Skip to content

Olivier Mathieu et Frédéric Mitterrand candidats. Chpa sépatété kwa! Par Olivier Mathieu.

18 janvier 2016

Discours de réception d’Olivier Mathieu,
dit Robert Pioche, dit Robert Spitzhacke.

Nouvelle littéraire
mais aussi de réflexion théorique sur la morphologie,
la syntaxe, la phonétique et la décadence françaises.

Chapitre I

Discours introductif: remerciement d’Olivier Mathieu à ses paires (?), pour l’avoir élu, le 7 avril 2011, au fauteuil laissé vacant par le décès de M. Maurice Druon. Ce qui offrira l’occasion de rappeler les tentatives précédentes d’Olivier Mathieu, dit Robert Pioche, afin d’asseoir la sienne (?) parmi les Quarante.

« Académiciens, académiciennes! »
Cette introduction est clairement inspirée par le fameux « Français! Françaises! » de Mongénéral. Académiciens! Académiciennes!
Académiciens! Académiciennes!…
« Académiciens! Académiciennes! »… Ciel, que dis-je? Quel homme politique dirait encore : « Français! Françaises » ? Non! Il dirait (comme je l’ai entendu dans la bouche des prestigieux successeurs de Mongénéral), il dirait: « Françaises! Français! »
Commencer par les dames est très important. C’est plus politiquement correct. Et c’est censé rapporter davantage électoralement. Ne disons plus : « Messieurs Dames! », mais : « Dames Messieurs! »… Ou, de mieux en mieux : »Mesdames Sieurs! »…
Rouge de honte, donc, je me corrige : Académiciennes! Académiciens!
Le 7 avril 2011, à moins que ce n’ait été (poisson d’avril) six jours auparavant, et que personne d’autre que moi ne s’en soit aperçu, voilà qu’enfin, vous m’avez élu à l’Académie française.
Voilà qu’enfin, on doit dire : Olivier Mathieu, dit Robert Pioche, a été élu à l’Académie. Olivier Mathieu, dit Robert Pioche, est académicien. Olivier Mathieu, dit Robert Pioche, est un « immortel ». Olivier Mathieu, dit Robert Pioche, est au nombre des Quarante.
Voilà qu’enfin, vous m’avez convié à m’asseoir parmi vous, voilà qu’enfin vous consentez que je vous apostrophe: membres de l’Académie, mes paires!
Mes paires! Mes pairs! Académiciennes! Académiciens! Mon émotion est à son comble. Après tant de tentatives malheureuses, voilà que vous avez récompensé ma légendaire persévérance.
Déjà, en 1990, j’avais escompté que vous m’offriez votre accueil sous les lambris du Quai de Conti, mais vous m’aviez préféré (et j’avais largement applaudi à votre choix) Madame Hélène Carrère d’Encausse qui, depuis lors, est devenue (après Maurice Druon) le Secrétaire perpétuel de la noble assemblée.
Plus tard, en 2003, au terme d’une lutte épique, je dus m’incliner, pour seulement dix-huit voix de différence, afin que pénètre à l’Académie un romancier tel que Valéry Giscard d’Estaing. Et, ici encore, je partageai votre choix et m’exaltai de votre décision: cette consacration littéraire était évidemment indispensable et je fus tenté, un instant, de renoncer au modeste suffrage que j’avais quant à moi reçu, afin de l’offrir à Celui qui, dans ma jeunesse, décidait avec tant de brio et de charisme des destins immortels (eux aussi) de la France. Oui, je le confesse. Que Valéry Giscard devienne immortel avec seulement 19 voix, tandis que Robert Pioche devait se contenter d’un dix-neuvième d’immortalité, m’a donné mauvaise conscience. Je regrette que, par ma faute, M. Giscard n’ait point reçu vingt voix. Cela aurait fait plus rond, plus unanime. Mais il est trop tard, hélas, pour revenir en arrière.
Qui ne se souvient des moments historiques et tragiques où le président Giscard, assis à son bureau devant les caméras de télévision, prononça des adieux larmoyants aussi touchants qu’inoubliables, en ces jours de mai 1981 où la presse française (de droite) évoquait plus ou moins l’entrée imminente des chars soviétiques dans Paris, à la suite de l’élection de François Mitterrand? Cet instant terrible et formidable, cette page noire de notre histoire (je parle de M. Giscard abandonnant la France à son mitterrandien destin) fut heureusement effacée quand M. d’Estaing fut plébiscité (malgré la voix qu’obtint Robert Pioche) par l’Académie. J’en remerciai les Dieux du Destin, et en fus infiniment heureux et fier pour lui.
En 1981, qui n’a senti l’amertume du président Giscard et de l’idée qu’il se faisait d’une France – « l’entreprise France », vous vous souvenez? – soudain privée de lui? En 2003, ce fut son retour, la revanche, son entrée dans l’immortalité littéraire après l’immortalité politique d’un inoubliable septennat, voire dans l’immortalité tout court. D’ailleurs Mitterrand, qui savait pourtant écrire, n’aura jamais été académicien. Na!
En décembre 2003, il y eut des gens pour s’élever contre le fait qu’un académicien ait choisi de voter pour Robert Pioche et non, comme il aurait été plus que logique, pour Giscard. Quelques jours plus tard, ainsi, dans le numéro du 18 décembre 2003 du « Figaro Magazine », l’un de nos penseurs français, M. Philippe Bouvard pour le nommer, s’en prit avec son intelligence coutumière à Robert Pioche. Il eut bien raison. Monsieur Bouvard est un journaliste d’un grand courage, son humour est sans égal, c’est un écrivain d’immense talent et un philosophe exquis. Que dis-je? Bouvard est tout simplement l’un des phares de la pensée universelle de tous les temps. Je fus confus qu’une telle autorité risque de souiller sa plume immaculée pour s’en prendre à ce vaurien de Robert Pioche.
Ces dernières années – et puisque le règlement académique, qui est infiniment démocratique et je m’en réjouis, prévoit que « toute personne » puisse le faire, sans qu’il soit seulement nécessaire d’exercer la profession d’écrivain – j’ai déposé mon humble candidature face à des géants de la littérature et de l’histoire. Chaque fois, j’ai accepté ma défaite et, mieux encore, je l’ai comprise.
Quand M. Max Gallo, ainsi, se présenta et (à mon grand et éternel bonheur) triompha, ma candidature ne fut pas seulement prise en considération. C’était curieux. J’avais eu le droit de poser ma candidature en mars 2007 et voilà que, deux mois plus tard, je n’avais plus ce droit. Le refus de ma candidature du 31 mai 2007, oui, fut d’un caractère absolument particulier, unique en son genre, puisque je possède le courriel de l’Académie française m’indiquant aimablement que ma candidature serait annoncée en séance, le 29 mars 2007. On peut donc dire que ma candidature a été rejetée lors de cette séance du 29 mars 2007. Sur ordre de qui ?
Broutilles… Je pris mon mal en patience. J’admis, très volontiers, que bien des considérations exigeaient que je ne fusse élu qu’après les dames (par exemple Madame Simone Veil) et les messieurs qui furent mes adversaires lors de ces diverses élections.

Le plébiscite du 7 avril 2001 (Académie française, trentième fauteuil).
L’élection académique du 7 avril 2011 m’a opposé, de nouveau, à de grands esprits. Or, j’ai vaincu. Ce n’est pas, cette fois, un dix-neuvième de mon insécable fessier, un dix-neuvième de ma paire que l’on invite à prendre ses aises sur un fauteuil académique, mais bel et bien l’intégralité de mon fessier. Je ne méritais pas tant d’honneur. Et c’est bien pourquoi ma surprise est énorme d’avoir été – à ce que l’on me dit, et je désire m’efforcer d’y croire – élu, et, plus étrangement encore, élu six jours avant ladite élection. Comment donc peut-on m’élire, moi qui ne suis pas né au nombre des élus, avant l’organisation d’une élection? Voilà un grand mystère.
Est-il donc écrit que je doive entrer dans l’Histoire non seulement pour avoir été (comme le relate l’encyclopédie du « Quid ») le « premier écrivain à avoir déposé sa candidature à l’Académie française sous deux identités diverses », mais aussi, désormais, pour avoir rédigé et publié mon discours de réception six jours avant le 7 avril 2011?

4096363_11-1-352720321_545x460_autocrop

Chapitre II

De la toute première contribution combative qu’apportera Olivier Mathieu, exemple parfait d’imbécillité, aux éminents et utiles travaux de ses paires.

Mais quelle contribution pourrai-je donc apporter – moi qui, à en croire certains, probablement bien informés, serais un imbécile combatif mais notoire, une sorte de crétin congénital – à l’institution qui m’abrite désormais pour l’éternité sous son aile immortelle?
Académiciennes! Académiciens!
M’est avis, pour commencer, qu’il serait bon de nous asseoir autour d’une table, et de nous livrer tous, vous et moi, à l’exercice d’une dictée de français. Vous le savez, c’est là une idée à laquelle je tiens. Il y a quelque temps, ainsi, le « Figaro Magazine » a aimablement rédigé un article pour rappeler ma proposition. Qui sait combien de lecteurs du « Figaro Magazine » auront souri? Qui sait combien d’internautes (cet article du Fig Mag est « en ligne » sur Internet) auront souri? Avouez-le, chères académiciennes et chers académiciens! Proposer une dictée aux Quarante, et donner à sourire au peuple, n’est-ce pas là une innovation?
Académiciennes! Académiciens! Sans doute n’ignorez-vous pas – Académiciennes! Académiciens! – que la langue française ne va pas bien.
La langue française ne va pas bien, si j’en juge par les difficultés que je rencontre, chaque fois que je me promène dedans Paris, la bonne ville de Pontoise ou leurs banlieues, pour comprendre le sens des borborygmes qui frappent mes oreilles. Je suis né à Paris mais aujourd’hui, à Paris, la langue française m’est étrangère. Elle m’est étrangère par le nombre des anglicismes qui la défigurent, elle m’est étrangère par ses syllabes disparues, elle m’est étrangère par les subtiles influences dialectales venues de pays et de continents dont, hélas, je ne parle pas les idiomes.
C’est très frappant. Quand je me rends dans la ville italienne de Bari, je comprends le dialecte de cette cité, qui est un des plus ardus des environ 121 dialectes italiens. A Paris, je ne pige plus un mot.
Dans mon enfance, tiens, on m’a enseigné à dire : « Je ne sais pas ». Au cours des décennies, on est passé à « Je n’sais pas », puis à « J’sais pas », puis à « Ch’sais pas ».
Aujourd’hui, j’entends des « Chpa! » qui nous rapprochent de plus en plus d’un langage que les hommes des cavernes de la préhistoire eussent jugé quelque peu rudimentaire.
Une de mes amies (elle s’appelle Hélène et a 17 ans), à laquelle je demandais son avis sur un livre, m’a répondu :
Sépatété.
J’ai rencontré quelque vague difficulté à comprendre le sens de ces ésotériques syllabes. S’agissait-il d’un dialecte guadeloupéen, africain, asiatique, indo-européen? On m’a renseigné. « Sépatété » signifie, m’a-t-on juré, « c’est pas terrible ». C’est du français. Au moins depuis J. Halliday, la France ne sait plus le sens du mot « terrible ». Moi, j’ai rangé dans un coin de mon cerveau la signification de « sépatété ».
Mes contemporains sont en nette difficulté dès qu’il s’agit pour eux de construire une phrase qui compte plus de trois mots, ou plus de cinq syllabes, frontière au-delà de laquelle ils craignent probablement une atroce (et infondée) accusation d’élitisme.

illu4Quelques exemples.

