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MAIS QUI EST DONC CE DRÔLE DE MAKINE ?

25 février 2016

Ce qui suit n’est qu’un ensemble de notes, un jet non définitif. Mais pris par le temps de l’actualité, je le livre tel quel.

Qui est cet incertain Andreï Makine drapé des médailles de la récompense et des biftons qui vont avec ; ça aide pas mal à écrite tranquillement tout ça. De très fraîche date « français de souche » (personnage représenté et défendu si bien, comme on sait, par notre Finkounet national) puisque avant la fin des années quatre-vingt il n’avait encore jamais mis les pieds en Franchouillardie et chassait, selon certains, l’ours polaire en Sibérie. Enfin, on ne peut pas lui enlever qu’il aimait et la langue française et d’aucuns de nos grands z-auteurs.

Et voilà-t-i’ pas qu’à peine arrivé en notre occidentale contrée sous domination impériale, il se lance tel un nouveau Rastignakoff, tel un nouvel Hussard en cuir de Russie (éternelle), que dis-je : tel un cosaque, à l’assaut de Paris, cette vieille catin fort décatie. Je précise quand même : bien moins Paris de la Goutte d’Or que Paris des bordels littéraires de la paroisse de Saint-Germain-des-Prés. Sodome comme la nommait Glenmor. Car il existe divers cosmopolitismes parigots.

Et la makinovtchina se met en branle, « bistro » dit-elle, qui veut dire « vite » en sa langue maternelle. Bistrot, bistroquet, ces vieux bistrots dont les banquettes suintent encore l’odeur de toutes les vieilles peaux défuntes des mauvais littérateurs « éternellement à la mode », c’est justement là qu’il prend langue (française), qu’il s’acoquine avec le gratin de ce qui fait et défait les renommées, les renommées « éternelles » du jour, ouvre les portes des gros éditeurs et des grands journaux, élit un académicien, voue aux gémonies et réduit à la seule édition confidentielle les « mauvais auteurs », je veux dire, non pas les auteurs sans talent, mais à l’inverse généralement, les auteurs mal-pensants. « Les méconnus », etc. Enfin, dans wikimachin c’est résumé d’un « nabot-minable » : « Andreï Makine vit actuellement à Paris, mais se tient, autant que possible, à l’écart de la vie littéraire et se consacre entièrement à la littérature ». Les gens de lettres anonymes de Wiki y croient vraiment ?

Et voici que quelques années plus tard, en un rien de temps, notre russe francophone (francophile, j’ai de sérieux doutes), enfin notre franco-russe s’entremet si bien qu’il reçoit diverses breloques qui ont l’intérêt premier d’augmenter les tirages (le chaland qui a le sens critique et littéraire aussi affûté et avisé que celui des « spécialistes » de la télévision et des revues, éternel gogo, se rue sans même savoir, ni comprendre sur le quidam). Et c’est ainsi qu’on le retrouve à causer dans les gazettes, sur la littérature, puis bientôt sur tout et sur rien. Et qu’il finit par donner son avis sur la France, ce qu’elle fut, ce qu’elle est, et mieux encore ce qu’elle devrait être. Réclame garantie ; suffit d’appuyer là où ça fait mal. Pendant ce temps, les gens sérieux qui étudient la question se morfondent comme toujours dans l’obscurité éditoriale et l’inculte mépris germanopratin (l’un allant avec l’autre).

Ce littérateur russe à la mode (ou peut-être déjà plus trop à la mode, l’Académie est souvent une voie de garage), ça me fait penser à cette réflexion de Desproges qui évoquait le succès élito-pantruchien de « quelque peintre russe à la mode ». Ici, c’est la même chose, le germanopratin s’en pâme à l’envie. Pendant que le « loquedu » moyen de France, loin de tout ça, ignore tout du complot (je mets exprès « complot », je sais que ça peut énerver certains).

