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LA DISTANCE EST L’ÂME DU BEAU. (1)

6 février 2017

« Si l’on considère une langue déterminée, on voit que les mots dont elle se compose changent assez lentement dans le cours des âges ; mais ce qui change sans cesse, ce sont les images qu’ils évoquent ou le sens qu’on y attache… » (Gustave Le Bon, Psychologie des foules, 1895)

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Un certain nombre de personnes depuis les années quatre-vingt-dix et plus encore depuis sa mort, ont fait de David Hamilton rien de moins qu’un pédophile.
Mon idée est moins de dire ici en quoi il n’est pas et n’a jamais été pédophile, mais de mettre le doigt sur le fait que l’Affaire Flament-Ardisson est révélatrice non seulement de la décadence des valeurs journalistiques (si tant est qu’il existe des journalistes de nos jours possédant encore quelques bribes, quelque vague soupçon de déontologie), mais également de la décadence des mots eux-mêmes, pour ne pas dire en l’occurrence de leur perversion. Perversion originelle en ce qui concerne les mots médiatiques, quasi obsessionnels de nos jours de « pédophile » et « pédophilie ».
Cet article sera donc avant tout un article consacré aux mots, à certains mots et à leurs usages. Je rappelle donc en préalable, à propos de David Hamilton:
Curieux pédophile (dans le sens généralement accordé à ce mot à notre époque) que celui qui ne photographia des jeunes filles (mais pas que ça : des paysages, des fleurs aussi…) non pas très jeunes (comme le fit par exemple Charles Lutwidge Dodgson, dit Lewis Carroll, en son temps), mais pubères (l’âge de la majorité sexuelle a été fixée à quinze ans, en France). Donc « post-paidos » (sur paidos, voir à suivre), des adolescentes et non plus des enfants. Qui plus est, bien évidemment avec l’accord des parents. Parents flattés et non choqués de retrouver leurs filles dans les albums photographiques produits par David Hamilton. Qui plus est encore, photographies jamais vulgaires, mais tout au plus (mais, non au pire) érotiques (sur la définition de ce dernier mot, voir plus bas).
Curieux pédophile qui a donné et donne encore à voir de jeunes beautés éternelles (combien sont maintenant grands-mères?) dans aucune pose et dans aucun contexte condamnables par les tribunaux. Aucune photo de délit d’aucune sorte. Il ne faut pas confondre l’esthétique d’un photographe tout à fait honorable, amoureux de la beauté de toutes jeunes femmes, de l’Art et de son histoire avec la lubricité perverse ou sordide des délinquants ou criminels sexuels, comme il ne faut pas confondre une photographie légalement diffusée avec les clichés coupables circulant sous le manteau.

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Il n’est donc pas inutile de rapporter ce « pédophile » — mot magique, polysémique et de plus en plus confus tels peuvent l’être « facho » ou « réac », comme chacun peut le constater — à l’histoire de ce mot et de son compère « pédéraste ».
Il faut savoir, dès le départ, que les mots « pédéraste » et « pédophile » remontent à l’Antiquité puisqu’on les rencontre « tels quels » dans les dictionnaires de grec ancien, par exemple dans le Dictionnaire Grec-Français de Charles Alexandre une somme en son temps (cf. l’édition de 1850).
Parmi les très nombreux composés en « paidé/paido » et en « philès/philos », on y trouve ainsi :
Paidérastès : pédéraste.
Paidérastikos : qui concerne l’amour des enfants. [Autrement dit : pédérastique.]
Paidophilès / paidophilos : qui aime les enfants.
Paidophoneús : (poétique) meurtrier d’enfant.
Paidophthóros : qui fait périr des enfants, qui les corrompt.
Paidiskhéϊon : lieu de débauche.

