Skip to content

15 février 2017

Je ne fais pas grand cas des hommes politiques ;
Je ne suis pas l’amant de nos places publiques ;
On n’y fait que brailler et tourner à tous vents.

Pour être d’un parti j’aime trop la paresse,
Et dans aucun haras je ne suis étalon.
Ma muse, vierge encor, n’a rien d’écrit au front.

Oui, c’est la vérité, le théâtre et la presse
Étalent aujourd’hui des spectacles hideux,
Et c’est, en pleine rue, à se boucher les yeux.
Un vil mépris de tout nous travaille sans cesse ;
La Muse, de nos temps, ne se fait plus prêtresse,
Mais bacchante ; et le monde a dégradé ses dieux.

Oui, c’est la vérité qu’à peine émancipée,
L’intelligence humaine, hier esclave encor,
A pris à tire-d’aile un monstrueux essor.
Nos hommes ont souillé leur plus vaillante épée,
La Parole, cette arme au sein de Dieu trempée,
Dont notre siècle au flanc porte la lame d’or.

Oui, c’est la vérité, la France déraisonne ;
Elle donne aux badauds, comme à Lacédémone,
Le spectacle effrayant d’un esclave enivré.

Alfred de Musset, in La Loi sur la presse (Revue des Deux Mondes, 1835, repris in Nouvelles Poésies).

Publicités

From → divers

Commentaires fermés