L’EXOTISME FRANCHOUILLARD

Car la France a diverses spécialités, culinaires en particulier, mais il en est une proprement lutécienne (mais quelle spécialité culinaire pourrait avoir en propre Paname ?) qui consiste à tomber d’admiration devant l’exotisme et tout ce qui n’est pas français dans le domaine de la culture et des arts. Je me souviens encore de ce livre-gag d’un africain publié par un « grand éditeur » qui était écrit en pseudo-français, ou plus exactement en un français lexicalement délirant. Donc exoticophilie tellement poussée qu’elle confine en toute logique inversée et phagocyteuse d’amour destructeur, à l’exoticophobie acharnée, pour ne pas dire à l’exoticocide une fois chez l’exotique. L’histoire coloniale et néo-coloniale et impériale présentes sont là pour le rappeler. Turqueries, japonisme, art nègre (tout en colonisant et « pacifiant » l’Afrique)… Mais, ce n’est pas sa faute, n’est-ce pas, si la France est de portée « universelle » et « éternelle ». Immortelle : mais on meurt souvent, bien souvent, très souvent d’être immortel. Et parfois plus vite qu’à son tour. Bistro ! Bistro !

LA MATIÈRE RUSSO-STALINO-BOLCHÉVIQUE

Makine a tout bien compris et très rapidement. Cet homme fait carrière (quelle horreur) de la littérature. Il a très bien su faire ses classes, amener son eau glacée sibérienne au moulin parisien de la renommée, sans faille et sans faillir.

Je commence par ce qui fait ma seule force en arrivant, « je m’ présent’, je m’appelle Andreï … je voudrais réussir, merveille ». J’entame par ce qui touchera les combinards de l’édition (assurés que ça va se vendre, que c’est rentable auprès de tous les fleur-bleu de la lecture, question d’étiquette russe). Juste deux ou trois petits coups, deux ou trois livres pour commencer, son petit fonds de commerce russo-soviétique exotique (La Fille d’un héros de l’Union soviétique, roman russe sur l’après-guerre, Françoise Bour traducteur, Confession d’un porte-drapeau déchu, Au temps du fleuve Amour, titre racoleur à souhait). Mais je vais longtemps persister et savoir y revenir aussi, voir Requiem pour l’Est (2000), La Vie d’un homme inconnu (2009). Son fonds de commerce de pseudo-dissident (dissident tel qu’il est présenté encore par certains) n’a pas fini de s’enfler… Je ne sais pas ce qu’en pensent les vrais dissidents des ex pays de l’Est qui vivent en France, du moins qui sont encore vivants.

Le goût pour l’exotisme, russe en particulier, le goût littéraire « d’esthète » s’entend c’est un peu : Curieux Russe du bout du monde, inquiète-moi, fais-moi peur, dis ! tu as vraiment chassé l’ours en compagnie d’une tribu sibérienne colonisée, et côtoyé l’indicible en ce morne pays des loups et des lichens où rien ne pousse, où rien ne bouge si ce n’est les machines qui exploitent et détruisent son sol et son sous-sol, en ses steppes où hurlent encore et éternellement les rires des exilés devenus fous ? Cause-moi des contrastes, des extrêmes « éternels » ?

Tout était si clair dans ce début de notre vie. Notre enfance avait l’odeur piquante du cuivre étincelant, la résonance martiale de la peau tendue. Et nous marchions, les jambes veloutées de poussière, à travers les chemins des champs. Toujours tout droit devant nous. Toujours vers cet horizon radieux. La moitié du pays était passementée des dentelles noires des barbelés. Clouée au sol par les miradors. Mais dans notre marche nous le croyions en train d’avancer, ce pays, avec nous vers ce but final, vers cet horizon si proche déjà.

Génial ! comme on disait dans les années soixante, soixante-dix où tout était devenu génial. « La résonance martiale… la peau tendue… toujours tout droit… horizon radieux… », et en parachèvement : « les dentelles noires des barbelés… les miradors » Auschwitz, alors ? Certes cela semble être un bout de ton passé, mais c’est un peu frelaté, réchauffé, affadi tout ça, non ? après les grands écrits sur le Goulag, les grandes famines, et les grands malheurs des vrais dissidents ?

