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UN BON PETIT COUP DE COUTÉ

8 décembre 2015

Deux textes du chansonnier (de) Gaston Couté :

La Marseillaise des Requins

par Bernard Meulien

http://www.dailymotion.com/video/x6m5u3_la-marseillaise-des-requins-gaston_music

Allez ! petits soldats de France
Le jour des poir’s est arrivé.
Pour servir la Haute Finance
Allez vous en là-bas crever ! (bis)
Tandis qu’au cœur de la fournaise
Vous tomb’rez, une balle au front,
De nos combin’s nous causerons
En fredonnant la  » Marseillaise  » !

Refrain
Aux Armes, les enfants ! formez vos bataillons,
Marchez ! marchez ! nous récolt’rons
Dans le sang, des sillons !


Allez ! guerriers pleins de courage,
Petits fils de la liberté,
Allez réduire en esclavage
De pauvr’s Arbis épouvantés ! (bis)
Dans leurs douars, que le canon tonne
Plus fort que le tonnerr’ d’Allah :
Nous align’rons pendant c’temps-là,
Des chiffres en longues colonnes !


Allez-y ! qu’ les cadavr’s s’entassent
Par centaines et par milliers,
Que la plaine où les balles passent
N’soit plus qu’un immense charnier ! (bis)
D’vant l’récit de tout’s ces misères,
En ouvrant le journal de d’main,
Nous song’rons, nous frottant les mains :
 » Ça n’biche pas trop mal, les affaires !  »


Allez ! si les autres voraces,
Si tous les requins d’Outre-Rhin,
Font en c’moment un’ sal’ grimace
Ça n’nous défris’ pas l’moindre brin (bis)
Un’ nouvelle guerre ? on s’en fout, puisque
C’est vous qui marcheriez encor
Pour défendre nos coffres-forts
Alors ! franch’ment, NOUS qu’est-c’qu’on risque ?


Nous entrerons dedans la place
Après que vous n’y serez plus :
Nous y trouverons vos carcasses
Près des carcasses des vaincus ! (bis)
Et sur les tombes toutes proches,
Se r’joignant à deux pieds dans l’sol
Avec l’or du meurtre et du vol
Nous emplirons froid’ment nos poches !

À lire le commentaire de la personne qui a mis cette vidéo en ligne :

Gaston Couté est le seul chanteur français à ma connaissance qui aie fait des chansons anticolonialistes avant 1914. Par ailleurs cette contre-version de la Marseillaise tranche sur les autres : en effet la plupart des parodies et autres adaptations de l’hymne national de la bourgeoisie française rendent peu ou prou hommage à leur modèle, ne serait-ce que sur le terrain minimum du patriotisme (La Marseillaise anticléricale par exemple pue à plein nez son radicalisme pourrissant, façon Clemenceau dans le plus pur style répression des manifestations de vignerons). Celle-là, non. Et il en faut du courage !
Justement cela m’amène à dire un mot du contexte : le 23 avril 1911,  la France intervient militairement au Maroc pour dégager Fès menacée par les tribus hostiles au sultan. C’est évidemment un prétexte pour la France, qui avance ainsi des pions en Afrique du Nord. En réaction, le 1er juillet, un cuirassé allemand, le Panther, se présente dans le port d’Agadir, pour protester contre l’avancée des troupes françaises au Maroc. C’est le « coup d’Agadir ».
La chanson date de cette même année, et fait une juste analyse de la concurrence entre les impérialismes français et allemand qui conduira à la Première guerre mondiale. Chapeau l’artiste !
Pour Gaston Couté, à la date où il s’exprime, la Marseillaise ne peut plus être considérée comme un chant libérateur. J’ajoute qu’elle ne pouvait déjà plus l’être depuis que les Versaillais avaient réprimé les Communards, en mai 1871, aux accords de cette chanson. 30 000 morts. Je précise cela en réponse à tous les commentaires patriotards mouillants de bave républicaine que je lis au-dessous des vidéos qui répercutent la Marseillaise officielle.

***

La Paysanne

par Gérard Pierron

https://www.youtube.com/watch?v=8jTk6ESlrhs&index=1&list=PLeaPDvw4hfvkjj-QywAGKBZGgZDoYxRRv

Paysans dont la simple histoire
Chante en nos cœurs et nos cerveaux
L’exquise douceur de la Loire
Et la bonté des vins nouveaux,
Allons-nous, esclaves placides,
Dans un sillon où le sang luit
Rester à piétiner au bruit
Des Marseillaises fratricides ?…

*
En route ! Allons les gâs! Jetons nos vieux sabots
Marchons,
Marchons,
À des sillons plus larges et plus beaux  !

*
A la clarté des soirs sans voiles,
Regardons en face les cieux ;
Cimetière fleuri d’étoiles
Où nous enterrerons les dieux.
Car il faudra qu’on les enterre
Ces dieux féroces et maudits
Qui, sous espoir de Paradis,
Firent de l’enfer sur la « Terre » !…

*
Ne déversons plus l’anathème
En gestes grotesques et fous.
Sur tous ceux qui disent :  » Je t’aime  »
Dans un autre patois que nous ;
Et méprisons la gloire immonde
Des héros couverts de lauriers :
Ces assassins, ces flibustiers
Qui terrorisèrent le monde !

*
Plus de morales hypocrites
Dont les barrières, chaque jour,
Dans le sentier des marguerites,
Arrêtent les pas de l’amour !…
Et que la fille-mère quitte
Ce maintien de honte et de deuil
Pour étaler avec orgueil
Son ventre où l’avenir palpite  !…

*
Semons nos blés, soignons nos souches !
Que l’or nourricier du soleil
Emplisse pour toutes nos bouches
L’épi blond, le raisin vermeil !…
Et, seule guerre nécessaire
Faisons la guerre au Capital,
Puisque son Or : soleil du mal,
Ne fait germer que la misère.

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