Skip to content

Ce que personne ne vous dira sur le discours de réception à l’Académie française d’Alain Finkielkraut.

28 janvier 2016

« Finkielkraut et Spitzhacke, quel couple d’adversaires (littéraires) sous la Coupole ! Finkielkraut, que l’on considère neocon (abréviation de néo-conservateur), a dans son nom de famille sept consonnes : F,N,K, L, K, R, T. Spitzhacke, sept consonnes : S,P,T,Z,H,C,K. Finkielkraut a trois consonnes qui se suivent : LKR. Spitzhacke a trois consonnes qui se suivent : TZH. Où a-t-on trouvé des noms pareils ? Imprononçables ! A croire que tout ceci ne se passe pas à l’Académie, mais à la Comédie française ! » (Robert Spitzhacke, c’est-à-dire Olivier Mathieu, sur son blog Médiapart, en 2014)

Jean-Pierre Fleury :
Alain Finkielkraut a été reçu à l’Académie française. Vous avez lu son discours ?

Olivier Mathieu :
Je l’ai lu. Je l’ai trouvé plutôt médiocre.

Jean-Pierre Fleury :
C’est mon opinion également, on n’y échappe à aucun poncif. Mais…

Olivier Mathieu :
Je l’ai trouvé très mal lu, aussi. Finkielkraut ne lit pas bien le français. Dès le début de son discours, il aspire le « h » de « Henri », il dit « de Henri ». En français, on dit : « d’Henri ». Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

J.-P. F. :
Alain Finkielkraut y a parlé de son « nom cacophonique, un nom dissuasif, un nom invendable, un nom tout hérissé de consonnes rébarbatives »

O.M. :

Oui, c’est une des choses qui m’ont fait sourire. J’avais consacré un article justement à ce sujet, les consonnes de « Finkielkraut » et de « Spitzhacke », sur le blog Médiapart que je tenais en 2014. On le trouve ici : https://blogs.mediapart.fr/robertspitzhacke/blog/090414/alain-finkielkraut-quon-considere-neocon-mais-quel-choc-de-consonnes

J.-P. F. :
– Sur France-Inter, Alain Finkielkraut avait récemment dit : « C’est pas [sic] tout à fait la première fois qu’un juif rentre en majesté : c’était le cas de Simone Veil. La dimension juive de mon existence s’est exprimée dans plusieurs de mes livres. J’ai pensé à mes parents mais aussi à mes grands-parents que je n’ai pas connus ».

O.M. :
– Je me posais de nombreuses questions à ce sujet. Il convient en effet de noter que le père d’Alain Finkielkraut était né, semble-t-il, en 1904 (même s’il falsifiait parfois sa date de naissance et se disait venu au monde en 1908). Alain Finkielkraut est de 1949, il est donc né 45 ans après la naissance de son père. Si l’on veut bien supposer que les grands-parents du philosophe avaient (au minimum) vingt ans en 1904, ils auraient eu (au minimum) 65 ans en 1949. Qu’Alain Finkielkraut n’ait pas connu ses grands-parents paternels n’a donc rien de particulièrement étrange. En ce qui me concerne, par exemple, je n’ai jamais connu mon grand-père maternel, mort vers 1956 et donc quatre ans avant ma naissance.

J.-P. F. :
– Pour mieux comprendre, et donc pour pouvoir mieux saisir la personnalité du désormais académicien Finkielkaut, qui est aussi un personnage public, il faudrait consulter les lieux et dates de naissance et de décès des grands-parents d’Alain Finkielkraut. Mais ces informations ne se trouvent nulle part, sur Internet.

O.M. :
– En effet. Il est dit sur Internet que le père d’Alain Finkielkraut quitta la Pologne « dans les années trente », mais sans aucune date plus précise. C’est bien dommage. Les « années trente » s’étendirent en effet entre le premier janvier 1931 et le 31 décembre 1940, et c’est donc un fort long laps de temps. On ne sait pas non plus au juste si le père d’Alain Finkielkraut proposa à ses parents de le rejoindre en France, au cours des années 30. Jusqu’ici, je n’avais pas trouvé non plus les dates précises d’une déportation du père d’Alain Finkielkraut à Auschwitz, certains sites affirmant qu’il y aurait passé deux ans, d’autres trois ans, d’autres quatre ans. Je pense que le discours de Finkielkraut est un discours plutôt médiocre, je le répète. Mais aussi, ne serait-ce que par honnêteté il faut reconnaître à ce discours de réception de Finkielkraut à l’Académie qu’il donne, sur ce point, une réponse, puisqu’on y lit : « C’est de France, et avec la complicité de l’État français, que mon père a été déporté, c’est de Beaune-la-Rolande, le 28 juin 1942, que son convoi est parti pour Auschwitz-Birkenau ».

J.-P. F. :
– Sauf erreur de ma part, on ne sait pas non plus les dates de naissance et de décès de l’oncle d’Alain Finkielkraut, qui se trouvait en tout cas à Paris après la seconde guerre mondiale.

O.M. :
– Mais le mystère est encore plus complet en ce qui concerne la mère d’Alain Finkielkraut, dont il semble assez difficile de trouver sur Internet la date de naissance et le nom de jeune fille. Je me demande si ce nom de famille n’était pas « Pops » ( http://www.avis-de-deces.net/f_laura-finkielkraut-pops-bagneux-92220-hauts-de-seine_1769702_2014.html ). Quoi qu’il en soit, ayant eu son fils Alain en 1949, on peut supposer qu’elle ait eu environ vingt ans, ou disons au moins vingt ans, cette année-là. On ne comprend pas bien, toujours d’après les informations disponibles sur Internet, quel âge elle avait pendant la seconde guerre mondiale et surtout de quelle façon ou avec l’aide de qui une personne si jeune a pu s’échapper de Pologne. On dit qu’elle aurait habité alors en Allemagne puis en Belgique. Des renseignements quant à la date de naissance et de mort des grands-parents maternels d’Alain Finkielkraut aideraient peut-être le grand public à comprendre certaines choses.

