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SUR LE BLOG EN DÉFENSE DE DAVID HAMILTON — le 20 février (suite)

20 février 2017

LA GADOUE

cet article est paru également ici : https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2017/02/20/affaire-david-hamilton-la-gadoue-article-par-jean-pierre-fleury-ecrivain-3/

Donc, si je comprends bien, « Poupinette » (Flavie Flament) : elle n’aime pas son nom de famille Lecanu, mais elle préfère celui de Flament, père de son premier enfant, d’avec qui elle a pourtant divorcé (divorcé car trop obscur réalisateur de télévision?) entre-temps, elle avait trouvé nettement mieux en paillettes de la notoriété : Castaldi, père de son second enfant.

Depuis qu’elle en est revenue (de Castaldi), qu’elle a divorcé une seconde fois, puis qu’elle a vécu quelques années avec un certain Pierre Quatrefages, autre réalisateur de télévision, puis qu’elle s’est mise à la colle avec un agent immobilier, « homme doux, passionné de cuisine », elle a eu le temps d’écrire trois livres : un pour enfant, et deux « romans » recherchant avant tout le scandale.

Le premier « roman » (Les Chardons), c’était pour dénoncer les violences conjugales de Castaldi qui ne semble plus lui en tenir rigueur, alors qu’à la sortie du livre il en contesta vigoureusement les faits, puisque de « roman » le livre était devenu, comme par magie, « témoignage ».

Le second « roman » (La Consolation), c’était pour dénoncer le « satyre », que dis-je « le bourreau » (Poupinette dixit) David Hamilton qui lui aussi en contesta les faits, puisque (bis repetita placent) de « roman » le livre était devenu comme par magie « témoignage ».

Triste ironie de l’histoire, cette pauvre femme prête à tout pour faire parler d’elle et pour se maintenir dans le petit-monde cruel médiatico-pipole, suite à l’annonce infondée de sa mort, en 2009 sur le site Le Post, filiale de la gazette Le Monde, attaqua le journal « pour atteinte à sa vie privée » et obtint un bon pactole d’euros (cour d’appel de Versailles, janvier 2011). Ce n’est donc pas manquer de toc que de recourir à la Justice quand ça l’arrange et de faire fi des lois quand ça l’arrange également, en dénonçant tout à fait illégalement David Hamilton comme elle le fit tout récemment.

Lors de la récente « promotion », tous media ouverts, de cette Consolation, Poupinette a donc dénoncé en long et en large un homme âgé et plutôt solitaire (et plus très argenté, si j’ai bien compris), qui n’était plus apte à se défendre par voie de Justice. Toute l’ignoble clique médiateuse s’est assise sur un communiqué de presse par lui envoyé à l’A.F.P.. Et ensuite, il n’a pas eu le temps, ou pris le temps de porter plainte.

Et surtout, semble-t-il, il était miné par les accusations (propos aujourd’hui invérifiables, mais contestés par la famille de Poupinette née Lecanu), de la « romancière », journaleuse pipolo-scandaleuse et sans doute un chouia « avisée » ou si l’on préfère « roublarde » mythomane. Le lâche Ardisson, justicier auto-désigné, l’homme sans talent et sans oeuvre, en a rajouté une couche. Un coup de pub de bas étage, pour sa consœur. Le vieil homme, le vieil artiste s’est alors senti menacé de mort. Il n’avait pas tort : un mois plus tard, il a été retrouvé mort, allongé dans l’entrée de son studio, porte de son appartement entrouverte, avec un sac de plastique sur la tête. Qu’en pense la Police et la Justice au juste ? Car on attend encore des explications et des conclusions !

Moi, j’y vois (et je ne suis pas le seul) une mise en scène. Mais de qui ? Là est la question. Je trouve que l’on piétine à plein dans la gadoue, dans la gadoue journaleuse infecte. Celle qui a tué un vieil homme. Remarquez, ce n’est pas étonnant quand on sait que le petit studio de notre artiste fut autrefois habité par sa concitoyenne, la encore jolie Petula Clark :

https://www.youtube.com/watch?v=-y2NlCP904w

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DAVID HAMILTON ET LA DÉCADENCE MAJUSCULE DÉCRIÉE

https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2017/02/20/adore-floupette-cetait-mieux-que-poupette-lecanu-article-par-jean-pierre-fleury-ecrivain-2/