Tiens, dans le genre « dissident » je te conseille un livre quasi inconnu, œuvre d’un inconnu, ça s’appelle L’Holocauste des Âmes, je te préviens tout de suite c’est un très mauvais livre écrit par un très mauvais, un obscur roumain mort depuis plus de trente ans. Et « antisémite » avec ça ! Ben oui, il ose lever un tabou en montrant, parmi d’autres choses, une tortionnaire- en-chef stalinienne, nymphomane et juive d’un camp de travail « expérimental » des années quarante-cinquante en Roumanie. Cet auteur se nomme Grégoire Dumitresco. Son livre reste aussi inconnu ou confidentiel (oubli volontaire des « grands éditeurs ») que celui de René Château, alias Jean-Pierre Abel : L’Âge de Caïn (à ma connaissance jamais réédité depuis 1947, donc uniquement trouvable chez les bouquinistes). René Château, agrégé de philosophie (lui) et écrivain, radical-socialiste qui pour son malheur choisit le « mauvais » camp de la « mauvaise » Collaboration. C’est toute la différence avec un bon Collaborateur du bon camp, genre agrégé ès lettres et faux philosophe. Et je le crains bien aussi, genre Makine.

ÉTAT DES LIEUX ÉTABLI PAR MAKINE

Mais retournons à notre Andreï Makine arrivé en France je crois vers 1988. Et à un entretien qu’il a accordé le 18 août 2006 (je retarde un peu, je suis accroché à un méridien antérieur) à Iouri Kovalenko, correspondant du quotidien Izvestia à Paris (cf. fr.sputniknews.com). On y trouve plusieurs perles ou plus exactement certaines incohérences, un peu dans la lignée des « arts incohérents » de Finkielkraut. J’étais d’abord tombé sur ce passage (type même du mauvais exemple qui nous « induit d’erreur » comme disait Colucci). Au premier abord sympathique, mais au second « rabord », comme on va le voir, déjà nettement moins :

Iouri Kovalenko : Dans votre dernier livre [Cette France qu’on oublie d’aimer, Flammarion, 2006], vous ne ménagez pas non plus les intellectuels français, qui se considèrent à vingt ans comme maoïstes, à trente ans comme marxistes [sic] et qui à quarante ans se moquent des uns et des autres. Pour vous, ces intellectuels font partie en quelque sorte de la « couleur locale », de même que le beaujolais nouveau, les fromages, les baguettes et les grèves des cheminots…
Andreï Makine : Des gens de ce genre, il en existe plein, et ce sont eux qui dirigent la vie intellectuelle de la France. Ils sont sûrs de ne jamais avoir tort, ils ne reconnaissent jamais leurs torts et changent de convictions tous les dix ans. Malheureusement, cela concerne la littérature également. Il existe très peu d’écrivains qui sont détachés de leur temps et soulèvent dans leurs œuvres des thèmes éternels. Nombreux sont ceux qui remplissent précipitamment des commandes industrielles. Par exemple, les thèmes de la pédophilie, de l’homosexualité, de la nymphomanie sont déjà « usés ». Il s’agit là d’un système corporatif: chaque corps de métier met en valeur son propre terrain, chaque écrivain se spécialise dans un domaine déterminé.

