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FINKIE A L’ACADEMIE.

8 janvier 2016

« Deuxième chronique finkielkrautienne d’Olivier Mathieu avant le discours du réception du Maître »

Finkielkraut prononcera son discours de réception le jour de Saint Thomas d’Aquin, dont Albert le Grand disait : « lorsque ce bœuf mugira, il étonnera le monde ».

Au lendemain de son élection à l’Académie française, une élection où j’avais été (10 avril 2014) son adversaire sous le pseudonyme de Robert Spitzhacke, Alain Finkielkraut évoqua (au cours d’une interview à Europe 1) la ville de Villers-Cotterêts : « Je pense simplement  qu’aujourd’hui il y a une crise de l’intégration : en témoigne, par exemple, la situation d’une ville comme Villers-Cotterêts. (…) La boucherie est devenue halal. Ce sont des situations un tout petit peu inquiétantes… »

Le nouvel académicien a donc non seulement une pensée d’une profondeur abyssale, mais aussi une humilité des plus rares puisqu’il déclare être capable de penser « simplement ». Alors que tout laisse imaginer, en revanche, la richesse et la complexité sans égales d’un philosophe capable de pareils arguments : « La boucherie est devenue halal ».

Problème, la boucherie n’était pas halal du tout. Et, à dire vrai, même si elle l’avait été, j’avoue ne pas comprendre où aurait été le problème.

J’en viens à l’essentiel. On n’a pas assez souligné, je pense, la poésie extrême qui entoure cette affaire. La poésie de Finkielkraut, me direz-vous.

Non. La poésie d’Odile.

Qui est Odile ? Odile (qui, encore plus modeste que Finkielkraut, n’a pas voulu indiquer son nom) a pourtant déclaré à la presse qu’elle gère en famille la dernière boucherie de la ville, et que l’on trouve de tout dans son commerce : « du bœuf et de l’agneau, du poulet et du porc ».

Nul ne semble y avoir pris garde, mais voilà un alexandrin de toute beauté.

« Du bœuf et de l’agneau, du poulet et du porc ».

On se croirait un peu (restons dans le domaine poétique) dans La laitière et le pot au lait : « adieu veau, vache, cochon, couvée ».

Qui serait le bœuf, qui l’agneau, qui le poulet et qui le porc d’une fable moderne ? Qui le veau, la vache, le cochon, la couvée ?

Je n’en sais fichtre rien. Tout au plus pourrais-je en avoir une vague idée, mais je n’en sais rien.

Une certitude : le 28 janvier 2016, il faudrait inviter Odile à entendre le discours de réception d’Alain Finkielkraut à l’Académie française.

Car au moins, on sait qui est le bœuf. Mais oui : le 28 janvier, c’est saint Thomas d’Aquin. Lequel est resté à l’histoire sous le surnom de « bœuf muet ». On dit qu’Albert le Grand affirma : « lorsque ce bœuf mugira, il étonnera le monde ».

Heureuses les époques où les boeufs étaient muets !

Olivier Mathieu.

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