Tous nos écrivains de talent ne furent pas de la brillante Académie, et certains tout simplement parce qu’ils étaient déjà morts depuis longtemps à sa naissance ; j’aime à comparer les styles, les lexiques des uns et des autres, la richesse et la luxuriance d’un Alcofribas Nasier, d’un Léon Marchenoir ou d’un Ferdinand Bardamu qui sont parmi les gloires de notre littérature, et de notre prose poétique et jubilatoire.
Et je dois dire, même si je n’ai pas l’heur de plaire à mes contemporains, ce qui ne me tracasse pas trop d’ailleurs, que l’enflure des mots ou les périphrases contemporaines sont de la roupie de sansonnet à côté du vocabulaire, des vocabulaires de ses géants. « Y a où rire », comme disait Céline en haut breton, il y a de quoi rire (de tristesse ou de colère?) devant les néologismes affligeants qui font par exemple des aveugles des « non-voyants ». Mes auteurs, eux, appellent un chat un chat, en tout respect pour les mots et les individus, en toute franchise et sans pudibonderie. Et ne sont pas des « non-pensants » pour ça.
Et « y a où pleurer » lorsque « social » veut dire que tout va mal, que les gens sont mis à la porte d’une entreprise (mesures sociales) ou sont en grève (conflit social). Autres euphémisme, ceux qui font de lâches et criminels bombardements de civils (et de militaires aussi) des « frappes chirurgicales ratées, à dégats collatéraux ».
Mes auteurs ont également un second talent, celui de l’extrême richesse lexicale et expressive. Ils sont donc, en leurs oeuvres, à l’opposé du langage contemporain des media, et de la réclame en particulier, qui est d’une dramatique pauvreté, d’une telle bassesse ou d’une si incommensurable niaiserie.
La langue française, encore, m’est étrangère à cause de l’hilarante habitude que semblent avoir les Français de faire suivre la moindre de leurs phrases, comme l’éminente linguiste (?) Vanessa Paradis, par un « quoi » ou par un « hein »!
Ce « quoi » est appelé à remplir, en quelque sorte, les phrases très courtes de mes très aimés compatriotes. Vu que leurs phrases sont de plus en plus vides, ce fameux et seyant « quoi! » y ajoute, au moins dans leur esprit et dans leurs intentions, un important concept. Enfin, c’est ce que je suppose, quoi!
La langue française ne va pas bien, si j’en juge par les fautes de français – qui me font sursauter – des plus éminents journalistes de la télévision ou de la presse écrite – lamentablement écrite.
– Chpa sépatété kwa!
Le Français moderne, après avoir produit l’effort de prononcer une phrase aussi complexe, a le cerveau pressé comme un citron, jusqu’au dernier de ses extraordinaires neurones. Il a épuisé les ultimes de ses ressources langagières et intellectuelles. Sa dialectique a donné le meilleur d’elle. Chpa sépatété kwa!
Je m’amuse, quelquefois, à interroger des gens de mon entourage. Les réponses qu’ils hasardent me permettent hélas de conclure qu’il y a cent ans, ils n’auraient pas obtenu leur certificat d’études primaires. Les journalistes, les présentateurs de télé prennent des airs intelligents, on sent qu’ils abondent en sens critique, et puis ils balancent : « Après que tel ministre soit allé »… Nul ne les reprend, nul ne hausse le sourcil. Peu, très peu de téléspectateurs doivent encore s’apercevoir de l’horreur que l’un ou l’autre vient de proférer. Après que, pour qui l’ignorerait, exige l’indicatif.
Un de mes amis m’affirme que son épouse (qui – selon certaines sources – publierait aux PUF, Presses Universitaires de France) n’est pas en mesure de conjuguer par écrit les verbes auxiliaires français, à tous les temps et tous les modes, sans des erreurs grossières.
Mieux encore, cet ami me prétend que sa moitié, toujours elle, lui envoie des lettres qui contiennent de véritables perles. Par exemple, « Avant qu’il n’est » au lieu de: « Avant qu’il n’ait ». Et que de telles fautes se retrouveraient également dans les correspondances de la directrice de thèse de cette épouse, directrice de thèse qu’il surnomme humoristiquement: « une fontaine d’illettrisme ». Horresco referens…
Je possède, si quelqu’un ne me croyait pas, des photocopies des prouesses orthographiques de ces dames (dont j’aurai évidemment la bonté de ne pas citer les noms, sauf – naturellement – si elles y tiennent). Je me dis que si une universitaire française, titulaire d’un nombre incalculable de doctorats, et une directrice de thèse, ne savent point conjuguer le verbe « avoir », les choses ne doivent guère aller mieux dans les nouvelles générations, et pas davantage parmi leurs enseignants. (Je crois qu’il est question, ou qu’il a parfois été question de faire passer des examens de français aux immigrés. Je me demande sérieusement s’il ne faudrait pas penser à en faire passer d’abord aux Franchouillards « de souche »).
Que faire (je suis toujours dans le domaine de la réalité et non du roman) lorsque j’entends une directrice d’école (maternelle) me dire : « Je fais des fautes ». Ce qu’elle veut dire, c’est qu’elle fait des fautes non pas dans l’écriture de mots compliqués ou rares, mais dans l’analyse logique d’une phrase française simple, et qu’elle ne sait pas conjuguer des verbes courants, et qu’elle est incapable de voir ses erreurs. Je me souviens du temps où elle préparait son concours d’entrée à ce qui s’appelait autrefois l’École normale, qui comme son nom l’indique relevait juste de la norme courante de l’enseignement. Et je me dis : « Mais comment a-t-elle réussi ce concours ? Et si tous les enseignants étaient de son acabit? » Las! Comment corriger des erreurs qui remontent à la petite enfance ?
Que faire encore, me dit un ami, qui lui-même reconnaît faire des fautes d’orthographe (surtout depuis qu’il se fie un peu trop à son correcteur d’orthographe d’ordinateur, me précise-t-il, comme l’élève qui ne connaît plus ses tables et ne sait plus compter qu’avec l’aide d’une calculette et encore moins faire une règle de trois ou du calcul mental), lorsqu’une enseignante, à qui il avait demandé les devoirs du jour pour son fils malade (c’était à la fin des années 80),lui donna la copie où se trouvaient des perles du genre de : « conjuguer : je pleurs, tu pleurs, il pleurt ».
Que faire enfin, me dit ce même ami, lorsqu’un professeur principal de collège ne cesse de répéter : « Lorsque les élèves auront acquéri ceci et cela » ?
On n’en est pas ici au niveau de problèmes liés à « l’évolution » de toute langue, mais dans un mal bien plus profond. Or, à qui en vouloir quand, du haut en bas de la société, les Français abandonnent leur langue et leur culture? Celles-ci sont davantage respectées par certains « étrangers », comme j’en ai parmi mes amis.

illu2

Face au drame d’une langue, jadis appelée langue française, qui meurt peu à peu (traduisons : qui crève avec une extraordinaire rapidité), ne serait-il pas utile que les académiciens, tout comme moi bien entendu, se soumettent publiquement à une dictée?

Ne faudrait-il pas qu’ils montrent le bon exemple? Ne faudrait-il pas qu’ils fassent comprendre aux jeunes gens, et au public, que les dictées sont un important instrument didactique? Et qu’ils connaissent sur le bout des doigts – puisqu’ils sont académiciennes et académiciens – au moins les règles les plus élémentaires de la grammaire française?
La dictée à laquelle je désirerais respectueusement vous soumettre – Académiciennes! Académiciens! – ne serait pas celle de Mérimée. Elle ressemblerait encore moins aux dictées que quelques épiciers de la littérature (enfin, de ce que l’on appelle, de nos jours, « littérature ») s’amusaient à proposer, il y a quelques années, à la télé. De telles initiatives me semblent vaines. Elles donnent l’impression que savoir sa langue serve à gagner du fric au cours d’un jeu télévisé. Le vainqueur de telles pitreries passe sans doute, quand il fait retour dans sa ville ou son quartier, pour un génie des temps modernes. Ses proches s’extasient: il a répondu aux questions les plus épineuses ! Miracle! Alleluia!
Or, savoir le français ne devrait pas susciter tant de clameur ou d’admiration. Clameur et admiration qui renseignent, justement, sur le fait que le grand public (jadis, on aurait dit : le peuple) n’a plus aucune connaissance de sa propre langue! Le français, comme plusieurs autres langues européennes, sera d’ici quelques décennies une langue morte, mille fois plus morte que le latin. (Et, ceci soit dit entre parenthèses, si le latin fut la première langue d’Europe, s’il donna à l’Europe son unification linguistique, la dernière langue d’Europe qui mourra sera l’italien. En Italie, en effet, maintes raisons veulent que les enfants emploient encore le subjonctif imparfait, et sachent – certes, plus ou moins! – lire et écrire. On ne peut en dire autant, je le déplore, de la France).
Ce qui est scandaleux, à mon avis (j’ai reçu une éducation intellectuelle et littéraire semblable à celle qui avait cours il y a environ deux cents ans), est que des journalistes, des écrivains (et, pourquoi pas, des académiciennes et des académiciens!) soient incapables d’employer la langue française.
Voilà quelque chose sur quoi l’Académie française ne peut me donner tort, j’en ai la certitude. Songeons-y. Est-ce que vous appelleriez un plombier, si vous aviez une fuite d’eau chez vous, tout en sachant que ce plombier n’a pas suivi une formation de plombier? Est-ce que vous vous feriez opérer par un médecin privé de titres, ou qui aurait d’ores et déjà tué une centaine de ses patients?
Pourquoi et comment, dès lors, beaucoup de gens écoutent-ils des émissions de télévision, ou lisent-ils des livres ou des journaux emplis de fautes d’orthographe ou de syntaxe? Ils ne confieraient pas les tuyaux de leurs cuisines à des plombiers maladroits ou incompétents. Ils ne feraient pas construire une maison par un maçon qui confondrait un tournevis avec un marteau. En revanche, ils accordent leur confiance à des journalistes, à des écrivains, à des « Prix Goncourt », j’en passe et j’en oublie, qui sont – je les en suspecte, je les en accuse, je les défie de démontrer que je me trompe – incapables de distinguer un subjonctif d’un indicatif.
Je doute d’une façon absolue que ces gens aient une connaissance profonde, mais je doute surtout qu’ils aient une connaissance superficielle de maintes orthographes de passés simples, de subjonctifs présents, de subjonctifs imparfaits.
Voilà un monde – le monde moderne – où les intellos sont non pas l’unique, mais la première et principale catégorie de gens qui ne possèdent pas les bases les plus élémentaires pour exercer décemment leur métier ou leur profession…
Ils prétendent penser et donner à penser, mais ne savent pas écrire.
Un pauvre type de ma connaissance, qui se dit journaliste et écrivain (il se dit aussi, je crois bien, « esthète » ou philosophe!) m’écrit (rarement, par bonheur) des courriels qui témoignent avant tout d’un fait indéniable: c’est qu’il est incapable d’établir la moindre différence entre un futur et un conditionnel.
– « Je te le dirais », m’écrit-il….
En vérité, ce qu’il veut exprimer, c’est qu’il me le dira.
Mais, textuellement, il m’écrit qu’il me le dirait.
Je retrouve une telle orthographe prodigieuse chez des dizaines (oui, des dizaines) de personnes que je connais ou que je croise. Essayez de demander, si ça vous amuse, à vos interlocuteurs, s’ils viennent d’employer un futur ou un conditionnel. Vous serez stupéfaits. A condition cependant – naturellement – d’avoir une vague idée, quant à vous, sur la question.
Je dis que le « peuple français », dans sa majorité, perd – aussi bien dans le langage oral qu’écrit – la distinction entre le futur et le conditionnel. Et ce n’est là que l’un des aspects du drame. Si vous employez un subjonctif imparfait, ou un futur antérieur de l’indicatif, votre interlocuteur risque d’éclater de rire, ou d’ouvrir des yeux vides et ronds, ou de croire que vous vous payez sa tronche.
Académiciennes! Académiciens!
Voilà la raison de la proposition de dictée d’Olivier Mathieu alias Robert Pioche, comme vous avez pu l’apprendre dans le « Figaro Magazine » : « Le farfelu Robert Pioche sera-t-il élu, lui qui a proposé à l’Académie une épreuve de dictée, chaque académicien battu s’engageant à voter pour lui? »…

Académiciennes! Académiciens!
Certains d’entre vous – académiciennes, académiciens ! – sont en quelque sorte issus de l’immigration, ce sont des « Français de la deuxième (ou de la troisième) génération ». Moi aussi. Et si, donc, certains d’entre vous ne sont pas nés en France, ou n’ont pas eu le français pour langue maternelle, je ne doute néanmoins pas une seconde de votre désir immense de vous soumettre, vous et moi – moi qui suis né immigré en France, moi qui suis un Français de la seconde génération, moi qui suis né avec une carte d’identité belge – à une telle dictée.
Comme vous le savez, on révise les voitures. On révise les avions. On révise les extincteurs. Vous ne voudriez pas habiter dans un immeuble dont les extincteurs ne fonctionnent pas. Dans certains pays d’Europe, on refait passer le permis de conduire aux personnes de plus de quatre-vingts ans. Etant académiciens, vous avez forcément l’amour de la langue française. L’amour et la défense de la langue française sont votre raison d’exister. Révisons les académiciens! En effet, pourquoi pas?
Et voilà, je vous le redis, pourquoi – académiciennes et académiciens! – vous allez accepter, j’en suis certain, cette dictée que l’on appellera, et qui restera à la micro-histoire littéraire comme « la dictée de Robert Pioche ».
Certains risquent de penser que je me sois adressé à vous – Académiciennes! Académiciens! – en ces termes :
« Nous pourrions nous livrer à un troc. Je vous enseigne le français, et vous me rétribuez mes leçons par une voix, lors des élections académiques. Si je vous enseigne le français en général et l’orthographe en particulier, vous m’élisez « .

Merci donc – académiciennes, académiciens! – de m’avoir élu à l’unanimité.
Maintenant, l’heure de l’examen est venue. Il n’est d’autre solution qu’une dictée finale. Il convient de démontrer à la France, pays auquel vous enseignez l’orthographe, que vous la connaissez. Et en cas d’erreurs orthographiques, syntaxiques ou autres, académiciennes et académiciens, vous vous démettrez humblement de votre fauteuil.
Le promettez-vous? Me le promettez-vous? En échange, je jure de présenter ma démission de l’Académie française, si je fais plus d’erreurs que vous.
Pour prendre des exemples parfaitement élémentaires, voici quelques-unes des questions que je pourrais vous poser. Préparez-vous. Voici une phrase simple.

illu3

Phrase A.
« Nous nous sommes repenti, parce qu’ils se sont parlés ».

Cette phrase est-elle correctement orthographiée?
Ou faut-il écrire ce qui suit?

Phrase B.
« Nous nous sommes repentis, parce qu’ils se sont parlé ».

Ou faut-il écrire ce qui suit?

Phrase C.
« Nous nous sommes repentis, parce qu’ils se sont parlés ».

Académiciennes Académiciens! Voici une autre phrase.

Phrase A.
« Nous avons salué les soldats qui se sont succédé sur la route, et que nous avons vus passer ».

Phrase B.
« Nous avons salué les soldats qui se sont succédés sur la route, et que nous avons vu passer ».

Phrase C.
« Nous avons salué les soldats qui se sont succédés sur la route, et que nous avons vus passer ».

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
« Nous avons salué les soldats qui se sont succédé sur la route, que nous avons vus passer sur l’avenue, sous les arbres que nous avons vu abattre ».

Phrase B.
« Nous avons salué les soldats qui se sont succédé sur la route, que nous avons vu passer sur l’avenue, sous les arbres que nous avons vu abattre ».

Phrase C.
« Nous avons salué les soldats qui se sont succédés sur la route, que nous avons vus passer sur l’avenue, sous les arbres que nous avons vus abattre ».

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
« Que de fautes ce pécheur a commises! Hier encore, il a vu des roses et il en a achetées, pour les offrir à Madame Dupont qui, pourtant, est mariée. Le peu de volonté qu’il a montrée, de la sorte, nous a découragés. Visiblement, le peu de leçons que le professeur lui a données ne lui ont pas été utiles! »

Phrase B.
« Que de fautes ce pécheur a commis ! Hier encore, il a vu des roses et il en a acheté, pour les offrir à Madame Dupont qui, pourtant, est mariée. Le peu de volonté qu’il a montrée, de la sorte, nous a découragés. Visiblement, le peu de leçons que le professeur lui a donné ne lui ont pas été utiles! »

Phrase C
« Que de fautes ce pécheur a commises! Hier encore, il a vu des roses et il en a acheté, pour les offrir à Madame Dupont qui, pourtant, est mariée. Le peu de volonté qu’il a montré, de la sorte, nous a découragés. Visiblement, le peu de leçons que le professeur lui a données ne lui ont pas été utiles! »

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Quelque difficiles que soient vos devoirs, je compte sur vous.

Phrase B.
Quels que difficiles que soient vos devoirs, je compte sur vous.

Phrase C.
Quelques difficiles que soient vos devoirs, je compte sur vous.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Quelles que douleurs qui vous affligent, ayez confiance en votre médecin.

Phrase B.
Quelques douleurs qui vous affligent, ayez confiance en votre médecin.

Phrase C.
Quelle que douleur qui vous affligent, ayez confiance en votre médecin.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Quelles que soient les conséquences, il faut agir.

Phrase B.
Quelques soient les conséquences, il faut agir.

Phrase C.
Quelque soient les conséquences, il faut agir.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
L’esclave romp ses entraves.

Phrase B.
L’esclave rompd ses entraves.

Phrase C.
L’esclave rompt ses entraves.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Si je vaincs, il vainc aussi!

Phrase B.
Si je vainc, il vainc aussi.

Phrase C.
Si je vainc, il vainct aussi.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Vous disez et vous redisez des choses que vous contredites tout de suite.

Phrase B.
Vous dites et vous redisez des choses que vous contredites tout de suite.

