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La grande chasse médiatique au « sorcier » David Hamilton

11 décembre 2016

cet article est repris du blog EN DÉFENSE DE DAVID HAMILTON : https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2016/12/11/la-grande-chasse-mediatique-au-sorcier-david-hamilton/

Tout le monde connaît, tout le monde emploie l’expression de « chasse aux sorcières », parfois à tort, quand il s’agit d’évoquer un jugement abusif conduisant, généralement, à la mort de l’accusé(e).

De quoi d’autre s’agit-il dans l’affaire David Hamilton?

Les « sorcières » d’autrefois ont été jugées et,dans un grand nombre de cas, réellement exterminées. Ce fut le règne de l’arbitraire. Mais combien de lieux communs à réviser! Pour autant que je sache, la chasse aux sorcières ne fut pas organisée par l’Inquisition et donc par l’Eglise catholique.

N’en déplaise à ceux qui croient encore que le Moyen Âge aurait été une période d’obscurantisme, de mal absolu et de fanatisme, il leur faudrait apprendre l’Histoire et donc, pour commencer, fermer les livres d’histoire officielle.

La chasse aux sorcières… n’a pas eu lieu au Moyen Age! Elle a principalement, voire exclusivement eu lieu – approximativement entre 1550 et 1650 – pendant la période appelée « Renaissance ».  Il est donc inutile d’évoquer le Moyen Age. Mais il y a dtntage: peut-être ferait-on bien de parler de ceux qui subissent, ont subi ou subiront une « chasse aux sorcières » au vingtième siècle, et aujourd’hui en 2016. Et si le dernier d’entre eux (le dernier en date) s’appelait David Hamilton?…

Quel fut le nombre de victimes des chasses aux sorcières de l’époque de la Renaissance? Inutile d’employer des chiffres « symboliques » ou destinés à frapper l’imagination et la sensibilité, ou la sensiblerie, des gens.  S’il y a eu des dizaines de milliers de morts dans toute l’Europe, il s’agit d’ores et déjà là de chiffres énormes pour l’époque.

S’il y en a un seul aujourd’hui, c’est trop.

Rien d’étrange, je crois, de parler de « chasse aux sorcières » en ce qui concerne David Hamilton. Ou, si l’on préfère, de chasse aux sorciers (car ce ne sont pas seulement des femmes qui ont été brûlées sur les bûchers, mais également voire surtout des hommes).

Exactement comme dans les procès en sorcellerie de jadis, des gens que l’on a ameutés et apeurés ont fait trop vite, hélas, l’amalgame entre un David Hamilton et un Marc Dutroux. (David Hamilton: «C’est la chasse aux sorcières depuis l’affaire Dutroux. Ce mec a tout foutu en l’air.» )

Les sorcières et les sorciers furent jugés, sous la Renaissance, par des magistrats laïcs, qui rendaient leur « Justice » au nom du pouvoir. Des magistrats laïcs voire davantage laïcs – mais ce serait un autre débat – que les journalistes de 2016.

Au XVIe siècle, la mise en accusation d’une « sorcière » (ou d’un « sorcier »)  se faisait sur dénonciation. Les choses ont-elles vraiment beaucoup changé?  Non. C’est sans doute un fait intemporel, et spécifiquement humain: les « victimes » présumées cherchent toujours un coupable à leurs malheurs et vont dénoncer un quelconque bouc émissaire auprès des juges.

Paradoxalement, sous la Renaissance, c’était donc ceux qui croyaient aux sorcières (ou aux sorciers) qui dénonçaient des innocents auprès de magistrats qui, eux aussi, devaient être convaincus de l’existence des sorcières (et des sorciers).

Le paradoxe est réellement étonnant: des gens qui ne croyaient pas dans la « sorcellerie » ont été brûlés – à la Renaissance, pas au Moyen Age – sur ordre de magistrats qui croyaient aux sorcières, sur plainte de gens qui y croyaient aussi!

C’est bien de ceci qu’il s’est agi, et qu’il s’agit, je le crains, dans l’affaire David Hamilton. Un homme qui n’a jamais été condamné pour « viol » ou pour pédophilie, un homme a été l’objet d’accusations (des accusations qui étaient en outre couvertes par le délai légal en vigueur de la prescription), un homme a été accusé d’être un « sorcier » par des gens (Mme Flament et Ardisson) qui, évidemment, croient ou ont fait semblant de croire en l’existence des « sorciers ».

On pourrait facilement énumérer, tout au cours de l’Histoire, les peuples ou les individus, ou les catégories d’individus qui ont été voués à la mort, au bûcher, à l’extermination par des gens qui semblaient considérer comme leur mission sacrée de combattre le mal, le mal absolu, le Diable, Belzébuth…

Hier, le sorcier (présumé) ou la sorcière (présumée) étaient arrêtés et jetés en prison, puis interrogés (c’est-à-dire sauvagement torturés).

Aujourd’hui, en 2016, les choses sont-elles vraiment plus subtiles? Ardisson insulte, à la télévision, un homme de 83 ans, sans doute désargenté, qui s’appelait David Hamilton. Des milliers d’internautes commencent à hurler, avec les loups, sur les « réseaux sociaux ». Menaces de mort et insultes contre David Hamilton, par tonnes. Aucune justice ne s’en préoccupe. Aucun « modérateur » n’efface ces insultes et ces menaces de mort. Personne ne songe à poursuivre en justice les auteurs de menaces de mort et d’insultes. Aucun avocat ne s’occupe, visblement, des affaires de David Hamilton. A croire qu’il n’avait pas d’avocat: ce qui accrédite la thèse selon laquelle il n’avait plus d’argent.