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PÉDÉRASTE

Pédéraste et pédophile. Pour approfondir un peu, je suivrai maintenant, en y adjoignant quelques commentaires, des extraits du livre d’Igor Reitzman : Longuement subir puis détruire (éditions Dissonances, Paris, s.d.) pp. 143 à 145.
Il serait intéressant de vérifier sur l’ensemble des usuels et pour un nombre suffisant de termes si l’on a le droit dénoncer la règle suivante :
Lorsqu’un dictionnaire ne peut ignorer totalement un terme socialement sulfureux, il se contente de le définir de façon minimale, en esquivant l’information qui pourrait mobiliser la vigilance du lecteur.
« Imposer des significations et les imposer comme légitimes » peut passer par la construction de termes étymologiquement bienveillants pour évoquer une réalité perverse : Pédophile — pédéraste. Curieusement, ces deux termes issus du grec, signifient étymologiquement : qui aime les enfants ou ami des enfants […] Il serait intéressant de retrouver des informations sur les hommes qui ont fabriqué ces termes. Il n’est pas nécessaire d’être Sherlock Holmes pour avancer l’hypothèse qu’ils étaient tous deux amateurs de racines grecques comme d’autres sont amateurs (dans amateur, il y a aussi aimer) de vins ou de fromages. Ils ressentaient le besoin de légitimer ce type de consommation perverse par une appellation contrôlée soigneusement. Enfin leur position dans le monde leur assurait l’écho amplifié dont ils avaient besoin pour que leurs mots à eux entrent dans les têtes et les dictionnaires.
Si tous me reconnaissent comme ami des enfants, comme aimant les enfants (… les mots aimer et amour… permettent toutes les embrouilles puisqu’ils signifient une chose et son contraire. Qu’y a-t-il de commun entre l’amour oblatif … et l’amour captatif…?), je n’ai plus besoin de me sentir coupable.
La racine êran étant inconnue du plus grand nombre, le terme pédéraste créé à la Renaissance (peut-être par le plus érudit des mignons d’Henri III), est sans ambiguïté dans la mesure où il est employé depuis plusieurs siècles pour désigner un homme qui, pour assouvir ses besoins sexuels, a recours a de jeunes garçons.
Lorsque I. Reitzman écrit « le terme pédéraste créé à la Renaissance (peut-être par le plus érudit des mignons d’Henri III) », il est certainement tout près de la vérité. Du moins si l’on remplace « créé » par redécouvert et « francisé », comme toute la culture et toute la littérature antiques gréco-latines, du moins ce qui en avait été conservé. Ainsi, l’imposant Dictionnaire Godefroy d’ancien-français (en son tome dixième, supplément deux, page 301) nous livre les attestations suivantes, datant de la fin du XVIe siècle :
— « Et quant les Espagnols se firent maistres des isles Occidentales, ils trouverent qu’on portoit au col pendu une image de pederastie [sodomie] d’un Pedicon et d’un Cynede, pour contrecharme, qui est encore plus villain. (Jean Bodin, angevin De la Demonomanie des sorciers, f° 145 V°, éd. 1580.) Probablement l’édition originale.
— « Ausone se mocque plaisamment par ceste sorte de vers d’un vilain pedant pederaste. » (Tabourot, Les Bigarrures du seigneur des Accordz, f°163 V°, éd. 1584.) Existence d’une édition antérieure, 1583, à la BNF.
J’ajouterai que le mot « pédéraste » est sans trop d’ambiguïté sur son usage, mais qu’il ne manque quand même pas d’une certaine ambiguïté étymologique, ou plutôt qu’il marque bien une réalité plus crue qui remonte à ses origines, puisqu’en grec le verbe êraô/êran (cf. Éros, le dieu Amour) a le double sens de « aimer » et de « désirer ». Érastès signifiant : qui aime beaucoup, passionnément. C’est bien le second sens de « désirer (sexuellement) », de nos jours encore, qui est retenu par les pédérastes actifs, affirmés et confirmés, tel André Gide autrefois, qui écrivait dans son Journal, Feuillets, II févr. 1918) : « J’appelle pédéraste, celui qui comme le mot l’indique, s’éprend des jeunes garçons. »
Définition autrement plus exacte que celle qu’énonçait en 1949, le Larousse universel en deux volumes : « Pédérastie, acte contre nature qui consiste en l’assouvissement de l’instinct sexuel de l’homme avec un autre homme ». Qui est en fait la reprise du sens commun dérivé du mot « pédéraste », généralement rendu par le péjoratif, voire insultant « pédé » (ou « pédoque », « pédale », « pèd »). « Pédé », terme qui, pour ajouter à la confusion, est parfois repris par les homosexuels eux-mêmes. En ce sens, la meilleure définition que je connaisse est celle du Trésor de la langue française (TLF) : « Homme qui éprouve une attirance amoureuse et sexuelle pour les jeunes garçons, enfants ou adolescents ; par extension, homosexuel. » Ou en terme moins contourné « amour dépravé des [i.e. pour les] jeunes garçons » pour citer à nouveau Frédéric Godefroy. Et ce n’est donc pas le mot « amour » qui conviendrait le mieux, mais « désir », « satisfaction de l’instinct ».