Phrase C.
Vous dites et vous redites des choses que vous contredisez tout de suite.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Je couds une robe et, de la sorte, je résouds mon problème

Phrase B.
Je cous une robe et, de la sorte, je résous mon problème.

Phrase C.
Je couds une robe et, de la sorte, je résous mon problème.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Les enfants se sont lavés, nous nous sommes parlés et Simone s’est blessée le bras.

Phrase B.
Les enfants se sont lavés, nous nous sommes parlé et Simone s’est blessé le bras.

Phrase C.
Les enfants se sont lavé, nous nous sommes parlé et Simone s’est blessée le bras.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Quand les maisons se sont écroulées, Simone s’est écriée de frayeur, et quant à nous, nous nous sommes religieusement tus.

Phrase B.
Quand les maisons se sont écroulé, Simone s’est écrié de frayeur, et quant à nous, nous nous sommes religieusement tu.

Phrase C.
Quand les maisons se sont écroulées, Simone s’est écriée de frayeur, et quant à nous, nous nous sommes religieusement tu.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Exceptée la table que j’ai faite faire, vous pouvez tout emporter.

Phrase B.
Excepté la table que j’ai faite faire, vous pouvez tout emporter.

Phrase C.
Excepté la table que j’ai fait faire, vous pouvez tout emporter.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Ce peintre a peint de petits amours dans tous ses tableaux. Certes, il a vécu de folles amours jusqu’à sa vieillesse. Cependant, il disait que le plus beau de tous les amours est l’amour maternel.

Phrase B.
Ce peintre a peint de petites amours dans tous ses tableaux. Certes, il a vécu de folles amours jusqu’à sa vieillesse. Cependant, il disait que la plus belle de toutes les amours est l’amour maternel.

Phrase C
Ce peintre a peint de petites amours dans tous ses tableaux. Certes, il a vécu de fols amours jusqu’à sa vieillesse. Cependant, il disait que le plus beau de tous les amours est l’amour maternel.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
On a frappé à la porte. Simone s’écrie : « Quels sont ces gens? »… On fait connaissance. Une heure plus tard, Simone est convaincue. « Quels braves gens », dit-elle, « quelles braves et bonnes gens! Quels bons et braves gens! »

Phrase B.
On a frappé à la porte. Simone s’écrie : « Quelles sont ces gens? »… On fait connaissance. Une heure plus tard, Simone est convaincue. « Quelles braves gens », dit-elle, « quelles braves et bonnes gens! Quelles bons et braves gens! »

Phrase C.
On a frappé à la porte. Simone s’écrie : « Quels sont ces gens? »… On fait connaissance. Une heure plus tard, Simone est convaincue. « Quels braves gens », dit-elle, « quels braves et bonnes gens! Quels bons et braves gens! »

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Simone s’est imposé des sacrifices, particulièrement le jour où elle s’est absenté et s’est blessé un pied. Mais elle ne s’était nullement trompé, et ni elle ni sa soeur ne se sont repentis de leur choix.

Phrase B.
Simone s’est imposée des sacrifices, particulièrement le jour où elle s’est absentée et s’est blessée un pied. Mais elle ne s’était nullement trompée, et ni elle ni sa soeur ne se sont repenties de leur choix.

Phrase C.
Simone s’est imposé des sacrifices, particulièrement le jour où elle s’est absentée et s’est blessé un pied. Mais elle ne s’était nullement trompée, et ni elle ni sa soeur ne se sont repenties de leur choix.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Ne penses-tu pas que Robert Pioche a raison de déposer sa candidature? Non, je ne crois pas qu’il ait raison.

Phrase B.
Ne penses-tu pas que Robert Pioche ait raison de déposer sa candidature? Non, je ne crois pas qu’il ait raison.

Phrase C.
Ne penses-tu pas que Robert Pioche a raison de déposer sa candidature? Non, je ne crois pas qu’il a raison.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Il ne fait pas de voyages. Plus exactement, il ne fait pas des voyages trop longs.

Phrase B
Il ne fait pas de voyages. Plus exactement, il ne fait pas de voyages trop longs.

Phrase C.
Il ne fait pas des voyages. Plus exactement, il ne fait pas des voyages trop longs.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
J’espèrerai.

Phrase B.
J’espêrerai.

Phrase C.
J’espérerai.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
J’emploirai.

Phrase B.
J’emploierai.

Phrase C.
J’employerai.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Je voudrais que vous appuyez.

Phrase B.
Je voudrais que vous appuiez.

Phrase C.
Je voudrais que vous appuyiez.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Papa voudrait que nous étudions.

Phrase B.
Papa voudrait que nous étudyons.

Phrase C
Papa voudrait que nous étudiions.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Le brouillard s’est résolu en pluie.

Phrase B.
Le brouillard s’est résolvé en pluie.

Phrase C.
Le brouillard s’est résous en pluie.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Vous médites de lui, parce que vous le maudisez.

Phrase B.
Vous médisez de lui, parce que vous le maudites.

Phrase C.
Vous médisez de lui, parce que vous le maudissez.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Nous conclurons notre discours, celui que vous vouliez que nous concluions.

Phrase B.
Nous concluerons notre discours, celui que vous vouliez que nous concluions.

Phrase C.
Nos concluerons notre discours, celui que vous vouliez que nous concluyons.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Y avait-il du pain? Non, il n’y en n’avait pas.

Phrase B.
Y avait-il du pain? Non, il y en n’avait pas.

Phrase C.
Y avait-il du pain? Non, il n’y en avait pas.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Y eut-il des accidents ce jour-là sur l’autoroute? Oui, il y en n’a eu.

Phrase B.
Y eut-il des accidents ce jour-là sur l’autoroute? Oui, il y en n’a eut.

Phrase C.
Y eut-il des accidents ce jour-là sur l’autoroute? Oui, il y en a eu.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Ces clairs-obscur sont des chefs-d’oeuvre.

Phrase B.
Ces clair-obscurs sont des chef-d’oeuvres.

Phrase C.
Ces clairs-obscurs sont des chefs-d’oeuvre.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Les femmes de la ville toute entière étaient toutes peureuses.

Phrase B.
Les femmes de la ville tout entière étaient toutes peureuses.

Phrase C.
Les femmes de la ville toute entière étaient tout peureuses.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
On voyait des robes bleues, des robes gris foncé; et des cheveux blonds, et des cheveux châtain clair.

Phrase B.
On voyait des robes bleues, des robes grises foncées; et des cheveux blonds, et des cheveux châtains clairs.

Phrase C.
On voyait des robes bleu, des robes gris foncé; et des cheveux blond, et des cheveux châtain clair.

Une seule phrase est entièrement correcte. Laquelle? A, B ou C?

Phrase A.
Je n’oublierai jamais les conseils que m’ont donnés mes parents et, surtout, la vie de sacrifices à laquelle s’est vouée ma mère.

Phrase B.
Je n’oublierai jamais les conseils que m’ont donné mes parents et, surtout, la vie de sacrifices à laquelle s’est voué ma mère.

Phrase C.
Je n’oublierai jamais les conseils que m’ont donnés mes parents et, surtout, la vie de sacrifices à laquelle s’est voué ma mère.

Académiciens! Académiciennes!
Comme vous le voyez, nous sommes réellement, ici, au niveau du certificat d’études primaires d’il y a cent ans.
Je serais curieux, infiniment curieux de savoir combien de personnes, prises au hasard dans la rue, ou parmi les lecteurs du présent texte, trouveront mes exemples (j’insiste, élémentaires) difficiles voire épineux, ou auront une hésitation.

Inventons une phrase de quelques mots: « Insensé que je suis! C’est un homme que j’estime. Je crois qu’il a raison, mais je suis ce que je suis. Oui, je ne parle que de moi, mais je me suis montré tel que je suis! »
Je serais curieux de savoir, dans la phrase qui précède, combien de personnes, membres de l’Académie ou pas, sont encore capables de dire en une minute la nature et la fonction grammaticale des divers « que ». Pour vous aider: que pronom relatif, que conjonction, que « restrictif »…

Je serais curieux de voir l’expression qui se peindrait sur les visages de mes contemporains, y compris des universitaires chargés de doctorats, face à des questions de ce genre :
– Les verbes intransitifs ont-ils des formes verbales passives?
Ou :
– « Envoyer » est-il un verbe régulier? A quel « groupe verbal » appartient-il?
Ou :
– A quel groupe appartiennent les verbes « avoir » et « s’en aller »? Au premier groupe des verbes en -er, au deuxième des verbes en – ir, ou au « troisième groupe », celui de la conjugaison irrégulière ou morte?
Ou :
– Combien de modes verbaux y a-t-il en français?
Vous aurez de la chance si quelqu’un vous répond : six.
– Et pouvez-vous les indiquer?
Vous aurez de la chance, beaucoup de chance, si quelqu’un vous répond: indicatif, conditionnel, impératif, subjonctif, infinitif, participe. Vous aurez de la chance si quelqu’un vous indique, parmi ces modes, lesquels sont personnels ou impersonnels. Ce que je savais à quatre ans.
Ou :
– Pouvez-vous me dire ce qu’est un verbe transitif et un verbe intransitif? Pouvez-vous me citer un verbe transitif direct? Un verbe transitif indirect? Des exemples de verbes à la fois transitifs et intransitifs?
Guère d’espoir, enfin, si vous demandez si tel ou tel temps fait partie des temps simples, composés, primitifs ou dérivés.
Je serais curieux de demander à l’improviste – tiens, par exemple au dernier Prix Goncourt, Monsieur Houellebecq, en m’adressant à lui avec déférence ça va sans dire – ce qu’est un substantif déverbal.
Vous me direz que de telles questions sont inutiles.Je suis d’accord avec vous. Je vous dirai que pour les intellos modernes, c’est inutile: la plupart des temps verbaux, pour eux, sont totalement morts et très probablement absents de l’ensemble de leurs ouvrages, livres, enfin feuilles de papier imprimé réunies ensemble. Au demeurant, livres indigestes, ennuyeux, vides, quand d’autres sont, pire, pédants, jargonneux, ou carrément illisibles. Tendance que l’on retrouve dans toute la poésie contemporaine et aussi dans tant d’ouvrages dits scientifiques : généralement dans les sciences « légères », autrement exprimé : les sciences humaines.
Je serais curieux, question de secours, de demander à nos élites de conjuguer le passé antérieur de l’indicatif, ou le conditionnel passé, ou le subjonctif plus-que-parfait de tel ou tel verbe. Par exemple :
– Peux-tu me conjuguer le subjonctif imparfait de « mouvoir »? De « coudre »? De « suffire »?
Ou (la chose n’a strictement aucune difficulté, mais la formulation « subjonctif plus-que-parfait » va effrayer votre interlocuteur):
– Peux-tu me conjuguer le subjonctif plus-que-parfait de « convoquer »?
Ou :
– Peux-tu me conjuguer le passé antérieur de l’indicatif du verbe « assujettir »?
Essayez encore plus simple (vous aurez des surprises) :
– Peux-tu me conjuguer par écrit le conditionnel présent du verbe « appuyer »?
Ce sont là des choses élémentaires, dont la simplicité fait rougir. Des choses que savaient, il y a cent ans, les fils des paysans et des ouvriers de France. Or, je mets ma main au feu que de banales questions de ce genre mettraient en difficulté énormément des grands écrivains français du XXIe siècle.
Demandez à vos enfants, à vos parents, à vos copains, à vos proches :
– Peux-tu me conjuguer le passé antérieur de l’indicatif, le subjontif plus-que-parfait du verbe être? Quel est l’infinitif passé, le conditionnel passé, le gérondif du verbe finir?
Si votre interlocuteur s’embrouille dans « être » et dans « finir », vous n’aurez d’autre possibilité que d’admettre qu’il ignore le français. Et que, s’il emploie ces formes, il les emploie sans savoir ce qu’elles représentent grammaticalement. Il ne maîtrise pas, pour exprimer une (éventuelle) pensée, toute la palette que lui offre sa propre langue. Un peu comme un chanteur d’opéra qui ne saurait pas lire une partition (aujourd’hui, c’est très courant: voyez Pavarotti). Un peuple qui ne sait plus parler ne sait plus penser.
Je suis certain que la grande majorité de vos interlocuteurs vous démontreront que les Français aujourd’hui n’ont plus une connaissance formelle élémentaire (j’ai dit: formelle et élémentaire) des verbes être, avoir, parler ou finir. Et si vous ne trouvez pas ça grave…
« Les choses sont très simples », aurait dit feue ma maman, et je le redis avec elle. Si quelqu’un a hésité, plus haut, si quiconque a hésité à répondre en une et une seule seconde, après lecture, « la phrase correcte est celle-ci », alors ce quelqu’un ne sait pas le français, et est un illettré.
« Illettré », je reprends de la définition du Littré le sens premier : « Qui n’est pas lettré, qui n’a point de connaissances en littérature. C’est un homme illettré. Il est tout à fait illettré ». Et du Robert le troisième sens : « qui est partiellement incapable de lire et d’écrire. » En revanche un « analphabète » est « qui ne sait ni lire ni écrire », sans jugement de valeur ici, parce que pour diverses raisons l’analphabète n’a jamais fréquenté les bancs de l’école, jamais appris à lire et à écrire, ce qui existe encore de nos jours en France. Mais la définition de l’illettré que je préfère (« vieillie », disent les dictionnaires) est celle du Trévoux : « qui n’a aucune connaissance des Belles Lettres ».
Heureusement, j’en conviens démocratiquement, personne n’est obligé de savoir le français. Je ne demande pas cela, non, à mon plombier. Je lui demande de s’y entendre en plomberie. Mais, vu que je refuserais de me faire opérer par un médecin qui ne saurait pas trop si le coeur se trouve à la place de l’estomac, ou le foie à celle du cerveau, je serais tenté d’émettre des doutes quant aux qualités de l’écrivain, du journaliste, de l’universitaire, de l’intello qui se serait trompé dans mes petits exercices ludiques et, au fond, sans nulle difficulté réelle. Parce que si quelqu’un ne sait pas écrire, il ne sait pas ce qu’il dit. Il ne sait pas penser. Et s’il ne sait pas penser, il est curieux de voir tant de livres de tels « maîtres à penser » dans les vitrines des « bonnes librairies », tant de livres auxquels ses copains « critiques littéraires » consacrent des recensions apologétiques copiées sur la « quatrième de couverture ». Curieux monde, vraiment, que le monde éditorial, où sept livres sur dix ne sont pas écrits par ceux qui les signent. Où une majorité de livres sont signés par des illettrés, encensés par d’autres illettrés, avant de finir entre les mains de malheureux et innocents écoliers, ou du public des acheteurs-consommateurs…
Et c’est pourquoi, chères académiciennes, chers académiciens, dans l’hypothèse où vous ne sortiriez pas triomphalement de mes minuscules questions (et des élémentaires dictées, peaufinées à votre intention, que je tiens amoureusement à votre disposition), vous auriez l’humilité de vous démettre de votre fauteuil, ou de supplier pour qu’une procédure d’expulsion soit entreprise contre vous. Afin de choisir des professions manuelles dans lesquelles, j’ose l’espérer, vous excellerez.
Quant à moi je jure, si je connais moins bien le français que mes collègues de l’Académie, de me faire animateur de télé.
Ma dictée, ce n’est pas qu’aux académiciens qu’il faudrait la proposer, voire l’imposer. Mais à tout intellectuel proclamé.
J’ai tant de souvenirs de mes années de journalisme… Tiens, vers 1983, une directrice de publication me fit lire un article d’elle. J’y lus les mots : « Maître queue ».
Je lui fis remarquer que, à moins d’un lapsus freudien, elle avait confondu « queue » et « queux ». Je pensais alors l’entendre me dire qu’il s’agissait d’une « faute d’inattention ».
– « La faute d’inattention », disait ma maman, « est le prétexte et l’excuse des imbéciles. Il n’existe pas de fautes d’inattention ».
Non, ma directrice de publication ne chercha pas l’excuse de « l’inattention ». Elle protesta:
Mais enfin, Olivier!
Elle prétendait avoir raison… C’est très amusant, le nombre de gens qui commettent une faute et qui, quand je la leur fais remarquer, protestent. Tel célèbre crétin a dit, m’assurent-ils, la même chose à la télé ou à la radio… Je n’en doute nullement! Or, ce n’est pas – par exemple – parce que Monsieur Dechavanne, le 6 février 1990, parlait de « Sallustre » que Salluste, même illustre, doit désormais s’appeler Sallustre…
Pour en revenir à Maître queue, voilà comment j’enseignai à cette dame (soucieuse de défendre « l’identité » non seulement de la France mais – modestement – de l’Europe entière) à ne pas confondre une queue et un cuisinier. A démonstration du fait que lorsque l’on s’est trompé ou que l’on a hésité une fois, on risque de récidiver. Les choses bien ou mal apprises dans la petite enfance restent ancrées.
J’ai épouillé de leurs fautes d’orthographe et de syntaxe des dizaines de livres (que j’ai rédigés et que d’autres ont signés), et des centaines voire des milliers d’articles que mes petits collègues, dans tant de rédactions, me soumettaient avant de se présenter en tremblant devant le rédacteur en chef…
Tout au long des vingt dernières années, je n’ai cessé de me délecter des articles, des livres, des courriels où l’homme moderne, avec une infinie fierté, tire visiblement son orgueil de me faire savoir ce qu’il est : un illettré.
Les fachos sont particulièrement des génies (sic). Ils « défendent la France » et ne savent pas le français. Ils « défendent » l’Europe… dont ils ne parlent pas une seule langue. C’est cocasse. Un crétin, depuis vingt ans, affirme ainsi qu’il « apprécie Arno Brecker ». En vérité, ce crétin – qui n’a aucune connaissance artistique, littéraire ou autre – n’apprécie nullement Arno Breker. Mais voilà, « apprécier Arno Breker » (quitte à ne l’avoir jamais rencontré, et à ne rien savoir de l’artiste) fait « très chic » dans certains micro-milieux. Ce qui est encore plus amusant est que depuis vingt ans, mon crétin orthographie le nom de Breker : « Brecker ». Il le confond sans doute avec le joueur de tennis Boris Becker?
Etonnant, le nombre de gens qui m’écrivent des choses comme : « C’est toi qui le fera », et qui sont très étonnés d’apprendre (mais, le front plissé par l’esprit critique, commencent par le mettre en doute) qu’il faut : « C’est toi qui le feras ».
Etonnant, le nombre de gens qui m’écrivent des choses comme : « soit-disant », et qui sont très étonnés d’apprendre qu’il faut : « soi-disant ».
Etonnant, le nombre de gens qui m’écrivent des choses comme : « après que tu sois venu », et qui sont très étonnés d’apprendre qu’il faut : « après que tu seras venu ».
Etonnant, cet écrivain de mes amis, directeur de revue, éditorialiste, philosophe, chef d’une « école » philosophique (diantre!), qui m’a écrit il y a quelques années : « que nous soyions », et qui a été très étonné d’apprendre qu’il faut : « soyons »… Chef de je ne sais quelle nouvelle école, mais incapable – lui comme les autres – d’orthographier le verbe être…!
Etonnant, voire absolument stupéfiant, le nombre de gens (et qui, plus est, de braves gogos qui se proclament « anti-américains »!) qui, sur l’enveloppe de leurs lettres, rédigent: « Mr Olivier Mathieu », alors que je ne suis ni anglais, ni américain, eux non plus, et que nous nous trouvons en France. Et que, en français, « Monsieur » s’abrège en : « M. » et pas en « Mr » (Mister). « Mr », c’est l’abréviation… anglo-américaine. Les crétins « anti-américains », qui sont américanisés jusqu’au trognon, devraient l’apprendre.
Etonnant, absolument étonnant, le nombre de gens qui ignorent que le « X » de Bruxelles se prononce comme deux S (-ss), ainsi que celui d’Auxerre. Ils prononcent BruCSelles. Mais, si l’on prononçait BruCSelles, il faudrait prononcer 60: « soiCSante »…
Etonnant, absolument étonnant, absolument consternant, le nombre de gens qui m’écrivent : « la gente féminine », à la place de: « la gent féminine »!