UNE CERTAINE MATIÈRE JUIVE

On peut noter qu’il manque à sa liste des modes évoquées au-dessus : les « malheurs juifs », les « incommensurables malheurs juifs », de ces « éternels réprouvés ». Roupie de sansonnet à côté de tout ça bien évidemment sont la traite des nègres, la quasi extermination, la chasse au fusil même, ou mise au ban de la société des nord-amérindiens, des aborigènes, des caraïbes, etc. Pourtant Makine a su y puiser largement. Et j’aurais envie de demander à Makine si La musique d’une vie (2001) est un thème réellement éternel. Si Le pays du lieutenant Schreiber (2014) est véritablement éternel. Ou universel. « Éternel », je doute, « redondant », là j’acquiesce sur le terme. Et n’est-ce pas quelque peu réducteur, orienté, tendancieux, et surtout complaisamment intéressé, très porteur encore malgré soixante-dix ans de matraquage, de nous raconter cette histoire du lieutenant juif Schreiber peu considéré par « la France éternelle », ou de raconter dans La musique d’une vie après tant et plus, l’histoire édifiante du pauvre artiste juif victime des méchants sbires staliniens incultes ?

La musique d’une vie, et autres du même genre, c’est faire bien peu cas de l’histoire soviétique réelle ou être très sélectif. Certes Staline ménagea de moins en moins les juifs vers la fin de sa vie (les inoffensifs poètes yiddich en particulier, ou encore lesdits « médecins juifs »), surtout à cause du sionisme d’ailleurs, mais il faudrait peut-être arrêter un jour de toujours présenter les juifs, des juifs, certains juifs en éternelles victimes. Makine ignorerait-il que les juifs étaient surreprésentés dans le Parti bolchévique ? Et je ne parle pas de la valetaille. Je parle des très hautes, hautes, et moyennes instances dirigeantes. Et que des juifs athées (curiosité historique puisqu’il paraît que le judaïsme est une religion), des juifs staliniens « comme tout le monde » et plus que « monsieur tout le monde » ont eu, eux aussi, du sang du peuple esclave, des peuples dits soviétiques, sur les mains. Et pas qu’un peu. L’exemple le plus célèbre est Trotsky, chef de l’Armée rouge, un moins connu est Iagoda, qui connut de l’intérieur Tchéka, Guépéou, NKVD qu’il dirigea de 1934 à 1936, avant d’être purgé en 38 par l’ancien séminariste et terroriste, le géorgien fou. Mais il y a plein d’exemples en ce domaine.

Se focaliser sur les tiens au détriment de tous les autres, en tant et plus de litanies interminables, je regrette, ce n’est pas faire œuvre éternelle, c’est même l’inverse. Et tout dévaluer. Ni encore moins œuvre originale après tant d’autres. Quel mauvais parti pris, quelle inversion du réel, quelle falsification de l’Histoire, quel « négationnisme » pour employer le langage des crétins. C’est l’aplomb bien connu. L’aplomb des puissants. C’est massacrer le vrai sacré des vrais humbles. Et dans ton cas, je dirai (je l’affirme) que chez Makine ça ne peut avoir qu’un côté foncièrement lèche-botte.

Ce qui se confirme encore plus avec ce récent Pays du lieutenant Schreiber ; cela me fait penser à l’écriture d’une dette de reconnaissance. Une nouvelle bassesse en direction de…, mais est-il utile d’en dire plus ? « Andreï Makine rend hommage à Jean-Claude Servan-Schreiber, combattant et résistant  méconnu [sic]. Et déplore que la France ne soit pas à la hauteur de ses héros » nous énonce Paris-Match. Servan-Schreiber qui n’est pas tout à fait le premier « petit juif » anonyme et du commun, mais ce personnage sorti tout droit de la lignée méridionale des Crémieux par sa mère, cofondateur en 1953, avec son cousin Jean-Jacques de L’Express, le gaulliste Jean-Claude qui mit en place la publicité à la télévision en 1968 (grand progrès et quelle année en plus!), celui dont le périodique est aujourd’hui entre des mains franco-israéliennes comme d’autres titres de la presse dite française.

Makine tout frais émoulu français, en nouveau justicier de notre Histoire ! Le prochain opuscule va sans doute être consacré à nous parler de la Collaboration et encore une fois des malheurs juifs ou de la dette éternelle envers cette entité coloniale bien connue. Mais là je te signale que tu retardes : Modiano, le romancier mono-maniaque est passé avant et à raflé le gros magot. Comme quoi les malheurs juifs rapportent toujours quelque chose, même post mortem.