En 1992, David Hamilton répondait tout simplement et comme allant de soi au journaliste de Paris-Match, Jean-Claude Zana, qui lui demandait abruptement : Qu’est-ce qui vous passionne ? : ___ La décadence. J’ai cherché un jour à écrire un livre sur la décadence. Un grand sujet à mes yeux. Entre la décadence anglaise qui est positive et la décadence française qui est négative. Malheureusement tous les derniers grands décadents sont tous morts, comme Visconti, Oscar Wilde ou D’Annunzio. » Ajoutant : ___ Les vrais décadents, eux, ne cherchent pas à être connus. Au contraire des faux qui sont légion. »

Premier arrêt pour dire que nous n’essaierons pas de qualifier, de marquer précisément ce qui fait la différence entre les décadents anglais et français, ou autres. Très vaste sujet, effectivement. Des véritables Décadents qu’il conviendrait d’écrire toujours à majuscule. Par contre, il n’est pas compliqué de définir les faux décadents ; on en voit tous les jours, ce sont tous ces faux artistes, faux rebelles, minus estampillés, prodigieux nullards, très généralement grotesques (et très généreusement subventionnés par les impôts) et autres bêtes à media, etc. C’est le lot commun du triste spectacle du monde. De ces décadents au sens péjoratif, de ces décatis sans talent, plus encore de ces fumistes et roublards, grouillots de bas-empire et oserai-je le dire, de ces dégénérés de l’Art. Ceux qui de ladite « fin de l’Art » font leur juteux fonds de commerce.

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Deuxième arrêt pour expliquer le plus simplement et le plus globalement le mot « décadentisme » (parfois « décadisme ») et donc ses dérivés « décadent », « décadence »… pris en un sens littéraire ou plus généralement artistique (je parle ici d’art véritable, de savoir-faire, de métier, de talent, de vocation profonde, de raison d’être). Le « décadentisme » fut à l’origine un mouvement littéraire, relativement informel, propre à la Belle Époque. Puis il s’est étendu à d’autres domaines de l’Art ; et de nos jours on devrait mieux l’appeler néo-décadentiste.

Produit d’une période de décadence, le décadentisme en est à la fois l’illustration et la contestation. Son au-delà et son en-deçà. Sa révolution et sa conservation. Sa révolte et son acceptation. Ou sa transcendance esthétique. Du point de vue de la forme et du style, on pourrait dire que ce mouvement a des analogies avec les aspects maniérés, baroques, précieux, romantiques, art pour l’art, néo-raphaëlistes, parnassiens, symbolistes, impressionnistes… des arts. Tandis que du point du vue du fond, il est prêt à aborder tous les sujets sans aucun tabou, y compris les plus scabreux, amoraux et immoraux, dérangeants. Mais comme le disait Hamilton : « sur le fil du rasoir ». Bien qu’il y ait des nuances d’un auteur à l’autre, d’un artiste à l’autre, des passerelles entre genres divergents, on peut dire que, sur un sujet plus ou moins identique, c’est essentiellement la forme et le style qui différencient une oeuvre décadentiste d’une oeuvre dite naturaliste, ou réaliste, etc.

Au XIXe siècle, à l’époque de Théophile Gautier déjà, qui l’employa plusieurs fois, mais plus encore vers l’époque Fin-de-Siècle, le mot « décadent », du moins dans les milieux littéraires, poétiques et artistiques, avait avant tout le sens de : délicat, recherché, raffiné à l’extrême et jusque dans l’excès. Et dans un sens plus ou moins péjoratif (déjà) et selon le contexte, de : affecté, maniéré, efféminé, mignard, précieux, doucereux, mièvre, à l’eau-de-rose et cœur d’artichaut… Cf. Péladan : … ses sens délicats et raffinés de décadente (in Le Vice Suprême, 1884, p. 4) ; Renan : Le latin […] est la langue de poètes infiniment délicats, presque décadents, comme on dit aujourd’hui (in Feuilles détachées, 1892, pp. 267-268) ; Huysmans : Les décadents qui cuisinent des hachis de mots (in Là-bas, tome I, 1891, p. 33).