De l’incapacité de mes contemporains à orthographier correctement un impératif (deuxième personne du singulier).

Etonnant, absolument étonnant, le nombre de gens strictement incapables de savoir quand un impératif prend, ou ne prend pas, à la deuxième personne du singulier, un S final. Etonnant, le nombre de gens qui m’écrivent des choses comme : « N’en parles pas », et qui sont très étonnés d’apprendre qu’en français on écrit « n’en parle pas », ou « parle à ton père », mais « parles-en ».
Ce n’est pourtant pas difficile : d’une part, les verbes avec désinence en « -er »; d’autre part, « assaillir », « défaillir », « tressaillir », « cueillir », « offrir », souffrir », « ouvrir » et « couvrir », qui ont l’infinitif présent en « -ir » et le participe présent en « -ant » et font partie de la conjugaison irrégulière, dite « troisième groupe »; enfin, « vouloir » et « savoir » ne prennent pas de « s » à l’impératif (sauf, pour des raisons euphoniques, devant « en » et « y », à la condition qu’à leur tour ces pronoms ou adverbes ne soient pas immédiatement suivis par un infinitif), mais un « e » (sauf « aller », qui fait « va »).
On écrit donc (deuxième personne du singulier de l’impératif) : « va », « vas-y », « va y comprendre quelque chose ».
Tous les autres verbes de tous les autres groupes prennent un « -s ». C’est élémentaire. Non? (Non, pour mes contemporains, l’impératif n’est pas élémentaire. Sépatété kwa).

De l’incapacité de mes contemporains à orthographier correctement un présent de l’indicatif (troisième personne du singulier)!!!

Etonnant, absolument étonnant, le nombre de gens qui ne comprennent pas que l’on écrive « il tient » (avec un « t » final), « il coud » (avec un « d » final), « il résout » (avec un « -t » final), il « vainc » (avec un « c » final). Pourtant, où est la difficulté?
Les verbes français ont la troisième personne du singulier, au présent de l’indicatif, en « e » (verbes en « -er »; verbes irréguliers en « -ir », formant le participe présent en « -ant »: « cueillir », « offrir », « souffrir », « ouvrir », »couvrir »…) ou en « t » (verbes irréguliers en « -oir » et « -re »; autres verbes irréguliers formant le participe présent en « -ant », s’achevant en « -ir »; verbes en « -oindre », « -aindre », « -eindre »; « résoudre », « absoudre », « dissoudre »).
Les seuls et uniques verbes français qui ne prennent donc pas soit « -e », soit « -t », sont l’auxiliaire « avoir » et l’irrégulier « (s’en) aller » (qui prennent « -a »), et les verbes en « -dre » (prendre et ses composés; perdre, rendre, coudre, moudre…), lesquels s’achèvent en « d ». Tandis que « vaincre » (et son dérivé « convaincre ») s’achève – à la troisième personne du singulier, au présent de l’indicatif – par un « c ».

En un paragraphe, tout est dit.
Ou en un tableau.
Verbes s’achevant en – er (sauf « aller »)
troisième personne du singulier en- e
Verbes réguliers s’achevant en – « ir »
troisième personne du singulier en- t
Verbes irréguliers s’achevant en « -ir », formant le participe passé en – « ant »
troisième personne du singulier en- t
cueillir, offrir, souffrir, ouvrir, couvrir…
troisième personne du singulier en- e
verbes s’achevant en « -dre » (prendre, perdre, coudre, rendre, moudre)
troisième personne du singulier en- d
« résoudre », « absoudre », « dissoudre »
troisième personne du singulier en- t
verbes irréguliers en « -oir » et « -re » (p. ex. « rompre »)
troisième personne du singulier en- t
avoir, aller, s’en aller
troisième personne du singulier en- a
« vaincre », « convaincre »
troisième personne du singulier en – c

illu

Est-il donc possible de ne pas réussir à enseigner cela aux élèves de « l’école gratuite et obligatoire », dans les vingt ans de supplice qui vont de la maternelle jusqu’au baccalauréat voire au doctorat?… C’est possible!!! L’Education Nationale française a été capable (depuis au moins soixante ans) de ne l’enseigner à personne puisque je reçois de mes correspondants, intellos et universitaires français, des courriels qui manifestent leur ignorance de l’orthographe des impératifs et des troisièmes personnes du singulier du présent de l’indicatif. Puisque je reçois d’eux, chaque semaine, des courriels qui manifestent leur ignorance profonde et irrémédiable de l’orthographe de tous les temps et de tous les modes de tous les verbes de tous les groupes! Il n’y a pas de quoi s’inquiéter, vous dites?…
Je renonce, la plupart du temps, à expliquer quoi que ce soit. Je ne peux pas suppléer – à moi seul, et en cinq minutes – aux vingt ans qu’ils ont sacrifiés en suivant l’enseignement parfaitement inutile, parfaitement délétère, parfaitement abrutissant, parfaitement analphabétique quant à la forme et parfaitement décervelant quant à la substance, des écoles et des universités de France. Mongénéral avait compris les Français, mais les Français, eux, n’ont pas compris leur Bled.
Récemment, j’ai signalé à un autre génie (sic) une grossière faute de français, sur son site. Loin de me remercier, il me répondit que « cela n’avait aucune importance ». Et que, d’ailleurs, cette faute « n’interdisait pas de comprendre son texte ». (Il avait raison : ledit texte était d’une telle crétinerie que n’importe quelle andouille devait en saisir l’insanité). J’ai entendu cela des milliers de fois, au cours de ma vie : l’orthographe « n’a aucune importance ». Ce qui compte, c’est de « se faire comprendre ».
Probablement, mes contemporains se comprennent, donc, en jarvillant : Chpa sépatété kwa!
Il est toujours amusant et suave d’observer ceux qui ont à la bouche la défense de « l’identité nationale ». Je n’arrive pas à comprendre ce qu’ils veulent ou ce qu’ils pourraient « défendre », dès lors que le français qu’ils baragouinent, ou qu’ils gribouillent, est un champ de bataille sur lequel gisent toutes les règles, qu’ils ont massacrées, de l’orthographe et de la syntaxe.
Je n’arrive pas à comprendre, quand je lis trois pages des « grands écrivains » actuels, publiés par les « grandes » maisons d’édition, et qui reçoivent pour ça des prix « littéraires » (et le chèque qui va avec), où diantre ils puisent le talent nécessaire à démontrer en trois pages leur absence de style et leur absence de pensée, leur ignorance totale et absolue de l’orthographe, de la morphologie, de la syntaxe ou de la ponctuation françaises. Les « grands romans contemporains » de ces immenses maîtres du barbarisme et du solécisme sont des anthologies vivantes de l’illettrisme. Les lettrés du monde moderne sont des illettrés!
Une langue meurt : la langue française. Qui parle encore français? Plus personne… Certaines langues meurent, d’autres naissent ou renaissent. Le phénomène historique récent le plus remarquable et digne d’éloges fut la reconstruction, après 1948, de la langue hébraïque dans l’Etat d’Israël. Je suis rarement un partisan de la politique étrangère de cet Etat. Je ne suis pas d’accord avec maints épisodes dont ont à souffrir les populations palestiniennes des « territoires occupés ». Mais tel n’est pas le sujet, ici. La cohérence me pousse à féliciter l’Etat juif au moins pour une chose : ses dirigeants ont compris qu’un pays, qu’une culture ne peuvent survivre sans une langue. Cet aspect de défense de la langue, je le vois en Israël; je ne l’ai jamais vu, ou je ne le vois plus nulle part en France. Ni à l’Académie française, ni dans le jargon des histrions snobinards et incultes de la télé, ni chez les enseignants provenant de Mai 68. Ni chez les enfants de mes (rares) amis « franchouillards », lesquels causent aussi mal voire encore plus mal que dans les « cités » de banlieue. Une chose que je constate, en effet, est que les jeunes immigrés – ceux qui étudient, naturellement – parlent souvent mieux le français que les fils à papa de maints petits bourgeois. C’est un phénomène significatif. Si la langue française crève, ce n’est nullement à l’immigration, c’est d’abord à l’abandon des études gréco-latines, au laxisme soixante-huitard, à l’américanisation, à la télévision et à l’informatique (Internet, le partage de l’ignorance!) qu’elle le doit.
Je répète. Elle le doit à l’instauration démagogique et contre-productive du collège unique et pour tous, à l’abaissement de niveau programmé, au refus des parents et des enseignants d’imposer un effort aux chères « têtes blondes » dans l’apprentissage de la langue, et plus généralement à l’américanisation qui abaisse et uniformise, à la télévision délétère et vulgaire, aux gadgets « modernistes » qui banalisent la médiocrité. Il s’agit, il faut le dire franchement, de la démission de toute une société qui n’a plus la fierté de sa langue et de ses langages, et plus généralement de sa culture, dont les formes savantes et populaires sont moribondes. Ou pour le dire autrement, dont les arts liés comme jamais à l’argent sont devenus grotesques et bas. Les premiers surpris du lamentable niveau de notre École et de notre culture sont les francophones et francophiles de l’Est de l’Europe.
Il serait quasi banal d’insister sur les responsabilités de la télévision (et de la radio). Il y a encore cent ans, toute nouveauté langagière venait du peuple, montait du peuple. Une faute de français, prononcée par un inculte ou par un ignorant au fond d’une province, n’avait aucun écho. Elle ne se reproduisait pas à une vitesse vertigineuse. Comme toute amélioration et toute régression, elle devait subir l’examen, qui était réellement démocratique, du grand nombre. Aujourd’hui, les choses ont changé. Des millions d’individus – notamment le matin, à l’heure qui était jadis celle des pensées les plus belles – allument leur télé, ou leur radio, et subissent un véritable bombardement cacophonique.Ce bombardement non seulement les prive de leurs propres pensées, leur ôte toute capacité de choix, leur fait oublier les vertus du silence propice à la réflexion, mais propage la même faute de français, en un seul instant, « en temps réel » comme on cause, partout à la fois. L’usage, aujourd’hui, le bon et le mauvais usage ne proviennent plus du peuple, ils ne montent plus du « bas ». L’usage se précipite du « haut », il descend des fausses élites. Hier, il fallait des années, voire des décennies pour qu’un bouleversement de langage ait lieu, et qu’un usage se forme. Aujourd’hui il suffit d’une seconde, d’une seule seconde pour qu’un mauvais usage, pour que quelque chose qui n’est pas un usage s’introduise dans toutes les consciences, et dans toutes les mémoires. La télévision et la radio imposent dictatorialement de faux usages, de mauvais usages. Un seul présentateur de télévision est en mesure de diffuser massivement une erreur de français, erreur qui n’est nullement née d’un usage mais seulement et exclusivement de son ignorance à lui. Et, les présentateurs se copiant les uns les autres et une émission étant parfaitement identique à une autre, les hommes modernes – quelque télévision qu’ils allument, quelque radio qu’ils écoutent – sont soumis 24 heures sur 24 à un feu nourri, à un mitraillement incessant de paroles, d’expressions, de tournures grammaticales impropres; d’américanismes qui ne sont que des calques abusifs d’expressions anglaises et qui, à ce titre, sont contraires à la sémantique, à la morphologie, à la syntaxe de notre défunte et aimée langue française; de subjonctifs fautifs; d’abréviations laides et stériles; d’argots privés de bases étymologiques ou historiques. Toutes choses qui sont le contraire de l’usage. Résultat, les différences linguistiques provinciales disparaissent. Une seule phrase de mauvais français, prononcée dans un studio à Paris par un illettré, diffuse ses métastases et son mauvais exemple partout, de Lille à Perpignan, de Brest à Nice. « L’usage » a été exterminé, nié, détruit. Ce que l’on appelle désormais « usage », c’est celui des journalistes qui, consciemment ou non, volontairement ou non, influencent les jeunes gens et analphabétisent le peuple. Or c’est à cet « usage »-là que se réfère, à la fin, l’Académie. La faute de français, répandue par des journalistes que je dis criminels, parce qu’ils se rendent coupables de crimes contre la langue française, est à la fin « légalisée », autorisée et légitimée par l’Académie française. La faute de français est d’abord bombardée par les télés, puis, « entrée dans l’usage », elle est académisée…
Je préférerais, à tout prendre, que la langue française soit remplacée – je persiste et je signe: remplacée – par l’arabe, par exemple, plutôt qu’elle ne devienne une caricature indécente et pathétique de ce qu’elle fut, ou un jargon phonétique américain. Il n’est que logique, historiquement, de voir s’imposer et dominer les langues des peuples dynamiques et en expansion. La langue française, elle, n’est plus ni dynamique ni en expansion. Les Français, au moins au point de vue du langage, ont abandonné le champ de bataille, ils ont livré les donjons aux assaillants. Ou alors, ils s’enferment dans des « tours d’ivoire » qui ne les protègent nullement, tout au contraire, de la contamination du langage parlé comme du langage écrit. Si la langue française est remplacée, donc, par l’arabe, alors elle restera l’apanage d’un petit nombre; elle ne sera plus forcément parlée, mais, en tant que langue écrite, elle pourra éventuellement demeurer intacte. En revanche, si sa contamination actuelle continue, sa mort finale est imminente.
L’Histoire enseigne qu’un Etat et un système politique ont besoin pour survivre, entre autres, d’une langue. Mais aussi qu’une langue peut survivre, dans certains milieux ou comme langue savante, sans Etat et sans système politique. C’est pourquoi je trouverais parfaitement logique que l’on parle marocain en France, dans cent ans. Mieux vaut bien parler marocain que mal causer français. Je ne crois pas, en revanche, à une langue qui serait à moitié française et à moitié ceci ou cela, et encore moins à moitié française et à moitié américaine car, dans de tels métissages linguistiques, tout le monde y perd. Est grandement digne d’estime, selon moi, l’immigré marocain, tunisien, algérien qui lutte – à juste titre – pour la sauvegarde de sa propre langue. Je ne crois pas en revanche à une langue, le français actuel, qui meurt et que ni les Français, ni leurs autorités politiques et académiques ne défendent réellement. En vérité, dès aujourd’hui, la langue française n’existe plus.

