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MICHEL GALABRU

21 janvier 2016

Pris par l’actualité académique j’ai négligé plusieurs jours cet article. Je viens de le finir. Je tenais à rendre mon petit hommage à cette « figure du cinéma et du théâtre français » comme disent les gazettes, à ce brave saltimbanque qui avec ses yeux pétillants, rieurs, moqueurs et ses réparties à l’emporte-pièce m’a fait vraiment rire sans arrière-pensées du temps de jeunesse où je riais encore.

***

« Mon frère m’a dit un jour : “Quand je vois ton nom à l’affiche d’un film, je sais qu’il ne faut pas y aller !” Il avait raison, souvent, mais pas toujours. » (Michel Galabru, Je ne sais pas dire non ; Michel Lafon, 2011)

Après la mort de son frère Marc en 2014, frère médecin avec qui il était très lié et avec qui il a partagé plusieurs fois les tréteaux, puis celle de sa seconde épouse Claude en 2015, Michel Galabru a eu le bonheur, si l’on peut dire, de mourir sans bruit, sans souffrance et dans son sommeil à l’âge de 93 ans. Mais pas sur scène comme il l’aurait aimé. Dorénavant, il fréquente journellement le cimetière de Montmartre.

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– I –

Galabru est un nom de famille qui m’a toujours surpris. Rare, il est porté notamment dans l’Hérault, nous dit le site geneanet.org qui ajoute « le nom s’écrit aussi Galabrou et surtout Galabrun (Hérault et Puy de Dôme) » et écrit encore que ce patronyme apparaît sous les formes de Galambrus (en 1122), Galambrunus (1136) et Galabrù de Castel Mauro (1160) dans le cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse.

Il est convenu de voir dans Galambrun un nom composé de galam et de brun. « Brun » que l’on fait généralement venir du germanique *brūn, brun (cf. l’ancien haut-allemand brûn et l’allemand braun) qui aurait été « introduit dans la Romania, probablement par les mercenaires germains qui l’ont peut-être employé pour qualifier des chevaux » avant d’être latinisé en brunus, ce qui a donné bruno en espagnol et en italien, brun ou brù en occitan (cf. le Trésor de la langue française). Voir aussi le latin brunicus ou buricus, petit cheval, que le Gaffiot donne comme mot d’origine gauloise ou espagnole (il veut dire, sans doute : celtibère). En ancien-français, brun signifie : sombre, obscur ; malheureux, funeste ; farouche (cf. le Dictionnaire Godefroy) Enfin, brun est bien attesté dans la toponymie méridionale, en composé, par exemple dans plusieurs Montbrun.

Le « galam » initial fait débat : certains y voient un dérivé du mot germanique waran, protection. Mais j’ai dans ce cas, du mal à trouver un sens à Galambrun : protection brune, sombre protection ? D’autres voient dans Galabrun, Galabru, Galabrou l’occitan galabrun, étoffe grossière de laine, de la même manière que les Galbrun que l’on rencontre en particulier dans la Sarthe et l’Indre et Loire seraient à rapprocher de l’ancien-français galebrun, ou walebrun, sorte d’étoffe commune de couleur foncée. Avec un wala initial qui possède un grand nombre de dérivés dans les dialectes tant d’oc que d’oïl. Ce mot wala serait d’origine francique et aurait le sens de : bon, bien (cf. l’allemand wohl, l’anglais well). Galabrun serait alors un bon-brun, une bonne étoffe de laine rustique. Dans ce cas le « m » de Galambrun serait une excroissance inutile.

Si le « m » n’est pas un « m » étymologique mais un « m » ajouté après coup, ce qui n’est pas rare devant un « b » dans les dialectes (« m » et « b » sont deux bilabiales), Galabru est peut-être un autre mot composé nous dirons cette fois de gala et de brun. Par exemple gala substantif (gala, festin), gala adjectif (féminin galat, réjoui) avec le verbe gala(r) équivalent de l’ancien-français galer, réjouir, amuser… Galabru : un sombre festin ? Une sombre réjouissance ?

Je note que Galabru ou Galabrun semble composé comme le nom, ou plutôt le surnom, de l’un des premiers troubadours, du moins de l’un des premiers troubadours dont le nom nous est resté. Il s’agit de Marcabru ou Marcabrun. Troubadour gascon, il a vécu dans la première moitié du XIIe siècle. D’après Barbara Spaggiari ce nom a une origine germanique et signifierait clair comme le cristal (cf. Il nome di Marcabru – contributi di onomastica e critica testuale ;  Spoleto, Centro italiano studi alto medioevo, 1992). Mais selon François Zufferey le surnom signifierai mâle caprin, donc bouc, surnom en accord avec ses idées misogynes et misanthropes combattant le fin amor (l’amour courtois). Il déclare d’ailleurs : Macabrun, fils de Marcabrune / Fut engendré sous telle lune / Qu’il sait d’amour sous toute coutume / Écoutez ! / Jamais il n’en aima aucune, / Jamais aucune ne l’aima.

