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Deux ou trois choses à propos de Leni (Helene) Riefenstahl — laissées à la réflexion de chacun

18 décembre 2016

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Monument du cinéma européen d’entre-deux-guerres, photographe surprenante, femme en un milieu plutôt masculin, mais aussi danseuse et actrice, Leni Riefenstahl est injustement oubliée de nos jours. Elle aurait « frayé avec l’abominable nazisme », aurait été « un agent zélé de sa propagande ». On lui fait même reproche d’avoir réalisé des films vantant le sport et la beauté des corps. La beauté, l’effort physique, le jeu au final, seraient-ils « réactionnaires », « fascistes », affreuses aliénations ? Pour mon goût cela me paraît nettement moins aliénant qu’un film faisant l’éloge de Stakhanov comme il en existe, vaste fumisterie de la propagande du capitalisme d’État visant à l’exploitation acharnée des travailleurs.

Le fait de la voir en « simple propagandiste » sans quant-à-soi, me paraît être une réflexion étrange, un peu courte lorsque l’on voit par exemple qu’un compositeur russe officiel de l’époque stalinienne, certes contrôlé et surveillé, censuré parfois (pour élitisme, idéalisme bourgeois, voire pour immoralisme et pornographie (sic) dans la mise en scène de certains de ses opéras), Chostakovitch (et sensiblement du même âge que Leni) est toujours présenté comme une victime du pseudo-communisme pseudo-soviétique (théoriquement basé sur les conseils (soviets) des travailleurs et de fait basé sur la dictature du parti de la bourgeoisie « de gauche » bureaucratique). Ce serait injustement oublier les tracasseries, et plus encore, que Leni Riefenstahl subit de la part de Goebbels, pour ne citer que lui.

Mais il est vrai que l’URSS, alliée d’un régime capitaliste pourtant haï, a gagné la guerre, ceci expliquant cela.

Chostakovitch, dont la musique peut-être qualifiée de néo-classique avec certaines influences nouvelles telles celles de Mahler, Stravinski ou Ravel, est de nos jours reconnu comme l’un des compositeurs majeurs du XXe siècle européen.

Il n’en va pas de même de Leni Riefenstahl en son domaine, celui du cinéma et de la photographie.

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Je voudrais juste rappeler que les films de cette femme étaient pourtant à l’affiche avec succès, dans la France du Front Populaire. Que son premier film en tant que productrice, réalisatrice et actrice principale, La Lumière Bleue (Das blaue Licht) de 1932 est un appel à la tolérance et au respect d’autrui ; que les deux volets de sa grande fresque des Jeux olympiques de 1936, Les Dieux du Stade (Fête des peuples et Fête de la beauté) se vit décerner une médaille d’or de la part du Comité international olympique en 1939 ; et même que son film de propagande Le Triomphe de la volonté (Triumph des Willens) obtint un grand prix lors de l’Exposition universelle de Paris en 1937.

Et elle fut plus radicale que Chostakovitch puisqu’en mars 1937, lors de la Journée de l’art allemand, en opposition avec la notion d' »art dégénéré », ou plus exactement de ce qui était décrété dégénéré ou pas, elle décida en esthète et artiste de ne plus accepter de commandes officielles. « Incapable d’aucun jugement en politique, j’étais très concernée et compétente pour tout ce qui touchait à l’art. » écrivit-elle dans son Journal.  Ce qui n’empêcha pas qu’elle fut accusée après guerre, d’une manière absurde, d’être responsable de la mort en camps de figurants tziganes de l’un de ses derniers films produit et tourné par elle pendant la guerre !

Après guerre, ayant donc subi des tracasseries, confrontée à un milieu cinématographique devenu hostile, en particulier le cinéma hollywoodien qui devait se sentir gêné par son talent, elle se tourna essentiellement vers la photographie réalisant en particulier, et sur plusieurs décennies, des reportages photographiques sur les Nouba du Soudan dont elle apprit la langue, ce qui lui valut une nouvelle reconnaissance internationale.

Née en 1902, Leni Riefenstahl se maria une première fois en 1944 avec un officier dont elle divorcera dès 1946 ; et, une seconde fois en 1968 avec un jeune caméraman de quarante-deux ans son cadet.

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