Déjà au XIXe siècle cette (si l’on peut dire) école Décadente, pouvait donc faire rager ou sourire certains et même plus d’un. Y compris Verlaine qui était critique de tout ça, ou du moins du militantisme décadentiste, du (comme il l’écrivait) décadisme dans l’outrance, du « isme » final. Souvent oeuvre, comme de bien entendu, des plus jeunes écrivains de ce courant diffus. Tandis que certains autres, bien-pensants, ne se privaient pas de les moquer. Ainsi en fut-il de Gabriel Vicaire et Henri Beauclair qui obtinrent un brin de succès avec : Les déliquescences ; poèmes décadents d’Adoré Floupette ; avec sa vie par Marius Tapora paru pour la première fois en 1885, pastiche ou plus exactement parodie acerbe des Décadents, ou du moins des plus audacieux dans le style et l’emploi de mots recherchés et rares, ainsi que des plus pessimistes et noirs, ou radicaux (dans les abus divers et la transgression des « bonnes mœurs »). Grande époque d’ironie que l’art fin-de-siècle confronté par ailleurs à tant de scandales politiques et de violences sociales (anti-ouvrière, colonialiste, etc.) qui connut par exemple le « club » des Hydropathes et les arts Incohérents.

Tel autre encore, comme Paul Marcel qui tenait la rubrique « Journaux et revues » du Gil Blas, ironisait dans le n° 5382 du journal (au 13 août 1894) :
« Eh ! bien, non, l’école décadente n’est point morte ; Adoré Floupette ne l’a nullement tuée : nous en prenons à témoin l’Art littéraire de ce mois. On s’imagine que ces écoles de jeunes ne sont qu’affaires de modes!… Mais, d’abord, ces jeunes sont-ils réellement des jeunes ? M. Stéphane Mallarmé, le grand-maître, a certainement un peu plus de quinze ans. Il n’en écrit pas moins des vers comme ceux de ce quatrain :
     À dix heures et sans que tel souffle l’émeuve,
     Toute la vétusté presque couleur encens,
     Comme furtive d’elle et visible, je sens,
     Que se dévêt pli selon pli la pierre veuve.
Après quoi, nous vous recommandons l’article de M. Alfred Jarry : Les Minutes de sable mémorial : César-Antéchrist. Tout d’abord, ce « sable mémorial » semble indiquer un assez fort grain chez son auteur. Mais, quand on lit ses explications, sa mise en scène, oh ! alors, plus de doute : M. Jarry est sincère et se croit dans la bonne voie. Et quelles scènes ! Quels dialogues ! [etc.] »

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On a dit : la forme, le style décadentiste ; mais il y a plus encore : l’esprit décadentiste : l’esprit positif d’un monde à dépasser, ou à préserver en certains de ces aspects, en souvenance d’autres temps ; ou l’esprit négatif d’un monde à s’y perdre et sans avenir, de fin d’époque irrémédiable ; d’un monde à subir. Très généralement un esprit d’en-dehors, aristocrate, intemporel, inactuel, non localisable si ce n’est en certains domaines à l’écart ; en de rares cités, quartiers, villages, demeures isolées de l’Esprit, insensibles au temps qui fuit.

Alors que le naturaliste englué dans le matérialisme et le terre-à-terre, prétendra faire oeuvre de progrès, pire encore : parler au nom de ce mot pour le moins ambigu, dénoncer les tares réelles ou supposées de la société et lutter contre lesdits préjugés populaires, dans un style dit « scientifique », « matérialiste », « réaliste » qui à le lire véhicule en fait, tous les lieux communs du scientisme de son époque, l’indigence de style et la faiblesse de vocabulaire, quand il ne confine pas en vulgarité outrée, racoleuse et basse ; indigeste, répétitive et foncièrement apoétique. Zola, « dont l’esprit graisseux n’est huilé que pour glisser sur les surfaces », comme disait de lui son ennemi intime Léon Bloy (in Sur la tombe de Huysmans), en est l’archétype « idéal » si tant est que l’on puisse appliquer « idéal » à ce feuilletoniste besogneux, tireur à la ligne, sans style et d’une grande pauvreté inventive ; ce flatteur du vulgus ; cet exploiteur littéraire loufoque, outrancier, faux, antipathique de la misère populaire qui n’arrive pas à la cheville d’un Balzac, d’un Sue ou d’un Ponson du Terrail, pour ne citer que ceux-ci. Zola, en ses pensums,  » bien décidé à prouver que s’il manque de génie, il peut en revanche se montrer ennuyeux » comme le résume si bien Oscar Wilde.