Cette seconde thèse m’agrée car je serais tenté de voir dans « Marcabrun » sinon un « bouc » du moins un « marcou brun ». C’est-à-dire un « sombre mâle ». De la même manière que Rutebeuf, anciennement Rustebuef, Rustebués, Rustebeuf (autre surnom) ne fut jamais qu’un « ruste boeuf » ; ruste, i.e. : fort, vigoureux ; rude, violent, terrible ; dur à traverser, à gravir ; (au sens moral) très grave ; formes attestées : buef, bues, beuf, boef, bœuf (cf. le Dictionnaire Godefroy).

Et finalement dans Galabru, dans le cas où le « m » de Galambrun serait superfétatoire d’un point de vue étymologique, je confirme que je verrais bien un Sombramusement. Mais sans doute parce que notre présent Galabru joua , et plus qu’à son tour, moins encore les bouffons que les personnages pitoyables et autres « couillons ». C’est lui-même qu’il l’a dit.

Le juge et l'assassin 1976 RŽal. : Bertrand Tavernier Philippe Noiret Michel Galabru Collection Christophel

– II –

Michel Galabru a tourné dans plus de 250 films et téléfilms, des rôles importants aux petits rôles ou simples apparitions ; du film populaire à succès, aux nombreux nanars alimentaires, en passant par quelques films de qualité. Il a joué dans près d’une centaine de pièces de théâtre, dont un nombre appréciable de pièces du répertoire dont il a été quelquefois le metteur en scène. Ajoutons de nombreux enregistrements audios, des actions diverses dans le domaine du théâtre (reprise de salle, festival, cours de comédie…), quelques ouvrages dont ses souvenirs. Pas mal pour quelqu’un qui aimait rappeler qu’il avait été un cancre et qu’il avait été mis à la porte de plusieurs établissements scolaires.

il a raconté aussi plusieurs fois cette anecdote, fruit du hasard : au début des années soixante, alors qu’il se trouvait au balcon de sa chambre d’hôtel, à Saint-Tropez, en bas dans le patio se trouvaient justement là quatre producteurs en grande discussion, ils préparaient le financement du Gendarme de Saint Tropez, une production franco-italienne. Il put alors entendre ce bout de discussion : – Bon, vous avez bien saisi ? Pour le rôle principal, je veux Louis de Funès. Et pour les autres, vous me mettrez des ringards. – De Funès, d’accord, mais des ringards ? – Si, si, j’insiste, des ringards ! Ça me coûtera moins cher. » Le « ringard » pressenti pour le rôle de l’adjudant Gerber était Pierre Mondy, mais ce dernier occupé par une pièce de théâtre, fut remplacé (pour le meilleur!) par l’autre « ringard » Galabru.

Jean Lefebvre qui tourna lui aussi dans de nombreux navets et nanars (navets comiques sans le vouloir, involontaires parodies loufoques ou kitch) aimait à dire quelque chose de cette sorte : J’ai tellement de navets dans ma carrière que je pourrais en faire un potager. Michel Galabru recevant enfin à 85 ans, son premier et unique « Molière du meilleur comédien », déclara lui : « Je voudrais remercier aussi les mauvais textes, ceux qui m’ont permis souvent de vivre, quand le fisc était là, quand les huissiers frappaient à ma porte, quand mes enfants demandaient à manger… Aaah, qu’un bon navet me faisait plaisir ! » Ce qui ne dépare pas d’avec cette autre constat, concernant ses rôles, « d’avoir été souvent fumier ». Ce qui ne peut qu’engraisser au mieux les légumes. C’est encore lui qui déclarait : « Paradoxe : un bide nourrit mal son homme. Heureusement, les navets permettent de se rattraper ! » (in Pensées, répliques et anecdotes, 2006).

J’ai toujours eu beaucoup de frais ! A partir du moment où vous vous mariez, vous ne contrôlez plus rien… Ma première femme n’aimait pas les punaises, ni les cafards ; il lui fallait un bel appartement. Puis un enfant, donc un appartement plus grand. Et d’autres enfants encore, donc un appartement encore plus grand, avec plein de travaux à faire dedans… Quand je n’ai plus tenu le cap dans ce circuit infernal, il a encore fallu verser une pension alimentaire… Comme je ne suis pas un saint, comme je suis même lâche et peureux, chaque fois qu’on m’a proposé un petit chèque, pour un petit film, j’en avais tellement marre de ces problèmes d’argent que je signais tous les contrats. N’importe quoi. Deux-trois jours par-ci, par-là, à faire l’imbécile dans des films insipides dont je ne connaissais pas toujours l’histoire.
Sur le tournage, on se rendait bien compte des inepties qu’on tournait, on en rigolait entre partenaires habitués du genre – sauf Francis Blanche, qui faisait la gueule et se prenait au sérieux ! Et puis, devant de telles conneries, on se disait que le film était trop nul, qu’il ne sortirait jamais. Eh bien, ces films-là sortent toujours. Et il y a toujours des copains qui les voient… Enfin, il faut reconnaître que ces navets m’ont permis de durer, de subsister, d’attendre qu’on me propose quelque chose de mieux. Qui est rarement venu… Il faut avouer aussi qu’après le Conservatoire, après sept années des plus obscures de Comédie-Française, j’avais une telle fringale de grand écran que tout m’était bon…
(in Télérama du 4/1/2016, reprise d’un article de Fabienne Pascaud paru en 1998).