J.-P. F. :
– Je me souviens de Finkielkraut déclarant par exemple à Elkabbach : « J’ai été reçu en tant que personne mais j’ai un nom de famille, je porte avec moi tous les miens : je suis très ému de les voir eux, dont certains sont partis en fumée, entrer sous mon nom à l’Académie Française. Voilà déjà ce que ça m’apporte. »

O.M. :
Je m’en souviens aussi. Le grand public voudrait probablement savoir qui étaient ces gens dont « certains », pour reprendre les mots de Finkielkraut, « étaient partis en fumée ». D’une part, Alain Finkielkraut a déclaré qu’il venait d’une famille de rescapés : « Or, moi qui viens aussi d’une famille de rescapés », déclare ainsi Finkielkraut durant un débat avec Avraham Burg. D’autre part, certains journalistes ont présenté Finkielkraut comme « fils de deux orphelins dont les familles furent presque intégralement englouties dans les camps de la mort », et l’on aimerait en savoir davantage. Il y a dans ces phrases (« certains », « presque » englouties) trop d’imprécision. Combien d’engloutis au juste, et combien de rescapés ? Revenons à l’élection d’Alain Finkielkraut à l’Académie française. Sur le site d’une radio, on a lu : « C’est son fils, Thomas, fils rebelle qui un temps songea à abandonner son patronyme trop lourd à porter, qui l’a convaincu de se porter candidat à l’Académie, rappelant au paternel combien ses parents, petits maroquiniers exilés de Pologne auraient été fiers de le voir sous la Coupole ». Finkielkraut ne manque pourtant jamais de déclarer : « Je ne peux pas bouder mon plaisir, même si je n’aurais jamais eu l’idée de me présenter de moi-même. (…) Des académiciens amicaux m’ont sollicité ».

J.P. F. :
Oui, encore une contradiction.

O.M. :
En effet, il faudrait se décider. Ce sont des « académiciens amicaux » qui l’ont « sollicité », ou alors c’est son fils qui lui a soufflé l’idée ?

J.-P. F. :
Il y a d’autres choses qui vous ont semblé dignes d’être remarquées,  dans le discours de réception de Finkielkraut ? Par exemple ?

O.M. :
Par exemple, que Finkielkraut ait cité Michel de Ghelderode, un ancien ami de ma grand-mère Marie de Vivier ( https://textyles.revues.org/354 ) . C’est même Michel de Ghelderode qui avait donné à ma grand-mère un surnom qui lui est resté, « L’emmerdeuse ». Tout comme moi, en me présentant le 10 avril 2014 contre Alain Finkielkraut à l’Académie française, j’ai joué à l’emmerdeur…

J.-P.F. :
Et d’autres choses encore ?

O.M. :
Oui, une en particulier. La voici. Alain Finkielkraut s’est donc intéressé, pour écrire son discours, à la littérature belge, à Félicien Marceau et à L’oeuf de ce dernier. Mais Finkielkraut s’y est intéressé superficiellement, je le crains. Sinon, il saurait que dans les milieux littéraires belges de l’époque, on accusa L’oeuf de Félicien Marceau d’être un plagiat d’un texte, également intitulé L’oeuf, dont était auteur un poète surréaliste et humoriste bruxellois, ami de Magritte, aujourd’hui totalement oublié, qui avait nom Paul Colinet. Ce Paul Colinet était aussi un ami de ma grand-mère ( http://www.aml-cfwb.be/catalogues/general/titres/210538 ), tout comme Félicien Marceau. L’oeuf, on devrait le savoir, était un sujet cher aux surréalistes belges d’alors. Je possède des photos inédites de ma grand-mère, Marie de Vivier, avec Paul Colinet et René Magritte. Or, la brouille entre Félicien Marceau et Marie de Vivier vint du fait que, selon ma grand-mère, Marceau s’était inspiré de Colinet. L’oeuf de Marceau date de 1957. 1957 qui est aussi l’année de la mort de Colinet.

J.P.F. :
Et donc ?

O.M. :
– Et donc, qu’on le veuille ou non, lors de l’élection au fauteuil 21 de Félicien Marceau, Alain Finkielkaut a été opposé à « Robert Spitzkacke », c’est-à-dire à Olivier Mathieu, petit-fils de Marie de Vivier, laquelle s’était brouillée avec Félicien Marceau au sujet de L’oeuf de Paul Colinet. Mais tout cela, par exemple l’existence de Paul Colinet, ou la polémique qu’il y eut jadis entre partisans de Colinet et partisans de L’oeuf de Marceau, Finkielkraut n’en sait évidemment rien. Il a fini son discours par les mots que voici : « La morale de toute cette affaire, ce n’est certes pas que le temps est venu de tourner la page et d’enterrer le devoir de mémoire, mais qu’il faut impérativement sortir celui-ci de « l’œuf » où il a pris ses quartiers pour lui rendre sa dignité et sa vérité perdues. » Mais ce serait amusant que Marie de Vivier ait eu raison car dans ce cas Alain Finkielkraut, en faisant l’éloge de L’oeuf de Félicien Marceau, aurait fait l’éloge d’un faussaire…

Propos recueillis par Jean-Pierre Fleury.

Publicités

From → divers

Les commentaires sont fermés.