Skip to content

ARDIÇON ET LES MOTS DE LA VRAIE VIE

21 janvier 2017

Ardiçon, qui l’eut cru finalement, est un révolutionnaire, du moins si l’on se reporte à ce que son poteau, Frédéric Taddeï, disait de lui récemment * :
— « Tu as commencé à révolutionner l’interview télé il y a une bonne trentaine d’années, on t’a souvent d’ailleurs reproché ton approche. » En ajoutant : — « Est-ce que tu es fier de toi dans ce domaine ? »
Ce à quoi « le révolutionnaire » répondait :
— « Je suis fier d’avoir fait avancer le schmilblick et je suis fier d’avoir employé les mots de la vraie vie. Quand je suis arrivé à la télévision, il y avait encore un langage télé. La façon de parler était différente, un peu comme en politique. J’ai un peu bouleversé cela. Et puis, il y avait des sujets que l’on n’abordait pas. Dans les « talk-shows », on ne parlait pas de sexe, de drogue. Je crois que je suis l’un des premiers à l’avoir fait. »
Je traduirai donc ça en langage également de la vraie vie, du moins la mienne :
Quand je suis arrivé à la télévision, il y avait encore des gens distingués, courtois, posés, polis, ayant du vocabulaire et de la culture. On y avait encore une certaine retenue, de la pudeur, le sens de la mesure. Un certain savoir-vivre, le ton plus feutré. On y parlait moins dans le vide, on ne tournait pas en rond toujours avec les mêmes. On ne s’abaissait pas aux niaiseries contemporaines, ni au ton vulgaire (banni), ni aux préoccupations « harengères ». D’ailleurs, le premier venu ne passait pas à la télé. Puis, moi j’ai fait venir n’importe qui, le premier crétin à la mode, l’inculte, le vulgaire ; je leur ai causé « comme y causent », je leur ai parlé de leur vie minable et de leurs préoccupations existentielles : le sexe, la drogue, etc. Je crois que je suis l’un des premiers à être descendu aussi bas. Ce dont je suis vraiment fier c’est d’avoir fait si belle oeuvre de démocratisation de la bêtise et de la médiocrité ; autant dire si belle oeuvre d' »amorphisation » et d’abêtissement accrus des masses, tout en sachant très bien par ailleurs entretenir, et plus encore, créer le scandale et faire de la pub à plus d’un ringard…
Et finalement Ardiçon est parfaitement conscient de son travail de sape puisqu’il ajoute encore : — « Je pense que j’ai fait un travail de déconstruction de la télé ! » Remarquons donc que révolutionner la télévision, c’est la casser, la mettre devant derrière, ou plus exactement sens dessus dessous, en piteux état; la rendre toujours plus populacière, descendre en-dessous de la ceinture, etc. La rendre totalement méprisable par les gens qui ont encore du bon sens. Et à terme la rendre inutilisable, sauf pour les plus démunis de culture et de raison. Feu Joseph Crampes, dit Jacques Chancel, connu pour avoir réalisé tant et plus de Radioscopies de célébrités, et qui n’était pas un révolutionnaire, a marqué son temps par certaines questions abruptes ou inattendues, ironiques, par exemple : — « Georges Marchais… Et Dieu dans tout ça ? » (Radioscopie du 8 février 1978).
Une génération plus tard, cela donne avec Ardiçon : — « Le pire est à venir Michel Rocard … Et sucer, c’est tromper ? » (interview Alerte Rose (sic) dans « Tout le Monde en Parle » du 31 mars 2001).
L’interview « Alerte Rose » fait partie de toute une panoplie d’interviews développés par Ardiçon pour amuser l’inculte, le naïf, le gogo, le vulgaire ; comme il l’explique également :
— « Quand les artistes font de la promotion [pas tous mon cher ne veulent encore y venir, et d’ailleurs tous n’y sont pas invités, tu le sais très bien], ils vont sur tous les plateaux télé et radio [vraiment tous ?], ils ont un discours promotionnel préprogrammé [tu les mets tous bien bas]. Ils ont tous des éléments de langage [phrase remarquable : tu veux dire qu’ils ne maîtrisent pas totalement le langage articulé ?]. Moi, je me suis dit, si je veux sortir du lot [sic], il faut que je les bloque dans des systèmes auxquels ils ne peuvent rien [resic], d’où l’interview formatée ! [reresic]. La première a été pour Rock & Folk, Descente de Police, où j’interviewais les stars comme si elles étaient des repris de justice. J’avais transformé l’interview en interrogatoire ! Après, j’en ai créé comme cela une cinquantaine : l’interview « Première Fois », l’interview « Nulle », l’interview « Alerte Rose », « l’Ardiview ».
