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28 janvier, Académie française : gloire à Brune et immortalité à Finkielkraut, remparts de « la » civilisation contre toutes les inondations.

26 janvier 2016

« Comme il a depuis longtemps épuisé les médailles, le roi a fini par envoyer l’étoile de l’honneur à sa noble poitrine »…

 

crue Crue de la Seine, 28 janvier 1910, quai Conti.

Le 28 janvier 2016, Finkielkraut entre à l’Académie.

L’Académie a, en diverses occasions, été menacée par des inondations.

Cette Académie qui, selon Finkielkraut en personne, est un « rempart » de « la » civilisation.

Or, simple coïncidence chronologique, le très oublié Narcisse-Achille de Salvandy, Directeur de l’Académie française, y fit l’éloge, le 9 août 1838, d’un certain Brune, pour des faits qui remontaient à un 28 janvier, précisément.

A croire que le 28 janvier devrait être le jour des inondations ?!

Brune ! Gloire, Brune, gloire sur toi !

Ce Brune semble avoir été un vrai rempart contre les inondations et contre les noyades !

 

crue2Inondations de Paris, janvier 1910, quai Conti.

« Louis Brune ; de Rouen, commissionnaire sur le port, est un homme de la même famille. Des procès-verbaux réguliers attestent à l’égard de quarante-deux personnes qu’elles lui ont dû la vie. Mais il ne se montre pas seulement doué d’un intrépide courage ; il n’a pas seulement dans le cœur le sentiment de l’humanité prêt à éclater quand il y a un péril à combattre ou un malheur à prévenir. Cet homme porte en soi une inépuisable vocation de dévouement ; il fait profession de sauver ses semblables : c’est son état. Il n’attend pas les occasions ; il les cherche, il les épie avec passion. Quand la marée monte, quand le vent fraîchit, quand la brume s’élève, quand les bateaux à vapeur se croisent en grand nombre dans ce port étroit et opulent que vous connaissez, Messieurs, ou vous êtes allés inaugurer l’image du grand Corneille, Brune est là, comme les pères du mont Saint-Bernard à l’approche de l’avalanche, le cœur inquiet, l’oreille attentive, prêt à s’élancer. Ainsi, par exemple, le 28 janvier dernier, la Seine, prise depuis plusieurs jours, était couverte de patineurs. Les hautes marées devaient rompre les glaces et engloutir cette foule imprudente qui restait sourde à tous les avertissements de l’autorité. Brune avait sa vieille mère et sa femme malades ; on le rappelle en vain à sa maison. À l’heure même de ses repas, rien ne peut l’entraîner ; il reste à son poste ; il ne désertera pas. Ces jeunes gens, ces femmes imprudentes oublient leurs dangers pour leurs plaisirs. Le plaisir et l’affaire de Brune est de penser à leurs dangers. En effet, on entend le fleuve mugir ; la foule épouvantée se précipite. Un abîme s’est ouvert ; un couple jeune et riche a été englouti. Brune est là, il court sur la glace rompue, il arrive, plonge, ressaisit le mari et le sauve. La femme avait disparu sous les glaces : il va l’y chercher, il la retrouve mais ses efforts ont été inexprimables ; ses membres sont engourdis. Quand il veut s’enlever sur ces vastes glaçons qui le déchirent, qui l’ensanglantent, qui rompent sous sa main, ses forces épuisées échouent, et personne ne viendra à son aide : il n’y a pas un autre Brune sur le rivage. Cependant on s’agite ; on se lamente ; c’est Brune qui va périr. Que fera-t-on ? Enfin, on imagine de lui jeter une corde qui arrive à lui, qu’il saisit ; et, à son tour, il est sauvé. Les personnes qui lui devaient tout lui proposent des récompenses : il refuse. Il a fait ainsi toujours. Les médailles sont tout ce qu’on a pu lui faire accepter ; et comme il a depuis longtemps épuisé les médailles, le roi a fini par envoyer l’étoile de l’honneur à sa noble poitrine. Cependant la ville de Rouen n’était pas quitte envers lui. Elle a adopté sa femme et sa fille ; et voulant lui faire un don qu’il ne refuserait pas, elle lui a bâti une maison sur le rivage, afin qu’il ait moins de chemin à faire pour donner sa vie. Il est là comme une sentinelle avancée en face de l’ennemi. L’Académie royale de Rouen nous a demandé pour Brune l’un des prix Montyon. Un prix de 3,000 francs lui est donné ». (Narcisse-Achille de Salvandy, Directeur de l’Académie française, 9 août 1838).

