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Monsieur le Professeur de l’œuf au riz. Bestiaire moquant Robert Pioche, le pigeon berné.

20 février 2016

Ne dites jamais : « Lœufaurie ! »
Mais plutôt : « Monseigneur le Pion ! »
Pour susciter son euphorie
Et ne pas lui damer le fion.
Les sieurs Morpion, Pion, Tartempion
Sans quart de ton, ni demi-ton,
Ont embouché leur mirliton,
Branlu tontaine et blancs roustons !
A la Cour du Pion Lœufaurie,
C’était bien souvent la folie
Entre AIGLE et THON, TAUPE et ROQUET,
RAT NOIR – tant d’animaux coquets !
Il fallait admirer ce zoo
Où tout ce petit monde en marche,
Très cher Noé, comme dans l’Arche
Biblique, en glissait sur les eaux !
Un jour, le Seigneur Lœufaurie
Joignit au bestiaire un PIGEON
(Et que personne ne s’en rie)
Pour crier qu’il eût eu raison !
Et lorsque vint le Mardi Gras,
Elle fut belle, oui, l’euphorie.
Autour du p’tit prof qui en rit.
Ciel ! Quel très joyeux broc à rats !
Pigeonneau chambra tout de go,
Essuyant sarcasme et furie :
« Ne jouons pas aux ahuris :
Spinoza a copié Bruno ! »

Triste fable de ce pauvre çon de Robert Pioche le PIGEON.
Mais maintenant, narrons la fable
Qui plaira à tous les éphèbes,
Véritablement admirable,
Du PIGEON pigeonnant la plèbe.
Si qui va au CHAT va à l’ANE,
Tel PIGEON aux yeux de CHAT vanne.
PIGEON, nouveau Plick ou Plock, lance
Une invitation au silence.
L’appel sur un crâne s’abat
D’un qui n’entre pas au débat,
Sorte de pierre qui débloque,
Crâne luisant où tout fait « floc ».
PIGEON se dit : « Voilà, je meurs ! »
Quelle minute de rumeur !…
Donc, le Mardi Gras achevé,
Bien aise d’être encore en vie,
Le PIGEON de plombs tout grevé
Rencontra le Pion Lœufaurie.
PIGEON voulut se faire entendre :
– « Je vois qu’on dresse en la Grand Place
La potence où l’on veut me pendre,
Cher Lœufaurie, ah ! Morne place ! »
– « Il vous faut monter au gibet.
Ce sera très bon pour la Cause ».
(Ce n’est pas même un quolibet,
Lœufaurie est bien tel qu’il cause !)
– « Il me faut monter au gibet ?
Ce sera très bon pour ta Cause ?
Loeufaurie, ah, comment tu causes ?
Toi, tu manques pas de toupet ! »
Pigeon bégaye et ne se raille.
– « C’est pour ça que j’ai pris la peine
Quand, pantin déguisé de paille
Comme une reine madrilène,
Je fus plombé vif dans l’arène
En un jeu plutôt dangereux ? »
– « Vous fûtes tant bien courageux »
Dit Lœufaurie à perdre haleine.
– « Pardonnez-moi, très docte Maître,
Mais je le dis à votre gloire »
(Fit le PIGEON sans se démettre),
« Si je n’ai mauvaise mémoire,
Vous m’avez fait souvent reproche
De vouloir jouer au martyr.
Or vous jurez, dur comme roche,
Qu’au martyre il me faut courir ? »
Grand illuminé à l’envers,
Lœufaurie a compris Rambo !
Lui, le plus beau de tous les beaux,
Qui a traduit Balzac en vers !
Le proprio du sens critique,
Le grand Lœufaurie en sa science,
Le prosateur de poétique
Prononça, ô Dieux, sa sentence !
– « Allez, tout droit, allez trimer » !
Le PIGEON, au premier abord,
Se sentit décontenancé.
Lœufaurie, ah! n’est point Debord.
« – Aller trimer ? » dit le pigeon.
« Vous pensez qu’après Mardi Gras,
Les travaux vont, comme des joncs,
Croître et se jeter en mes bras ?
Mais si j’avais rêvé carrière
A l’endroit ou bien à l’envers,
Aurais-je donc choisi l’ornière
D’aller (comme font à Anvers
Les géants monstres des bateaux
Donnés en spectacle à la ville)
Ruer si fort sur les tréteaux
Du plus grand des cirques serviles ! »
« – Le turbin est œuvre sublime,
PIGEON ! » conclut ce grand esprit.
« Le travail, oui, voilà la cime
De ce qui n’eut jamais de prix ! »
Quitte à donner dans l’euphonie,
PIGEON conclut : « Sire le Pion,
Pâle et soumis, faux oeuf au nid,
Me prenez-vous pour un couillon ?
Tel les beaux gueux, je ne peux être
Un libre salarié, un homme
Amant du plaisant tripalium.
Ma vie et mon métier sont : Lettres.»