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PÉDOPHILE

Le propre des mots « gênants » à définir pour les lexicographes patentés des dictionnaires reconnus, est qu’il faut arriver à les noyer dans le non-dit et le flou ; le rarement explicite, clair et direct. C’est un autre fait également que ces mots connaissent aussi, dans le langage de tous les jours, une large synonymie (rarement neutre comme « inverti » par exemple, encore que ce mot soit souvent la marque de certains milieux politiques), le plus souvent fielleuse, insultante et grossière, ou ironique et périphrastique (ex. : être de la jaquette flottante). Mais poursuivons la lecture d’Igor Reitzman :
Le terme pédophile me semble infiniment plus contestable […] et puisqu’il n’apparaît pas encore dans tous les usuels à la disposition du grand public […] il est sans doute encore possible de choisir un autre terme pour désigner l’adulte [mâle ou femelle] qui se sert d’enfants pour ses besoins sexuels.
J’ai pensé à pédophage qui mettrait l’action sur la dévoration et la consommation. Mais je ne serais pas hostile à pédocide qui mettrait en valeur l’aspect profondément destructeur ou pédophobe qui attaquerait de front l’hypocrisie du terme à la mode.
Là aussi le terme est étymologiquement contestable (comme je l’ai évoqué déjà dans un article précédent) parce qu’il n’est pas sans ambiguïté lui aussi en grec, où il veut dire aussi bien « ami » dans le sens de : aimé, chéri, cher, aimant, bienveillant ; que « qui plaît », « qui est à cœur » ; ou, sous sa forme féminine « philè » : amie, amante, maîtresse ; ou, sous sa forme neutre « philon » : objet d’amour.
L’avantage du mot « pédophile », l’avantage pervers d’un tel mot, je veux dire (pervers moins pour celui ou ceux qui l’ont inventé autrefois, d’un temps où la société l’acceptait et où la dure condition enfantine n’était pas celle d’aujourd’hui, que pour ceux qui l’on redécouvert, francisé et… appliqué en des temps plus modernes), est de totalement noyer le poisson et de lui faire dire l’inverse de ce qu’il veut dire réellement.
Notons que ce mot, dans nos sociétés, en France plus précisément, semble remonter à une époque très récente puisque les occurrences que les lexicographes donnent, tournent autour des années d’une « explosion » pédérastique post-soixantehuitarde quasi au grand jour (début et courant des années soixante-dix du siècle dernier), époque qui a vu aussi l’explosion de l’audio-visuel pornographique. Il suffit de rappeler que c’est en 1973 que le pédo-pornographe et apologiste obsessionnel de la pédérastie Tony Duvert (dont je dirai quelques mots peut-être en un prochain article) a obtenu le Prix Médicis pour son livre Paysage de fantaisie, histoire pitoyable d’enfants mâles qui dans une maison de campagne sont dressés à la prostitution. Quelques années auparavant, les premiers livres de cet auteur étaient vendus sous le manteau, ou si l’on préfère par souscription, il y a toujours des lecteurs « distingués » pour ce genre de choses.
Pédophile mot pervers, oui, car il a permis de remettre sur pied, à neuf et au goût du jour, la vieille pédérastie trop couverte d’opprobre et de confusion (pédérastie et/ou homosexualité) sous l’aspect sympathique de la « philie », dévoyant par là même, ce préfixe et suffixe d’origine grecque, n’ayant eu jusque là qu’une connotation totalement positive. Il suffit de citer des mots comme : cinéphile, francophile, bibliophile, d’un côté, et de l’autre : philosophe, philanthrope, philatéliste. Et l’on se demande bien ce que ce « pédophile » vient faire au milieu de tout cela.
Pour être complet ajoutons, qu’à l’inverse du suffixe « éraste » (érastès) qui me semble être à usage unique en français, le préfixe « péda/pédé/pédo/péd » (paidos) a connu un certain développement qui semble bien postérieur à la réémergence du mot « pédéraste ». Et d’usage spécialisé ; tels les mots : pédagogue, pédologie, pédopsychiatre ; pédobaptisme (religion), pédogénèse (zoologie).
Le terme « pédie » quant à lui, qui vient du grec « paideía » (ce qui a rapport à l’enfant, éducation, dressage, élevage), entre dans la composition d’un certain de mots en tant que suffixe. Mais il n’est pas perçu comme étant en rapport avec le préfixe « pédé/pédo/péd ». Cf. orthopédie, encyclopédie, gymnopédies, etc.
J’ai laissé de côté un mot dont il conviendrait d’en dire un peu plus, il s’agit du mot rare « pédolâtrie », adoration des enfants. Le TLF cite à ce sujet G. Palante in Mercure de France (1919) : « [Les pédagogues] aiment tous l’enfant. Ils l’aiment d’un amour immodéré et édifiant. Cela déborde de phrases attendrissantes sur l’enfant ; c’est une véritable pédolâtrie. » Il y aurait justement beaucoup à dire sur cette assertion. La vocation enseignante n’étant plus ce qu’elle était, et les méthodes, tant du passé que du présent, ne montrent pas toujours « un amour immodéré et édifiant », ou de bien curieuses amours, de certains enseignants pour les enfants.