Quelques citations d’un « ange blanc ».
Comme disait un « ange blanc » – Jean Dutourd avait pour second prénom : Gwenaël, prénom breton signifiant ange (aël) blanc (gwen) – dans le numéro 8 de la Nouvelle Revue de Paris: « L’humanité ne vit plus sur des civilisations agraires et littéraires, mais dans une civilisation scientifique et industrielle. Il est probable que l’art et l’agriculture sont liés.  (…) Il est probable aussi que la science et l’industrie, dont le but est de donner à l’homme le confort physique, n’ont rien à faire avec la littérature. (…) Depuis des années, on nous parle des « mutants », c’est-à-dire de gens qui ne nous ressembleront plus, qui composeront une humanité supérieure, etc.  Je crains que la mutation ne se fasse pas dans ce sens-là. Le mutant, c’est l’imbécile analphabète très fort sur l’informatique qui accomplira toute sorte d’exploits inutiles avec ses joujoux et qui sera incapable de faire tout seul une soustraction.  Les mutants ne liront plus par conséquent, ils ne sauront rien… Ils ne sauront même pas ce que c’est que l’amour. (…) J’ai toujours plus ou moins eu la certitude qu’une idée devenait fausse à la minute où elle était adoptée par le plus grand nombre. Car à ce moment-la, elle devient incolore, schématique, sans nuances. Quand une idée est reçue, elle est fichue. (…)  L’esprit de contradiction est l’une de mes armes qui s’appuie sur un goût que j’ai pour les minorités, de préférences souffrantes… La France est-elle une cause perdue ? Si elle l’est, l’esprit de contradiction qui marque le réveil de l’honneur, commande de s’y dévouer… La cause perdue est la grande tentation des âmes généreuses.  Le culte du martyr est une perversion de la démocratie »…

Une parenthèse sur le mot : « combatif ».
Que fait l’Académie française? L’Académie française ne s’aperçoit-elle pas de la situation? Que fait l’Académie française sinon édicter, de temps en temps, des arrêtés et des décrets par lesquels elle consent d’écrire « événement » avec un accent grave à la place du second accent aigu? Ou « combatif » avec deux « t »? Ou « imbécillité » avec un seul « l »?
Il y a longtemps que ça dure. Qui se souvient du décret académique (par exemple) du 26 février 1901, autorisant à dire aussi bien « j’ai de bons fruits » que « j’ai des bons fruits », ou à employer dans tous les cas « c’est » à la place de « ce sont »?…
Avec « combattif » (que l’Académie permet ou conseille d’écrire avec deux « t », donc), on a un véritable sommet de l’intelligence des modernes grammairiens de la moderne Académie, à la fin du XXe siècle.
On n’enseigne plus, dans les écoles, à orthographier le verbe être. Mais l’Académie ajoute un « t » à combatif.
Les arguments de l’Académie sont cocasses. N’écrit-on point « combattre », avec deux « t »? « Combattant », avec deux « t »? Vous voyez bien qu’il faut écrire « combattif »!
« Combattif » ne va pas, non, et je vais vous dire pourquoi. Le mot « combatif » est apparu, avec un seul « t », au XIXe siècle. Ainsi que « combativité ». Ce n’est pas, contrairement à ce que l’on prétend, une question d’usage. Ce qu’il faut souligner, c’est que si vous écrivez « combattif », alors vous employez un adjectif qui s’achève en « -attif ». Seulement, il n’existe dans la langue française AUCUN adjectif qui s’achève en « -attif ». Voire il n’existe aucun mot se terminant en « -attif ».
En d’autres termes, quand « combatif » est entré dans les dictionnaires au XIXe siècle, les grammairiens ou académiciens de l’époque ont sans doute voulu éviter de créer un mot qui s’achève en « attif ».
La langue française, par ailleurs, n’aime pas les consonnes redoublées. En français, à ma connaissance, on trouve peu de mots contenant « bb » (à l’exception principale d’abbé, abbesse, abbaye…), très peu de mots contenant « dd » (à l’exception principale d’addition, et dérivés), pas beaucoup de mots contenant « gg » (à l’exception principale d’agglomérer, de suggestif et des dérivés de ces mots), et absolument aucun mot contenant « qq » (le « q », en français et en corps de mot, est toujours suivi d’un « u »), « vv », « hh », « jj », « kk », « xx », ou « zz » (« razzia », « razzier », « puzzle », « jazz » et « pizza » ne sont pas des mots français). Le redoublement de maintes consonnes (par exemple « pp ») n’a aucune conséquence phonétique et, dans les exemples de paroles étrangères contenant « zz », ce « z » est toujours prononcé, phonétiquement, comme un « s doux ».
Quant à « -tt », on trouve parfois en français cette consonne double. Mais, je le répète, on ne trouve jamais le suffixe « -attif ». Les grammairiens de jadis ont donc préféré opter pour une terminaison en « atif ».
Si aucun mot de la langue française ne s’achève en « -attif »; si le français a, à la fin, à peu près la moitié de ses consonnes qui n’admettent pas de redoublement; et si – en général – on pourrait énoncer une règle selon laquelle « quand une consonne est géminée en italien, elle est simple en français, et réciproquement, y compris dans des mots qui partagent une origine latine identique », il y a des raisons (qui ne sont pas des raisons d’usage) à tout cela.
Ces raisons naissent entre autres, pour le dire brièvement, des règles de l’étymologie (il est bon de toujours distinguer entre les mots qui sont issus du latin par voie phonétique, et ceux qui sont des emprunts savants) et de la dérivation étymologique et phonétique du latin. Au demeurant, « battre » a deux « t », certes, mais le mot provient non seulement de « batto » mais aussi de « batuo » (« u » bref, accent sur le « a »).

*

Le français académico-moderne impose donc des mots comme « combattif » et « combattivité »… Ici encore, je voudrais savoir des puissants génies de l’Académie quel mot français finirait en « -attivité ». « Combattif » et « combattivité » sont des mots IMPOSSIBLES!
Mais nos braves Français, nos pauvres Français, nos excellents Français, que ce soit la faute de l’Académie ou celle de la paresse des enseignants, des écoliers et des « étudiants », vont cependant répétant : N’écrit-on point « combattre », avec deux « t »? « Combattant », avec deux « t »? Vous voyez bien qu’il faut écrire « combattif »!
Et puisqu’on écrit « battu », il faudra aussi « courbattu » à la place de « courbatu », « courbatture » à la place de « courbature »…?
Le français est une langue morte. D’autant plus qu’elle intègre des néologismes académiques qui contredisent l’étymologie, la règle, l’usage. Ainsi le français – celui que baragouinent les « Jeunes » d’aujourd’hui – est-il un baragouinage qui se réduit à quelques borborygmes primitifs. Au détriment et de la belle et bonne langue littéraire, et aussi des merveilleux argots populaires d’autrefois.
L’Académie française n’a-t-elle pas une part de responsabilité, quand elle encourage à écrire et à prononcer le français, en quelque sorte, « comme chacun veut »?
Que peut comprendre un écolier, si on le laisse « libre » d’écrire « combatif » ou « combattif »? Si l’on écrit « combattif », devrait se demander cet écolier, pourquoi pas « hâttif » pour « hâtif »?… « Nattif » pour « natif »? « Laxattif » pour « laxatif »? « Dattif » pour « datif »? « Ablattif » pour « ablatif »? « Sédattif » pour « sédatif »?
Ne suffisait-il pas d’enseigner aux jeunes générations qu’on écrit « combattant » avec deux T, mais « combatif » avec un seul?
Sous couvert de simplifier, on abâtardit et on complexifie.
Que peut comprendre un écolier, si on le laisse « libre » d’écrire « événement » ou « évènement », et pourquoi pas alors « aivénment »?
Epargnez-moi, si vous voulez bien, les blablas sur « l’évolution de la langue »… Certaines langues évoluent, d’autres régressent. Le français n’évolue pas. Le français régresse. L’évolution de la langue est une nécessité, une richesse. A condition toutefois que cette évolution, comme cela a toujours été, vienne du peuple et de l’usage populaire, et pas des fausses élites. Et qu’elle suive des règles naturelles (étymologiques et phonétiques) précises. Or, les règles de l’étymologie et de la phonétique sont bouleversées, niées, exterminées et par l’intrusion du langage télévisé des histrions illettrés, et par les « décrets » de l’Académie. On ne fait évoluer positivement une langue ni par la vulgarité globalisante de la télé, ni par des décrets académico-administratifs, démagogiques et présomptueux qui, en vérité, ne servent qu’à donner la permission à tout un chacun de ne pas savoir sa langue. J’engage mon lecteur à consulter, y compris sur le site officiel de l’Académie, ces fameux « décrets ». Dont je m’offre à prouver, démonstration à l’appui, cas par cas, l’insondable imbécillité. J’ai dit :imbécillité.

Parenthèse sur « imbécillité ».
Imbécillité avec deux « l », y compris si l’Académie désire écrire « imbécilité »…
Le mot « imbécillité » est apparu (avec deux L) au XIVe siècle, probablement avant « imbécile » (avec un seul L).
« Imbécillité » doit avoir deux « l », étymologiquement, parce qu’il provient du latin « imbecillitas ».
« Imbécile » provient du latin « imbecillus », plus rarement « imbecillis », mais il n’a qu’un seul « L »: notamment pour éviter des doutes de prononciation (les mots en « -ille », en français, ont généralement un -LL « mouillé », ou « liquide », comme dans « famille, fille, papillon, habillement, grille, briller, anguille… »; les exceptions étant « tranquille; mille; ville »).
Or, l’Académie a décrété qu’il fallait écrire « imbécile » et « imbécilité ». Ce qui est d’une ineptie assez impressionnante.
On doit avoir « imbécillité » (avec deux L) et « imbécile » (avec un seul L). Il n’y avait strictement rien à changer, ici.
Au lieu d’enlever un « l » à « imbécillité », et d’ajouter un « t » à « combatif », l’Académie ferait mieux de se montrer plus combative dans la lutte contre l’imbécillité.

Le poids historique de la proposition lancée par Olivier Mathieu, dit Robert Pioche, de soumettre les académiciens à une dictée publique de langue française.