Les juges chargés de juger et de condamner les sorcières, sous la Renaissance,  avaient l’habitude de confronter les « sorcières » et les « sorciers » présumés à des « témoins ». De ce point de vue, comme on le voit, rien n’a changé. Sauf que même sous la Renaissance, il y avait des juges, chargés de rendre la justice par l’Etat. Aujourd’hui, ce sont les journalistes, certains journalistes, qui se substituent eux-mêmes à la Justice…

Hier, les « sorcières » et les « sorciers »  étaient accusé(e)s d’adorer le Diable, le mal, le mal absolu, Satan, appelez-le comme vous voulez. Les « sorcières » et les « sorciers » étaient confronté(e)s à des « témoins ». Pour les plus récalcitrants,  restait l’épreuve par l’eau. Le présumé sorcier était jeté, pieds et poings liés, dans un puits, parce que les sorciers auraient flotté à la surface.

On te jetait dans un puits, pieds et poings liés: si tu flottais, tu étais un sorcier et on te brûlait sur un bûcher. Si tu te noyais, tu étais innocent… Innocent mais mort.

En 2016, quelles possibilités s’offraient à David Hamilton? Quelles possibilités avait donc un homme de 83 ans, sans argent et sans avocat, pour lutter contre les accusations de Mme Flament dans un livre paru chez Lattès, accusations relayées par pratiquement l’ensemble de la presse pipole, pour ne pas dire l’ensemble de la presse française et internationale ? (Seule exception, exception notable, un article de Régis de Castelnau dans Causeur. Et un autre sur Boulevard Voltaire. Et un article de blog sur Mediapart. Et le blog de Jean-Pierre Fleury, écrivain: https://lequichotte.wordpress.com ).

Subir non l’épreuve de l’eau, mais celle de la télé, tel a été le sort réservé à David Hamilton? Constater qu’une chaîne de télé laissait insulter un homme – un homme qui, la loi française le dit, devait être considéré comme innocent jusqu’à l’établissement éventuel de la preuve d’une sienne culpabilité – et que tous les journaux, d’un même mouvement, se rangeaient du côté de l’accusatrice?

Entre « l’épreuve de l’eau » et le « bûcher », David Hamilton qui arrivait de toute façon au terme de sa vie a peut-être choisi le suicide (si c’est en effet d’un suicide qu’il s’est agi). Saura-t-on jamais la vérité? Qu’il ait eu une crise cardiaque, qu’il se soit suicidé, ou – pire encore – qu’il ait été assassiné, qu’en saura-t-on? Je le répète, un mois avant son décès, David Hamilton disait craindre pour sa vie. Son nom, son adresse, son téléphone étaient sur les pages blanches de l’annuaire téléphonique.

Il a été retrouvé un mois plus tard, avec un sac en plastique sur la tête, et la porte ouverte. C’est du moins (ce détail du sac en plastique et de la porte ouverte) ce qu’on lit dans la presse. Y a-t-il eu enquête? La presse n’en dit rien. Où a été enterré David Hamilton? Quand? La presse n’en dit rien. Etrange déontologie journalistique…

Sous la Renaissance (et pas au Moyen Age),  les juges avaient besoin de l’aveu explicite de la « sorcière » ou du « sorcier » présumés… La lecture de tous les livres consacrés à l’argument des chasses en sorcellerie le confirme. Il fallait un aveu, un aveu à tout prix, généralement obtenu sous la torture.

Ici, Mme Flament se transforme aussi en psychologue. Le « suicide » de David Hamilton est, assure-t-elle, un « aveu ». Mais en quoi un suicide est-il forcément le signe d’un aveu?

« Es-tu un sorcier? Es-tu une sorcière? » demandait-on à l’accusé. « Es-tu un sorcier? Es-tu une sorcière? » demandait à l’accusé (qui n’était pas un sorcier) quelqu’un (juge ou bourreau) qui y croyait…

Si la réponse était « non », on passait à la torture, qu’on veuille l’appeler torture d’Inquisition ou torture d’Etat.

La torture, dans les procès de sorcellerie, portait souvent à mort d’homme (ou de femme). Naturellement, face à la douleur physique, combien de « sorcières » ou de « sorciers » ne finissaient-ils pas par « avouer » ce qu’ils n’avaient jamais commis!?

Un beau choix, en vérité. Ou tu n’avouais pas, et tu mourais torturé. Ou tu « avouais », pour faire cesser la douleur, et tu étais condamné à mourir sur le bûcher, observé par la populace des voyeurs qui rigolaient avec la satisfaction d’être « bons », puisqu’ils avaient dénoncé et vaincu le diable…

Le parallèle avec la télévision de 2016 me semble assez clair.

Aujourd’hui,  tu es condamné à mourir, observé par la populace des voyeurs de la télé qui rigolent avec la satisfaction d’être « bons », puisqu’ils ont dénoncé et vaincu le diable…

Et pourtant, un espoir… Le 28 novembre 2016, presque au moment même de la mort de David Hamilton, un livre prenait courageusement la défense du grand photographe.

Un livre dont – tiens ! – personne ne parle!!!

L’auteur fustige pourtant « un Occident qui n’est pas loin de rallumer le bûcher des sorcières — au nom de la liberté, bien entendu. Le photographe David Hamilton, qui fut pendant dix ans universellement célébré pour ses photos d’évanescentes  jeunes — très jeunes — filles nordiques, en a su quelque chose quand son œuvre a été décriée, lui-même menacé de poursuites« …

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