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PERVERS

En jargon médical ou psychiatrique (qui utilise le mot « pédophilie », mais semble ignorer le mot « pédérastie ») la pédophilie est définie comme une chronophilie (préférence sexuelle, attirance sexuelle pour des personnes d’un âge particulier) relevant d’un trouble psychologique dénommé paraphilie, ou pour le dire en terme clair et net, non édulcoré : d’une perversion. Dans le domaine de la sociologie, on parlera de déviance des mœurs et normes communes, de la morale sexuelle habituellement acceptée au sein de la société ; pratique rangée dans les délits par le droit.
Le secteur psycho-médical possède aussi toute une panoplie de mots pour préciser le mot « pédophilie » selon le sexe et l’âge de l’agresseur et de l’agressé, réservant généralement ce terme aux jeunes enfants, aux pré-pubères ; il y a par exemple éphébophilie ou adolescentophilie, hébéphilie ou korophilie ou parthenophilie, etc.
En conclusion je dirai que pas plus ambigus, pour ne pas dire faux et pervers, du moins si on les rapporte à notre époque et non aux temps « étymologiques » antiques (« autres temps, autres mœurs ») que ces mots « pédéraste » et bien plus encore « pédophile ».
J’ai écrit plus haut que le grec « paideía », dans son sens premier, veut dire : ce qui a rapport à l’enfant ; éducation, dans un sens noble ; mais aussi dressage, ou élevage, dans un sens trivial qui ne fut pas le dernier aux siècles passés.
Ici une petite remarque, non sans importance. Il fut dans les temps passés, pas si lointains encore, l’idée que l’enfant devait être « dressé » sans ménagement et sans discussion, avec autorité parentale absolue (uniquement paternelle jusqu’à une époque récente), avec cette autre idée (préalable) qu’à moins de ça, il n’était qu’un être « de nature », un sauvage sans morale, possédant tous les vices, non respectable.
Lieu commun que Freud a « théorisé » de cette manière (je ne mets pas de « sic », il y en aurait trop à mettre) :
« […] l’enfant ne se comporte pas autrement que la femme moyenne inculte, chez qui subsiste la même disposition perverse polymorphe. Dans les conditions habituelles, celle-ci peut rester à peu près normale sexuellement, mais sous la conduite d’un habile séducteur, elle prendra goût à toutes les perversions et en maintiendra l’usage dans son activité sexuelle. Dans son activité professionnelle, la prostituée met à profit la même disposition polymorphe et, par conséquent, infantile ; et, si l’on considère le nombre immense de femmes prostituées et de celles à qui il faut accorder des aptitudes à la prostitution bien qu’elles aient échappé au métier, il devient en fin de compte impossible de ne pas reconnaître dans l’égale disposition à toutes les perversions un trait universellement humain et originel. » (in Trois Essais sur la théorie sexuelle, 1905).
(Comment ai-je pu, en mes années d’études, ne pas me rendre compte de l’ignominie d’un tel individu, et passer devant de telles idées et propos sans même m’en offusquer ? Il est vrai qu’alors, le freudisme, le reichisme, le freudo-marxisme (nec-plus-ultra) étaient très mode.)
Ce que le pédéraste courant rend par : les enfants ont le vice dans la peau, rien ne m’empêche donc d’être aussi vicieux qu’eux, et d’en abuser, puisque je suis le plus fort. Et ce qui a permis à un Duvert d’écrire un livre sur le « bon » esclavage sexuel de mineurs mâles. Ou encore à Polac de disserter de cette manière assez glauque :
Oui, j’ai vécu cela à 14 ans avec I. J’ai défailli comme on disait au XVIIIe siècle, rien qu’en frôlant son ventre nu avec mon ventre. De même avec un autre I. à 28 ans, il avait 18 ans environ, mais ce fut moins foudroyant car je l’avais pris pour un tapin [sic] ; et enfin à 40 ans, avec ce curieux gamin un peu bizarre, sauvage, farouche, un rien demeuré [sic], fils de paysan, orphelin peut-être, qui devait avoir 10, 11 ans, peut-être moins, et qui m’a si étrangement provoqué [on y est !] jusqu’à se coucher nu dans ma chambre d’hôtel en me racontant une obscure histoire de relation sexuelle avec un homme de son entourage et je me suis rapproché de lui, et il était nu sur le côté, et j’ai seulement baissé mon pantalon et ai collé mon ventre contre son cul, et j’ai déchargé aussitôt, en une seconde, dans un éblouissement terrible, et il a eu un petit rire surpris comme s’il s’attendait à ce que je le pénètre, il paraissait si expérimenté, si précocement instruit, tout en ignorant ce que cela signifiait [sic], tout en étant capable de préciser ce qu’il savait ou voulait. [sic]» (Journal, p.147)
Et je crois avoir déjà cité Gide, dans un autre article, qui affirmait même, et d’évidence ! que tous les corses (mâles) avaient « ça » dans la peau. Ah ! ces méditerranéens ! La Corse, le Maghreb… Pitoyable individu. C’est le moment de le dire : il prenait ses désirs pour la réalité.

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PÉDOCIDE, PÉDOPHAGE, PÉDORÉIFICATEUR

Mais poursuivons.
J’ai déjà écrit plusieurs fois que le mot « pédophile » est une absurdité totale ; et qu’on l’accole sans nuance aucune, aussi bien à des criminels, assassins, barbares tel le couple Dutroux qu’à des exploiteurs de la misère exotique tel Mitterrand le neveu (faute avouée n’est pas toujours à demi pardonnée) ou autres politiciens bien connus, ou feu Michel Polac, pédéraste et/ou homosexuel d’occasion, en passant par les « simples » violeurs. Sans oublier certains réseaux de gens au-dessus de tout soupçon. Ou ceux qui ayant fait vœu de chasteté se retrouvent confrontés à l’instinct sexuel. 2 Or, tout n’y est pas du même niveau.
Je me sens donc en accord avec Igor Reitzman pour donner mot adéquat, ou plus exactement mots adéquats (au pluriel) : – barbare pédocide (ou infanticide, au sens général du terme) pour les assassins ; – pédophage, en tant que consommateur sexuel d’enfants y compris « consentants » ; violeur sur mineur…
Par contre je rejetterai pédophobe. Car là aussi, comme pour philos, le terme n’est pas adapté. Il ne s’agit justement pas de phobie (du grec phobos, peur). C’est tout l’inverse, à moins de prendre en compte la peur de celui qui brave les lois et l’interdit. 3
À la place de la racine phobos, c’est la racine ekhthros (ennemi, qui haït, qui est hostile) qui devrait être employé. « Pédochthrie » (ou pour simplifier : « pédoctrie »), plutôt que « pédophilie ». Ekhthros, qui est peut-être un dérivé de ektos (hors, en-dehors, au-dehors, extérieur, excepté).
Avec pour suite logique la racine : polemios, « contre qui on est en guerre, adverse, nuisible… », de polemos, guerre, bataille, combat. Et dont le dérivé polemikós a donné « polémique » en français, forme affadie du sens premier grec : guerrier, militaire, qui a rapport à la guerre, propre à la guerre, belliqueux. Ce qui donnerait en notre domaine : pédopolémie.
Je proposerais bien encore le néologisme pédo-réificateur, ou pédoréificateur : (substantif et adjectif), qui chosifie les enfants et plus généralement les mineurs, en en faisant de simples objets ou jouets sexuels (« consentants » ou non-consentants) ; synonyme : esclavagiste du sexe à l’encontre des prépubères (des enfants).

