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Entretien exclusif de Jean-Pierre Fleury avec l’essayiste, romancier et poète Olivier Mathieu, candidat à l’Académie française tout comme Frédéric Mitterrand (3 mars 2016).

16 janvier 2016

Jean-Pierre Fleury, écrivain, chercheur, éditeur :

On lit dans la presse : « L’Académie française a annoncé que le poète Yves-Denis Delaporte, l’essayiste négationniste Olivier Mathieu et l’ancien ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, Frédéric Mitterrand, sont officiellement candidats pour intégrer l’institution ».

Olivier Mathieu, écrivain, romancier, poète, candidat à l’Académie française le 3 mars 2016  :

Première insanité. Premier mensonge. L’Académie française a annoncé, bien sûr, que MM. Delaporte, Mathieu et Mitterrand sont candidats. Mais l’Académie n’a nullement déclaré que M. Delaporte serait « poète ». Ou que M. Mathieu serait un « essayiste négationniste », chose d’autant plus difficile à croire que je n’ai JAMAIS écrit d’essai négationniste. D’ailleurs, je n’ai rien à nier, j’ai un esprit à affirmer, même si ça déplaît à certains, voire à beaucoup.

J.-P. Fleury :

C’est exact, et il suffirait aux journalistes de vérifier : votre bibliographie témoigne que n’existe AUCUN « essai négationniste » dans votre œuvre littéraire, qui comporte en revanche romans, poèmes, biographies… Cela dit, beaucoup de journalistes se moquent du fait que vous ayez souvent été candidat.

O. Mathieu :

Ils ont le droit de se moquer. Je suis pour la liberté !… Et en tant que libertaire, force m’est de signaler aux journalistes français que de grands écrivains du passé se sont parfois présentés à l’Académie des dizaines et des dizaines de fois. Telle est donc ma liberté. Que cela déplaise à certains journalistes, ou pas. Ma candidature respecte parfaitement le règlement de l’Académie française. Si Messieurs les journalistes ne sont pas d’accord avec ce règlement, qu’ils s’adressent à l’Académie française, pas à moi… Et s’il veulent, libre à eux de se présenter. Je leur souhaite bonne chance pour y recevoir une voix. Chose que j’ai déjà faite, moi, en 2003. Et pas encore eux.

J.-P. Fleury :

Pensez-vous être élu ?

O. Mathieu :

Dans le monde où nous vivons, et que je n’ai pas besoin de vous décrire, être candidat et recevoir peut-être, je dis bien peut-être, une voix, ne serait déjà pas mal. Un exemple ? Quand je me suis présenté contre Alain Finkielkraut, le 10 avril 2014, à l’Académie française, j’ai indiqué sur mon blog (sur Médiapart) que je voulais être le candidat des enfants palestiniens de Gaza. Il en va de même cette fois. Je désirerais être le candidat des malheureux petits enfants palestiniens de Gaza ; je désirerais être le candidat des petits, des humbles, des pauvres, des sans voix ; je désirerais être le candidat des écrivains talentueux, peut-être, mais qui n’ont pas accès aux « grandes » maisons d’édition aujourd’hui confisquées par les élites, ou présumées telles, parisianistes ; être le candidat des vrais anticonformistes, contre les faux rebelles autoproclamés de la gauche caviar et de la droite camembert. Voilà ce que je voudrais être. Je conseille à tout un chacun de relire ma « lettre ouverte » à Alain Finkielkraut.

J.-P. Fleury :

Un candidat humoriste, aussi ?

caricaLe candidat vedette (in Trombinoscope par Touchatout, n° 90, 1882), par Alphonse Hector Colomb, alias B. Colomb Moloch, B. Moloch ou Moloch (1849-1909)

O. Mathieu :

Mais bien sûr ! Vous savez, dans ma jeunesse, j’aimais Coluche. Je suis de la génération Coluche. C’était un grand, Coluche. Rappelez-vous qu’il y a quelques années, comme l’avait dit un article du « Figaro Magazine », j’avais proposé de soumettre les académiciens français à une épreuve de dictée française.

J.-P. Fleury :

Il y en a qui ne vont pas apprécier.

O. Mathieu :

Je n’en sais rien. En 2003, quand je me suis présenté contre Valéry Giscard d’Estaing, un académicien (aujourd’hui décédé) a voté pour moi. Évidemment, je n’ai plus autant d’amis à l’Académie qu’à l’époque où je collaborais, vers 1986, et cela bien avant Michel Thomas, à la « Nouvelle Revue de Paris » qui paraissait aux prestigieuses éditions du Rocher, sous le patronage justement de l’Académie française et de Jean Mistler. Ah ! Si mes amis académiciens de cette époque (il n’en reste plus beaucoup, par malheur) se souvenaient de moi…

J.-P. Fleury :

Pardon, qui est ce Michel Thomas ? Ah oui, c’est le pseudonyme de ce M. Houellebecq… Bon, revenons à des choses sérieuses. Et la presse ?

