Skip to content

GALABRU – ANNEXE : LA TACHE DE SERVICE

21 janvier 2016

J’ai lu hier, avec retard – l’article date du 4 courant, mais c’est encore mieux quand on laisse passer le temps – un improbable tâcheron, Jacques Nerson de la feuille de choux sioniste de la dite gauche (Qui pourrait m’expliquer comment on pourrait être réellement de gauche tout en étant sioniste ? C’est la quadrature du cercle, l’union diabolique et totalitaire de deux extrêmes normalement incompatibles), la feuille de choux donc qui a pour nom : Le Nouvel Observateur (dont je me demande d’ailleurs ce qu’il peut bien observer depuis des décennies pour réellement voir et conclure si peu). Je précise que je la lis quelquefois, comme ici en rapport avec un fait précis, et uniquement parce que c’est gratis, du moins en partie sur Internet, ou en intégralité dans quelque salle d’attente, soit souvent avec beaucoup de retard ; ce qui ne gâche en rien la lecture, bien au contraire. Je ne vais quand même pas acheter ce torchon.

Quelques mots sur le pedigree de ce Nerson, journaleux « grand écart » ou plus exactement « fusionnel » du marigot parigot. Il cachetonne entre autres, et à la fois, à Valeurs Actuelles et au Nouvel Observateur, après avoir commencé au Figaro Magazine et être passé au Spectacle du Monde. On l’entend ou l’entendit, voit ou vit sur les radios étatiques (à France Inter dans l’émission « Le Masque et la plume », à France Culture) et sur Paris Première, la chaîne régionale privée [virgule], de Paris, spécialisée de tous les ragots cultureux et chébrans panamiens, émissions : « Rive droite / Rive gauche » et « 93, faubourg Saint-Honoré » d’Ardisson.

Lisons donc le petit homme :
« Jouer n’importe quoi avec n’importe qui.[?!] On peut dire qu’au théâtre, il [Galabru] est passé à côté de toutes les grandes aventures du XXe siècle. [!] Vilar ne l’a distribué que dans « Les Rustres ». [!] Il n’a joué dans aucun spectacle de Roger Planchon, Jean-Pierre Vincent, Patrice Chéreau, Antoine Vitez, Claude Régy, Ariane Mnouchkine ou Peter Brook. [!] Aucun metteur en scène ayant peu ou prou compté dans l’histoire du théâtre n’a fait appel à lui. [!] Et pourtant… Dès qu’il cessait de grommeler, de rouler des yeux effarés, de pousser ses han de bûcheron qui faisaient tordre de rire ses groupies [ô, quelle horreur !], dès qu’il consentait à faire son métier sans truquer [sic], quel prodigieux acteur il était ! Jamais peut-être on ne l’a vu aussi fin et émouvant que dans « Jules et Marcel », petit spectacle [!] tiré de la correspondance Raimu-Pagnol, créé en 2009 et repris l’année suivante. Philippe Caubère lui donnait la réplique. »

On dirait une caricature d’article. Et on notera que le vingtième siècle commence avec Vilar (Jean pas Hervé). Pas même Pagnol pourtant évoqué plus bas d’une manière non antipathique. Voilà en quelques lignes un condensé, un concentré, un ramassis de tous les lieux communs des cultureux dits de gauche. Ceux qui se disent de gauche tout en n’ayant qu’un auditoire petit-bourgeois pour ne pas dire bourgeois qui n’ose même pas dire qu’il s’emmerde fort à leurs spectacles. Mais c’est tellement dans le vent !

Vilar : une seule fois, il y a bien longtemps, les autres pontes, patentés, vieilles idoles théâtreuses : rien, néant, nada ! Certes, seule fois, et devenu fort vieux, Galabru a enfin fait un bon « petit spectacle » et devinez où, quand, ou plutôt pourquoi ? Je vais vous le dire : parce qu’il a fait allégeance et que celui qui lui donna la réplique en l’occasion était Philippe Caubère. Eh oui, uniquement pour cette raison.

Vous ne savez pas qui est Caubère ? Ce n’est pas un pêché. Ce n’est pas grave du tout. Moi aussi j’ignorais, il y a très peu encore, son existence. Il y a belle lurette que je ne fréquente plus les salles de théâtre, d’autant plus si les troupes qui les squattent sont subventionnées comme aux plus belles heures de l’Ancien-régime, ou encore parisiennes, salles que je n’ai jamais d’ailleurs fréquentées, et je ne m’en porte pas plus mal. Je ne crois pas y avoir perdu grand-chose.

J’ai fait ma petite enquête. Donc de ce que j’en ai compris, ce Caubère est le type même de l’acteur ou pseudo-acteur de notre temps de grand ennui et de grande décadence théâtrale. Il en ressort que c’est le modèle même de l’estampillé Monde-NouvelsObs-Libé-Télérama, etc. Je vois qu’il fut de 1970 à 1977 l’un des piliers du Théâtre du Soleil de Sainte Mnouchkine. Je lis également qu’il serait un acteur-improvisateur et qu’il a créé des spectacles interminables « d’autobiographie théâtrale, comique [c’est lui qui le dit] et fantastique [c’est également lui qui l’affirme] ». Pauvres spectateurs ! Il se définit enfin comme « acteur, féministe, marié, et « client de prostituées » ». Quel joli programme ! Quel beau « métissage », quelle bouillie « moderniste » dans la caboche !

Quand on sait par ailleurs que ce monsieur, d’après ce qui s’écrit, « ne renie pas » (expression savoureuse face à ces géants) les influences rien de moins que de Proust, Céline (tout Céline?), la Commedia dell’arte et Fellini – Céline, Commedia dell’arte et Fellini grands pourvoyeurs de baroque, grotesque, démesure, folie et poésie – je ne vois pas en quoi ce même Galabru qui faisait tordre de rire (certes le Vulgaire, comme sous-entend Nerson) avec ses grommellements, ses roulements d’yeux effarés, ses hans de bûcheron, n’aurait pas sa place ici. Bien évidemment en compagnie des comédiens de la Commedia dell’arte.

Mais voilà, il y a comédiens et comédiens, les estampillés et les non-estampillés, comme il y a d’un côté les sociétaires et de l’autre les pensionnaires, à la Comédie française. Pourtant sorti premier prix du Conservatoire, Galabru demeura ainsi sept ans simple pensionnaire de la Comédie française, cantonné dans des rôles peu valorisants. La raison pourquoi il en est sorti.

C’est vrai qu’il faut toujours se méfier du gros rire, de la farce, de la gaudriole. Car du rire du peuple au populisme, la frontière est facilement franchie, surtout à notre époque sans frontières, nous dirait Monsieur Nerson, metteur en scène accessoire de la pièce de Sacha Guitry Le Veilleur de Nuit en 1986, et du Tour de piste d’un certain Christian Giudicelli, au festival « hors », pardon « off », d’Avignon (une référence!) en 2012, puis au Théâtre Les Déchargeurs (sic).

Tiens ! au fait, pourquoi le journaleux n’a pas joint Jérôme Savary à sa liste des élus ? Parce qu’il est arrivé une fois à Galabru de l’avoir eu comme metteur en scène ? 

Publicités

From → divers

Les commentaires sont fermés.