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PERVERSION DES MOTS ET CONFUSION MENTALE

Perversion des mots, répétés jusqu’à la nausée par le commun des hommes et finalement salmigondis d’embrouilles lexicales, de sens et au final d’opinions véhiculées.
Ainsi, contaminé par une prolifération de vraies et fausses affaires dites de pédophilie, le premier venu a fini par assimiler tout cliché de mineur dénudé à de la pédophilie, ou à une perversion ; à ce compte, le Pape lui-même et la très haut clergé catholique sont tous pédophiles ; il n’est que d’avoir visité le Vatican, ses onze musées de premier ordre, la Chapelle Sixtine pour y découvrir tant et plus, non pas de photographies mais, de fresques et de tableaux, de sculptures de nudités intégrales ou quasi intégrales selon les époques, tant adultes qu’enfantines. Dont plus d’une de haute antiquité. Les anges eux-mêmes, normalement hermaphrodites comme tant de déités antiques, ne sont pas toujours très vêtus ; la Vierge Marie montre assez souvent ses seins nourriciers, et le Petit Jésus son zizi (non circoncis d’ailleurs, ce qui semble être un gros anachronisme quand même, ou… une faute de goût). Et c’est en tant qu’adulte seulement que les peintres et les sculpteurs masquent ses attributs.
Les catholiques même les plus intégristes, ou grenouilles de bénitier noyées dans l’eau bénite, ne semblent s’en offusquer. Ils ne sont pas ennemis du Beau, ni du luxe, ni du fastueux ; ils le doivent bien à leur dieu. L’Art en son ensemble, les arts sont en la circonstance d’expression divine. Une forme absolue de Sacré. Ce qui contenterait les plus théocratiques et artistes à la fois, comme un Ernest Hello ou un Léon Bloy s’ils existaient encore.
Il n’y a que les esprits tordus et les anticléricaux fanatiques et je dois dire bornés, pour vouloir établir un rapprochement entre ce que je viens d’écrire et le fait que des religieux se laissent aller à la pédérastie. De nos jours, il faut tout préciser, car tant de choses sont interprétées de travers. Au sein de la chrétienté, au sein même des trois grandes religions du Livre, la chasteté catholique qui fait figure d’exception, n’est qu’en partie la cause première de ses « débordements ». Qui n’a jamais lu, dans la rubrique des faits divers, que des pasteurs, des rabbins, des popes, que sais-je encore, mariés et parfois pères de famille nombreuse, ne se soient laissés aller à commettre des actes relevant de la pédérastie (mâle et femelle), certains même en multirécidivistes ?

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ANTI-PÉDOPHILE OU APÉDOPHILE ?

J’ai déjà évoqué le fait que des gens avaient été accusé de pédophilie pour avoir possédé, parmi de réelles photographies délictueuses, des photographies du si tendre et distingué David Hamilton ne relevant aucunement de ladite pédo-pornographie. C’est l’époque qui a perdu tous ses repères, abandonné toute nuance et raison, et mélange tout. Dans ce domaine comme dans bien d’autres.
Je ne parle pas en l’air lorsque je dis que l’on est dans le délire et la déraison. Voici par exemple, l’entame d’un article paru sur Internet en anglais (cf. imdb.com, le sept mars 2008), écrit par un pseudonyme qui nous explique dès le titre, que le film réalisé par David Hamilton « Un Été à Saint-Tropez » (de 1983) est « Probably the best anti-pedophile film ever made », probablement le meilleur film anti-pédophile (ou : anti-pédophilique) jamais réalisé. Voici donc un nouveau mot à analyser : anti-pédophile.
Au lieu de nous dire en quoi il n’est pas pédophile, et même anti-pédophile selon ses mots, il nous explique seulement et à son goût ceci :
Ce film montre que, même avec les meilleurs arrière-plans, le paysage le plus romantique et les plus belles filles, il est parfaitement possible de faire un film extrêmement ennuyeux. J’aime les jolies filles comme quiconque, mais ce film m’a complètement éloigné des filles. En fait, je pense que je pourrais essayer cette chose homosexuelle maintenant. Pendant plusieurs heures après avoir regardé cette mocheté absolue de film, je suis resté flasque ! Ce n’était rien que mauvais. J’imagine vraiment que même pour les pédophiles c’est une torture à regarder.
Et j’en conclus qu’un film anti-pédophile, serait donc pour ce critique anonyme, et sans doute pour bien d’autres humains et humaines aussi, un film ennuyeux et anti-excitant (pour le dire vulgairement : « pas bandant ») pour des pédérastes mâles ou femelles attiré(e)s par les jeunes filles non-pubères.
Il n’y a même pas à essayer d’expliquer en quoi ce film ne serait pas anti-pédophile avec de telles raisons, ni d’essayer d’expliquer, avec d’autres raisons du même acabit, en quoi il ne serait pas pédophile non plus, par le simple fait objectif et tout bête que dans ce film, tout le monde a la majorité sexuelle ; que plus un seul, que plus une seule n’est encore « paidos ». Ni pédophile (au sens médiatique et courant du terme ; ou pédophilique), ni anti-pédophile, il est par définition apédophile, totalement en dehors du domaine de la pédophilie.

