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Foot : la Coupe du monde 1998 pas épargnée par le dopage.

22 juillet 2015

Par Pierre Godon ; publié le 25/07/2013 ; mis à jour le 26/02/2014

source : http://www.francetvinfo.fr/sports/foot/foot-la-coupe-du-monde-1998-pas-epargnee-par-le-dopage_377244.html

Après les révélations des sénateurs sur le Tour 1998, que sait-on du Mondial de foot qui s’est achevé quelques jours après le départ de la Grande Boucle ?

« La Coupe du monde 1998 a été celle de l’EPO. » Cette phrase, c’est le médecin de la Fifa Michel d’Hooghe qui l’a prononcée, avant de se rétracter. On ne saura jamais dans quelle mesure les footballeurs présents lors de la Coupe du monde disputée en juin et juillet 1998 étaient chargés : les échantillons ont été détruits à la demande de la Fifa à l’issue de la compétition. Mais un grand nombre de présomptions, révélations tardives et scandales rétroactifs alimentent le doute…

Deschamps et Zidane, les Superman de la Juventus
« Certains cadres de l’équipe de France qui évoluaient en Italie présentaient un taux d’hématocrite anormal », se souvient dans son livre L’Implosion (éditions Michel Lafon, 2010) le médecin des Bleus de 2004 à 2008, Jean-Pierre Paclet. Sur le banc des accusés, Didier Deschamps et Zinedine Zidane, qui évoluaient, au moment du Mondial, à la Juventus Turin. Deschamps affichait un taux d’hématocrite (le taux de globules rouges dans le sang) de 51,9%… ce qui aurait entraîné son interdiction de participer au Tour de France. Un taux extrêmement fluctuant (+/- 20%), pouvant indiquer une prise d’EPO.

Lors du procès de la Juventus, Deschamps et Zidane reconnaîtront seulement avoir utilisé de la créatine, un produit qui fait gonfler la masse musculaire. Ainsi qu’un complément alimentaire en fer… « Le fer est un élément nécessaire, en dose massive, pour qui prend de l’EPO », expliquaient des spécialistes italiens du dopage cités par Libération en 2004, au moment du procès.

L’époque du dopage roi
A la Juventus, il n’était pas rare de traiter les joueurs avec des médicaments qui avaient une toute autre fonction, comme soigner l’alcoolisme, rapporte le docteur Jean-Marcel Ferret, médecin des Bleus entre 1993 et 2004, devant la commission d’enquête du Sénat sur le dopage :

« En Italie, les joueurs de la Juventus prenaient énormément de produits, même en perfusion. (…) Enormément étaient détournés de leur utilité première. Il s’agissait souvent des produits utilisés pour leurs effets secondaires ou parce qu’ils contenaient un certain nombre d’éléments intéressants pour l’organisme – mais jamais interdits. »

Zidane pas toujours contrôlé
Dans son livre Zidane, une vie secrète (éditions Flammarion, 2008), la journaliste Besma Lahouri met en évidence que Zizou a échappé à un contrôle lors du Mondial 1998. Pas forcément intentionnellement, cela dit. Après son expulsion lors du match face à l’Arabie saoudite, le meneur de jeu des Bleus sèche le contrôle antidopage (optionnel) post-expulsion. Comme il évitera soigneusement le contrôleur antidopage lors de sa sortie sur carton rouge, en finale du Mondial 2006.

L’affaire du contrôle de Tignes
Noël 1997. Les Bleus sont en stage de détente à Tignes. Au programme : promenade en famille sur les pistes de ski plutôt que pompes et tours de terrain. Un contrôleur antidopage du ministère des Sports se présente aux aurores. Fureur d’Aimé Jacquet, le sélectionneur national : « Il y a des jours où on a envie de prendre sa valise et d’aller ailleurs ! » Le sélectionneur choisit six joueurs pour se soumettre au contrôle… et fait poireauter le contrôleur dans une chambre de l’hôtel des Bleus. L’un d’eux, Fabien Barthez, qui remplit son flacon d’urine de longues heures après l’arrivée du contrôleur, se dit « dégoûté » d’un pareil traitement.

A l’époque, l’opinion publique [sic] prend fait et cause pour les joueurs. « Tous les médias me tombent dessus de manière très violente. (…) Je me suis presque excusée sur les ondes », se souvient Marie-George Buffet devant le Sénat. Jusqu’à la victoire du 12 juillet 1998, les Bleus ne subiront plus jamais de contrôle inopiné, de loin les plus efficaces. Dans le livre Zidane, une vie secrète, on apprend de la bouche d’un des médecins qui a analysé les prélèvements qu' »un des tests réalisés en première instance présentait un taux suspect de testostérone ».

