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ACADÉMIE FRANÇAISE. Aux âmes bien nées, l’illettrisme et l’inculture n’attendent point le nombre des années…

23 février 2016

A-t-on lu Valentin Ogier ?

« Madame le Secrétaire perpétuel,
 
Se présentent parfois des candidats inattendus, inconnus et imprévus. Longtemps encore, aurais-je pu réfléchir, sans doute. La jeunesse fait naître quelquefois l’impétuosité : qui de chacun de nous, n’a jamais eu d’autre rêve que l’inatteignable ? Du haut de mes quinze ans, puis-je encore prétendre à l’espérance ? Notre convoitise trouble notre conscience. Quant à moi, je m’élance. Jamais je ne recule. J’affronte l’inattaquable : l’Académie française. Le jeune provincial que je suis, le jeune Breton que j’incarne, se veut réconciliateur. Qu’attendons-nous pour raviver la flamme de notre belle langue, dans le cœur des nouvelles générations ? Faire susciter cette émotion si vive que l’on éprouve à son contact, à une jeunesse perdue parce qu’abandonnée ; telle est la raison de ma candidature. Vous écriviez, madame le Secrétaire perpétuel, que « les lettres de candidatures du XXIème siècle n’ont plus grand-chose à voir avec un essai littéraire et ne renseignent guère sur les dons et les goûts de leurs auteurs ». Acceptant mal l’unicité et la banalité, ma lettre de candidature se veut plutôt insaisissable : à vous d’en découvrir les fragments. À seize ans Victor Hugo écrivait Bug-Jargal, tandis qu’à quinze ans, j’ai écrit la Nouvelle France. Né le douze décembre deux mille et lycéen au Lycée Saint-Joseph de Lamballe, il ne m’a pas fallu attendre bien longtemps avant que cette envie, cette prédilection pour l’écriture, ne se concrétise. Mon premier manuscrit est un essai philosophique et politique, énonçant de grandes réflexions pour le monde de demain. Peut-être pourrions-nous en discuter lors d’une rencontre. Offrant mon existence aux idées, je me veux idéaliste. Intégralement dévoué à mes passions, soit les langues, l’histoire et la politique ; ma vie y prend tout son sens. Je porte un grand intérêt pour la civilisation juive – dont j’étudie la langue principale, l’hébreu moderne – ainsi que pour la Russie – que je vous sais ô combien admirative. Quant à mes lectures, je garde toujours à l’esprit les idéaux d’Alain Peyrefitte. Malgré sa mort, il n’a pas disparu. Voici l’hommage que je lui rends, en me présentant. Je vous demande, madame le Secrétaire perpétuel, de communiquer ma candidature, au fauteuil n°5, aux membres de l’Académie française, ainsi que d’assurer mon inscription sur la liste des candidats à la succession de Mme. Assia Djebar. Je vous prie d’agréer, madame le Secrétaire perpétuel, l’expression de ma plus haute considération. Valentin Ogier. »

Valentin Ogier a quinze ans. « À seize ans Victor Hugo écrivait Bug-Jargal, tandis qu’à quinze ans, j’ai écrit la Nouvelle France », écrit donc le jeune Ogier. Mozart ayant, dit-on, composé ses premières œuvres vers l’âge de quatre ans, on attend donc la prochaine candidature à l’Académie d’un nourrisson.

« Jamais je ne recule. J’affronte l’inattaquable », affirme le jeune Ogier, toujours modeste comme on peut voir.

Le jeune Ogier s’adresse à Hélène Carrère d’Encausse : « Vous écriviez, madame le Secrétaire perpétuel, que « les lettres de candidatures du XXIème siècle n’ont plus grand-chose à voir avec un essai littéraire et ne renseignent guère sur les dons et les goûts de leurs auteurs ». »

Ma foi, en lisant la lettre du jeune Ogier, on voit qu’il ferait surtout bien d’affronter… une grammaire française.

En effet, sa lettre contient une dizaine de fautes grossières de français. Une moyenne d’une faute toutes les deux lignes.

