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EN GUISE DE COMPLÉMENTS À UN ARTICLE PRÉCÉDENT

30 décembre 2015

PAS DESCENDUES !
Une page de Bidochon de Binet :

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ÉCOUTE, PETIT HOMME !

Finalement l’opinion journalistique commune concernant Hitler n’est pas très différente de celle d’un Wilhelm Reich, docteur en médecine et psychanalyste, qui écrivait sans rire, et en substance, que les nazis étaient incapables d’orgasme et de plaisir sexuel pour la simple raison qu’ils étaient des êtres refoulés, réactionnaires, fatalement de mœurs mauvaises, des monstres ou je ne sais plus quoi encore (il y a bien longtemps que j’ai lu ça.)

Il laissait finalement entendre que le Bien, le Bon, le Beau et le Plaisir sexuel ne sauraient être ailleurs que du côté dudit Progrès des peuples, longtemps incarné à ses yeux par le bolchévisme (mais loin de lui quand même puisqu’il avait fui sa terre de Bucovine aujourd’hui ukrainienne pour les pays germaniques lors de l’arrivée de l’Armée Rouge).

C’est avec une idée similaire que Tchakhotine (menchevik, un temps conseiller à la propagande des armées blanches puis membre du SPD allemand et mort finalement à Moscou) a écrit son livre pitoyable qui m’est tombé des mains, Le Viol des Foules par la propagande politique qui se résume dans l’affirmation réitérée que quand ce sont les nationaux-socialistes, c’est du Mal et du viol (et même pire : du vol des bonnes idées des autres), mais que lorsque c’est eux (les sociaux-démocrates) c’est du Bien et de la non-manipulation des masses.

Je développerai un peu sur ce personnage, je veux dire Reich, que j’ai appris à connaître par sa biographie tout autant que par ses livres, livres qui ne sont qu’un aspect de sa vie ou plus exactement de son idée fixe orgasmique, orgasmiste, qui a fini dans le délire charlatanesque de soigner les cancers par une dite « énergie d’orgone » inexistante qui aurait été capable de neutraliser la radio-activité, voire de prendre le dessus sur elle. Voire encore d’agir sur les étoiles !

Ce fut au début des années 50, l’expérience Oranur (Orgonotic Anti-Nuclear Radiation) préconisant des « bains d’orgone » en compagnie d’un élément radioactif, une aiguille de radium « isolée » par une couche de plomb dans un de ses « accumulateurs », boîtes grotesques faites de bois, de cuivre, de plomb, et propices à y enfermer une personne « pour soins médicaux ». Doublés d’une « végétothérapie caractério-analytique » (sic). Cela s’acheva quelques mois plus tard par une contamination des lieux qui devinrent « proprement » inhabitables.  Sans parler des individus !

Plus fort que les dieux et que ses congénères quasi divins (ces « fils de pute », selon l’expression d’un général américain de l’époque qui se mettait dans le tas) qui en 1945 avaient donné vie à la matière, c’est-à-dire mort en désarticulant la matière, Reich entendait lui, juguler la mort elle-même par l’action imaginaire d’un élément vital super-puissant, un démiurge simple vue de l’esprit. D’un esprit également malade comme ceux de 1945 ; mais accordons à ce dernier le désir (maladroit et délirant) de vouloir bien faire et soigner. Sorcier du Bien à grigri et idée fixe.

Idée fixe de circoncis prétendument athée qui a fini par voir dans le Christ l’expression suprême de la force de vie pleinement incarnée, autrement dit dans le Christ un double d’Éros. C’est dans Le Meurtre du Christ qu’il écrit également : « La règle de la circoncision, une des croyances les plus sacrées des Juifs, montre clairement que les organes génitaux sont considérés comme la source de la malveillance ». Quand Freud, autre circoncis et dans un genre voisin, voyait dans « le complexe d’Oedipe » et « le complexe de la castration » l’alpha et l’oméga de la psychologie humaine et pire, qui considérait l’Art comme ‘expression d’un refoulement !