1998, les médicaments interdits déferlent sur la France
Pour montrer patte blanche aux douanes françaises, chaque équipe nationale est invitée à fournir une liste des médicaments qu’elle importe pendant la durée de la Coupe du monde. Parmi eux, de l’Actovegin (produit à base de sang de veau qui permet de faire baisser le taux d’hématocrite, d’après le site cyclisme-dopage.com) et de la nandrolone, produit présent sur la liste des produits interdits, révèle L’Equipe en 2002 ! Les autorités françaises veulent procéder à des contrôles policiers dans les hôtels des équipes, comme cela se pratique sur le Tour de France. Veto de la Fifa.

Faut-il s’étonner qu’aucun joueur n’ait été contrôlé positif depuis 1994, date à laquelle l’organisme qui régit le football mondial a pris en main les contrôles antidopage ?

L’affaire du malaise de Ronaldo

2323180Fabien Barthez boxe [sic] un ballon au-dessus de l’attaquant brésilien Ronaldo, le 12 juillet 1998 en finale de la Coupe du monde, au Stade de France à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). (BOB MARTIN / SPORTS ILLUSTRATED / GETTY IMAGES)

Version officielle : l’attaquant brésilien a fait un malaise dans sa chambre en jouant trop aux jeux vidéo, le matin de la finale du Mondial, le 12 juillet 1998. Ronaldo, gonflé à la créatine et aux anabolisants depuis son arrivée en Europe en 1994, aurait fait une mauvaise réaction à un anti-inflammatoire, analyse le spécialiste du dopage Jean-Pierre de Mondenard dans son livre Dopage dans le football (éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2010) : « Il souffrait des genoux depuis le début du Mondial et le staff médical lui faisait des infiltrations pour qu’il puisse jouer malgré son handicap. De plus, ce genre de produit contient un anesthésique qui peut, s’il est injecté en partie dans un vaisseau sanguin, provoquer un choc avec perte de connaissance pouvant passer pour une crise d’épilepsie. » Le joueur dispute quand même la rencontre, dans un état second. Nike est accusé d’avoir imposé son nom sur la feuille de match.

Une liste exhaustive ? Non. On ne connaît pas grand-chose des coulisses de l’équipe d’Angleterre, où d’après l’ancien latéral Gary Neville, un mystérieux médecin français donnait « un coup de boost » aux joueurs. Et encore moins sur l’équipe nationale d’Italie, un pays où le championnat était ravagé par le dopage à la fin des années 90.

*

Ajouts de moi.

À propos, ce que l’on peut noter de cette finale France-Brésil de 1998 c’est une curieuse et inattendue apathie brésilienne, du même genre mais en moins accentuée que celle de ce même Brésil lors de la dernière Coupe du monde face à l’Allemagne. Dès ce jour je me suis dit : qu’est-ce qui leur arrive ? Une malveillance autochtone ? Mais après réflexion, je pense que les équipes embarquent avec elles leurs propres cuisiniers. Ou une erreur de dopage collectif ? Un peu comme le jour où au Tour de France, toute une équipe du Nord de l’Europe du plier bagage et rentrer chez elle victime d’une curieuse « turista ».

Un comportement collectif permet encore plus de repérer les fraudes. Toute une équipe « décimée » par on ne sait quoi (je ne parle pas d’une vraie intoxication alimentaire), ou toute une équipe surnageant au-dessus du lot commun, comme assez souvent dans le Tour de France, voilà des éléments de suspicions.

On parle toujours du dopage dans le vélo (sans doute le sport le plus ingrat et le plus dur, surtout quand il s’agit de courir des courses à étapes). Certes, le dopage courant, « la triche » et la « combine » sont consubstantiels au vélo. Ils ont donc plus d’un siècle. Et ceci est lié au fait que dès ses origines, on y a mis en place un professionnalisme, avec chez les amateurs un système de primes. Sport populaire, donc moyen de promotion sociale et de sortir du monde du travail ouvrier ou paysan.

De nos jours il devient évident que le dopage est le lot commun de tous les sports professionnels et en partie amateurs. Certains éléments récurrents sont là pour le signaler comme les anomalies dans la masse musculaire. Trop de muscles (impossibles à acquérir naturellement), comme chez nombre de rugbymen ; ou pas assez, comme chez certains « champions » cyclistes souffrant de maladies diverses et d’asthme. Ce fut le cas d’Indurain (asthmatique !), le cas d’Armstrong (miraculé d’un cancer), c’est le cas de Froome soigné à un moment ou à un autre pour une demi-douzaine de « problèmes » dont… l’asthme. Je ne sais plus ou j’ai lu que le tiers du peloton du Tour était « asthmatique » (et encore je crois que je retarde dans les chiffres), je veux dire : recevait tout à fait légalement, un traitement pour l’asthme en dérogation aux mesures anti-dopage. Quelle mascarade ! Des asthmatique montant des cols ! C’est vraiment « se fiche » du monde.

