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LETTRE À DAVID HAMILTON

25 mars 2017

Voici un joli texte, celui de l’hommage et de la sensibilité ; ai-je encore le droit de dire « d’une sensibilité toute féminine », au temps abject des ligues des vertus perverses et dévoyées ? Il est d’une personne qui, comme les gens qui gravitent autour du Blog en Défense de David Hamilton, a bien du mal à imaginer que cet homme, cet artiste jugé par nous — ou devrais-je dire : par l’Art — éternel, soit mort « pour de vrai » et non « pour de rire ».

Enfin, ce qui est assuré est que nous ferons en sorte, avec nos modestes moyens, qu’il ne soit pas mort « pour du beurre ».

***

Lettre à David Hamilton

Nous ne nous sommes jamais rencontrés et nous ne nous rencontrerons jamais.

Pourtant, nous aurions pu…

En novembre 2016, le salon Antica Namur accueillait certaines de vos œuvres pour une petite rétrospective ; quelques vues de Venise notamment, des natures mortes aussi…

C’était à côté de chez moi et je me réjouissais, c’était une fête.

Tant de souvenirs délicieux d’adolescente, cartes postales, posters, ambiances légères et délicates me revenaient en mémoire.

Mais de tristes et sinistres histoires en ont décidé autrement et l’exposition a été « reportée » à une date ultérieure !

Puis tout a basculé, très vite. Emballement, déferlement…

Et le temps s’est arrêté …

Vous avez poussé les battants du portail entrouvert sur le jardin,

Pour chercher un endroit solitaire.

Là tout y est vert et bleu,

Et il y a des figuiers, et un fauteuil vide depuis longtemps.

Mais c’est la nouvelle de votre mort qui fut blessante, bouleversante.

Même si vous l’avez décidé, l’avez voulu ainsi.

Loin de la foule déchaînée,

Sans un bruit, dans un dernier souffle vous êtes entré dans le jardin d’herbes hautes qui sentent le soleil et la mer.

Oui, la mer n’est pas loin, juste en contre-bas,

Il faut suivre le sentier du vent et devenir vent qui souffle sur la mer,

Et on la sent et on l’entend, jusque dans les murmures des jeunes filles sur l’embarcadère qui se chuchotent mille secrets dans la douce lumière du soir.

L’existence nous mène à la mort, comme une grande vague noire vers les royaumes de la nuit, comme une flamme qui tremble et se couche dans un souffle, comme une aile sauvage, comme une pomme qui tombe dans l’herbe,

Puissiez-vous, dans le jardin aux reflets verts décolorés, retrouver ce parfum ineffable, celui que l’on ne peut goûter qu’à quinze ans lorsque l’on a envie de mourir sur la mousse en s’embrassant dans l’ombre.

Pour vous, recueillie, j’écoute « la jeune fille et la mort » de Schubert, un enchantement sincère, d’une tendre gravité.

Une jeune fille, pleine de grâce, dessine une fleur sur le sable…

Merci Monsieur David Hamilton, infiniment.

Agnès D.

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