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Olivier Mathieu propose toujours un débat public à Alain Finkielkraut. Par Olivier Mathieu.

23 janvier 2016

Il est assez incroyable de voir la haine dont a à souffrir Wiam Berhouma, la jeune femme de confession musulmane qui s’est si admirablement divertie, et nous a tant divertis, il y a quelques jours, en réduisant au silence l’agrégé ès Lettres modernes Alain Finkielkraut, le « philosophe » germanopratin aujourd’hui à la mode de la bien-pensance.
Pourtant, était-ce un « débat » qui a eu lieu entre MM. Daniel Cohn-Bendit et Alain Finkielkraut, diffusé sur France 2 dans l’émission « Des paroles et des actes » ? Est-ce cela que vous appelez un « débat » ? Est-ce qu’en vérité, ces deux messieurs âgés n’appartiennent pas au même camp ? Est-ce qu’ils ne sont pas proches l’un de l’autre par beaucoup de choses, ne serait-ce que par leur âge ?
Est-ce qu’en revanche le moment le plus novateur, le plus original, le plus anticonformiste et donc le plus intéressant n’a pas été, alors, l’intervention de Wiam Berhouma, enseignante d’anglais ?
On dit que le journaliste, M. Pujadas, n’aurait pas présenté correctement la jeune femme. On dit qu’elle serait militante de je ne sais quel parti. Je n’en sais rien, et la chose ne m’intéresse pas plus que ça. Je suis assez grand pour pouvoir juger les paroles d’une personne pour ce qu’elle dit. Ce que je constate, c’est que M. Finkielkraut est invité du matin au soir à la télévision, où tous les journalistes lui donnent du « Monsieur le philosophe ». Combien de ces journalistes auraient le courage de dire que M. Finkielkraut est, en vérité, un simple agrégé ès Lettres modernes ? Wiam Berhouma a été invitée une seule fois, je crois, à la télévision. Ne veut-on donc pas lui laisser le droit de parler, une fois dans sa vie peut-être, à la télévision ? Est-ce qu’à la télévision, ont seulement droit de parler Alain Finkielkraut et ceux qui pensent comme lui ?
En quoi les idées politiques de Wiam Berhouma devraient-elles absolument être mentionnées avant son intervention ? On l’a présentée comme une jeune femme de confession musulmane. N’est-ce pas une jeune femme ? N’est-elle pas de confession musulmane ? Est-ce que, lorsqu’Alain Finkielkaut parle, des journalistes commencent par exemple par rappeler son passé maoïste ?…
Wiam Berhouma a retourné Alain Finkielkraut, comme une crêpe ou peu s’en faut. Telle est la seule vérité, à mon humble avis. Conviée pour échanger des opinions avec Alain Finkielkraut, je crois qu’elle a parfaitement saisi que ce « débat » n’en serait pas un, comme il est hélas souvent arrivé (que ce soit sur TF 1, ou sur France 2, ou ailleurs) lors d’autres « débats » de ce genre.
Personnellement, je me suis présenté à l’Académie française le 10 avril 2014, en plein respect du règlement de l’institution. J’aurais été ravi, et je le serais toujours, de débattre – respectueusement, bien sûr – avec M. Finkielkraut, au sujet de ce qu’il désire: philosophie, histoire, littérature, actualité. Chiche ? Pourtant, pour l’heure, la lettre ouverte que je lui ai écrite (publiée sur plusieurs blogs) est restée sans réponse…
M. Finkielkaut est un  « habitué », un « abonné » à sa façon, un véritable locataire des plateaux de télévision, semble-t-il. Leur propriétaire ? Pas encore… Il peut s’exprimer, en tout cas, quand il le désire. Je crois qu’il serait intéressant que des instituts de sondage indépendants nous disent de quel temps de parole il bénéficie dans les « débats » de cette espèce. Je crois que la réponse serait que son temps de parole est plusieurs fois supérieur aux gens qu’on lui « oppose », ou que l’on installe face à lui.
Wiam Berhouma a parlé, il me semble, avec une grande modération. Elle était calme. Elle, une simple enseignante, face à Alain Finkielkraut qui est, lui, un académicien et un grand ponte de la pensée unique et dominante. Elle a souligné la mirifique et continuelle présence d’Alain Finkielkraut dans les massmedia, et par ailleurs le rôle évident qu’il joue dans le monde de l’édition, à la radio et à la télévision. Elle a achevé par une petite phrase : « Taisez-vous pour le plus grand grand bien de la France ». Je ne sais pas si on la reverra sur un plateau de télévision, j’espère quant à moi que oui. Mais qu’elle se rassure. Il y a des gens qui n’ont pas besoin, comme certains penseurs de bas étage, de passer des heures sur les plateaux de télé, si c’est pour ne rien y dire. Il y a des gens qui prononcent une petite phrase, une seule ! Ensuite, on peut les interrompre, leur arracher leur micro, pourquoi pas les frapper. Mais c’est leur petite phrase qui restera à l’Histoire. Ils ont d’ores et déjà gagné leur pari. Nul ne peut exclure que, dans cent ans, la postérité ne se souvienne de la petite phrase de Wiam Berhouma mais ait oublié les tonnes de paperasses publiées par Alain Finkielkraut. Professeur honoraire d’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv, le grand historien israélien Shlomo Sand vient de déclarer, cité par le journal communiste « L’Humanité » : « Quand je lis Finkielkraut ou Zemmour, leur lecture de l’Histoire, je suis effrayé ».
Moi aussi.
Olivier Mathieu, écrivain.

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