Quel joli collabo de l’Empire ce Makine. Un fort cracheur également. Sur son entregent et dans la soupe. Je le trouve assez glaireux, « glaireux à souhait » (Ferré dixit), d’autant plus glaireux qu’il est le premier à dénoncer les innombrables écrivains qui ne se détachent pas de leur temps et ne soulèvent pas dans leurs œuvres des thèmes éternels, mais juste des thèmes à la mode et « remplissent précipitamment des commandes industrielles ». Nos z-«élites » aussi aiment assez la pleurniche, la repentance chrétienne, et même les excuses déplacées. Du moins la pleurniche et la repentance et l’expiation pour la plèbe franchouillarde, cette masse informe pour ne pas dire difforme.

LA CONTRADICTION INCARNÉE

Makine n’aime pas les écrivains à thème, et plus encore les thèmes à la mode, or il n’a jamais fait que ça. Il a même affirmé (voir plus haut) : »Nombreux sont ceux qui remplissent précipitamment des commandes industrielles. » Aussi, dois-je rappeler en cet endroit que Makine n’est pas le dernier à participer à la production d’œuvrettes de commandes, mais là il se fait discret et pseudonyme : Gabriel Osmonde, par exemple chez Flammarion, série Pygmalion qui offre « une large gamme d’œuvres littéraires qui s’adressent également à un large public. On trouve : des romans historiques fondés sur de grands moments de l’histoire mondiale et prenant appui sur des faits réels qui permettent de s’instruire en même temps que de se distraire ». Distrais populo Makine ! Raconte-lui des bobards historiques, tords tendancieux, le cou à la vérité historique.

En fait Makine est un madré. Son titre déjà évoqué et le plus racoleur de tous, celui de tous les égards, lui ouvrit en 1995 les dernières portes de la notoriété spectaculaire. Des égards en insultant qui est son hôte. Le Testament français, fruit d’une dernière passe dans un hôtel, non pas de la Goutte d’Or mais des plus huppés (genre racheté par les grands démocrates du Golfe). Livre pour midinettes, aubaine pour les industrielles éditions des commandes du même nom (voir plus haut).

Makine n’est qu’un pantin finalement, il est exactement comme ceux qu’il critique et pire encore, je le répète : il crache sans vergogne dans la soupe éditoriale des copains coquins, (soupe monétaire et breloquienne). Et malgré tout, ça rapporte bien : fulgurante ascension, il est passé en 28 ans de russe réfugié (réfugié, c’est à voir, dissident certainement pas, opportuniste plutôt) à très potentiel académicien français. C’est assez sidérant.

L’HOMME DE GOÛT

Il crache même à l’occasion sur les copains plumitifs. Et quels copains !

Q.: Parmi les écrivains français, vous appréciez le plus Michel Houellebecq, qui est très populaire en Russie. [sic]
R.: Houellebecq s’est embourgeoisé [resic!], il n’est plus capable de surprendre. Il n’a pas réussi l’essentiel, à savoir surmonter un certain thème, réaliser un bond qualitatif… Mais dans le présent, il est difficile de comprendre quel écrivain est un génie et qui disparaîtra demain.

Je retiens « il n’est plus capable de surprendre » : mais à quel prix, surprendre, demanderai-je ? Au prix de certaines ordureries de pensée, non ? Est-ce que « surprendre » est bien le verbe qui convient. Et est-ce que le but de la littérature est en soi de surprendre ? D’épater le bourgeois ? Et n’est-on pas parfois chez Thomas dans le simple dégueulis de pensées sordides qui en rajoutent au malheur des démunis, pour un peu plus les ravaler, les dénigrer, les rabaisser ? On sait d’où il sort l’individu qui, bercé par le stalinisme pied-noir, a plongé dans l’extrême-droitisme, le sionisme, l’islamophobie et l’arabophobie maniaque et obsessionnelle.