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« Les vrais décadents, eux, ne cherchent pas à être connus » a dit plus haut Hamilton. Et c’est vrai pour lui en premier lieu, car si un temps le succès d’une époque lui est tombé dessus, il n’a vraiment pas fait exprès. Moment inattendu pour lui d’adéquation apparente avec son temps. Dans ce même entretien avec Jean-Claude Zana il dit encore : ___ « J’ai une vie tranquille. Je n’aime pas les mondanités. Je sors peu de ma maison de Saint-Tropez et je ne fais pas de photos de mode, qui est le milieu le plus « in » pour les photographes. » Ou encore : ___ « Je ne m’agite pas frénétiquement. Je vis comme un milliardaire, mais aussi comme un moine. Je travaille peu. Je ne me sens à l’aise ni dans le monde de la mode, ni dans celui de la publicité. Je travaille plutôt pour l’amour. » Peu ou pas, ou plus de travail dans la mode et la publicité… mais il précise : ___ « Je passe beaucoup de temps dans mes archives qui sont énormes », ses dizaines de milliers de photographies. Rappelons ses « goûts de l’image » qui vont de la Renaissance aux impressionnistes. ___ Je vais souvent dans les musées, précisa-t-il encore. J’aime beaucoup la peinture et la sculpture. Je vais rarement au cinéma. » Ladite modernité n’est pas son fait, ni la technique sophistiquée ; ni la notion de « progrès » en soi. Mais bien avant tout une forme de nostalgie. Il a toujours gardé un vieux et désuet appareil photographique tandis que ses flous artistiques, ses « flous hamiltoniens » doivent tout à la buée produite par sa propre haleine. Il a dit encore : « Pour moi la photo n’a plus rien découvert depuis 1920, à quelques exceptions près. Aujourd’hui, seule compte la technique […] Trop de technique et pas assez de talent. »

Ai-je besoin de préciser que si les Décadents ne cherchent nullement à être connus, on ne saurait ne pas les remarquer. Leurs manières les trahissent, leurs rapports aux autres, leurs retraits sont souvent remarquables car ils détonent par rapport au monde environnant. Leur allure générale n’est pas celle de Monsieur Tout-le-monde, leurs goûts et dégoûts non plus, leurs préoccupations particulières, bizarres ou marginales. Ignorées du plus grand nombre. Dans leur aspect physique ou distinction, élégance ou autre, dans leur maintien et leurs habits, dans leurs propos, leurs passions et leurs obsessions, dans leurs rejets, paradoxes et insolences parfois, dans leur style original on reconnaît tout de suite ce qui ne saurait être un faux rebelle ou pseudo-dissident. Pour le dire en un mot, le Décadent est très généralement un dandy sorti du fond des abysses d’un passé révolu, ou peut-être d’un futur à naître ou renaître. David Hamilton fut de ceux-là.

Et « dandy » est sans doute le substantif qui convient le mieux, qui se colle le mieux, s’acoquine le mieux à l’adjectif « décadent ». « Dandy », cet anglicisme dont on ne connaît finalement pas trop l’origine. Plusieurs étymologies s’affrontent. Par exemple le verbe « dandle » : faire sauter un bébé ou un jeune enfant sur ses genoux ou déplacez quelque chose légèrement vers le haut et le bas ; ou le verbe daddle (archaïque ou dialectal pour dawdle) traîner, lambiner, flâner. Dandy, mot qui n’est pas si loin du français « dandiner ». Le dandy et le dandysme si bien décrit, du moins le dandysme anglais d’origine, par Jules Barbey d’Aurevilly (dandy lui-même et auteur très catholique mais néanmoins (ou à cause de ça) très sulfureux) dans son essai Du Dandysme et de Georges Brummel, publié en 1845.

Je ne parle pas du sens dévoyé de « dandy » qui a fini par prendre plus ou moins le simple sens relevant du paraître, de « vaniteux » ou « suffisant », ou (deux autres anglicismes encore) de « snob » ou « smart », « gommeux et bien nippé » disait-on autrefois, de « beau » (« beau » en anglais), ou plus encore de « vieux beau ».

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Pour nous français, le prototype, l’ancêtre parfait, incomparable et modèle du style et de l’esprit décadent est Baudelaire ou Bien et Mal se perdent, péché et mort de Dieu, « amour de la vie et haine de la vie » (merveille et mauvais sort à la fois ; deux extrémités entre lesquelles il n’a jamais pu, su ou voulu choisir). Dégoût profond pour le progrès technologiste, le matérialisme et le bourgeois d’un côté ; et de l’autre, goût profond du luxe, du précieux, du rare. Mais toujours sur un fond de spleen (autre anglicisme dans le texte). Rare, jusqu’à une attirance extrême pour le difforme et le malade, la transgression des interdits et autres paradis artificielles (qui sont tout sauf paradisiaques). Et au final pour le morbide et le sarcasme rageur de la lucidité à cru : la non pérennité des choses et des hommes, la décomposition. Ce qu’il y a de plus patent et de plus vrai. Tout ceci racheté et anobli par le culte acharné du Beau, de la (vaine et pathétique) Beauté féminine en particulier.

