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Les milieux des extrêmes. Notule à propos d’un "détail" dans l’entretien avec Olivier Mathieu

31 août 2015

« … et pendant les quelques années où j’ai fréquenté des milieux d’extrême droite j’ai passé mon temps à leur dire que je n’étais pas d’extrême droite. »

Cette phrase ou des phrases similaires se retrouvent ailleurs chez Olivier Mathieu. Il a également dit ou écrit qu’il avait fréquenté des milieux d’extrême-gauche où il ne fut pas mieux reçu, quand il ne fréquente pas encore des personnes « de gauche » pour employer un terme vague et commode. Il m’a dit aussi qu’il avait bien fallu qu’il s’intègre à tel ou tel milieu… pour y défendre ses idées.

Aussi, lorsqu’on lui demande pourquoi il a fréquenté l’extrême-droite et également l’extrême-gauche, il répond:

« Quand dans une maison ça pue, on essaye d’en sortir, et il faut bien passer par la fenêtre ou par la porte, donc par les extrêmes de la chambre. A vingt ans je trouvais que le Système schlinguait. Il fallait bien que j’en sorte, pour gagner l’air libre, et l’air libre au centre il n’y en avait pas à mes yeux. N’importe quel jeune homme de qualité, à vingt ans, essaye de sortir du Système, en tout cas c’est ce que j’ai fait. A ce point, peu importe l’extrême que l’on choisit pour aller ensuite respirer à l’air libre ».

Je voudrais ajouter à « peu importe l’extrême que l’on choisit » que le choix est aussi souvent lié à l’entourage, en conformité ou en réaction à celui-ci. Or, il se fait que les proches d’Olivier Mathieu, ni neutres, ni modérés pour reprendre le mot d’Abel Bonnard (cf. Les Modérés : le drame du présent ; Grasset, Paris, 1936) ont « tâté » des deux extrêmes.

Olivier Mathieu s’est également rendu compte de visu que le stalinisme en paroles n’empêchait nullement un très grand conformisme de vie et de valeurs. Puis, il constata la même chose du côté du « nationalisme » pour employer un terme suffisamment parlant.

Il en a conclu, ce qu’il affirmait déjà dès son enfance en fait, qu’il était lui, point final. Tel qu’en lui-même. Remarque anecdotique : il ne fréquente d’ailleurs pas les bureaux de vote.

Enfin, il s’est retrouvé très jeune, (je ne crois pas me tromper en disant ceci) de par des relations littéraires principalement de sa grand-mère, côtoyant des perdants et déchus de la dernière guerre. Et j’ajoute qu’il a été très peu marqué par la religion et l’Église qu’il n’a guère ou pas du tout fréquentée. Le christianisme, si j’ai bien suivi le parcours familial, fut essentiellement du domaine de l’absent, son père. Ce dernier est d’ailleurs à l’origine de la découverte de la plus ancienne ou de l’une des plus anciennes fresques de France, au sein d’une église auxerroise. Le fils, quant à lui, n’a fréquenté et fréquente encore que les églises au pluriel et sans majuscule, étant (sans préjugés, ni parti pris idéologique) amateur d’art et d’émotions secrètes et voilées ; l’ombre des églises et chapelles s’y prête parfaitement.

Je crois que c’est finalement parmi des perdants et déchus de diverses origines que se situe Olivier Mathieu. Des perdants et déchus qui pour certains eux-mêmes ne sont pas définissables en termes simplistes de gauche ou de droite, ni même au final de politique.

Tels (pour en rester au niveau de la littérature au sens large) Baudelaire, Bloy, Céline. Nietzsche ou Ezra Pound. Et bien d’autres, plus ou moins rares. Bloy bien évidemment pour son talent d’en-dehors, d’invective, sa qualité littéraire et non pas pour son catholicisme mystique. Et pour son échec de pestiféré. Tous marginaux, même si l’on veut les raccrocher à un camp donné ; et bien seuls au final.

Mais c’est aussi parmi des auteurs plus ou moins sulfureux de la trempe de Scott Fitzgerald et Vladimir Nabokov, Drieu la Rochelle et Aragon, que vont ses goûts. C’est également un romantique.

Et c’est donc fort logiquement que, indépendamment même de ce qu’il peut dire de lui, il est parfois difficile de bien comprendre qui il est politiquement parlant. Je veux dire de quel bord. Il est donc bien impossible de lui coller une étiquette précise ou même vague.

Car chez lui se mêlent en permanence conservation et révolution, « antiquité » et « modernité ». Ainsi que les sentiments et les émotions.

Il est de son bord. Extrême certainement, ou ultra, mais ni à gauche, ni à droite au sens courant de ces termes. Finalement ailleurs ou en-dehors… Multiforme et éclectique. Et n’oublions pas : classique.

Un peu comme un Guy Debord. Cette dernière phrase ne surprendra que ceux qui ne connaissent que superficiellement l’œuvre et, au-delà des apparences et du spectacle qu’il a donné de lui-même, les goûts littéraires ou artistiques profonds de ce dernier.

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