précisé. Une « denrée rare » à préserver, c’est pourquoi il déclarait, juste un peu provocateur, « aller faire son marché sur place ».

Il a également précisé que ces jeunes filles ou femmes de ces pays-là n’avaient aucun problème avec la nudité. En y pensant bien, c’est extrêmement étrange pour des gens de contrées froides, mais certes aussi de saunas. On le comprend mieux aux fins fonds de l’Afrique et de l’Amérique latine équatoriale ou tropicale.

Il a même dit qu’il voulait bien descendre à l’extrême rigueur jusqu’en Belgique, aller vers l’Est jusqu’en Allemagne, mais pas au-delà.

Surtout pas plus vers le Sud.

Je ne sais trop ce qu’il a déclaré à propos des anglaises. Mais il ajoutait à propos des françaises qu’elles étaient trop pétries de religion (pourtant notre pays est largement déconfessionnalisé, chrétiennement parlant du moins) pour être naturelles à nu devant un objectif d’appareil photographique.

Rappelant toujours qu’il n’y connaissait rien dans le domaine de la photographie, juste un ou deux réglages de base (il aurait même pu nous faire croire qu’il était comme Bidochon en vacances, prenant avec son petit appareil sans sophistication, des photos en double, une sur « soleil » l’autre sur « nuageux » pour être sûr d’en avoir une des deux d’à peu près potable), il arguait également de raisons, de contraintes techniques.

Les brunes du Midi de l’Europe, à peau souvent moins claire, à cheveux bien souvent plus sombres, ou qui sait encore à duvet moins discret, ou métissées méditerranéennes si je puis dire, étaient trop contrastées à son goût et ne rendaient rien de bon dans le domaine du flou artistique photographique, du moins du sien. Pas assez pastelles, tout ça. Pas assez lumineux. Ce qui certes n’est pas faux. Mais enfin, il a su quand même mettre en valeur des filles pas si blanches, pas si blondes, pas si longilignes que ça. Au niveau de la couleur des cheveux, un exemple – je ne crois pas me tromper – en est « Aurore » Dunlap, d’ancêtres britanniques qui n’a ou qui n’eut rien d’une blonde platine.

Ceci est également amusant lorsque l’on sait que David Hamilton était follement entiché de tout l’art architectural, sculptural et plus encore pictural de l’Europe, ou plus précisément de l’Europe occidentale, disons, du Moyen-Âge aux pictorialistes *, où la part accordée aux pays du Sud, à l’Italie en premier lieu, est énorme.

Enfin, revenons à mon idée initiale pas encore énoncée.

Je me demande donc si ce qui est arrivé humainement et artistiquement, toutes ces rumeurs imbéciles et mortifères et tout cet ostracisme médiatique « radical » ne relevait pas du fait que 1 – David Hamilton n’a cessé de se dire « non moderne », conservateur, du passé, « Décadent » dans le sens artistique du terme ; doublé du fait que 2 – ses modèles féminins les plus connus ou les plus fréquents étaient ce qu’il y a de plus blanc et de moins métissé au Monde, de beauté rare et originale, de plus différent de la masse toute grise et quelconque des êtres humains ordinaires. Donc, dans la tête des animalcules mondialistes, « une preuve flagrante de réaction, de racisme, de fascisme, de machisme, et qui sait d’eugénisme, etc. » À détruire, à mettre au feu programmé du conformisme uniformisant et d’appauvrissement généralisé de l’Humanité.

Ce qui n’est nullement contradictoire avec l’action propre à la traumatisée Lecanu et quelques anonymes qui pourrait bien ne relever, quant à elle, que de vieilles frustrations, de ne pas avoir été « mise à leur rang », artistiquement parlant ; pire encore d’un sordide effet de publicité et de « renommée » d’un quart d’heure. Minable.

* pictorialisme, procédés techniques et stylistiques photographiques nés vers la fin du XIXe siècle, que l’on pourrait rapprocher, dans les tendances que David Hamilton a cultivés, des peintures de William Turner ou de John Constable, des impressionnistes ou des symbolistes.

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