En 1857, dès avant que Les Fleurs Maladives, devenues entre temps Les Fleurs du Mal, de Baudelaire ne soient publiées et connaissent tout le succès judiciaire que l’on sait — amende, pour lui et son éditeur Poulet-Malassis et six pièces supprimées de l’ouvrage (autrement dit : censurées) : Les Bijoux (La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur, / Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores…), À celle qui est trop gaie (… T’infuser mon venin, ma sœur !), Le Léthé (Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde…), Lesbos, Femmes damnées, Les Métamorphoses du vampire — pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs », une tête molle de l’époque, un insignifiant journaleux (redondance) un certain Gustave Bourdin déblatéra longuement sur l’immoralité et l’anti-christianisme du poète, dans le Figaro du 5 juillet 1857 ; en voici un morceau choisi :

 » L’odieux y coudoie l’ignoble ; le repoussant s’y allie à l’infect. Jamais on ne vit mordre et même mâcher autant de seins dans si peu de pages ; jamais on n’assiste à une semblable revue de démons, de fœtus, de diables, de chloroses, de chats et de vermine. Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les putridités du cœur ; encore si c’était pour les guérir, mais elles sont incurables. Un vers de M. Baudelaire résume admirablement sa manière ; pourquoi n’en a-t-il pas fait l’épigraphe des Fleurs du mal ? Je suis un cimetière abhorré de la lune. »

À comparer avec un passage de l’article en défense des Fleurs du Mal de notre connétable des lettres, Barbey d’Aurevilly dont voici un passage :

« Dans un temps où le sophisme raffermit la lâcheté et où chacun est le doctrinaire de ses vices, M. Baudelaire n’a rien dit en faveur de ceux qu’il a moulés si énergiquement dans ses vers. On ne l’accusera pas de les avoir rendus aimables. Ils y sont hideux, nus, tremblants, à moitié dévorés par eux-mêmes, comme on les conçoit dans l’enfer. C’est là en effet l’avancement d’hoirie infernale que tout coupable a de son vivant dans la poitrine. Le poëte, terrible et terrifié, a voulu nous faire respirer l’abomination de cette épouvantable corbeille qu’il porte, pâle canéphore, sur sa tête hérissée d’horreur. C’est là réellement un grand spectacle ! »

Ou avec ces extraits de lettre de Gustave Flaubert ( auteur peu prolifique à souci de style, de rythme de la phrase et de vocabulaire) :

« J’ai d’abord dévoré votre volume d’un bout à l’autre, comme une cuisinière fait d’un feuilleton, et maintenant, depuis huit jours, je le relis, vers à vers, mot à mot et, franchement, cela me plaît et m’enchante. Vous avez trouvé le moyen de rajeunir le romantisme. Vous ne ressemblez à personne (ce qui est la première de toutes les qualités). L’originalité du style découle de la conception. La phrase est toute bourrée par l’idée, à en craquer.
J’aime votre âpreté, avec ses délicatesses de langage, qui la font valoir comme des damasquinures sur une lame fine. […] En résumé, ce qui me plaît avant tout dans votre livre, c’est que l’Art y prédomine. Et puis vous chantez la chair sans l’aimer, d’une façon triste et détachée qui m’est sympathique. Vous êtes résistant comme le marbre et pénétrant comme un brouillard d’Angleterre. »

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Dans ce même entretien cité au début de cet article, et qui semble résumer au mieux ce que fut David Hamilton, on trouve encore : ___ « J’aurais voulu être peintre ou écrivain. Peintre comme Balthus. C’est un membre du « club ». Avec Vladimir Nabokov. Ce sont les deux grands qui ont choisi le thème de la jeune fille. Nous ne sommes que trois dans ce « club ». J’ai connu Balthus. J’ai passé un peu de temps avec lui il y a une quinzaine d’années à la Villa Médicis. C’est un grand monsieur, tellement distant. Il m’a montré ses toiles. »

En effet Balthus fut un autre dandy et aristocrate austère et à la noblesse polonaise que l’on dit peu assurée (mais qu’importe), peut-être du même acabit que celle de cet écrivain de qualité, déclassé et grand raté (du moins dans le domaine du théâtre symboliste, car pratiquement jamais joué), que fut Jean, Marie, Mathias, Philippe, Auguste de Villiers de L’Isle-Adam, l’auteur des Contes Cruels et de L’Éve Future, pour ne citer que ces titres.