Je recopie ici une remarque de « cyclisme.dopage.com » :

« Le hold-up des asthmatiques.
On a longtemps cru que l’asthme était une maladie handicapante. Que l’on se détrompe ! C’est au contraire le meilleur atout pour réussir dans le sport de haut niveau. Qu’on en juge : lors des 16 derniers Tours de France [écrit en 2013] les vainqueurs étaient presque tous asthmatiques ou, tout du moins, étaient autorisés à consommer des médicaments destinés aux asthmatiques !

Pourtant, les asthmatiques ont mis du temps à réaliser l’avantage qu’ils possèdent sur les autres coureurs : selon dimanche.ch, ils n’étaient que 2 à s’aligner au départ du Tour au début des années 80, et encore « seulement » 60 en 1995.

Reste encore une question : qu’attendent les laboratoires pharmaceutiques pour produire la pilule miracle qui permettra à tout un chacun de devenir asthmatique ? »

Mais, il doit s’agir probablement d’une forme d’asthme tout à fait particulière propre à la pédale. Du cyclasthme de forme cyclo-endémique !

Et si la triche (la triche des dopés, qui n’est pas la seule triche) devient de plus en plus évidente dans le football comme dans le rugby, elle n’est pourtant pas nouvelle. Un simple exemple un certain match de football (demi-finale de la Coupe du monde de 1982) entre l’Allemagne et la France où il était visible que le gardien allemand Schumacher n’était pas dans son état normal. Il l’a d’ailleurs reconnu bien plus tard. Aussi visible que le fait que Pantini était dopé/drogué : son comportement dans les cols, son regard le trahissaient. Pantani devenu drogué purement et simplement et accroc aux drogues dites dures, rejeté par tous et en premier lieu par la cohorte des drogués discrets ou « pas vus, pas pris », misère !

*

Enfin, à propos de contrôle de Tignes, je recopie ce qui est écrit plus haut :

« Noël 1997. Les Bleus sont en stage de détente à Tignes. Au programme : promenade en famille sur les pistes de ski plutôt que pompes et tours de terrain. Un contrôleur antidopage du ministère des Sports se présente aux aurores. Fureur d’Aimé Jacquet, le sélectionneur national […] A l’époque, l’opinion publique prend fait et cause pour les joueurs. « 

Et j’ajoute maintenant que j’ai lu hier dans les gazettes, reprenant une dépêche de l’AFP :

 » Huit joueurs du XV de France, dont le capitaine Thierry Dusautoir, ont subi ce mardi matin un contrôle antidopage dans leur hôtel de Tignes (Savoie) où ils préparent la prochaine Coupe du monde.

Les joueurs (Yannick Nyanga, Rory Kockott, Mathieu Bastareaud, Yoann Huget, Benjamin Kayser, Sébastien Tillous-Borde, Vincent Debaty et Dusautoir) ont été réveillés dès 6 h. par deux contrôleurs de l’Agence Française de lutte contre le dopage (AFLD) pour des tests sanguins et urinaires. »

On n’entend pas dire que les joueurs s’en soient plaints ou que les media s’en émeuvent ou s’en indignent. Autres temps, pas si lointains, et déjà autres mœurs rendus nécessaires par l’ampleur des dégâts. Lutte sans fin et toujours avec un plus ou moins long moment de retard sur les « nouveautés chimiques ».

*

Et qui est le plus salaud dans l’histoire :

– le sportif (appât du gain et de la gloire toute éphémère ou simplement peur de ne pas suivre ou de perdre son boulot) ?

– les « petits chimistes » spécialistes de drogues diverses dangereuses pour la santé tels il y a quelques années « le pot belge », l’EPO et d’autres qui nous sont encore inconnus ?

– le médecin indélicat, pour ne pas dire criminel, qui cautionne le dopage ? Ou le pseudo-médecin, charlatan du dopage ?

– l’entourage sportif du sportif ?

– les sponsors qui réclament des résultats tangibles ?

Un peu tous. Mais il n’y en a qu’un seul qui paie cash et parfois de sa vie à plus ou moins brève échéance et déchéance : le sportif ! Le sportif sans qui le spectacle sportif (ou sportivo-publicitaire) et la manne financière née de son exploitation n’existeraient pas.

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