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Un Idiot si peu particulier.

8 septembre 2015

Je m’intéresse finalement peu à l’actualité, du moins à de nombreux domaines de l’actualité, et encore cycliquement sur divers points, beaucoup d’informations me passent sous le nez, ce qui finalement est souvent mieux. La société est tellement affligeante qu’il est parfois préférable d’ignorer des faits que de se morfondre en compagnie de notre impuissance. À ressasser notre impossibilité d’agir. Et ici encore je ne parle que de l’actualité patentée.

La Vie Parisienne revisitée mais sans humour aucun, tel un opéra-comique saboté par une mise en scène à la feu Savary, celle des beaux-beaufs, me débecte, aussi ce n’est qu’avant-hier incidemment, en cherchant tout autre chose sur Internet, que j’ai appris l’existence d’une nouvelle version de l’Idiot International, soit plus d’un an après. Et semble-t-il d’un ersatz des premières manières, un peu comme le Charlie Hebdo actuel par rapport au Charlie (pour parler novlangue…) « historique » des années soixante-dix.

Voici la une grotesque du premier numéro nouvelle série qui montre parfaitement la diarrhée mentale de ceux qui écrivaillonnent dans cette nouvelle feuille de choux.

l'idiot

Ils (je veux dire : quelques plumitifs obscurs et sans lendemain), y mélangent tout, et au final, on se demande bien ce qu’ils entendent promouvoir ou défendre, si ce n’est le bas sens commun et le conformisme des chébrans parigots et l’idéologie dominante en quelques secrètes nuances, dont eux seuls ont le secret.

Mettre ensemble des gens de tous bords politiques ou idéologiques, et dans le même panier des antipodes, relève de la bêtise pure et simple. Le titre lui-même est d’une rare nullité. De quelle conjuration (?!) nous parle-t-on ? Sauf à vouloir dire que tout se vaut. Tous unis, cet assemblage comploterait. Mais pour quoi ou contre qui ? Mystère. J’ai beau chercher un rapport entre, par exemple, Faurisson et Lévy, j’ai vraiment du mal à en voir un, sauf à dire que le révisionnisme = l’impérialo-sionisme. Ce qui est le comble de l’absurdité, puisque le règne impérialo-sioniste repose justement sur le mythe fondateur de 1945-46 bien connu, ou plutôt si mal connu par le pékin de la rue. Et semble-t-il également par « l’idiotisme » parisien en son idiolecte si particulier.

En fait, par cette simple image, on peut voir que ce journal, dont je ne sais même pas s’il existe encore, est un « reader digest » très indigeste de la bien-pensance « de gauche » des trente ou quarante dernières années : anti-facho, anti-nation, anti-révision, « moderniste » à tout crin et pro-empire. Le tout saupoudré d’un faux semblant de critique du sionisme. D’ailleurs, à tout prendre, je ne pense pas qu’il s’agisse réellement d’une critique en soi du sionisme, mais plus exactement d’une critique de certaines dérives grossières et outrancières de l’agitateur impérial et mauvais « philosophe » bien connu.

Avec l’image en une de cette nullité conceptuelle, pas besoin d’aller plus loin, cela vaut tous les longs discours, tous les inter-minables (sic) et lourdauds éditoriaux. S’il n’est quand même de citer ce morceau de vrai imbécillité de l’éditorial de ce n° 1. « Cette photo de famille où rouge-brun côtoient sans grimacer l’extrême droite, où antisémites assumés débattent avec l’ultra-droite sioniste, où les libéraux les plus fervents festoient avec les humanistes de façade. »

Il faut quand même préciser que cette « photo » n’est pas une photo de famille ; mais rien d’autre qu’une image globalisante, un « petit mickey » des fantasmes et abjections des idiotistes de Paris. Il y aurait à reprendre mot à mot cette accumulation incohérente de rien au grand bazar de l’absence totale de logique : rouge-brun, antisémites assumés, ultra-droite, libéraux fervents, humanistes de façade…

Le sommet est atteint avec « côtoient sans grimacer », « débattent » et « festoient ». J’aimerais bien savoir où et quand, pour reprendre l’exemple le plus parlant, Faurisson côtoie, débat et festoie avec Lévy. Hormis sur le dessin. Et tant bien même ils débattraient, je n’y verrais aucun scandale, la démocratie la vraie n’est-t-elle pas celle de l’agora et du forum ? C’est du débat que peuvent naître les décisions les plus pesées ou les plus sensées, les compromis, etc. Et non pas des oukases de dialecticiens à deux balles et autres confusionnistes de l’intolérance sûrs de leur fait… et de leur impunité bien-disante sous-conceptuelle, a-conceptuelle.