Or entre-temps, PIGEON (en songe ?)
Se vit dire, en ris, par ROQUET
Qu’à l’HYDRE du hideux mensonge
Il avait rivé son caquet.
– « En ris, quel beau ROQUET rugit,
Quand la pensée lui surgit !
L’esprit, je crois, de Lœufaurie,
Donne aux roquets de l’euphorie !
Alors, osons cette hypothèse,
Sans médire ou l’ombre d’un cri,
C’est un savant docteur de thèse…
Va savoir ce qu’il a écrit ! »
Aussi, fort du ROQUET altier,
Un peu naïf, sans se méfier,
En condamné à l’échafaud
Pour qu’une nuit, il dorme au chaud,
Il se disait, notre PIGEON :
– « Il aura l’âme de colombe
Au soir, avant que la nuit tombe,
De me recueillir, vagabond. »
Et voilà le PIGEON qui sonne
A l’huis de ROQUET en personne.
– « ROQUET », adjure le Pigeon,
« M’ouvriras-tu donc ta maison
Pour une nuit, jusqu’au matin ? »
En ris, ROQUET est fort mutin.
– « Je ne peux point te recevoir »,
Dit-il, « bonne chance, au revoir ».
(Le PIGEON, seul).
– « C’est de la générosité ! »
Se dit le PIGEON, dépité.
– « Ca m’apprend, ciel, pour Mardi Gras,
A jouer au nouvel Hercule
En terrassant l’HYDRE aux cent bras,
Comme dit ROQUET ridicule ! »
Qu’en était-il des vieux serments ?
Le PIGEON se sentait très sot :
– « J’ai étranglé tous les serpents
Mis par Junon dans mon berceau !
Et l’HYDRE, je l’ai étêtée
Pour obéir à l’Euristée ! »
Un pauvre PIGEON, tout lépreux,
S’en fut alors l’espoir éteint :
– « Mais où sont rendus tous les preux ?
Mon âme et mon cœur ont chagrin ».
Lors, le PIGEON s’enfuit des lieux,
Sans au revoir et sans adieu,
Abandonnant Maître Morpion
Qui ne mêlait pas Roi et pions.
PIGEON insulta Dogme et Dieu
En termes (dit-on) très odieux.
On voudrait de lui repentance ?
Mais lui, niant la pénitence,
Dans ce moment extrême et vain
De solitude, et de grand doute
En la vertu de l’être humain,
Il se prit à rêver, sans doute.
Pour rien adepte de la Croix
Ou du Saigneur le Crucifié,
Il se voyait mal, pacifié,
Lynché menu, trop se fier.
« – Je vais me plaindre à LAVAUCRA :
Il m’aidera, la chose est sûre ».
Nenni ! LAVAUCRA plaide au poids :
« – C’est tant du dossier d’ouverture. »
La queue en berne et l’âme éteinte,
PIGEON fauché s’en fut, pitié,
Rêver d’un monde où l’amitié
Serait en or et non succincte.
Pendant ce temps, dans le prétoire,
Maître LAVAUCRA, pauvre poire,
Moi je vous dis ce que je crois,
Fait sa tirade à tire d’ailes,
Oui, d’ailes : « cro-â, croi-croi-croi ! »,
Plaidant la cause à ses bretelles.
Plus tard encor, à la criée,
PIGEON croisa Monseigneur THON.
Pas un morceau, pas un quartier,
Un THON entier, THON de saison.
Vêtu de la plus belle serge,
Quel beau poisson, là, qui émerge !
Ce génie a beaucoup de dons !
N’est-ce point un cherche-poisson ?
Hachant menu tout le néant
Qui loge en son esprit géant,
Le THON n’est point comme la Carpe.
Il est bavard en ses épîtres.
Ce musicastre de la harpe
Traite alors le PIGEON de « pitre ».
Beau THON est un poisson de luxe,
Très riche en « eurêka, fiat lux ! ».
Mais PIGEON n’est pas âne à son :
« – Or ça ! monsieur le beau poisson,
Sinistre donneur de leçons,
Epargne-moi ton hameçon !
Libre à toi de donner du « pitre »,
Mais je conclus donc mon chapitre
En te chambrant : toi, fameux THON,
Tu n’es point la moitié d’un çon ! »