Celui-là, Thomas dit Houellebecq est tout prêt à reconnaître, quand il est lucide, que sa littérature ne vaut pas un clou et que sa poésie est mauvaise, il l’a dit et écrit même. Ne me demandez pas où, je l’ai bien vite… Bistro, Bistro ! oublié. Mais pour sa « poésie », il se trompe encore. Il est au-dessus de la réalité. Ce n’est pas tant que sa poésie soit mauvaise, mais c’est que ce qu’il appelle « poésie » n’est tout juste que prose plus ou moins rimée (enfin c’est déjà ça, c’est déjà bien pour lui, comme dirait l’autre). De la « poésie Victor Hugo », mais si Hugo pouvait avoir de la grandeur, de la sensibilité, un goût pour la nature, sous une forme malheureusement très ronronnante, trop prolixe et sans génie, Thomas n’a lui que la bassesse intrinsèque d’un cerveau assez fêlé dans la déconfiture littéraire et morale.

On peut-être décadent par la forme, on peut l’être par le fond ou par les deux. C’est par le fond en premier lieu que pèche (mot faible) Houellebecq. Du moins de ce que j’en ai lu, j’ai oublié où, là aussi, mais ça avait comme titre quelque chose comme « morceaux choisis ». Et pour être choisis, sa poésie en bas morceaux était très choisie dans la médiocrité, l’inintéressant, le vulgaire surtout. Aucune expression, ni mot remarquables. Du moins tel en est mon souvenir. Propos d’assez bas-étage, idées peu reluisantes comme toujours chez ce grand malade, ce tordu bien à l’image de notre époque très malade elle aussi. « Pensée » « propre » aux latrines, de calamiteux borborygmes d’idées qui abaissent. De mauvais désaxé. Regardez sa tête. Simple reflet de ces grands tarés qui « dirigent » le monde humain et terrestre à sa perte.

Malgré ses défauts, je veux dire « son absence de saut qualitatif » : le meilleur écrivain français selon Makine !

Hugo serait avec Proust, Nerval et Baudelaire, l’une des quatre grandes références de Makine. Hugo… lequel ? Hugo le confident de Tête-en-poire et pair de France, Hugo le « poète académique et Panthéon », Hugo le « poète obsèques nationales républicaines », Hugo le « poète officiel » ? Un cocktail de tout ça ? Pourquoi pas, on y est à plein avec notre Andreï. Mais que Makine l’opportuniste laisse de côté, oublie Proust, ce reclus caméral et écrivain nocturne du temps de la mémoire, Nerval cet être délicat en ces châteaux rêvés d’autrefois, et Baudelaire ce tourmenté lucide et de style. Avec eux on est au bal des vrais prétendants à l' » éternelle immortalité ».

LE FARAMINEUX CRITIQUE SOCIAL

Houellebecq n’a pas su « réaliser un bond qualitatif » vient de nous asséner Makine. Lui, Makine, a déjà réalisé divers « débonds » ; sa chute qualitative la plus remarquable date de 2006, au moment de l’entretien évoqué plus haut : Il venait donc de publier un livre qui dénigrait le pays qui lui avait accordé une nouvelle nationalité juste quelques années auparavant. Qui lui avait accordé le statut interdit au « français de souche », au commun des mortels, de citoyen français à double-nationalité. Aucune vergogne, vraiment. Disons-le encore une fois pour que ça rentre bien : Makine aime cracher sur tout et tous, et même sur ses bienfaiteurs.

Dans ce livre il y va d’un salmigondis où l’on apprend que la société française est (excusez du peu, les exclus et chômeurs et pauvres apprécieront, et bien d’autres encore, dont moi) une « machine à transformer l’homme en parasite social », une société qui « réunit dans son inefficacité les pires côtés du capitalisme… avec les pires tares du socialisme ».