Académiciens! Académiciennes!
J’éviterai de vous dire ce que je proposerais si j’étais au pouvoir, ou Ministre de l’Education, ou Ministre de la Culture, ou seulement… académicien.
J’éviterai de vous dire que je supprimerais la télévision, vu que l’idée de supprimer la télévision semblera une absurdité à la plupart des lecteurs de ces lignes. Il n’y a pourtant rien d’absurde à proposer de supprimer quelque chose qui existe depuis moins de cent petites années, dont l’absence n’a pas interdit des millénaires de civilisation. Mais dont l’existence a provoqué des dommages irréparables, à travers la diffusion d’une sous-culture globalisante. Sans parler d’éventuelles (ou pas si éventuelles qe ça) expériences de messages subliminaux, ou des conséquences physiologiques que peuvent avoir ou avoir eu les ondes sur les cerveaux humains.
J’éviterai de vous dire, tout pareillement, comment je réformerais – à tout le moins – cette télévision. Et comment je réformerais le système éducatif (en commençant notamment par rétablir les humanités gréco-latines).
Bref, j’éviterai de vous dire comment, en cent ans, en commençant à former (chose oubliée depuis des dizaines d’années) les instituteurs et les professeurs, on pourrait rendre à la langue française sa dignité, après une profonde purge de ses américanismes et de l’illettrisme dont elle est aujourd’hui victime.
J’éviterai de vous dire les mesures politiques – au sens le plus large de ce mot – qu’il conviendrait évidemment d’adopter et d’imposer. Mesures éducatives; élitisme et méritocratie; qualité de l’enseignement; formation de moins d’intellectuels, mais formation de meilleurs intellectuels; revalorisation du travail manuel et agricole.
En vérité, mes mesures ne sont nullement utopiques. Elles sont simplement irréalisables. Il n’est pas possible, en effet, y compris au meilleur des médecins, de soigner ou de guérir un malade qui ignore son état de maladie ou le confond avec l’exellente santé.
Je dirai donc, à tous ceux que j’entends déjà hululer que « ce n’est pas possible », qu’il a été possible à ma mère de m’élever sans m’imposer le supplice de l’apprentissage de la langue, de la non langue anglaise; sans m’imposer le supplice de l’apprentissage des mathématiques modernes; sans m’imposer le supplice, fût-il hilarant, de divers baratins; sans que j’allume, toute mon enfance puis toute ma vie durant, une télévision.
Je dirai qu’il a été possible à ma mère de m’enseigner à lire et à écrire, les deux choses les plus difficiles qui soient; il a été possible à ma mère (laquelle, en outre, n’était pas riche, mais pauvre) de m’élever à la maison et de faire en sorte que je ne sois pas un illettré. Il a été possible à ma mère de faire, pour un enfant, ce qu’il n’a pas été possible de faire, à des centaines de ministres de l’Education, pour des générations entières. Or si cela a été possible à ma mère, cela aurait pu se produire non seulement pour un enfant, moi; mais pour deux enfants, pour dix enfants, pour cent enfants, pour mille enfants.
Cela n’a visiblement pas été possible. Il est donc inutile à qui que ce soit de se plaindre, désormais. Il est inutile aux fachos « identitaires », notamment, de se lamenter: puisque leurs parents les ont envoyés à l’école: à l’école du Système qu’ils étaient censés ne pas aimer, rejeter voire combattre. Et puisque, maintenant, ce sont eux qui, à leur tour, envoient leurs progénitures dans le moule éducatif de ce Système. Qu’ils continuent donc à publier leurs revues malingres et leurs journaux de « défense de l’identité française », qui ont avant tout en commun avec les fanzines soixante-huitards les fautes d’orthographe et de français.
Voilà tout ce qu’il y a dans la proposition de Robert Pioche de vous soumettre, académiciens, publiquement, sous les yeux du public, à ma dictée. Vous refuserez, c’est certain. Vous refuserez en disant, vieille chanson, que vous ne voulez pas céder à une « provocation ». Mais qu’on le veuille ou non, ma proposition de dictée est historique. Vous vous défilerez, académiciens, un par un, parce que vous avez peur.
Il y a quelques années, Umberto Eco, l’un des « grands intellectuels » italiens actuels, démontra, au moins en une occasion, qu’il ne savait pas employer le subjonctif. La chose fut dénoncée par un article du professeur Giuliano Bonfante. Lequel était quant à lui un éminent linguiste dont peu connaissent le nom, sinon dans des milieux circonscrits. Je n’ai pas de raisons de croire que les choses aillent mieux en France qu’en Italie. Je n’ai pas de raisons de le croire, pour chacun d’entre vous, académiciens, tant que vous n’aurez pas le courage d’accepter ma proposition.
Ma proposition est historique, oui, parce que je n’ai pas connaisance que quiconque, jamais, ait « osé » proposer une dictée aux quarante « Immortels » de son époque. Ma proposition est historique parce que quelqu’un, demain, devra noter que quand cela advint, et quand donc un joyeux luron du nom de Robert Pioche proposa une « dictée de langue française aux académiciens », cela dut signifier quelque chose sur l’état de la France, et de l’Académie française, et de la langue française!
Vous refuserez, mais soyez attentifs à ce que la postérité ne comprenne les vraies raisons de votre dérobade. La postérité risque de rigoler parce que, d’une façon ou d’une autre, vous aurez repoussé – un par un, chacun d’entre vous – mon invitation à un tel « duel » intellectuel.
Vous aurez fait semblant d’ignorer l’existence de ma proposition de dictée. Vous fuirez, mais vous laisserez à chacun le soupçon que cette dictée de Robert Pioche aurait démontré que les académiciens d’aujourd’hui, les faiseurs de dictionnaire, les dicteurs de modes, les tireurs de ficelles des milieux éditoriaux, les Prix Goncourt (distribués comme des cacahuètes dans les cinémas) ne connaissent pas leur propre langue. Et je vous assure – vous tous, que vous soyez académiciens, journalistes, intellos, « écrivains » – que j’ai pour vous d’autres questions que celles – élémentaires – dont j’ai parsemé mon si plaisant discours d’aujourd’hui.
C’est vous, écoliers, écolières de France et des lycées de province et de banlieue (vous qui lirez ces lignes, vous à qui vos profs reprochent de ne pas avoir d’orthographe, cette orthographe qu’ils sont incapables de vous enseigner parce qu’ils en ont encore moins que vous), qui devriez rigolez et faire savoir autour de vous :
– Les adémiciens ont refusé la dictée de Robert Pioche!… Sépatété kwa!
Ou encore :
– L’idée de la dictée de Robert Pioche aux académiciens, c’est une idée tété!!!!

Elèves des lycées de France, proposez vous aussi à vos « profs de français » de les soumettre à une dictée!
Et vous, académiciennes, académiciens – et vous, « auteures » et auteurs – cette élémentaire révision de notre bonne vieille grammaire ? Chiche?…

Une parenthèse sur « l’académisme ». POUR RAPPELER QU’OLIVIER MATHIEU POURRAIT ÊTRE ACADEMICIEN, MAIS JAMAIS ACADEMIQUE…

Académiciennes! Académiciens!
Je ne suis pas académique.
Qu’entends-je par là? J’entends par là que « l’académisme », en peinture ou en littérature, est quelque chose de relativement déplorable. Encore qu’il y ait eu de bons écrivains « académiques ».
Car c’est dans les époques « d’académisme » que naissent aussi les grands génies et les vrais novateurs. C’est d’un « terreau » d’écrivains académiques que naissent les écrivains non académiques!
Aujourd’hui, l’académisme, c’est la fausse avant-garde. C’est l’académisme de ceux qui ne peuvent plus rien détruire parce que, avant de détruire, il faut savoir construire. Parce que, avant de songer à appartenir à une avant-garde, il faudrait faire ses preuves académiques!
Picasso, qui a eu du succès quand il commença à faire n’importe quoi, savait initialement peindre. Mais aujourd’hui, l’académisme des gribouilleurs des galeries « d’art » (grands Dieux!) consiste à déverser au hasard leurs pots de peinture sur d’innocentes toiles. Le public se pâme devant tant de hardiesse et de beauté… Et des collectionneurs d’art (sic! sic! sic!) achètent ça, payent ça des milliers de dollars!… Les plus grands génies de la musique composent des oeuvres faites de silence; les peintres exposent des toiles vierges… On attend (ou l’on n’attend plus) le premier livre fait de pages blanches…
Aujourd’hui, les « écrivains » sont – et restent – des nullards et dans l’académisme, et dans l’avant-garde. Aujourd’hui, règne partout la médiocrité. On se « cultive » non plus en lisant des livres, mais en cliquant sur Google, où le premier venu peut écrire n’importe quoi sur n’importe quoi et sur n’importe qui. Moins on lit de livres, et plus on en écrit. Médiocrité de « l’académisme », médiocrité de « l’avant-garde ». L’académisme et l’avant-garde ont copulé; ils ont accouché d’une infinie médiocrité.
Aujourd’hui, les « écrivains » enregistrent leurs livres sur des cassettes, qu’ils confient ensuite à leurs « nègres » littéraires. Aujourd’hui, les vitrines des « bonnes » librairies sont remplies de livres plagiés et/ou mal écrits, recopiés sur Internet, écrits à chier.
Hier encore, la France avait des écrivains. Les uns étaient fascistes, les autres communistes, d’autres apolitiques. Peu importe. Abel Bonnard savait écrire, Drieu La Rochelle savait écrire, Céline savait écrire, Aragon savait écrire. La Collaboration eut de grands écrivains, et d’autres qui étaient nuls. Le C.N.E., Comité National d’Epuration qui mit par exemple Céline, Giraudoux et Jouhandeau à l’Index, compta dans ses rangs des écrivains, ou des écrivains proclamés, dont tout souvenir est effacé. Pourtant la Résistance, elle aussi, eut quelques bons écrivains. Maurice Druon, ainsi, a laissé une oeuvre intéressante à plus d’un titre.
En 2011, l’écrivain de « droite » et celui de « gauche » sont peut-être de droite ou de gauche (si cela a encore un sens pour eux, grand bien leur fasse), mais ils ne sont certes écrivains que dans leur imagination ou dans celle de quelques milliers (ou millions) de gogos abusés par la propagande de la publicité. Qui sait encore écrire? Et écrire pour dire quelque chose? Ecrire quelque chose qui ne soit pas « commercial », qui ne soit pas démagogique, qui ne participe pas directement ou indirectement des célébrations de mémoires de plus en plus foireuses, qui ne soit pas à la fois individualiste et grégaire? Quelque chose qui ne pue pas d’illettrisme, de mensonge, de banalité, de conformisme? Des livres peu épais, à larges interlignes, qui ne disent rien ou si peu de vrai, rien de beau…
Droite? Gauche? Tiens! Ces mots vagues me rappellent Romain Motier, au temps (1947) où il publia son Traité de l’Intolérance (page 174) : « La séparation des deux camps est facile à établir. On est de gauche quand on a supprimé la ponctuation, la grammaire et même l’orthographe. On est de droite quand on préfère Racine à M. Gumpel, dit Éluard et Voltaire à M. Martin-Fauchier. »
De nos jours, Romain Motier n’aurait plus qu’à constater que la gauche et la droite n’ont plus de réalité tangible, si ce n’est dans d’infimes détails. Qu’en tant que mots, elles ont perdu tout sens ; tout sens commun plus exactement. Que partout et en tout, en gauche, en centre et en droite, la décadence est patente. Que le « modernisme » et le « progrès » ont vaincu. Mais qu’avant toute chose, la « modernité » a vaincu l’Homme en ses vraies valeurs, ses vrais élans, sa vraie culture. En son humanité même. Fait patent. Romain Motier ajoutait: « On est classé patriote quand on est de gauche, traître et espion quand on est de droite. »
Mes chers confrères académiciens, je vous laisse seuls juges de décider, en cette année 2011, où se trouveraient les espions… et les traîtres à la cause académique « françoise »!