À décharge (sic) de Reich, il faut dire qu’il dut être marqué à vie, fasciné par la prégnance crue d’une certaine reproduction animale, ses parents étant agriculteurs. Agriculteurs aisés qui le firent éduquer à la maison jusqu’à l’âge de treize ans par des précepteurs dont l’un des derniers fut amant de sa mère, ce qu’il eut le bon goût de révéler à son père, et entraîna rien de moins que le suicide de sa mère quelques mois après. C’était commencer très fort dans le domaine de la psychologie. Plus tard, il se spécialisa dans, si je puis dire, la récupération sexuelle de patientes et autres paumées de son entourage. L’une d’entre elles, qui devint sa femme lui interdit une fois divorcée d’approcher ses propres enfants. Quand Freud lui-même n’était pas plus clair. Cela dit, Reich a réussi le tour de force :

– Entre 1933 et 1935 de se faire exclure de l’Association Psychanalytique Internationale (pour des raisons « théoriques » : son opposition à l’idée freudienne d’« instinct de mort », son développement d’une théorie psychanalytique matérialiste et sensualiste, qu’il nomma « économie sexuelle » ; et ses idées politiques en opposition avec un conservatisme ou un « apolitisme » certains du milieu psychanalytique) ; de se faire exclure du Parti Communiste d’Allemagne (KPD) quelques mois après que ce dernier ait été déclaré illégal, parti où depuis 1930 il dirigeait le Sexpol, association disons d’éducation sexuelle pour le prolétariat, forte de 20.000 membres ; puis de subir un autodafé nazi de ses ouvrages ;

– De mourir en 1957 (d’une embolie pulmonaire), juste après l’hystérie du maccarthysme, dans une prison américaine, où quelque temps auparavant il s’était porté volontaire pour suivre un protocole d’expérimentation médicamenteuse, afin de se voir réduire une peine de deux ans, pour avoir refusé de comparaître devant un tribunal suite à une plainte de l’Americain Medical Association et des milieux psychiatriques contestant (à juste titre) les vertus thérapeutiques de ses « accumulateurs d’orgone » dans le domaine de l’oncologie. Et j’allais oublier ce dernier « détail » : l’État du Maine avait ordonné la destruction par le feu de ses écrits, ce qui fut exécuté.

Personnellement je suis partisan de la liberté d’opinion et d’expression totale ou quasi-totale. J’en exclus les appels au meurtre ou à la violence contre des personnes ou les appels à la destruction de biens. Je suis donc opposé par principe à toutes les inquisitions que ce soit et tous les autodafés (de l’espagnol « auto da fe » par le portugais « auto da fe », acte de foi et non pas acte de fée) tant d’individus (peine de mort), que de peuples et de bâtiments (bombardements), que de livres, œuvres d’art et autres manuscrits bien incapables de se défendre.

J’évite avant tout d’être dans l’air du temps et de tirer sur les ambulances ; et je réserve ma hargne, mon fiel et ma rancœur à ceux d’en-haut, prétendus personnages d’élite, minables insensés, plutôt qu’à ceux d’en-bas qui ne sont bien souvent que les pâles ou simplistes reflets en hallali de la lie « supérieure » ; pour ces derniers d’en bas, je suis plus dans le domaine de la déception ou de la désaffection. Mais ça, c’est peut-être parce que, comme disait Desproges « j’aime mieux me faire chier tout seul que d’être heureux avec les autres. » Boutade, boutade !… Cela dit, je suis assez porté à croire à la suite de Boris Vian, que les lampistes sont les premiers coupables des malheurs des nations. Un tyran ne peut rien tout seul.

C’est par la confrontation des idées, toutes les idées – confrontation réelle et équitable, ce qui n’est pas vraiment le cas actuellement – que l’on avance, non par l’interdit sur certaines, celles qui dérangent les routines des nantis, des maffieux ou des amorphes en particulier. Et des cuistres à certitudes… Idées dérangeantes et minoritaires, fussent-elles sulfureuses, irréalistes ou loufoques.

L’opinion commune et banale, ou plus encore à chaud, dans l’émotion (mauvaise conseillère), a généralement peu d’intérêt ou de grandeur. Elle avilit l’Intelligence qui bien souvent tourne à l’inverse du vent dominant ou nage à contre-courant. « L’intelligence, c’est le seul outil qui permet à l’homme de mesurer l’étendue de son malheur », ainsi disait encore « l’humeuriste » Desproges…

***

C’est vrai qu’il était pas mal amoché Dayan

dayan

Mais si tu crois qu’il était le seul,

le pen

tu te mets le doigt dans l’œil !

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