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Finkielkraut chahuté à la « Nuit debout », que faut-il penser de cette fable ? Par Olivier Mathieu.

17 avril 2016

Curieuse historiette que celle d’Alain Finkielkraut en visite à la manif de la « Nuit debout ».
Curieuse, oui, parce que si personne n’interdit évidemment à Finkielkraut de se promener là où il le désire, il ne pouvait ignorer qu’une réaction hostile à son égard n’était pas à exclure, voire était plus que probable. A moins de prendre les gens pour des idiots, il ne pouvait dire qu’il l’ignorait.
Car personne ne pouvait l’ignorer. Bien sûr, une démocratie « idéale » serait celle où tout un chacun pourrait exprimer ses opinions ou porter ses pas où il le veut. Mais de l’idéal à la réalité, il y a un gouffre. Il est assez facile, me semble-t-il, de comprendre que Jean-Marie Le Pen à la Fête de l’Huma, ou Mélenchon à une fête du FN, ou Dieudonné à un dîner du CRIF, ou Bush à une manif « no global », etc, etc, ne recevraient pas forcément un bon accueil…
Bien sûr, une démocratie idéale serait (par exemple) celle où un invité ne se ferait pas lyncher, sur un plateau de télévision, par un groupuscule paramilitaire d’extrême droite. Mais de l’idéal à la réalité, il y a un gouffre…
Il eût donc été étonnant, dans un monde qui n’est pas celui de l’idéal mais celui de la réalité, qu’Alain Finkielkraut reçoive un très « bon » accueil à la Manif de la Nuit debout. Est-ce que ce monsieur, que l’on dit « philosophe » (même s’il n’est qu’agrégé de Lettres modernes), pouvait l’ignorer ?
Les vidéos de ce passage à la manif de la « Nuit debout » sont peu faciles à interpréter. En tout cas, celles qui ont été diffusées (car il doit y en avoir d’autres). Il semble que Finkielkraut, à une et peut-être deux reprises, ait porté ses pas aux alentours de la manifestation en question. Il semble escorté. Il serait intéressant de savoir s’il y a ou pas, autour de lui, par exemple des policiers en civil ou des journalistes.
Des gens qui portent semble-t-il des brassards, et dont j’ignore pour ma part (mais quelqu’un doit le savoir) s’il s’agit de policiers et / ou de membres d’un service d’ordre, semblent l’accompagner vers un passage piéton où il se retourne et, se sentant dès lors en sécurité, commence à insulter ceux qui l’ont précédemment hué.
On retrouve alors, dans la physionomie de Finkielkraut, dans les expressions de son visage, tout comme dans le choix de son vocabulaire, une violence sourde et quasiment pathologique. Mais aussi, me semble-t-il, une vulgarité bien éloignée du tact que l’on prêtait, jadis, aux académiciens et aux salons académiques.
« « Saloperies », « fascistes », « pauvre conne » peut-on entendre Alain Finkielkraut répondre avant de quitter les lieux », note ainsi le Huffington Post.
RTL relate, pour sa part : « « Pauvre conne ! », a-t-il ensuite lancé deux fois à une femme qui l’a interpellé. « Ça va à la fin, je me fais insulter je peux répondre aussi, oui ? » Un vocabulaire fleuri loin de celui employé habituellement par les Sages de l’Académie française »…
Dix mètres plus loin, avec une parfaite synchronisation (certainement due au hasard), il rencontre quelqu’un qui, se pésentant comme un « media indépendant », l’interviewe. Quelqu’un à qui Finkielkraut accorde cet « entretien » avec une spontanéité quelque peu étonnante… C’est l’entretien où Finkielkraut se plaint d’avoir été ni plus ni moins que… « purifié ».
Que s’est-il passé ? Alain Finkielkraut, auquel sont ouverts tous les journaux, toutes les radios et toutes les télés, n’avait aucun besoin de se rendre à la manif de la « Nuit debout ». Il a d’ailleurs lui-même confirmé qu’il n’y venait pas pour s’exprimer. Et l’on peut supposer que les idées des organisateurs et des manifestants de la « Nuit debout » soient aux antipodes des idées finkielkrautiennes. Mais alors, pourquoi est-il venu ? Pourquoi ?
Dans quelle intention ? Et avec qui est-il venu ? Qui était au courant de sa venue ? Des journalistes avaient-ils été avisés ? Des policiers ? Qui étaient les gens qui l’ont escorté ?
« Escorté », le terme est celui qu’emploie par exemple France Info: « Le philosophe, escorté par quelques personnes du service d’ordre de Nuit debout, est obligé de quitter la place de la République, très énervé, très en colère. Lui aussi s’emporte et insulte une manifestante, la traitant de « pauvre conne » à plusieurs reprises ».
Bis ripetita placent : par qui était escorté Finkielkraut ?
Et puis, qui étaient les gens qui l’ont aussitôt interviewé, sur un trottoir (tandis qu’à quelques mètres passait, visible sur la vidéo, une camionnette de la police) ?
Que s’est-il donc passé, s’il s’est effectivement passé quelque chose de vraiment important ou mémorable ?
L’attitude de Finkielkraut n’avait-elle pas quelque chose d’une provocation ? De l’autre côté, le comportement prêté à certaines personnes (mais qui était-ce, au juste ?…) ne saurait, à mon avis, refléter en quoi que ce soit l’intégralité du mouvement « Nuit debout ».
« Je pense que si trois ou quatre personnes n’étaient pas intervenues, je me faisais lyncher », a déclaré Finkielkraut en personne.
Diantre, l’intervention de « trois ou quatre » personnes a suffi à éviter un « lynchage »  et une telle « purification » de la Place de la République ?
Une dernière chose. Depuis des années M. Finkielkraut bénéficie sur tous les plateaux de télé, à la radio, dans la presse, et à travers des conférences organisées partout en France, de l’opportunité de propager ses thèses, dont on connaît la teneur… Les musulmans et les jeunes des banlieues en savent quelque chose.
Or, Finkielkraut rabâche jusqu’à la nausée sa propagande – une propagande qui a désormais gagné, je le crains, une très large majorité de la population française – mais personne ne s’en indigne. Les gens qui tentent de contredire Finkielkraut sont voués au silence. D’où le risque de voir des personnes le chahuter dans la rue.
Déjà, en quelques heures, la « grande » presse consacre des centaines voire des milliers d’articles à la p’tite promenade de Finkie à la manifestation de la Nuit debout. Une petite promenade dont le résultat, sinon le but, aura été de délégitimer, ou d’essayer de délégitimer la « Nuit debout » ?…
En tout cas, grâce à ce quelque peu étrange épisode, revoici Finkielkraut sous les feux de l’actualité, et bien entendu dans le rôle de la victime éternelle. Le non-événement de Place de la République a en tout cas eu l’avantage que l’on parle davantage de Finkielkaut que de Varoufakis (lequel, coïncidence, avait choisi le même jour pour se rendre à la même manif).
Finkielkraut va pouvoir, sur tous les plateaux de télé, se plaindre et se lamenter. En attendant de lancer son prochain livre, dont ses amis journalistes ont déjà, sous le coude, des articles tout prêts à la gloire de l’énième « chef d’oeuvre » finkielkrautien ? Pauvre, pauvre, pauvre France…

Olivier Mathieu.

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