Balthus fut de 1961 à 1977 directeur de l’Académie de France à Rome, à la Villa Médicis, nommé à ce poste par Malraux, alors ministre gaulliste des Affaires culturelles. Lors de sa présence en Italie, Balthus fit rénover le palais et restaurer les jardins de la Villa Médicis dans le style renaissance. Et réalisa une fontaine dite le Carré des Niobides, à partir de copies de statues antiques. Le fait qu’il fût directeur de la Villa Médicis, qu’il eût une famille, qu’il soit mort il y a déjà quelques années (en 2001) et qu’il ait été peintre (même figuratif, nécessairement reconstructeur du réel) et non photographe (témoin du réel), lui a sans doute permis d’échapper à la chasse aux sorcières. Et puis, les collectionneurs de tableaux sont aussi infiniment plus rares que les collectionneurs de photographies originales ou d’album de photographies. Et sans doute de classes sociales différentes.

Figuratif, travaillant en grands à-plats, avec certaines simplifications géométriques dans le dessin, voire parfois dans un style presque naïf ou d’illustrations de livres, Balthus a peint une oeuvre que personnellement je trouve d’une manière générale étrange et distante, comme son auteur. C’est une beauté particulière, une esthétique qui doit aussi à des peintres de la première Renaissance par exemple. Dans le genre de la peinture de jeunes filles habillées ou dénudées, il a repris le flambeau de quelques autres tel Edvard Munch, le pionnier de l’expressionnisme (non exempt d’impressionnisme et de fauvisme), mais sans tomber dans l’outrance d’un hyper-réalisme, ou si l’on préfère d’un naturalisme pictural poussé à l’extrême tel celui d’Otto Dix et de ladite Nouvelle Objectivité, qui a pu sombrer dans la caricature ou le mauvais goût.

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Ici j’aurais dû consacrer deux ou trois paragraphes à Vladimir Nabokov, le Nabokov censuré, s’ils ne se trouvaient déjà pour l’essentiel sur le blog En Défense de David Hamilton : https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2016/12/29/2017-bientot-le-retour-de-maurice-michel-bokanowski-et-de-jean-gilbert-jules-dit-gilbert-jules/
Où l’on voit qu’il ne faut pas confondre Nabokov et Bokanovski (sonorités ministérielles étranges qui me sont restées de mes années d’enfance au même titre que houla-hop et scoubidou). Nabokov, le style sans gros mot, ceci pour annoncer la catastrophe présentée à la fin de cet article.

J’ajoute que Lolita de Vladimir Nabokov fut au préalable bien évidemment interdit aux États-Unis, « pays de la Liberté » (enfin… de la statue de La Liberté) et de l’hypocrisie protestantes, pour obscénité, histoire d’inceste et pédérastie. Mais de même en fut-il en leur temps, du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley en raison paraît-il de sa morale douteuse, de scènes de sexe et de son caractère irréligieux. De Ulysse de James Joyce, livre interdit pour sa thématique perverse ainsi que son caractère irréligieux. Des Raisins de la colère et Des Souris et des Hommes de John Steinbeck ; le premier (prix Pulitzer 1940) pour vulgarité, références sexuelles inappropriées et… utilisation du mot Dieu de façon excessive ; le second pour violence, utilisation excessive du mot Dieu (encore) et caractère irréligieux. Pour ne nommer qu’eux. Eh, oui !

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Au temps présent, celui de la mort de David Hamilton, qui est malheureusement aussi l’époque de tant de ganaches (mâles et femelles) écrivailleuses, comment ne pourrais-je pas évoquer une certaine Charlotte Moreau, journaleuse perroquet à la gazette Le Parisien qui, dans la rubrique « culture-loisirs » (sic) fait l’affront au bon sens d’un article ahurissant : Les héros de 2016 — Flavie Flament : la mémoire dans la peau. Le voici in extenso (avec quelques remarques de ma part) :