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ESTHÉTIQUE ÉROTIQUE

Si, Un Été à Saint-Tropez est apédophilique, tels tous les films réalisés par David Hamilton, si toutes les photographies de jeunes filles réalisées par David Hamilton sont apédophiliques, comment pourrait-on alors définir cette œuvre, du moins son érotisme d’une manière non plus négative, mais positive ?
Nous allons essayer de le faire en poursuivant la lecture de l’article précédemment cité, car il a l’intérêt de définir en creux, et bien malgré lui, les grands principes esthésodiques mis en œuvre par le regard (j’aurais envie de préciser, le regard myope) de David Hamilton.
Mais dès à présent, nous pouvons affirmer que l’esthétique de l’esthète que fut David Hamilton fut, et est encore heureusement, à l’exact opposé de celle (en est-ce encore une ?) de réalisateurs de vulgaires films, de films vulgairement érotiques ou pornographiques. Je sais les mots « esthétique » et plus encore « esthète » peuvent faire sourire, mais laissons sourire, et rire plus encore, les chantres (et chancres) de la décadence qui mélangent tout et ont perdu toute notion de la beauté, de la gratuité, de l’innocence ; et de l’honneur. Ces consommateurs à satisfaire sur place et dans l’instant. Et dont le désir, toujours du plus bas et immédiat, se nommerait « envie ». Comme on a envie de manger, de boire ou… d’uriner. « Et ils piss’nt comm’ je pleure » dirait Brel. Ni distingués, ni délicats, que pourraient-ils comprendre à la vie d’un Des Esseintes ou … d’un Hamilton ?
« La pornographie est l’érotisme des autres », a dit je ne sais pas qui. Personnellement j’ai une définition assez simple permettant de différencier érotisme et pornographie ; à l’érotisme toute absence de vulgarité, le « titillement » si l’on veut ; à la pornographie tout le reste et le simple voyeurisme pratiquement sans limite. Érotisme et pornographie sont à différencier un peu comme on différencie au point de vue du droit, l’abus sexuel (un délit), du viol (un crime). L’érotisme ne montre pas d’acte sexuel à proprement parler (ou les sexes mâles et femelles seraient directement en jeu). Or, le confus, le pas clair, l’autre chose, le non-dit, le non-vu, c’est ce qui justement semble chagriner l’auteur anonyme de notre article qui poursuit en disant :
Je pensais que ce gars était supposé photographe? Ne sait-il pas comment traiter la lumière ? Dans la première partie du film (qui est censé introduire les personnages) tous les plans des visages des filles sont dans l’ombre ou à mi-ombre. Maintenant, je comprends ce qu’il essayait de faire ici, la lumière directe crue n’est pas aussi belle que l’ombre mystérieuse. Mais vous devez bien le faire ! C’était techniquement parlant, le pire film que j’ai vu depuis longtemps. Même une vidéo de Youtube est mieux que ça. Il n’y a pas de gros plans, et les demi-plans larges que nous obtenons des visages des filles sont tous dans le noir ou dans l’ombre. On ne voit jamais les filles. En fait, le premier gros plan qu’on a, qui est vif et bien éclairé, est celui du gars ? Qu’est-ce que c’est que ça ?! Hamilton serait-il homosexuel en fait ? Ou quoi? Était-il camé quand il a fait ça ?
De même plus bas dans l’article, ajoute-t-il :
Pour paraphraser Winston Churchill [sic] : Jamais si peu n’a été accompli avec autant ; tant d’actrices dévastatrices et si beaux paysages à couper le souffle. Si seulement nous avions pu voir les visages de ces actrices correctement! Un corps n’est pas tant intéressant, le manque de temps passé sur les visages dans cette mocheté est ce qui finalement scelle son sort.
Et encore :
Bien que je ne connaisse pas sa situation financière de l’époque, je pense vraiment qu’il aurait dû être capable de se doter d’une bonne lumière.
On en voit pourtant des visages. Et pas toujours « voilés ». Et comment sait-il que ces actrices étaient dévastatrices, lui qui prétend ne les avoir qu’entraperçues ? Cela dit, il définit malgré lui le procédé photographique de Hamilton et finit même par s’en rendre compte. Mais ajoute qu’il est mal réalisé. Or, tout est dans la non-lumière, le flou et le lointain chez Hamilton. Volontairement. Exprès. Et j’ajoute : indépendamment de « bon » ou « mauvais » matériel, de format d’image, etc. Il ne s’agissait pas pour lui de se doter d’une bonne lumière, puisque c’était sa lumière et pas une autre, ou sa non-lumière ou lumière vague, ombrée, floue. Comme dans un rêve.