Cette mélasse confusionniste en grand désordre est un pur produit de notre temps, un recyclage des déjections du spectacle du monde. Les crétins sans pensée originale et cohérente, sans théorie, annonce même sans rire un nouvel « Idiot, un peu plus adulte ». Tout est dit !

Je me demande bien ce qu’il a à voir avec le bimensuel satirique créé par Jean-Edern Hallier, journal très souvent impertinent et dérangeant qui vécut avec des hauts et des bas de 1969 à 1994 et qui eut à subir entre autres choses, la hargne mitterrandienne et plus d’un procès. Par exemple celui-ci : « Auteur d’un éditorial contre la guerre “américano-sioniste” — M. Jean-Edern Hallier est condamné pour provocation à la haine raciale » (Le Monde du 3 juillet 1991).

J’en conclus donc que si le père Hallier était encore vivant, il ferait très certainement partie des imbéciles vilipendés par les petits feuilledechouistes. Pur produit de la déliquescence théorique de notre époque, ce titre, cette étiquette, cette image publicitaire devenue sans contenu réel et bandeau efficient, « on n’est jamais trahi que par les siens », c’est Hallier fils, un quidam dont tout le talent tient à son nom comme bien souvent, une sorte de Frank Fernandel de la satire, associé à Jérôme Schmidt, fondateur des Éditions (bien nommées) Inculte qui le sortent en charpie de sa tombe. L’Idiot nouveau est moins si je puis dire un bon cru que de la piquette produite par les vignes disons… de Montmartre.

Par exemple dans ce numéro premier, on y fit grandes découvertes : que la CIA finançait (autrefois seulement?) le cinéma américain, que le crime organisé et la finance internationale ont des liens. On y sut tous les ragots en rapport avec ladite Dieudosphère.

Et l’on y critiqua en long, en large et en travers, bien évidemment, le discours de Michel Onfray contre «la théorie du genre», ou encore on dressa un long portrait d’Aymeric Chauprade, député européen du FN où l’on apprit rien de moins que ce dernier est « Géopoliticien autoproclamé » et que  » l’homme a fait ses classes dans les milieux völkisch néo-païens de l’extrême droite française » ce qui est pour le moins inexact et un peu court quand on sait (indépendamment de ce que l’on peut penser des diplômes et des postes universitaires) que ce docteur en sciences (sic) politiques, titulaire de plusieurs diplômes universitaires, est ou a été parmi d’autres choses, conférencier en géopolitique au Collège royal de l’enseignement militaire supérieur du Royaume du Maroc, directeur de la Revue française de géopolitique, enseignant au Collège interarmées de Défense.

Les ignares contestent sa légitimité et sa compétence au nom de son appartenance politique. L’accessoire. Par contre ils n’ont rien à dire sur l’essentiel : ce qu’il est, un fonctionnaire chargé d’inculquer de la géopolitique et finalement un certain art de la guerre à des militaires. Eh, oui ! comme l’écrivait fort justement le géographe Yves Lacoste : La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, lui-même non dénué de contradictions puisqu’il a fondé l’Institut français de géopolitique.

Bref, faussement impertinent, ou d’impertinence anodine, conformiste et d’une grande vacuité, cet Idiot nouveau genre, mauvais genre, est un pur produit de la bien-pensance légèrement teintée « rebelle de salon » destiné aux gogos. L’exact opposé de l’esprit plus réellement provocateur et fou à lier de cet « hideux personnage à tête de chien, hâbleur et vindicatif, qui porte le nom bizarre de Jean-Edern Hallier » comme l’écrivit méchamment l’étrange Matthieu Galey dans son Journal.

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