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Trois ou quatre remarcules en rapport avec le précédent article finkielkrautesque

5 février 2016

I

Oui, Rabelais et Céline et Père Ubu, et Bloy et bien d’autres encore, Verlaine à ses heures je crois bien aussi, ne furent pas ennemis d’une certaine scatologie et plus généralement d’une certaine liberté expressive. Sur la forme comme… sur le fond, justement.
Et l’on sait trop bien ce qu’il en découla pour Rabelais qui frôla un temps la correction et le bûcher inquisitorial, pour Bloy mis à l’écart de la plupart des « grands journaux » et qui ces derniers mois encore – en 2015 et au pays de la liberté d’expression (sic) – s’est retrouvé censuré post mortem (grande première!) dans une édition de l’un de ses ouvrages. Soit quatre-vingt-dix-huit ans après sa mort. Oserais-je évoquer enfin, le sort réservé à notre Ferdinand Bardamu national ? Ce grand misanthrope lucide (mais les misanthropes ne sont-ils pas lucides par définition ?) ; misanthrope comme Bloy d’ailleurs. Car il est bien connu que rien ne peut arrêter celui qui dit et écrit Merdre. Selon le vieil adage : Qui vole un œuf, vole un bœuf. Qui écrit Merdre finit comme Père Ubu, mort avant quarante ans, ou finit comme un chien tout seul et à l’écart. Chien, animal qui a toute mon affection. Et dont les comportements ne sont pas si différents à tout prendre de ceux évoqués dans la ci-devant citée Mort à Crédit. Très grand livre. Comme tous les autres du bonhomme, d’ailleurs. Ou plus exactement du barde celtique.

II

Car, je vais vous dire en quelques mots : ce qui différencie le « chier » ordinaire de Fink, identique au vulgaire, des « chier » de ces très grands de la littérature française, – littérature française de souche, dirais-je, gauloisement française – est que son « chier », si je puis risquer l’expression, ne débouche sur rien, ou plutôt embouche des latrines aux lieux (comprenez : les gogues) communs. Tandis que les « chier » ou autres termes scatologiques des grands débouchent l’Esprit, inondent la langue, sont de vie et de hargne contre la bêtise humaine ou les dessous peu reluisants de notre misérable humanité. Énorme différence qui fait la littérature même : ils sont stylés.
Pauvre Fink, pauvre Pinson, sait-il au moins qu’en employant l’expression « faire dans son froc » il évoque la profession monacale. Le moine, plus d’un auteur des siècles passés, des anonymes ou nonymes du Roman de Renart aux sous-producteurs de romans grivois du XVIIIe siècle par exemple, à raison et à tort (du moins c’est mon point de vue, je n’aurai pas l’ingratitude d’oublier que sans lui, avec ses défauts et ses qualités et sa religion, il n’y aurait plus rien de la littérature antique), que le moine donc, fut la risée des vrais mal-pensants, des clercs facétieux en particulier. Mais pas des mal-pensants autorisés à s’exprimer tous les jours à la cour des rois sans risque aucun de finir sur quelque bûcher, ou même courir simple opprobre du commun.

III

Je viens d’écrire en fait, que la scatologie pouvait être stylée. Cela me paraît d’une telle évidence, mais apportons quelques éclaircissements. Que croyez-vous qu’il soit de la « petite musique » célinienne ? sinon le fruit d’un très grand travail, d’un travail acharné. Chaque livre écrit et réécrit plusieurs fois, pas comme la première œuvrette à la mode ou le premier « essai » finkielkrautien, ou disons houellebecquien, ou encore botulien (mais il y a bien d’autres noms qui viennent à l’esprit en ce siècle minable).
Quitte à choquer, j’affirme (après d’autres et après lui-même d’ailleurs) que Destouches fut un poète. Oui, il fut un barde celtique. Reprenons juste ce petit passage apparemment en prose d’icelui :
« Je suis étranglé par mon col…le celluloïd… Elle me tire des décombres… Je remonte au jour… J’ai comme un enduit sur les châsses, je suis visqueux jusqu’aux sourcils»… »

En bonne diction cela donne un poème en vers blancs réguliers :
Je suis étranglé par mon col (8 pieds)
Le celluloïd (5)
Elle me tire des décombres (8)
Je remonte au jour (5)
J’ai comme un enduit sur les châsses (8)
Je suis visqueux jusqu’aux sourcils (8)

On pourrait le chanter. Pas une faute. Je crois même rencontrer quelques assonances. Voilà un des secrets – de forme – du style célinien. Et il y en a des « comme ça » sur des centaines de pages ! Et avec ça, jubilatoire ; les mots, les expressions ; Louis est un baroque, un délirant, un entrechoquant. Les petits poétereaux du vers libre, qui devraient en bonne logique en rester babas, peuvent aller se rhabiller devant le barde ! Ou plutôt rajuster leur froc… et leur barda. 
Ce genre d’esprit bardique, cela me fait penser en particulier, sur la forme du moins, à l’ouvrage d’Olivier Mathieu Les Pommes Bleues. Or, qui connaît Les Pommes Bleues et qui connaît Olivier Mathieu ? Enfin, je veux dire qui connaît pour de vrai, et non par de sordides on-dit et autres dégoiseries grotesques et malveillantes, Olivier Mathieu ?

IV

Mais je voudrais terminer sur un aspect positif concernant l’impétrant académique Fink, mon petit Pinson, notre Immortel déprimé, en lui demandant s’il compte proposer « aux séances » l’introduction des néologismes très prisés en ce moment, du moins sur ce blog, de : finkielkrauter, finkielkrautisme, finkielkrautisation, etc. Enfin tous les enfants du même père. Mais je crois bien qu’il n’a pas le temps de nous répondre, il est juste au haut de son arbre à fables à faire l’intéressant.

03

Et la fable sera express :

Maître Finky sur son arbre perché
Tenait en son froc un hommage
Lorsqu’un quidam, d’un odorat léché,
Reçut son don, mais sans dommage.

Moralité :

Cisèle ta chanson, mon gai pinson ;
Quand tu t’affines, quelle crotte !

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