« À toutes les stations de son calvaire [Est-ce l’expression adéquate ? Jésus, Marie, Joseph ! Qui plus est, est-ce la réalité ou le phantasme ?], elle aura dû choisir ses mots [Voir ce que j’en pense dans la suite de ce texte]. Ceux pour raconter, dans son roman [un roman ou un témoignage ?] « la Consolation », les viols qu’elle a subis l’été de ses 13 ans, au cap d’Agde. Ceux pour identifier David Hamilton, pourtant protégé par la prescription, [Le « pourtant » vaut son pesant de saloperie ; cela a un nom : diffamation publique. Et pour le Parisien : complicité de diffamation publique] en la personne de ce « photographe de mode à l’aura mondiale » [Pas photographe de mode, et à l’aura passée] que tout accusait dans son livre [Paroles d’évangile]. Et enfin ceux pour réagir au suicide de l’octogénaire [Les mots scandaleux d’une imbécile ; quant à « octogénaire », cela sent le moisi de la gérontophobie], après deux mois de guerre médiatique. [Expression sidérante ! Quand il s’agit d’un pilonnage insensé, totalitaire, terroriste et coupable, d’un harcèlement public et médiatique ignoble d’un être âgé, isolé et sans moyen de défense.] Flavie Flament n’obtiendra jamais de confrontation [le salaud!] avec l’artiste [Tiens ! c’est quand même un artiste, comme Polanski, Allen, etc.] britannique, qui a nié les agressions [ô l’affreux négationniste!] et emporté ses secrets dans la tombe [comme tous les morts ]. Mais grâce à sa notoriété, [autrement dit à un pouvoir particulier que lui confère la dictature de la maffia médiatique, qui lui a permis d’être l’instigatrice avec son complice Ardisson d’un suicide ] l’animatrice de RTL a percé, à 42 ans, une brèche dans la chape de plomb pesant sur les victimes de viol [rien que ça ? d’autres ne l’ont pas attendue, et nettement plus crédibles]. Et particulièrement celles de pédophilie, qui peuvent enfouir leurs souvenirs pendant des dizaines d’années avant de les voir ressurgir, [juste un peu sollicités] intacts [sic] et dévastateurs [dévastateurs pour qui ?].
Mettre des mots sur le phénomène méconnu de l’amnésie traumatique. Mettre des noms sur les criminels. Mettre en cause les délais de prescription [sur la base d’une théorie péri-psychanalytique fumeuse pour ne pas dire délirante et d’une pratique de manipulation qui a déjà fait des dégâts énormes, dénoncées par les gens sérieux de la psychiatrie] qui protègent les violeurs dès que leurs victimes mineures atteignent l’âge de 38 ans [20 ans après la majorité, ce n’est déjà pas mal]. Une mission de réflexion dont la ministre des Familles, Laurence Rossignol, ministre du Droit des femmes, a investi officiellement [mazette !] Flavie Flament [sans compétence aucune à part sa fréquentation des psys]. En plus de toutes celles qui l’ont contactée directement, [combien ? qui ? toutes ex-amnésiques en cette épidémie de dénonciations] combien d’autres femmes (ou hommes) l’ex-petite fiancée [sic!] de TF 1 a-t-elle déjà aidées en témoignant publiquement ? [témoignant ou accusant et diffamant ? et n’ayant jamais porté plainte en heure et en temps ?] »

Charlotte, il faudrait peut-être penser avant d’écrire. Autant de phrases que de çonneries, freluquette ! On dirait que les petits moineaux, les petits plumitifs à cervelle d’oiseau, les piafs de l’inconvenance ne reçoivent même plus de cours de déontologie à l’école du journalisme. Poupette, quelle héroïne ! Quel courage ! Tous contre un, à charge, hors des délais prescrits et en toute diffamation pousse-au-suicide !

Enfin, pour vous montrer que le vieux Bardamu avait raison lorsqu’il prétendait, je ne sais plus où, que « la merde a de l’avenir » en ajoutant : « vous verrez qu’un jour on en fera des discours, » je ne peux m’empêcher de vous donner à goûter non pas un discours mais des extraits de mauvaise littérature, de très mauvais roman. De morceaux de choix de Flavie Flament, alias Poupette Lecanu. Je veux dire : non pas des bouts d’elle-même, mais des morceaux choisis sortis du cerveau de l’écrivailleuse.