Je sais bien que la France n’est pas un paradis, je la critique assez (ses « dirigeants » plutôt car je n’ai rien contre la pauvre Marianne en soi) et je l’ai assez dit et répété à des amis étrangers qui avaient des illusions, des illusions de loin, des illusions de livres et de grands auteurs du passé, de grands mots et grands principes, malheureusement souvent totalement faux ou pour le moins noyés, perdus, disloqués, et finalement fictifs. Mais il faut la critiquer pour ce qu’elle est, pas sur des fantasmes ou à partir de préjugés, ou s’en prendre à ceux qui subissent en oubliant ceux qui « organisent » et entretiennent la chienlit ad vitam æternam (tiens, on y est encore dans l’éternité, et là jusqu’au cou, Makine !).

« Transformer l’homme en parasite social », celle-là, elle est fortiche ! Là, tu délires ! « Transformer l’homme en esclave, un peu plus chaque jour » me semblerait plus exact. Même l’extrême extrême-droite n’y aurait pas pensé. Un néo-con du fin fond des Amériques ou plus exactement un éternel réactionnaire (on devrait dire et écrire « néo-réactionnaire » et non « néo-conservateur ») ne dirait pas mieux (si on peut dire « mieux » en ce cas), ni le pire beauf du dernier des cafés du Commerce.

« Les pires tares du socialisme », moi je n’y vois aucun socialisme ; du clientélisme, oui, des clientélismes. Des maffias bourgeoises de plus en plus alliées, de moins en moins concurrentes, mondialisme oblige. Mais je ne développe pas, il y aurait tant de choses à dire à ce niveau.

Et voilà maintenant que des études réalisées à l’autre bout de l’Europe me disent que Makine, qui se prétend « russe de sang et français de cœur » (sic, français de cœur, j’ai du mal à y croire, ou sa vire à la « haine de soi », expression bien connue mais réservée à d’autres) « s’inscrit dans la filiation des écrits critiques sur l’identité française ». Je suppose qu’il faut entendre ici toute cette clique de pseudo-philosophes totalitaires et réactionnaires finkielkrautiens à la mords-moi-le-botul qui sévit depuis le milieu des années soixante-dix. Et que les grosses maisons d’édition patronnent ou plus exactement parrainent dans le plus pur style non pas du « socialisme » mais de Cosa Nostra, la Piovra littéraire.

Et puis, Machin Machine, si c’est si nul ce pays qui t’a tout donné, retourne en Sibérie chasser l’ours, s’il en reste, moi je ne te retiens pas. Ou va y enquêter sur le passé stalinien. Pour ajouter d’autres volumes à ton fonds de commerce. Et dire que cet homme est de parents inconnus, sans doute déportés, il n’en sait trop rien, et le rescapé d’un orphelinat ! Mais tu n’en a pas assez bavé ! Est-ce que ce que tu dis est sensé et raisonnable, doué de raison ? Tu délires comme tes poteaux, les grands malades : comme Houellebecq, comme Finkielkraut et toute la smala bien connue des pires réactionnaires qui insultent tout ce qui n’est pas eux et qui ont la haine de la différence et des plus pauvres. Et comme les grands malades du talmudo-sionisme.

Oui, c’est sûr, tu fréquentes les mêmes bistrots ou les mêmes sauteries qu’eux, quoi qu’en dise wikitrucchose (voir plus haut). Et ton poteau, Mitterrand le neveu, qui se retire (sic) de la course académique pour ne pas te faire de la peine, pas faire de peine à son petit chouchou à la crème (frelatée), à son amour de petit chou prisunic. Et qui modeste ajoute : « Je ne veux pas être un embarras pour son éventuelle élection » ; comme s’il pouvait être un embarras pour qui que ce soit ou quoi que ce soit ! Pendant que le double de Makine par bien des côtés, a failli caguer dans son froc, voir son discours finir en cagaille sous la Coupole… heureusement avant d’en saloper le noble fauteuil ! Mais quel monde !