C’est ainsi Catherine Breillat, co-scénariste du film Bilitis, qui déclare (cf. Gala du 30 novembre 2016) : « David était complètement fasciné par l’esthétisme ». Et qui dit par loin : « On ne s’est pas revus après Bilitis car, franchement, j’ai trouvé le film épouvantablement mauvais. David ne s’attachait qu’à la beauté de sa lumière, c’était un photographe, pas un réalisateur. » Donc voilà quelqu’une qui évoque, à l’inverse de l’anonyme, la beauté de la lumière de David Hamilton. (mais aussi qui semble totalement se dédouaner d’un « film épouvantablement mauvais »dont elle fut pourtant la co-scénariste, mais pas Hamilton ; et oublier que le cadreur a aussi son mot à dire, enfin son savoir-faire à exprimer). Enfin, les deux sont d’accord pour voir le côté essentiel du (bon ou mauvais) jeu avec la lumière, en photographe, de David Hamilton. Mais poursuivons avec l’anonyme :
C’est tout simplement affreux ! Ne pouvait-il pas au moins lire un livre sur la manière de faire un film ? Un dépliant ? Bien sûr, vous devriez avoir une sorte d’introduction des personnages, ce qui est le plus efficacement fait avec un plan large, un plan demi-large, une séquence en gros plan. De cette manière, une sorte d’identification est possible. Ici, pas tant. Spécialement avec des filles qui se ressemblent beaucoup ; il est important d’établir qui est qui et qui a fait quoi, et avec qui. C’est complètement ignoré dans ce film.
Oui, mais justement, l’intérêt ne se trouve pas en soi dans le précis et le patent, mais bien avant tout dans l’imprécis, voire l’interchangeable. Toujours ce même flou de la découverte difficile. La distance entre les acteurs et ceux qui regardent derrière une caméra ou sur un écran. D’ailleurs le cinéma n’est-il pas qu’illusion, distance d’avec la réalité du quotidien, modification des dimensions, transmutation de l’espace, présentation condensée et choisie du temps, procédés techniques, musicaux, etc. annexés au réel ? Le cinéma, ce n’est après tout que des images qui bougent. Mais des images d’essence particulière. Artistiques autant que faire se peut. Du moins dans le cinéma dont on parle ici.
Après l’image, il évoque le son :
Un autre commentateur a déclaré que c’est son meilleur film, à cause de l’horrible dialogue dans Bilitis et Tendres Cousines. C’est un compliment à l’envers, si jamais j’en ai vu un. La solution à mauvais dialogue n’est pas aucun dialogue, mais meilleur dialogue. Se procurer un écrivain?
D’accord, certains films n’ont pas toujours besoin de dialogues, il y a de très bons films de faits sans dialogues. Pourtant, 60 minutes complètement sans intrigue ? Combiné avec cette musique de supermarché pour aéroports? J’ai regardé ce film un matin, assis sur une chaise rigide à dossier droit dans un appartement froid, buvant du café. Pourtant je me suis endormi trois ou quatre fois, ce n’était juste qu’un film ennuyeux.
Et oui, oui, il y a des films sans intrigue qui sont assez bons. Et il y a de mauvais films sans intrigue. Et il y a des films sans intrigue qui sont vraiment mauvais. Et puis … il y a « Un été à Saint-Tropez ».
Et à nouveau un peu plus bas :
Et à quoi pensait-il lorsqu’il se ridiculisait avec cette imposture de bande sonore ?
Mais pourquoi alors, se tirailler l’esprit et s’imposer soixante minutes d’ennui ?… Film sans dialogue, sans intrigue… : mais peut-être s’agit-il d’une variété originale de film qui n’a rien à voir avec un film à histoire, à aventure, mais plus à voir avec un documentaire esthétique, un musée vivant à parcourir, une succession d’images ou de photographies, lents plans longs, plans-séquences ou plans fixes ; au final, un beau livre d’images filmé. Enfin, la musique, de Benoît Widemann, cherche peut-être à s’adapter à l’image, au propos général, à l’idée de base et de fond, non ? Mais qu’en comprend cet anonyme ? Connaît-il un peu le cinéma muet… et (oserai-je le dire ? c’est un très gros mot de nos jours !) la poésie ?
Mais arrêtons les frais ici de la critique par le bas. Et extrayons la moelle du réel de ce discours inversé.