Le drame étant que, visiblement, il ne s’en rend pas compte, et que ne s’en rendent pas compte non plus les journalistes. Tout comme probablement 99% des Français d’aujourd’hui.

Quelques exemples.

« Qui de chacun de nous, n’a jamais eu d’autre rêve que l’inatteignable ? »
Comment, jeune Ogier ? « Qui de chacun de nous ? »… Non, jeune Ogier. On pourrait dire : « qui de nous », c’est-à-dire, « qui, parmi nous, n’a… » ? Mais « qui de chacun de nous » est fautif, illogique et absolument pas français…

« Le jeune Breton que j’incarne » ? Non, jeune Ogier, pas vraiment. On incarne un rôle. On peut dire que telle actrice a incarné le rôle de tel personnage. Mais si vous êtes Breton, vous ne pouvez guère incarner ce que vous êtes.  

« Acceptant mal l’unicité et la banalité » ? Comment, jeune Ogier ? L’unicité ? Je crains que vous ne confondiez « unicité », caractère de ce qui est unique, avec « l’uniformité », jeune Ogier.

« Je porte un grand intérêt pour la civilisation juive – dont j’étudie la langue principale, l’hébreu moderne – ainsi que pour la Russie – que je vous sais ô combien admirative ».

Comment, jeune Ogier ? « L’hébreu moderne QUE je vous sais admirative » ? Non, jeune Ogier, en français on dirait « DONT je vous sais admirative »…

« Je porte un grand intérêt pour la civilisation juive – dont j’étudie la langue principale, l’hébreu moderne – ainsi que pour la Russie ».

Comment, jeune Ogier ? En français on porte un grand intérêt « à », pas « pour »…

Je vous passe, jeune Ogier, une dizaine d’autres fautes et incorrections langagières ou de logique.

Et je demande accessoirement au jeune Ogier, là il n’est plus question de langue française mais d’Histoire : dans quel manuel scolaire (car il en est encore à l’âge du biberon culturel) a-t-il appris qu’il eût existé un jour, ou qu’il existerait présentement une civilisation juive? Une ou des cultures juives, des coutumes juives, des mentalités juives, certes, mais une civilisation juive, justement pas ; et ceci est même un trait distinctif essentiel de la judaïté depuis l’antiquité.

Où se trouveraient les pyramides juives, les ziggourats juives, le Parthénon juif… ? Le jeune Ogier peut-il me montrer un art juif conséquent et de portée universelle ? La Torah elle-même n’est pour une bonne part que compilations de mythes et de légendes sumériennes, akkadiennes et égyptiennes. Son originalité, chétive originalité, tient dans les récits d’un peuple éternellement « mal aimé », brimé, mais aussi constamment en guerre contre tout le monde et ceci jusqu’en son sein même, pour défendre un dieu tribal, pour ne pas dire de caste, foncièrement mauvais.

Certes parfois la Torah sait se faire poésie, mais cette poésie n’a rien d’unique en soi, elle est celle de tout le Proche-Orient semi-nomade des temps anciens. Jeune Ogier vous avez encore beaucoup à apprendre. En français, en histoire, en sociologie… 

Soyons sérieux. L’extraordinaire en France, la France de 2016, est que la « grande » presse de ce pays consacre des articles, une vraie campagne de presse, en faveur d’un gamin de quinze ans qui publie sa « lettre de candidature »… émaillée de fautes de français.

Moi, je trouve même qu’il devrait recevoir des voix ! Si l’Académie a élu Finkielkraut, pourquoi pas Ogier ?

Il y a aussi le chanteur Eduardo, le blogueur Delaporte, et puis M. Arnaud-Aaron Upinsky…

On se demande un peu pourquoi Olivier Mathieu est « ridicule » de se présenter à de multiples élections académiques. Les autres, qui font la même chose que lui, voire se présentent encore plus souvent que lui, sont des génies ?

Curieux, ce pays, la France, où le seul candidat qui ne semble pas intéresser les journalistes est – quant à lui – un vrai écrivain.

Il s’agit d’Olivier Mathieu. Lequel publie, dans quelques jours, « Alain Finkielkraut l’immortel », avec une postface de Jean-Pierre Fleury.

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