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Finkielkrautisation (néologisme) : phénomène qui s’observe quand le creux s’oppose au vide et le rien au néant, à groite, a drauche et au centre.

26 janvier 2016

L’émission Des paroles et des actes, jeudi dernier, n’a nullement opposé, elle a réuni Alain Finkielkraut et son copain Daniel Cohn-Bendit. C’est ce que l’on appelle un « débat », dans la société moderne : prendre deux intellectuels, deux individus qui pensent et disent la même chose, qui appartiennent au même camp, et mettre en scène leurs « différends »… plus ou moins imaginaires.
On a reproché à une jeune professeur d’anglais – celle qui a remis Finkielkraut à sa place – de ne pas être «apolitique», mais est-ce que Finkielkraut et ses amis sont, eux, « apolitiques » ?
Les défenseurs de Finkielkraut (lequel peut compter sur l’appui de pratiquement toute la presse, tous les journaux, toutes les radios, toutes les télés) ont été « horrifiés »… Une jeune femme musulmane a parlé, pendant cinq minutes ! Elle a osé parler, pendant cinq minutes ! Elle a ôté cinq minutes de temps de parole à Alain Finkielkraut, lequel cause – ou peu s’en faut – 365 jours par an et 24 heures sur 24.
Une jeune femme a osé prétendre qu’un faux débat devienne un vrai débat ! Vous voyez le scandale…
Soyons sérieux. Moi, Olivier Mathieu, je vais vous exposer le problème réel. Le problème n’est pas, voyez-vous, que Finkielkraut soit un «pseudo-intellectuel», comme l’a dit cette jeune femme. Où y aurait-il, aujourd’hui, de vrais intellectuels ? A mon humble avis le problème est, en France, que c’est depuis bientôt un siècle que nous avons une gauche, une droite et une extrême droite de pseudo-intellectuels.
La gauche veut évacuer certains thèmes, et elle a tort. La droite et l’extrême-droite, Finkielkraut et ses disciples, Finkielkraut et ses épigones les traitent, ces thèmes, de façon erronée.
Voilà tout. Certes il serait bon, il serait excellent de s’interroger, de faire œuvre d’intellectuels (latin « intelligere ») et d’étudier les concepts de nation, de peuple, d’Europe, et maints autres encore. Ou alors, plutôt que de se branler les méninges, il suffirait d’appliquer les solutions. Les vraies. Les bonnes. Que je connais, moi, depuis longtemps.
Il faudrait le faire en évitant le blabla de la gauche, le blabla de la droite, les complications phraséologiques inutiles de la gauche, le simplisme pathétique de l’extrême droite, en un mot la nullité de la GROITE et de la DRAUCHE françaises.
Moi, si j’étais invité à un débat face au prophète Finkielkraut, je ne lui dirais pas de se taire. Pas seulement cela. Au contraire ! Je lui dirais de parler !
Oui, de parler, mais… pour dire quelque chose ! Quelque chose de nouveau. Est-ce que ce serait trop demander ? Quelque chose de vrai, quelque chose d’intelligent. Ou quelque chose d’ancien, si nécessaire…
Je le supplierais de ne pas se prendre pour le découvreur et le propriétaire du questionnement sur une identité française (car à moi, il me semble que Finkielkraut a un certain retard sur Braudel, qui avait du retard sur d’autres).
Je le supplierais, Finkielkraut, de dire quelque chose qui sorte – une fois, rien qu’une fois – du cadre guignolesque de ces « débats » où le creux s’oppose au vide et le rien au néant.
Voyez-vous c’est cela, le drame. C’est que le journalisme, aujourd’hui, n’est que la réunion d’articles creux dont le seul sujet est la télévision, royaume du Creux. C’est que la littérature est le royaume du creux. C’est que la philosophie est le royaume du creux. C’est que la politique est le royaume du creux. C’est que l’histoire est le royaume du creux. Bienheureux les simples d’esprit, le royaume du creux est à eux.
Le creux de la télé suscite des articles journalistiques sur le creux, articles creux dont on fait des livres creux qui deviennent ensuite à leur tour le sujet d’émissions de télé.
Les livres creux, parlant du creux, seront ensuite recensés par des journalistes, journalistes qui seront alors invités en tant qu’écrivains par des écrivains qui, n’écrivant rien, ont tout le temps pour animer des émissions de télé.
Et d’un côté des intellos conformistes à souhait du système, et d’un autre des idiots qui s’autoproclament anticonformistes. Tout un petit monde, de A jusqu’à Z, d’un extrême conformisme, d’un conformisme total. Le conformisme absolu.
Comment voudriez-vous que tout cela ne produise pas, à la fin, une société creuse ? 

A la radio tu entends Finkielkraut, à la télé tu vois Finkielkraut, dans Le Point y en a que pour Finkielkraut, sur France Culture y en a que pour Finkielkraut, sur France Inter y en a que pour Finkielkraut, chez Pujadas tu vois Finkielkraut, et si ce n’est lui c’est donc ses frères, et si ce n’est lui c’est ses copains, c’est ses copines, les journaleux et les journaleuses qui invitent Finkielkraut dans leurs émissions et que lui invite dans les siennes…
Une société de journaleux qui écrivent creux au sujet d’intellos qui causent creux et de philosophes qui pensent creux. Et tout ce petit monde rebouffe son creux.
Et moi je rigole. Merci, Messieurs. Vous m’aurez tant fait rire.

Olivier Mathieu.

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