 

crue3Les inondations de Paris, janvier 1910, l’Institut, quai Conti, quai Malaquais.

Est-ce qu’il n’y aurait pas eu quelque chose de prémonitoire en Narcisse-Achille ?

« Alain Finkielkraut, de Paris, ne se montre pas seulement doué d’un intrépide courage ; il n’a pas seulement dans le cœur le sentiment de l’humanité prêt à éclater quand il y a un péril à combattre ou un malheur à prévenir. Cet homme porte en soi une inépuisable vocation de dévouement ; il fait profession de sauver ses semblables : c’est son état. Il n’attend pas les occasions ; il les cherche, il les épie avec passion. Quand la marée monte, quand le vent fraîchit, quand la brume s’élève, quand les boutres des sarrasins se croisent en grand nombre dans ce port étroit et opulent que vous connaissez, Messieurs, où vous êtes allés inaugurer l’image du grand Corneille, Finkielkraut est là, comme les pères du mont Saint-Bernard à l’approche de l’avalanche, le cœur inquiet, l’oreille attentive, prêt à s’élancer. Ainsi, par exemple, le 28 janvier dernier, la Seine, prise depuis plusieurs jours, était couverte par des jeunes des banlieues, voire par une élite arrogante. Les hautes marées devaient rompre les glaces et engloutir cette foule imprudente qui restait sourde à tous les avertissements de l’autorité. À l’heure même de ses repas, rien ne peut l’entraîner ; Finkielkraut reste à son poste de radio et de télé; il ne désertera pas. Ces jeunes gens, ces femmes imprudentes oublient leurs dangers pour leurs plaisirs. Le plaisir et l’affaire de Finkielkraut est de penser à leurs dangers. En effet, on entend le fleuve mugir ; la foule épouvantée se précipite. Un abîme s’est ouvert ; un couple jeune et riche a été englouti. Finkielkraut est là, il court sur la glace rompue, il arrive, plonge, ressaisit le mari et le sauve. La femme avait disparu sous les glaces : il va l’y chercher, il la retrouve mais ses efforts ont été inexprimables ; ses membres sont engourdis. Quand il veut s’enlever sur ces vastes glaçons qui le déchirent, qui l’ensanglantent, qui rompent sous sa main, ses forces épuisées échouent, et personne ne viendra à son aide : il n’y a pas un autre Finkielkraut sur le rivage. Cependant on s’agite ; on se lamente ; c’est Finkielkraut qui va périr. Que fera-t-on ? Enfin, on imagine de lui jeter une corde qui arrive à lui, qu’il saisit ; et, à son tour, il est sauvé. Les personnes qui lui devaient tout lui proposent des récompenses : il refuse. Il a fait ainsi toujours. Les médailles sont tout ce qu’on a pu lui faire accepter ; et comme il a depuis longtemps épuisé les médailles, le roi a fini par envoyer l’étoile de l’honneur à sa noble poitrine, et on l’a élu à l’Académie »….

 

crue4

Monsieur de l’Académie et l’académie de Madame.

Il ne reste qu’à espérer que la Seine ne déborde pas, le 28 janvier 2016, pendant qu’Alain Finkielkraut débordera de mots.

Comme la Seine avait débordé, curieuse coïncidence chronologique, précisément le 28 janvier 1910…

Dès ce 28 janvier 2016, Finkielkraut le sauveur, le messie, le rempart de « la » civilisation, sera « immortel ». Même si Henri de Bornier, Pierre Séguier, Maxime Weygand le devinrent encore davantage, immortels, quant à eux, un 28 janvier aussi. Mais cela va sans dire.

Olivier Mathieu

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