LE PREMIER TALENT DE MAKINE

Enfin ! revenons une dernière fois à cet entretien de 2006. Makine s’y indigne, le pitre : « La France vit dans un environnement surréaliste. D’une part, elle se conforme aux lois du libéralisme économique poussé jusqu’à l’absurde et transformé en piraterie. D’autre part, la plus grande partie des revenus d’un tiers de la population proviennent de l’État. » Ce n’est sans doute pas faux, mais toi, de quoi vis-tu ? D’où viennent tes subsides ? De ton talent ? J’en doute. Bien plutôt de ta totale adéquation à cette société que tu ne sembles pas aimer ; à son air du moment, à ses modes, à son vent tournant girouette, à toute cette cuisine magouilleuse que par ailleurs tu refuse aux autres, mais auxquelles tu t’agrippes et tu colles si parfaitement que tu vas obtenir, récompense suprême pour un individu comme toi, toi très probable poulain du secrétaire à perpèt de l’Académie, Hélène Zourabichvili : un fauteuil qui malheureusement n’est généralement que celui d’un immortel par antiphrase. Par ironie de l’Histoire.

Pour Finkie par exemple, le dernier récipiendaire, le poulain de Nora (n’aura, n’aura pas), ceci marque incontestablement le début de sa fin, si tant est qu’il connut un début visible et quelque peu honorable. Son bâton de maréchal, de maréchal nous voilà ! Je veux dire son bâton de grand collabo du système, de l’Empire, de la pire des réactions : colonialiste, raciste à l’encontre de tous les petits, suprémaciste. En sa jeunesse il appelait ça : dictature du prolétariat, ce qu’il faut évidemment comprendre comme : dictature sur le prolétariat par l’avant-garde éclairée, dont lui. Misérable petit-blanc qui se prend pour un grand Français et grand Européen. Lui aussi il y a bien longtemps qu’il crache sur les peuples, les peuples autres que le sien, tout en prétendant parler au nom des « français de souche », l’insolente tête à claques, l’intolérant visible (par des millions de téléspectateurs), le chafouin douteux de France-Inculture, le philosophe des gogues, je préciserai même : des gogues bouchées. Bouchées par les déjection de toute cette caste de parasites de la philosophie, de la littérature, de la critique sociale… Je me réserve « raclures de bidet des arts » et « oxyures à prurit de la vraie philosophie » pour une prochaine fois.

Les exemples sont multiples de sans-talent des arts, de la littérature et plus généralement de la culture ou d’écrivains surfaits et de mode (à thèmes faussement éternels ou universels) qui furent académiciens. Parmi ceux qui ont posé leur suprême postérieur sur l’un des fondements (que d’aucuns jugent majeur) de la langue française (ou plutôt de ce qu’il en reste de nos jours), je veux parler d’un fauteuil académique de l’Académie française (car il en est d’autres, d’académies), fauteuil cinq en l’occurrence, j’ai noté celui-ci qui n’est certainement pas le pire : Robert de Flers dont les comédies et les livrets d’opérette sont œuvres mortes. Oui, lui au moins, chercha à faire rire et il n’a fait de mal à personne. Mais ça lui fait bien court l’éternité et l’immortalité.

EN RÉSUMÉ

Vous prenez un faux-dissident (notre époque est remarquable par son taux considérable de toc, toqués et tocards aux commandes), un marchand de Russie « éternelle », un marchand de malheur juif « éternel », un cracheur dans la soupe « éternelle » française, un odieux réactionnaire « éternel » qui semble avoir les pauvres en aversion – le tout en un seul homme – vous touillez à peine et vous obtenez un parfait « français de souche » élu magistralement à l’Acacadémie « française ».

L’un de ceux qui ne se serait certainement pas laissé griser par Assia Djebar en quelque Nouba des femmes du Mont Chenoua.

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