Eh, oui, de son grand œuvre La Consolation, j’ai retenu un mot (et annexes) car il semble tellement bien correspondre au personnage et à son élévation de pensée, ainsi qu’à son style fort soutenu. Voici donc à suivre une succession impressionnante de phrases toutes faites, d’expressions archi-usées, de lieux communs de la sous-littérature de gare, pas même bas-bleu pour deux sous, dénuées de toute originalité tant dans l’expression que dans le vocabulaire d’une insigne pauvreté (il est vrai qu’elle sait à qui elle s’adresse) que s’en est presque comique :

_ … c’est de ne pas avoir une vie de merde comme la mienne. J’ai une vie de merde. Vous me faites chier. Vous ne faites tous chier. Je ne devrais pas te le dire mais je te le dis quand même. Tu vois, il y a des jours où j’en ai tellement marre …
_ Ensemble, nous allons remonter. Nous allons nous aider. Nous allons chercher, creuser de nos doigts la terre du passé, soulever les pierres tombales, profaner les lourdes sépultures du non-dit, plonger la main dans la merde, enfoncer nos bras, casser nos ongles, forer au plus profond. Nous allons entendre des râles, des éclats de voix, des colères …
_ Merde, c’est quand même pas compliqué ! Ça, c’est maman qui gueule. Du canapé. extrémité gauche, juste à côté du petit meuble et de ses magazines. La lampe est allumée. Elle a les jambes repliées sur les coussins, un verre de vin à côté…
_ C’est la merde. Comment expliquer à maman la grosse connerie qu’elle vient de faire ? Décidément elle n’en rate pas une… Elle a le don de se retrouver dans tous les coups foireux, quand elle va le raconter à maman, ça va chier. ___ Quoi ?!
_ Jamais Poupette ne couche avec les hommes rencontrés sur les Champs Élysées. C’est un jeu. Un jeu qu’elle doit jouer. Maman est ravie : ça la change de sa vie de merde, comme elle dit toujours. Alors Poupette se tait. Fait bonne figure.
_ Je sais que c’est une des seules choses qui te rende heureuse dans ta vie de merde, comme tu dis, que tu y passes la nuit quand tu n’arrives pas à dormir et que ça te fait du bien. Que ça te donnes aussi des choses à raconter à ta meilleure…
_ Merde ! Tu comprends ? Je veux mourir… murmuretelle [sic, coquille de qui s’emmerde (resic) à faire de la saisie de telles banalités niaiseuses] dans un souffle qui semble être le dernier. Poupette est tétanisée. Face à la folie, son inaltérable pouvoir destructeur, sa souveraineté cruelle, elle baisse la garde.
_ Tout se mélange. Des mains, du savon, des yeux rouges embrumés, de la mousse, des doigts qui la pénètre, du sang, du malsain, du crado, du dégueulasse, du vomi, de la puanteur, du parfum bon marché, de la sueur… De la merde. Les yeux se ferment, le corps se barricade, le cœur se verrouille. Le vieux dégueulasse ne m’aura pas. Jamais.
_ Remettre. Non, là, franchement Flavie… Ok, c’est pas de ta faute, mais ça nous met tous dans la merde. Allez ! Fin des vacances, on rentre à la maison. On va devoir expliquer ça à ton oncle qui nous accueille… Quand je pense que c’est pour…
Fermons les écoutilles. C’est assez ! Cette scatologie ou grossièreté [près de vingt occurrences ici, et sans jeu de mot] est grotesque tellement elle est répétitive et foncièrement indigente. Là, tu es bien loin Poupette, de l’ami Panurge qui au Quart Livre, chapitre LXVII te demande :
___ Que diable est ceci ? Appelez-vous ceci foire, bren, crottes, merde, fiente, déjection, matière fécale, excrément, repaire, laisse, émeu, fumée, étron, scybale ou spyrathe ? C’est (crois-je) saphran d’Hibernie. Ha, ha, ha ! C’est saphran d’Hibernie. »

Scybale du latin scybala, lui-même du grec scubalon (excréments) ; spyrathe du grec spurathos (crottes de chèvres ou de brebis). Hibernie : Irlande.

Bloy écrivit un jour (c’était à l’encontre de son ennemi intime Zola) :
« C’est un peu fort tout de même que ce bison, qui n’a plus même l’excuse d’avoir l’air d’être un écrivain, soit admis à déposer son paquet de fiente sur une grande chose qui nous fait, à nous, sauter les larmes des yeux !

Je trouve cette phrase parfaitement adaptée à notre sujet et applicable à Poupette qui semble atteinte de diarrhée mentale pas même bonne à faire fumure. Et la conclusion ultime en reviendra à Père Ubu, expert en merdrologie, in Ubu Directeur, un pastiche de Pierre Veber paru dans le Gil Blas, n° 6432, du 27 juin 1897) :

___ Oh ! oh ! oh ! Fourrez-moi ça dans le tonneau à vidange !

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