Quand j’ai dit ailleurs que la télé recueillait les écrivains ou artistes ratés ou des prétentions d’artistes ! Ardiçon entend tout maîtriser et avoir le rôle premier. Pour ça, il emmène sa victime (largement consentante finalement, sauf lorsque ça se termine heureusement mal pour Ardiçon) là où il veut et l’enferme dans ses (ceux d’Ardiçon) délires, présupposés, préjugées ; et plus encore dans les délires, les présupposés, préjugés de notre misérable époque. Autrement dit dans le carcan de l’idéologie dominante, du politiquement correct, du conformisme en tous domaines. Y compris bien évidemment dans celui de la « rébellion » intégrée et conformiste.
Ardiçon joue avec la personne en face de lui, se joue de lui, et s’appuie même sur une claque toute acquise à « sa cause » (si on peut même employer un tel mot). Ardiçon fait son numéro de manipulateur. Mais il ne s’avise jamais d’inviter, il n’en prend pas le risque (toujours dans le sens du vent) de réels rebelles, parias et marginaux par rapport à la pensée dominante, obligatoire et commune.
Grande élévation de pensée d’un pitre racoleur, grand souci d’information : d’ailleurs lorsque Taddeï lui demande : — « Une bonne interview, c’est quand l’interviewé t’a avoué quelque chose? », il répond bien évidemment : — « Quelque chose qu’il n’a jamais dit ! Absolument ! C’est le but de l’opération ».
On ne peut en attendre d’autre d’un tel individu qui se fait gloire de son côté faux rebelle, tireur de sonnettes et poseur de poissons d’avril, tellement bien « époque contemporaine » :
— « J’ai toujours été sale gosse, dans la pub et dans la presse avant la télé, cela n’a pas commencé avec les interviews ! […] J’ai toujours eu ce côté « vouloir être intéressant, vouloir faire la vedette », être différent, j’ai toujours voulu choquer le bourgeois, et cela passe par des « coups », pas obligatoirement des clashes, mais des « coups » ! « 
Pour mon cas, dans le genre réellement salle gosse et résolument insolent, mais cultivé et misanthrope, j’ai surtout connu des personnages de la trempe tellement supérieure d’un Desproges.
Mais chez toi est-ce bien « vouloir être intéressant » ou « vouloir faire l’intéressant » ? L’un et l’autre ne sont pas tout à fait la même chose. Pauvre petit homme. C’est sans doute par souci de vouloir faire l’intéressant que tu as insulté, avec les mots de ta « vraie vie » que je ne voudrais même pas connaître une seconde, un vieux monsieur bien oublié par toi et tes semblables ; toi et tes centaines de milliers d’auditeurs ; plus ta claque de demeurés ; lui l’homme tout seul, solitaire, perdu dans ses rêves, sa vie parallèle d’en-dehors, sans moyen de se défendre si ce n’est de porter plainte, ce qu’il compta faire peu de jours avant de disparaître définitivement, comme par hasard. Le hasard a parfois le dos très large. Ou plutôt, comme dirait l’autre, le hasard fait bien les choses. Or, dans un tel domaine, je ne crois pas au hasard.
Toi tu n’es qu’un vil insulteur public, l’insulteur impuni, le complice direct impuni de la diffamation publique, l’incitateur impuni au suicide ou à l’assassinat. Toi qui déclare que l’interview que tu aurais aimé faire, eût été celui de John Lennon, c’est bien là que tu aurais dû t’en tenir, au « peace and love » de ton idole milliardaire, mon gâs. Ce qui eut été finalement moins coûteux pour toi que d’acquérir un « souvenir » genre lunette en porcelaine des cabinets de l’une de ses propriétés anglaises, pour 9500 livres (11500 euros), comme le fit un de ses « fans » en 2010, lors d’une vente à Liverpool…
Toi, qui déclares à propos des gens de ton espèce « on fait un métier de l’instant », sache que certains instants peuvent être mortels dans tous les sens de ce mot. Et ne sais-tu pas que les mots peuvent tuer ? À moins que tu ne le saches que trop bien !

Aurais-tu voulu laisser ton nom par l’intermédiaire de David Hamilton, comme ta consœur, ou comme le tueur de Lennon l’a fait par l’intermédiaire de ton pote « peace and love » ?

Toi le destructeur, tu as l’âme d’un irresponsable et d’un tueur.

* le 9 janvier courant, lors d’un entretien, suite au prix Philippe Caloni propre au cénacle des intervieweurs, qu’Ardiçon venait de décrocher.

Publicités

From → divers

Commentaires fermés