Je ne suis pas académique. Je ne reproche cependant rien à l’académisme. Je voudrais, parfois, que perdure un académisme, mais de qualité, parce que cela permettrait de le renverser ou de le dépasser. Or aujourd’hui, il ne reste rien. Et comment renverser le Rien? Aujourd’hui, l’avant-garde du Rien fait semblant de lutter contre l’académisme du Rien. Et le résultat de tout cela s’appelle : Rien. L’avant-garde du Rien et l’académisme du Rien s’épaulent et s’interpénètrent – pour ne pas employer un terme moins courtois et plus explicite.
Je me désole du fait que l’académisme ait, comme l’avant-garde et comme tout le reste, sacrifié l’esprit à la lettre. Sacrifié l’esprit à l’illettrisme.
Je me désole – et je m’en désole pour vous, et pour la France tant qu’on y est – du fait, par exemple, qu’un seul académien ait eu le courage de voter pour Robert Pioche, en décembre 2003.
Je me désole du fait que si peu d’académiciens aient la courtoisie de me répondre, quand je leur écris.
Je me désole du fait que si peu d’académiciens aient le courage de dire – notamment quand ils me connaissent très bien – qu’Olivier Mathieu, plus que tant d’autres, mériterait au moins quelques voix à l’Académie française.
Je me désole du fait que, s’ils ne votent pas pour moi, c’est qu’ils ont peur de le faire, et l’on sait ou l’on subodore pourquoi…
Je me désole, pour eux, de la façon dont la postérité les jugera, quand elle comparera mes oeuvres avec celles de divers gribouilleurs dont les candidatures ne sont pas, comme les miennes, saluées par le silence ou les insultes.
Je « reproche » à l’académisme et à l’Académie de refuser – malgré les proclamations sur le nécessaire « rajeunissement » de cette institution – le seul écrivain (je parle de moi, merci) qui, par son oeuvre et par son existence, parce que son oeuvre est vécue, pourrait apporter, quai de Conti, à la fois du talent et, au sens étymologique, de la « provocation »: provoquer, c’est lancer un « appel vers le haut ».
Je « reproche » à la Compagnie de l’Académie d’élire des gens seulement parce qu’ils font ou croient faire partie de la « bonne compagnie », parce qu’ils pensent « comme il faut », parce que leur talent consiste à se retrouver devant les petits fours des maisons d’édition et à participer à toutes les petites et grandes combines des maisons d’édition, des prix littéraires, des plumitifs tartineurs d’éloges attachés à leur service.
Je reproche à l’Académie française d’avoir oublié ou trahi la littérature.
Je reproche à l’Académie d’élire des modernistes du Rien. Affligeante « modernité ». Affligeant « progrès ». Affligeant « bonheur ».
Je reproche à l’Académie son union des académiciens académiques du Rien et des académiciens modernistes du Rien. Je reproche à l’Académie d’élire des gens qui n’ont rien ou pas grand-chose, littérairement parlant, à y faire et qui n’y sont donc, la plupart du temps, que pour des motifs politiques ou mondains. Je n’ai jamais trop compris ce que des gens sans destin littéraire,ou dont rien ne les destine à veiller sur notre pauvre langue mise à mal, y font.
Rien n’interdit l’Académie à un ministre écrivain. Mais qui est nommé ministre n’est pas automatiquement écrivain. Je reproche à l’Académie sa surabondance d’anciens (ou de futurs) ministres. Je reproche à l’Académie sa paucité en esprits vraiment jeunes et vifs, et sa paucité en anciens (ou futurs) écrivains.
Toutes choses dont surgit (forcément) un monde nouveau, le monde moderne, le monde du nouvel ordre mondial, le monde de la pensée unique (un monde qui englobe les adversaires proclamés de cette pensée unique), le monde de la non-pensée. Un monde sans pensée, sans génie, sans talent, sans vérité. Un monde de fric. Un monde où, à tout coin de rue et sur tout plateau de télé, on dresse en revanche un piédestal à la première andouille venue. Un monde où, chaque semaine, un critique « littéraire » découvre le plus grand génie de tous les temps, que tout le monde aura oublié une heure plus tard. Un monde où BHL nous entretient du philosophe « Botul ».
Je reproche à l’Académie française de n’avoir pas eu, en mai 2007, le courage d’accepter la candidature d’Olivier Mathieu.
Je reproche à l’Académie de ne pas avoir le courage de refuser définitivement la candidature d’Olivier Mahieu, à supposer que la chose soit facile : il suffirait soit qu’elle établisse une loi « ad personam », une loi contre Olivier Mathieu, soit qu’elle change son règlement, dans le passage qui dit que « toute personne » peut s’y présenter.
Or, tant que le règlement de l’Académie dira que « toute personne » peut s’y présenter, je m’y présenterai. Tant que le règlement de l’Académie ne dira pas que « toute personne sauf Olivier Mathieu » peut s’y présenter, je m’y présenterai. Et si ma candidature est refusée, et donc que je suis victime d’une discrimination, je remuerai terre et ciel, voire les tribunaux … ou alors – puisque je suis un homme et que j’ai donc des droits de l’Homme – je mobiliserai en ma faveur la Ligue des Droits de l’Homme !
L’Académie semble avoir compris: en refusant ma candidature du 31 mai 2007, elle a obtenu pour résultat de faire de moi, cette fois-là, un candidat interdit de candidature. L’Académie française, l’Académie qui est à Paris (Paris capitale de la France, la France patrie de la Liberté et de la Déclaration des Droits de l’Homme, la France par bonheur ennemie de toutes les discriminations), l’Académie française m’a censuré. Elle m’a interdit de poser ma candidature, comme ce Chinois – vous savez ? – auquel on a interdit de retirer son Nobel à Oslo. Si la presse occidentale a parlé récemment du Chinois nobélisé, elle n’a pas dit un mot sur une évidente entorse – dont je fus victime, moi – au règlement de l’Académie française, en 2007. Curieux, non? Le seul avantage du Chinois, c’est qu’il est « dissident » en Chine, mais très défendu en Occident. Tandis que moi, je suis « dissident » en France et sans le moindre soutien en Orient.
Depuis mai 2007, heureusement, l’Académie française a évité de refuser ma candidature. La plus récente en date, celle au fauteuil laissé vacant par le décès de M. Maurice Druon, a été enregistrée le 27 janvier 2011. Merci.

 

ACAD

Chapitre III

Quelques mots sur M. Maurice Druon.

Je dois le relever: ce fut Maurice Druon qui, en tant que Secrétaire perpétuel de l’Académie, m’écrivit (et cela, notons-le, à la fin de 1990, année pour moi assez turbulente) pour me faire part de ce que ma candidature à l’Académie – c’était la première en date – avait été enregistrée. J’ai conservé sa lettre, en souvenir.
Maurice Druon, dans le paysage intellectuel contemporain, me fut et me reste littérairement sympathique. Il laisse une oeuvre. Il aima la langue française; il écrivit – en général – de bons livres; et surtout, en quelques occasions, il manifesta un courage certain (et fort rare de nos jours). Enfin, alors qu’il approchait du terme de sa longue existence, ce fut Maurice Dron qui se montra, disons, le plus perplexe, ou le plus hostile à la candidature (décembre 2003) de celui qui obtint dix-neuf voix contre ma toute petite voix à moi, j’ai nommé M. Valéry Giscard d’Estaing.
A ce point, si quelque historien, dans l’avenir, ou si quelque curieux se demande (combien de fois ne m’a-t-on pas posé la question?) qui fut l’académicien qui vota pour Robert Pioche (alias Olivier Mathieu) en décembre 2003, les paris restent ouverts.
Un tout petit bulletin portant mon nom dans l’urne, deux petits bulletins dans l’urne, trois petits bulletins, … vingt petits bulletins… de petits bulletins qui seraient amusants, surprenants (voire scandaleux aux yeux de certains) vu les temps que nous vivons, qui seraient anticonformistes et surtout littérairement mérités… On verra d’ici peu, le 7 avril 2011, si plus de zéro académicien a le courage, la témérité ou l’envie d’unir la facétie au littéraire, en votant pour Olivier Mathieu. On verra si un ou plusieurs académiciens, retrouvant un instant – qui sait? – l’ironie et la verve de leurs jeunesses, désirent faire à la fois une « bonne blague » et une chose infiniment sérieuse: voter pour Olivier Mathieu.

Chapitre pénultième.

Olivier Mathieu n’est nullement le « candidat inconnu » que décrivent certains journalistes…
Où Olivier Mathieu, dit Robert Pioche, et Robert Pioche, dit Olivier Mathieu, élus à l’Académie française, mettent un point final à leur discours de réception. Poisson d’avril (premier avril 2001).

Académiciennes!Académiciens!
Je vous remercie de m’avoir élu parmi vous, ce 7 avril 2011, au trentième fauteuil, en remplacement de M. Maurice Druon.
Ce fut un véritable plébiscite. Diantre! Olivier Mathieu, lis-je sur Internet, a été élu à l’unanimité? Lui qui n’était jusque-là qu’un dix-neuvième d’académicien, il n’espérait pas tant! Un dix-neuvième d’académicien qui, d’un coup de baguette magique, devient un académicien complet!
Les académiciens, face à l’urne et dans le secret de leur conscience, n’ont pas eu la moindre hésitation. Le bruit en avait couru dans Paris, le premier avril. D’une voix unanime, les académiciens ont clamé, avec des intonations pour ainsi dire bibliques : « Olivier Mathieu! Olivier Mathieu parmi nous! »
Vous m’avez réclamé à grande voix. Votre amour pour moi est sans limites. Maintenant, je le sais.
Académiciens, voilà que vous vous souvenez, enfin, des innombrables occasions au cours desquelles je rencontrais certains d’entre vous, à la fin des années 80 du siècle passé, au restaurant « Voltaire ». Nous y mangions ensemble, vous souvient-il? Quelquefois, c’était en compagnie d’un richissime assureur et armateur qui se piquait de littérature et aux romans (si j’ose dire) duquel je consacrais des articles qui feignaient d’être élogieux. Il en était ravi, le pauvre homme.
Académiciens! Voilà que, parmi vous, la mémoire doit être revenue à ceux que je croisais, place Saint-Sulpice, ou aux Editions du Rocher, ou dans le salon du comte Jacques de Ricaumont… Pas mal d’entre vous me connaissaient, en ce temps-là, académiciens! Faut-il vous dire jusqu’à quelle date précise?…
Vous et moi, chers académiciens, nous collaborions par exemple à la « Nouvelle Revue de Paris » dirigée par M. Michel Bulteau et placée sous le haut patronage de Jean Mistler, de l’Académie française. Je suis apparu, si vous avez bonne mémoire, au sommaire des numéros 5, 6 et 8 tandis que, dans le numéro 7, Michel Bulteau voulut bien dire tout le bien qu’il pensait de ma réédition des « Modérés » de l’ancien académicien Abel Bonnard, réédition qui venait de sortir aux éditions du Labyrinthe dirigées par Alain de Benoist.
J’ai publié, sur mon site, la couverture du numéro 8 de la « Nouvelle Revue de Paris ». Allez voir. Oui, quels beaux souvenirs j’ai du « Voltaire » et de la revue qui, ces années-là, lançait Houellebecq: il suffira aux curieux d’en retrouver des collections, je ne m’y attarderai pas davantage – aujourd’hui.
Après vingt années pendant lesquelles vous avez semblé perdre tout souvenir de moi, académiciens, voilà que vous m’avez élu et j’en ai les larmes aux yeux!
Je suis académicien.
Je signerai, désormais : de l’Académie française.
On dira, sur mon passage : mais c’est l’académien Olivier Mathieu!…
Mais c’est O-li-vier-Ma-thieu-de-l’A-ca-dé-mi-e-fran-çai-se!!!
J’aurai ma table (cela me sera fort utile, je ne mange pas tous les jours à ma faim), au « Voltaire »: la table des académiciens.
Tous les jeudis, je vous rendrai visite, sous la Coupole, et on s’amusera follement. Moi qui suis SDF, cela me sera fort utile, un toit… Tiens, académiciennes et académiciens, puisque vous m’avez élu, je vais élire moi aussi domicile quai de Conti. Mon fauteuil sera aussi mon lit et ce sera bonnard et je vous parlerai d’Abel.
A-ca-dé-mi-ci-en. Je suis académicien!
J’aurai, à la place de l’épée que vous désirez m’offrir, une pioche, je me le permets. J’aurai un habit vert (cela me sera fort utile, moi qui suis en hardes, un habit neuf). Je publierai chez les immenses éditeurs. J’aurai l’immense prix Goncourt, comme mon confrère à la « Nouvelle Revue de Paris », l’immense Houellebecq!
Les immenses journalistes diront, si le vent tourne, que je suis un génie. Je serai immensément flatté. Je suis élu et j’irai chez Sarko, le garant de l’Académie, pour recevoir – ainsi le veut le règlement! – son immense bénédiction à mon entrée sous la Coupole! Je serai immensément flatté.
Et si vous ne m’élisez pas, bien des académiciens sauront d’avance, ainsi, le nom d’un candidat – Olivier Mathieu – qui briguera, tout en leur souhaitant longue vie, leur fauteuil. Parfois, je déclarerai « avoir aboli l’Académie » (comme je l’ai proclamé après ma candidature refusée contre M. Max Gallo); parfois, j’adresserai mes « félicitations » au vainqueur (comme je l’ai fait vis-à-vis de Mme Simone Veil); parfois, je proposerai « une dictée » aux académiciens.
Et gageons que mon esprit, qui a été nourri par mes maîtres à penser – parmi lesquels Jaroslav Hašek et Lucien, les pères de Chveik et de Ménippe – me suggérera encore mille autres délicieuses et hilarantes facéties mémorables et charmantes.
Je parie que, chaque fois, quelque encyclopédie et quelque journal s’en feront l’écho. Ah! Il faut en faire, des efforts, pour briser la loi du silence, pas vrai?
Et, ma foi, il y aura bien dix personnes en France pour rire avec moi, et ce sera déjà beaucoup. Le sens critique et le sens de l’humour se font rares. Comme sont rares ceux qui ont encore la capacité, la sensibilité, le courage de comprendre qui sont ou furent les derniers, les tout derniers, les ultimes, les vrais provocateurs. Une certitude : Jean-Edern Hallier, qui s’amusait beaucoup à poser devant l’Académie en habit vert, et qui en d’autres circonstances avait mis en scène son propre enlèvement, aurait apprécié mon « auto-couronnement », aujourd’hui premier avril 2011, à l’Académie.
Qui sait si, dans l’avenir, chaque premier avril, il ne se trouvera pas quelques-uns de mes amis pour rappeler l’épisode de ma farceuse (non) élection?..
Je propose de faire du premier avril « le jour anniversaire du poisson d’avril académique d’Olivier Mathieu ».

Maurice DRUON en flagrant délit de subjonctifs hasardeux…

Voici ce qu’écrivait Maurice Druon. Son texte est fort fameux. Vous le trouverez facilement aussi sur Internet. (C’est un article publié dans le journal Le Figaro du 24/02/2004).  Extraits.

« Le langage est le meilleur, le plus immédiat révélateur du caractère des individus. C’est à son parler que l’on reconnaît, tout de suite, le timide, l’autoritaire, le vantard, le généreux, l’égoïste. Mais le langage est tout aussi révélateur de la mentalité générale d’un peuple. Les Français ne respectent plus leur langue parce qu’ils ne sont plus fiers d’eux-mêmes ni de leur pays. Ils ne s’aiment plus, et ne s’aimant plus, ils n’aiment plus ce qui était l’outil de leur gloire ».
« Le professeur de collège qui a marqué, dans le coin d’une rédaction, «Ne fais pas le malin avec ton passé défini» méritait les galères. Responsables sont les manuels, où les questions sont formulées sans respecter l’inversion de la proposition interrogative : «Tu as fait quoi ? Tu es allé où ?» Démagogie, démagogie. Que le maître ne s’étonne pas si, à parler le langage de la cour de récréation et à toujours tutoyer l’élève, celui-ci finit par lui répondre : «Tu m’emm…»
« L’élocution, la prononciation, la diction sont des enseignements oubliés. Où es-tu, Quintilien, dont les préceptes servirent de base, pendant tant de siècles, à la formation de la jeunesse ? On apprenait autrefois à parler comme on doit écrire ; aujourd’hui, on apprend à écrire comme on ne doit pas parler. Les nouvelles générations bredouillent, et même les jeunes acteurs sont souvent inaudibles ».
« La télévision, pour sa part, est responsable de la perte de la «politesse de la langue». Les émissions dites «de société» sont la plupart du temps des bouillies de paroles où l’on touille ensemble la vulgarité, le pédantisme, les énormités grammaticales, les formulations inachevées, les faux-sens, les liaisons malheureuses et l’obscénité. Et c’est là ce qu’on a osé appeler l’école parallèle ! »
« La maladie égalitaire, conséquence du pire défaut français, l’envie, et moteur de toutes les révolutions, sanglantes ou non, exige qu’on aligne tout sur le bas. On a commencé par couper les têtes ; on a continué en rasant les fortunes ; on en est maintenant à décapiter le langage ».
« Il faudrait, pour arrêter ce fléau, un grand sursaut national. Il faudrait une volonté prioritaire des pouvoirs publics, à tous étages, à partir du plus haut. Il faudrait qu’un mouvement d’opinion naquît et s’amplifiât. Il faudrait que des comités de restauration du français se formassent dans chaque ville, région ou département. Il faudrait que les candidats aux élections fussent sommés d’inscrire la défense de la langue dans leurs programmes. Il faudrait que se constituassent dans les deux assemblées des intergroupes pour le français. Il faudrait que les ministres fussent accablés d’interpellations. Il faudrait que soient imposés, dès la maternelle, des méthodes, des horaires, des exigences qui rendent place première à l’enseignement de la langue. Et en plus, ce serait sans aucune incidence budgétaire ! »
« Il faudrait qu’une commission des manuels écartât ceux qui préconisent les relâchements. Il faudrait que les instituts de formation des maîtres fussent réformés. Il faudrait que dans le secondaire fussent dispensés des cours d’étymologie grecque et latine afin que les lycéens, et particulièrement ceux des filières scientifiques, apprissent le sens des mots. Il faudrait que les familles où l’on sait encore à peu près parler fassent des remontrances aux maîtres dont la parole se laisse aller. Il faudrait que les directeurs de journaux, accablés de courriers signalant toutes les fautes commises dans leurs colonnes, engageassent des correcteurs plus compétents et plus vigilants. Il faudrait que le Conseil supérieur de l’audiovisuel, doté de pouvoirs spéciaux, plaçât des observateurs du langage auprès des chaînes de radio et de télévision, et pût distribuer éloges et blâmes publics, allant jusqu’à interdire de soutiens publicitaires les émissions trop offensantes pour l’honnêteté de la langue. »
« Mais il faudrait, d’abord, pour tout cela, que les Français se remissent à aimer la France. Si chevillée que soit en moi l’espérance, il y a des moments où je me prends à en douter ».
Fin de ces citations de Maurice Druon.