C’est également son physique de « non jeune premier » et de « non bel homme » qui lui fut bénéfique et qui lui a permis également de durer, plus longtemps encore que Delon, Belmondo et quelques autres.

Je me souviens d’un film de Jean Marboeuf avec Alice Sapritch, où il était question des amours d’un boxeur raté et d’une danseuse au rancart. Ça s’appelait Corentin. Un jour, Marboeuf nous impose une scène au plumard. Je lui dis en rigolant, croyant plaisanter : « Tu nous mets au lit, parce que tu nous trouves laids, c’est plus drôle ? » Il m’a répondu « oui ». Simplement. Ça nous a fait froid dans le dos à Sapritch et à moi. […] C’est avec elle que j’ai joué, je crois, mon pire nanar au cinéma : Adam et Eve, avec nous deux dans les rôles titres… Pauvre humanité ! Enfin, faire rire permet au moins de se cacher : on trouve un gag, une grimace pour dissimuler sa gêne.
(source idem)

https://www.youtube.com/watch?v=K3OAoKcSFmQ

Notons quand même que Corentin, ou les infortunes conjugales (1988) est un film où, apparemment, ni Michel Galabru, ni Alice Sapritch n’apparaissent à l’affiche. Encore un mystère des accréditations, ce qui n’est pas le cas pour « l’aimable collaboration de Jean Poiret ».

143 - 1984 - ADAM ET EVE***

Autres extraits d’émissions, films ou entretiens en compagnie d’autres têtes connues.

UN RÉSUMÉ parmi d’autres

https://www.youtube.com/watch?v=VGIfB-g3UAc

LES RAISINS VERTS – 1963

https://www.youtube.com/watch?v=gX4RoQMBmKE

Un succès de la même époque (un tube comme on disait alors) :

https://www.youtube.com/watch?v=1jROU1jduPU

*

À propos de Sacha Guitry :

https://www.youtube.com/watch?v=MuxzzTJlkbQ

*

LE VIAGER – 1971 de Pierre Tchernia

Extrait : Faites-moi confiance !…

http://www.dailymotion.com/video/x35eonw

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À propos de sa formation :
http://www.dailymotion.com/video/x20q65k_michel-galabru-le-cocu-de-la-comedie-francaise-archive-ina_creation

*

LE JUGE ET L’ASSASSIN (1976) de Bertrand Tavernier

Extrait — À l’église :
https://www.youtube.com/watch?v=GA9R0AlNVmE

Complainte de Bouvier l’éventreur (par J.-R. Caussimon) :
https://www.youtube.com/watch?v=xai7peWAhMk

*

TE MARRE PAS, C’EST POUR RIRE ! (1982) de Jacques Besnard

Extrait – Le délégué du personnel mélomane
https://www.youtube.com/watch?v=WbxhmOfJh7k

« Je regrette aussi de ne pas avoir joué dans de grands films. Comme les comédies italiennes. C’est peut-être prétentieux, mais ce genre-là était fait pour moi. J’adore la langue italienne. J’ai encore des rêves, vous savez. J’aimerais monter une petite pièce italienne dans un théâtre. » (in L’Express o. c.).

*

CRUCHOT ! Extraits des Gendarme de Jean Girault.

https://www.youtube.com/watch?v=mIdip9ntqH0

*

URANUS, d’après le roman de Marcel Aymé (1990) de Claude Berri

Extrait – Monglat, le roi du marché noir
http://www.dailymotion.com/video/x3ksa5z_michel-galabru-dans-uranus_shortfilms

***

– Moi, je suis un petit cabot. On dit que je suis un monstre parce que je suis vieux : ce n’est pas vrai. Des monstres, j’en ai connu et c’était autre chose : Raimu, Harry Baur, Louis Jouvet, Jules Berry, Fernandel… Lui n’était pas très intelligent, mais c’était un génie. Sans compter les seconds rôles : Carette, Jean Tissier, Saturnin Fabre… Franchement, je ne suis aucun de ceux-là. J’ai joué avec eux, je sais de quoi je parle. Je ne faisais pas le poids. Moins de présence. C’est mystérieux ça, la présence. […] J’ai aussi joué avec Michel Simon dans L’Ibis rouge. C’est une autre dimension. J’ai su très tôt que je ne serais pas un grand. Mais ouvrir la porte à ces gens-là m’aura suffi. 
– A défaut de présence, il existe une affection du public à votre égard…
Il est bien obligé de se mettre sous la dent ce qu’il a. L’époque est pauvre. […] Quand Raimu joue, c’est tout Marseille qui débarque. Quand Harry Baur pelote Jacqueline Delubac dans Volpone, c’est toute la luxure du monde qui dégouline sur l’écran. 
(Entretien avec Éric Libiot, in L’Express du deux février 2012)

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