O. Mathieu :

La presse ? J’aimerais simplement que la presse fasse correctement son travail. La jeune journaliste Maria Haynes, dans le journal « Gala », a publié un article qui me semble honnête sur cette élection. D’autres journaux, en province, se contentent à juste titre de noter : « Frédéric Mitterrand sera en concurrence avec deux autres candidats : le poète-blogueur Yves-Denis Delaporte et l’essayiste, journaliste et poète Olivier Mathieu, qui se sont tous deux déjà présentés plusieurs fois ».

J.-P. Fleury :
La définition vous convient ?

O. Mathieu :
Ne suis-je pas essayiste, romancier et poète ? Oui, elle me convient. Au demeurant, il y a quand même des gens qui s’en aperçoivent. Ainsi Étienne de Montety, directeur du « Figaro littéraire », il y a cinq ans à peine (8 avril 2011) a loué mes qualités de poète en première page du « Figaro ». Oui, en première page !… Merci, donc, à M. Étienne de Montety. La première page du « Figaro », ce n’est pas en effet un bulletin paroissial d’un village de douze habitants. J’ai donc un minimum d’espoir. Il y a et il reste des journalistes honnêtes, qui font leur travail de journalistes sans prétendre intenter de mauvais procès à quiconque. Je demande à être jugé sur mon œuvre littéraire, sur mon œuvre poétique, sur ma connaissance de la langue française, sur mon amour pour la langue française. J’ai un minimum d’espoir, parce que s’il y a certes des lecteurs de la grande presse qui peuvent être abusés par l’ironie facile, ou les attaques un peu viles, ou les inexactitudes dont je suis l’objet, en revanche il y a aussi des jeunes gens, des jeunes filles, des lecteurs et des lectrices qui s’intéresseront réellement et sincèrement à mon œuvre littéraire, et se renseigneront avec objectivité sur les tenants et les aboutissants de toutes ces polémiques. Voilà donc pourquoi et comment je suis candidat à l’Académie française, comme le règlement de celle-ci m’y autorise, et comme mon œuvre littéraire m’y autorise. Amplement.

J.-P. Fleury :

Un dernier mot ?

O. Mathieu :
Mais bien volontiers. Face à Giscard d’Estaing, j’ai obtenu une voix. Qui sait si la chose ne va pas se renouveler contre Frédéric Mitterrand ?… Je suis de ceux qui pensent que François Mitterrand aurait eu toute sa place à l’Académie française. J’avais et j’ai la plus grande admiration pour François Mitterrand. Je le disais déjà, vers 1986, dans le salon aristocratique du comte Jacques de Ricaumont, boulevard saint Germain, où je rencontrais bien des intellectuels, bien des écrivains, bien des politiciens. C’est là que j’ai rencontré des dizaines d’artistes que j’ai interviewés dans la presse. C’est là que j’ai rencontré bien des gens qui faisaient alors partie du monde du premier septennat de François Mitterrand. Je songe en particulier à l’un d’eux, qui est hélas mort au milieu des années 1990 dans des circonstances pénibles, et que je préfère ne pas rappeler ici. Une semaine avant sa mort, il avait demandé de mes nouvelles. Je m’en souviens encore… Et je me souviens parfaitement avoir souvent dit et répété à Jean-Edern Hallier, en plus d’une occasion, que François Mitterrand était un grand écrivain, un amateur éclairé de littérature, et qu’il aurait dû et pu être académicien.

Mitt

J.-P. Fleury :
Oui, je me souviens de l’article que vous avez publié, du vivant de Jean-Edern Hallier, sur le récit de vos rencontres, et de vos sorties parisiennes nocturnes en sa compagnie. Vous avez aussi écrit un article dans le journal « Éléments » de Michel Marmin, vers 2003, intitulé « Jean-Edern, tu nous manques ». Vous avez encore collaboré à Eléments il y a cinq ans environ, en publiant deux articles, presque coup sur coup, en 2010.

O. Mathieu :
En effet. J’ai eu quelques heurts avec Jean-Edern, mais c’est de bonne guerre entre écrivains. Il est parti, et paix à son âme. Jean-Edern, c’était quand même autre chose que les néo-réacs de 2016 !… Mais certes, je sais bien que nous ne sommes plus dans les années 1990. Et aujourd’hui il ne s’agit bien entendu plus de François Mitterrand, mais simplement de son neveu Frédéric. Mitterrand le petit. J’ai envie de dire : dommage.

JEH

A Pontoise, près Paris, ce vendredi 15 janvier 2016.
Entretien exclusif avec Olivier Mathieu.
Propos recueillis par Jean-Pierre Fleury,
docteur en sociologie.

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