Las! Ce texte fameux de Maurice Druon témoigne d’une conception à tout le moins étrange de la concordance des temps.

Relisons.

« Il faudrait qu’une commission des manuels écartât ceux qui préconisent les relâchements. Il faudrait que les instituts de formation des maîtres fussent réformés. Il faudrait que dans le secondaire fussent dispensés des cours d’étymologie grecque et latine afin que les lycéens, et particulièrement ceux des filières scientifiques, apprissent le sens des mots. Il faudrait que les familles où l’on sait encore à peu près parler fassent des remontrances aux maîtres dont la parole se laisse aller. Il faudrait que les directeurs de journaux, accablés de courriers signalant toutes les fautes commises dans leurs colonnes, engageassent des correcteurs plus compétents et plus vigilants. Il faudrait que le Conseil supérieur de l’audiovisuel, doté de pouvoirs spéciaux, plaçât des observateurs du langage auprès des chaînes de radio et de télévision, et pût distribuer éloges et blâmes publics, allant jusqu’à interdire de soutiens publicitaires les émissions trop offensantes pour l’honnêteté de la langue. » (Maurice Druon).
De deux choses l’une : ou bien Maurice Druon savait mal employer le subjonctif, ou alors qui a retranscrit ce texte ignore tout de la langue française, et a donc ajouté des fautes non imputables à Maurice Druon. Je serais curieux, vraiment très curieux de le savoir…
Dans ce texte, l’auteur privilégie le subjonctif imparfait. Il emploie « il faudrait » dans la proposition principale puis le subjonctif imparfait (le premier est « écartât »).
Dès lors, on ne comprend pas pourquoi il a employé partout – dans le paragraphe cité – le subjonctif imparfait mais, en une et une seule occasion (« fassent »), le subjonctif présent. (Dans les autres paragraphes, idem, c’est un mélange incessant de subjonctifs imparfaits de subjonctifs présents).
Je suis un partisan du subjonctif imparfait. Pour cette raison, je souhaite qu’il soit employé oui, mais correctement. L’emploi du subjonctif imparfait, ici, est-il correct?…
Si l’on a une principale : « Il fallait qu’une commission des manuels », on doit avoir ensuite : « écartât ceux qui préconisent les relâchements ». Et cela, parce que « il fallait » (verbe essentiellement impersonnel, à l’imparfait de l’indicatif) est un temps du passé. La concordance des temps veut donc ce subjonctif imparfait: écartât.
Or, ici, Maurice Druon emploie, dans la principale, « il faudrait », qui est un temps non pas du passé, mais du présent (c’est un conditionnel présent).
ON DOIT ECRIRE :
Il fallait (imparfait, indicatif) qu’une commission écartât…
Il fallut (passé simple, indicatif) qu’une commission écartât…
Il a fallu (passé composé, indicatif) qu’une commission écartât…
Il avait fallu (plus-que-parfait, indicatif) qu’une commission écartât…
Il eût fallu (passé antérieur « deuxième forme », indicatif; avec un sens de mode conditionnel et un accent circonflexe sur le « u ») qu’une commission écartât…
Il aurait fallu (conditionnel passé) qu’une commission écartât…
Certes, on me renverra aux observations – qui sont diverses des miennes – de Grevisse, sur l’emploi des modes et des temps (§ 869 du Bon usage, 12e édition), qui admet dans certains cas l’imparfait du subjonctif hors de toute concordance des temps.
Il n’en reste pas moins que, en italien moderne – je dis bien en italien – ces phrases de Maurice Druon seraient correctes. En italien, oui, on aurait le conditionnel (il faudrait) suivi d’un subjonctif imparfait (écartât). Mais – y compris, s’il le faut, contre Grevisse – je maintiens quant à moi qu’en français, on doit écrire: « Il faudrait » [ou « il faudra »] qu’une commission des manuels écarte (subjonctif présent) ceux qui préconisent les relâchements »!
Il n’y a guère de raisons à « admettre » l’imparfait du subjonctif « hors de toute concordance des temps », sinon à nier cette concordance des temps. Maurice Druon avait parfaitement – sur le fond – raison dans ce qu’il disait ici, mais il employait d’une façon des plus douteuses, des plus ampoulées aussi, le subjonctif imparfait et la concordance des temps.
Si l’académicien Druon se trompait, imagine-t-on comment ça cause dans les banlieues? Comprend-on mieux le nombre de « bloggers » qui annoncent, sur leurs blogs (leurs blogs pathétiques), qu’ils « se moquent de l’orthographe »?… Ils ne se moquent nullement de l’orthographe! Ils l’ignorent de A jusqu’à Z. Ils ignorent l’orthographe; ils ignorent la grammaire; ils ignorent tout!
Olivier Mathieu n’aura nullement déposé des « candidatures fantaisistes » à l’Académie. Olivier Mathieu est certainement un écrivain moins fantaisiste, un connaisseur de la langue française moins fantaisiste, un candidat moins fantaisiste que beaucoup d’autres. Tant d’autres…

Chapitre ultime.

Des sérieux doutes qu’Olivier Mathieu – ce fantaisiste – nourrit quant àla véridicité de l’élection de Robert Pioche à l’Académie française, et, tout pareillement, des doutes sérieux que Robert Pioche nourrit quant à la véridicité de l’élection d’Olivier Mathieu à l’Académie française, à quelque date que ce soit et en remplacement de quelque « immortel » que ce soit.

Académiciens! Mes paires!

Ciel, mon académicien!… Olivier Mathieu a écrit : « Académiciens, mes paires? »
Ouh! L’illettré!!!
Euh… Fallait-il : « Académiciens, mes pairs »?
Euh… Ou: « Académiciennes, mes paires »?
Tiens, je crois bien me souvenir que c’est M. Maurice Druon en personne qui insista afin que la parole « prie-Dieu », au pluriel, reste invariable. Et puis on lit désormais, partout, « Madame LA ministre ». Ou: « l’écrivaine ».
Une de mes concurrentes candidates, le 7 avril, se définit (ne riez pas!) comme « auteure »… O mes grands Dieux, « une » « auteure », voilà qui a de la hauteur, à moins qu’il ne faille écrire désormais, « hauteur » étant un mot féminin, « hauteure » !!!
La vieille règle de grammaire, désuète et anachronique, pour ne pas dire patriarcale, qui énonçait que « le masculin prime », n’est-elle pas une offense aux Droits de la Femme ? La règle du monde nouveau, et de la grammaire nouvelle, sera que le féminin prime. Puisque l’on doit dire « LA ministre » et « l’écrivaine », alors moi, Robert Pioche, je décide, énonce et édicte – pour donner ma modeste contribution au féminisme – que le féminin de « mes pairs! » sera dorénavant: « mes paires! » Ceci en marque de respect pour la gent féminine, et pour effacer la sinistre et sombre mémoire de millénaires souillés par une horrible patriarcalité.
Si « Dieu », au pluriel d’un nom composé, fait « Dieu » et pas « Dieux » – c’est l’Académie qui le dit – et si certains de mes concurrents à l’élection du 7 avril sont des « auteures », alors pourquoi « pairs » n’aurait-il pas pour féminin « paires »? « Paires », à sa façon, est lui aussi un « mot composé »… de deux demi-lunes!
Puisque ces questions de « masculin » et de « féminin » sont évidemment destinées à cesser d’exister (depuis le bon Paul, on devait savoir « qu’il n’y a plus d’hommes ni de femmes », mais la race humaine, aujourd’hui de plus en plus unisexe et uniforme), les académiciens sont: mes PAIRES!
Vous direz et répéterez : les académiciens sont les paires de Robert Pioche.
Je ne permettrai à personne de dire les paires de quoi.

Olivier Mathieu, dit Robert Pioche,
de l’Académie (précisons : l’académie robert-piochéenne).

BODOIN2161

REPONSES du jeu des trois phrases.

Les phrases correctes, dans mes tout petits exercices élémentaires à l’usage des académiciennes et des académiciens, et des autres, sont:

Phrase correcte:
« Nous nous sommes repentis, parce qu’ils se sont parlé ».

Phrase correcte:
« Nous avons salué les soldats qui se sont succédé sur la route, et que nous avons vus passer ».

Phrase correcte:
« Nous avons salué les soldats qui se sont succédé sur la route, que nous avons vus passer sur l’avenue, sous les arbres que nous avons vu abattre ».

Phrase correcte:
« Que de fautes ce pécheur a commises! Hier encore, il a vu des roses et il en a acheté, pour les offrir à Madame Dupont qui, pourtant, est mariée. Le peu de volonté qu’il a montré, de la sorte, nous a découragés. Visiblement, le peu de leçons que le professeur lui a données ne lui ont pas été utiles! »

Phrase correcte:
« Quelque difficiles que soient vos devoirs, je compte sur vous ».

Phrase correcte:
« Quelles que soient les douleurs qui vous affligent, ayez confiance en votre médecin ».

Phrase correcte:
« Quelles que soient les conséquences, il faut agir ».

Phrase correcte:
« L’esclave rompt ses entraves ».

Phrase correcte:
« Si je vaincs, il vainc aussi! »

Phrase correcte:
« Vous dites et vous redites des choses que vous contredisez tout de suite ».

Phrase correcte:
« Je couds une robe et, de la sorte, je résous mon problème ».

Phrase correcte:
« Les enfants se sont lavés, nous nous sommes parlé et Simone s’est blessé le bras ».

Phrase correcte:
« Quand les maisons se sont écroulées, Simone s’est écriée de frayeur, et quant à nous, nous nous sommes religieusement tus ».

Phrase correcte:
« Excepté la table que j’ai fait faire, vous pouvez tout emporter ».

Phrase correcte:
« Ce peintre a peint de petits amours dans tous ses tableaux. Certes, il a vécu de folles amours jusqu’à sa vieillesse. Cependant, il disait que le plus beau de tous les amours est l’amour maternel ».

Phrase correcte:
On a frappé à la porte. Simone s’écrie : « Quels sont ces gens? »… On fait connaissance. Une heure plus tard, Simone est convaincue. « Quels braves gens », dit-elle, « quelles braves et bonnes gens! Quels bons et braves gens! »

Phrase correcte:
« Simone s’est imposé des sacrifices, particulièrement le jour où elle s’est absentée et s’est blessé un pied. Mais elle ne s’était nullement trompée, et ni elle ni sa soeur ne se sont repenties de leur choix ».

Phrase correcte:
« Ne penses-tu pas que Robert Pioche a raison de déposer sa candidature? Non, je ne crois pas qu’il ait raison. »

Phrase correcte.
Il ne fait pas de voyages. Plus exactement, il ne fait pas des voyages trop longs.

Phrase correcte.
J’espérerai:

Phrase correcte.
J’emploierai.

Phrase correcte.
Je voudrais que vous appuyiez.

Phrase correcte.
Papa voudrait que nous étudiions.

Phrase correcte.
Le brouillard s’est résous en pluie.

Phrase correcte.
Vous médisez de lui, parce que vous le maudissez.

Phrase correcte.
Nous conclurons notre discours, celui que vous vouliez que nous concluions.

Phrase correcte.
Y avait-il du pain? Non, il n’y en avait pas.

Phrase correcte.
Y eut-il des accidents ce jour-là sur l’autoroute? Oui, il y en a eu.

Phrase correcte.
Ces clairs-obscurs sont des chefs-d’oeuvre.

Phrase correcte.
Les femmes de la ville tout entière étaient toutes peureuses.

Phrase correcte.
On voyait des robes bleues, des robes gris foncé; et des cheveux blonds, et des cheveux châtain clair.

Phrase correcte.
Je n’oublierai jamais les conseils que m’ont donnés mes parents et, surtout, la vie de sacrifices à laquelle s’est vouée ma mère.

—————–

SOURCES académiques (ou pas académiques du tout)

– Site officiel de l’Académie française, année 2011: innombrables candidatures (élection du 7 avril 2011)…

Journal « Rivarol » (décembre 2003), annonçant – quelque temps avant l’élection académique de 2003 (celle où j’ai obtenu une voix face à Giscard) – qu’Olivier Mathieu se présentait à l’Académie sous le pseudonyme de Robert Pioche ;

Encyclopédie du QUID, au sujet de la voix que j’ai obtenue, en décembre 2003, contre M. Giscard ;

Editorial de M. Philippe Bouvard, plein d’animosité contre Robert Pioche, dans le « FIGARO MAGAZINE » (numéro du 18 décembre 2003) ;

Site officiel DE L’ACADEMIE FRANÇAISE, rubrique « ACTUALITES », notamment aux dates de décembre 2003 (Robert Pioche); mars 2007, novembre 2008, 27 janvier 2011 (Olivier Mathieu), etc.

« Olivier Mathieu, dit Robert Pioche », article paru dans le journal « ELEMENTS » (numéro de juin 2008).

Article de Stéphane HOFFMANN, en 2009, dans « LE FIGARO MAGAZINE » (ce texte se trouve aussi, naturellement, sur Internet). « Le farfelu Robert Pioche sera-t-il élu, lui qui a proposé à l’Académie une épreuve de dictée, chaque académicien battu s’engageant à voter pour lui? »…

Article de M. Moudenc paru assez récemment dans le journal « Rivarol », confirmant que c’est à tort que la mort d’Olivier Mathieu a parfois été annoncée (en 2006). N.B. Cet article de M. Moudenc recense la biographie d’Oivier Mathieu, « Olivier Mathieu dit Robert Pioche, le dernier romantique », écrite par M Jean-Pierre Fleury, docteur en sociologie (400 pages).

Publicités

From → divers

Commentaires fermés