L’ALCHIMIE HAMILTONIENNE

Il sied mieux de donner un avis avisé ; ce sera celui d’un autre anonyme d’Internet (cf. rareandcollectibledvds.com & dvd.netflix.com) véritable contre-pied du précédent.
David Hamilton crée un nouveau genre [« standard » en anglais ; style, norme, manière] dans la photographie de film érotique avec un hommage lyrique à la grâce et beauté de très jeunes femmes. Hamilton conçoit un monde tranquille dans le Sud de la France, où un groupe de beautés cohabitent ensemble dans une maison de campagne isolée. Leurs heures passent inconsciemment de l’une avec l’autre – celles d’une vie idyllique de l’innocence, et l’intimité des moments partagés est tendrement capturé par les cadres doux de Hamilton. Un morceau de musique obsédante marche aux rythmes tendres des jours que ces faons passent ensemble, loin des contraintes de la société. Hamilton a été appelé un «maître de la photographie érotique» pour des livres tels que «Rêves d’une jeune fille», «Sœurs», et sa «Collection privée». Dans Un Été à Saint-Tropez, se prolongeant lui-même dans une nouvelle forme d’art, David Hamilton crée un classique moderne pour les spectateurs matures.
Oui, le style érotique hamiltonien est celui du contenu (de la retenue) et de la tendresse, de la mise à distance (le flou et le lointain) ; le velouté et le feutré, le lent et le léger ; le ténu ; la quiétude ; le quasi invisible ; le doux et le posé ; l’impossible et l’intouchable ; une sorte de pudeur finalement ; ou de curiosité émerveillée et fatalement vaine ; l’irréel et le rêve ; le non trivial. Je risquerai le mot : sacré ; le consacré et le rituel. Le refus du temps qui passe ; la nostalgie de l’éternel, de l’immuable et du pérenne impossibles. Une gageure.
Mais comment expliquer, faire comprendre cela à un temps perdu en régressions artistiques contemporaines, à la foule que l’on manipule et que l’on viole chaque jour, à l’homme que l’on acculture et que l’on abaisse en slogans vils, sous-pensées définitives et sans nuances ?
À des êtres anonymes qui s’indignent de la mort-spectacle de caricaturistes bornés du système, prétendument progressistes, et qui défilent à millions dans les rues en compagnie de leurs pires ennemis sans même s’en rendre compte, tout en revendiquant la liberté d’expression, leur grotesque « liberté d’expression », tandis que demain ils crieront haro à l’en-dehors, au loup ultime de la contrée, au dernier des Mohicans, souffleront à qui mieux mieux, les lâches et insensibles petits ectoplasmes, les animalcules ignorants de la médiocrassie, dans les cors assassins de l’hallali ; participeront satisfaits et sans remords, en « mission accomplie » au lynchage à mort médiatique d’un être seul et innocent, et pis encore, dont ils ne connaissent rien de la vie et de l’œuvre. Et de l’Art en général, ces décérébrés !
Dans le silence complice qui suit encore et qui fait encore partie de leur œuvre de bassesse et d’ignorance, nous refusons de nous taire et de nous terrer. Et d’accepter cette forme sournoise de la terreur.
Oui, le style hamiltonien, prend date au temps qui fuit sans cesse, tout en étant totalement intemporel, car…
« Le beau enferme, entre autres unités des contraires, celle de l’instantané et de l’éternel. »
Oui, le style hamiltonien, c’est la mise à distance, car…
« Le beau est un attrait charnel qui tient à distance et implique une renonciation. Y compris la renonciation la plus intime, celle de l’imagination. On veut manger tous les autres objets de désir. Le beau est ce qu’on désire sans vouloir le manger. Nous désirons que cela soit. »
Et « Le regard et l’attente, c’est l’attitude qui correspond au beau. »
Oui, le style hamiltonien est du grand art, de la belle œuvre, un œuvre magique, car…
« La beauté séduit la chair pour obtenir la permission de passer jusqu’à l’âme. »
Et « Dès lors tout art de premier ordre est par essence religieux. (C’est ce qu’on ne sait plus aujourd’hui). » 4
Oui, La Société de l’indécence, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Stuart Ewen 5, n’est pas celle de Hamilton, mais celle qui a tué Hamilton et qui tue l’Art vrai et réel tous les jours d’un temps, notre temps malheureux, sans valeur, ni hauteur.

*

Notes :
1 – J’emprunte mon titre, qui est une pensée de Simone Weil, au recueil posthume de ses cahiers de la période de Marseille (1940-1942) titré La Pesanteur et la grâce, dont les premiers extraits ont été publiés par le philosophe non-universitaire Gustave Thibon, chez Plon, en 1947.
2 – Souviens-toi des jeudis, de la mère Larousse, / Le frangin à rabat comme un flic à tes trousses, / Ta plume qui grattait sous l’œil de ce bandit /Qu’une certaine envie mettait à ta merci. (Ferré, L’enfance). Qu’une certaine envie mettait à ta merci, curieuse expression finalement, ce n’était pas plutôt lui qui était à la merci du bandit à rabat ?
3 – C’est aussi pourquoi la langue n’est pas toujours claire lorsqu’elle évoque, par exemple, l’arabophobie ou l’islamophobie lorsqu’il s’agit tout simplement de haine anti-arabe ou de haine antimusulmane. On ne devrait utiliser la racine « phobie » que lorsqu’il s’agit de peur. Xénophobe : peur (rationnelle ou non) de l’étranger, et non pas haine de l’étranger, ni racisme à l’encontre des étrangers sans distinction.
4 – Toutes ces citations sont tirées de l’ouvrage de Simone Weil o.c.
5 – Le titre original est Captains of Consciousness — Advertising and the Social Roots of the Consumer Culture (McGraw-Hill, New York, 1976). Le titre français cité ici, suivi du sous-titre publicité et genèse de la société de consommation est celui de la traduction de 2014 de François Sainz ; une précédente traduction française, par Gérard Lagneau a été éditée, en 1983, chez Aubier-Montaigne, sous un autre titre : Consciences sous influence — publicité et genèse de la société de consommation.

Le petit lexicographe.

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