Intermède des TAUPINS et du noble RUT BLANC DE BLANC ROT.
– « Dites, Monsieur, ce VIEUX TAUPIN
Vise au moins à Polytechnique ? »
– « Hélas non, c’est là qu’est la nique.
Il tourne en rond, le turlupin ».
– « Vous êtes révolutionnaire »,
Lui dit un psychiatre flatteur,
– « Oui, oui ». Cela fait le bonheur
De notre TAUPIN débonnaire,
Agitateur de stratégies
Qui jamais ne rugit, mais gît
En nébuleuses « tacquetiques »
À désarçonner des moustiques.
Fréquentant la sommité vile
Du RAT DES CHAMPS, au ras des villes,
Et des cerveaux de grand génie :
Michu, Piplet, tante Eugénie,
De solidaires ennemis,
Les tordus, retors les mieux mis
Qui, s’ils dirigeaient la musique,
Lui en feraient cracher sa chique.
Entends mon TAUPIN dispensant,
Comme un métronome au couvent,
Pathétiquement, dans la rue,
Des patenôtres décousues
Qui s’achèvent par la prière
De l’impôt révolutionnaire !
Et les TAUPINS, dans la BLANC RUE,
En leurs souliers laqués, se ruent
Sur des lieux communs consternants,
Tout gémissants de ruts en blanc.
Noble çon, Sieur blanc de la rue !
Le beau canular d’une mort,
Il le colporte tout d’abord
En un – évidemment blanc – rut.
A la nouvelle de la vie,
A son front pâlit la verrue
Qui est l’entier cerveau, ma mie,
Des « petits blancs » – blancs becs – de rue !

Chanson de RAT NOUEUX NOIR.
Et pendant que les Lœufauries
Gagnent fiérots leur bel argent
– Gage bourgeois d’esprits suris –
Sur le dos de « leurs » pauvres gens
(Gérard, Isidore ou Arthur,
Et Paul le roi de la culture),
Le RAT NOUEUX NOIR vit la lune
Au fond d’un cachot d’infortune.
Jadis, le RAT çon comme un jonc
Riait grassement du PIGEON…
Vingt ans plus tard, depuis son trou,
Il eut le culot, le RAT doux,
Reclus aux rais noirs d’un donjon,
De prier le pauvre PIGEON
De tremper sa plus belle plume
Dans l’encre, pour qu’il en parfume
Un article afin qu’il clamât
Solidarité pour le RAT.
– « Ma solidarité capote !
Tu peux te l’accrocher, mon pote !
Or, mon RAT doux, l’air que tu glanes
A pour résultat que tu planes !
Lors de mes heurts de Belle gicle,
Tu pinçais ton nez de bésicles ?
A toi de faire l’expérience
Des mandats d’entre pays rances !
Pense à moi en faisant le test
De dormir dans une forest,
Te leurrant que la ribambelle
De tes quatre-vingts chérubins
Te vaille de faire la belle.
Gonflé, le RAT NOUEUX NOIR, ben !
Rat noir et blanc rut, même çons :
La très amusante leçon ! »

Là-dessus, le PIGEON fila,
Choisissant toujours l’hérétisme,
Tel le goth évêque Ulfila
Qui ne nia pas l’arianisme,
Criant au nid, chantant partout,
Sur tous les tons, loin des égouts.
Messires Pion et Tartempion
Sans quart de ton, ni demi-ton,
Ont embouché leur mirliton,
Branlu tontaine et blancs roustons !
Amants du Vrai, ou… vrais morpions ?
En pseudo Castor et Pollux
Ils aiment tant donner le ton
Afin que bourgeois ne se luxe,
Car ce sont de très nobles gens
Et des cervelles merveilleuses
Que tous ces épatants sergents
Aux pensers de serge soyeuse !

Bon ALBON, nique la bonne haleine !
Qui sait ce que devient Albon,
Mon bon Albon, ce bon Albon
A la bonne haleine d’ivrogne ?
« Si PIGEON cause, qu’on le cogne ! »,
Disait Albon, trop bon Albon.
PIGEON chambra, Albon, mon çon
D’Albon qui les ongles s’en rogne.
Vingt ans après, mon Albon grogne
– Qui sait s’il en chie en ses pognes ? –
De n’avoir point eu la vedette
Pour déblatérer ses sornettes
A la bonne haleine, mardi
A bonne haleine rififi !
Niqué, peu sulfureux cocu,
Niqué, mon cocu bonne haleine,
Cheffaillon, aigu dard du C.U.L.,
A bon entendeur salut mène !

Oui, la belle « petite bande »,
Cœurs et cerveaux de contrebande,
Aigles noyés dans le pinard,
Pauvres Gagas, nigauds hagards,
Blancs ruts et ruts blancs et rats noirs,
Vous tous, voyants si peu voyous,
Ayez la bonté, voulez-vous,
D’aller vous faire… euh ! cuire un œuf,
Un œuf au four gros comme un bœuf,
Un œuf neuf, neuf, un œuf au riz !
Je vous chambre, et comme je ris !
Alliance de pauvres sonnés,
Gardez Dieu, s’il vous est… donné !
L’HYDRE a de beaux jours devant elle
Si l’on attend le printemps d’elle :
De l’HIRONDELLE ès euphories :
J’ai nommé le Maître au faux ris.

Olivier Mathieu

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From → divers

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