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PENSÉES DU JOUR

21 juin 2015

Ce n’est pas donné à tout le monde, de vraiment bien rater sa vie.

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L’art transcende les souffrances et les petits bonheurs.

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Le désespoir, l’éphémère et l’inutile, la nostalgie et le non-sens ontologique, voilà quelques ingrédients de base.

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Paradoxe éthico-esthétique :

L’Art humain véritable (créé ou partagé) n’est qu’émotions, sensations, sentiments. Élévation et réflexion.

Et rien ne ressemble plus à la beauté et la grandeur nées des mains et du cœur humains que la beauté et la grandeur en soi, naturelle et sauvage, de la Nature.

Or, la Nature n’a (apparemment) aucun état d’âme. N’a aucune notion du Bien et du Mal, ni du Beau et du Laid.

Que conclure, alors ? Sans doute que :

« Les plus désespérés sont les champs les plus beaux ».

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Sans débuts, ni fins, insensée pour le roseau pensant en ses prisons naturelles et culturelles, la Nature condamne à la Vie et à la Pensée.

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Oui, condamné à vivre et à penser, à mal vivre, à mal penser, l’homme, être totalement chétif, inachevé et bas, existe dans la solitude absolue des astres, du néant du vide et du rien des Univers. Châtiment suprême.

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Et sur une Terre et près d’un Soleil uniques qui auront, eux aussi, leur fin quand l’animalcule humain aura déjà disparu depuis bien longtemps. Disparu, avant tout, des suites de sa bêtise congénitale.

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Futilité, puérilité, fumées vaines. Fatuité et vacuité humaines… Non seulement les civilisations et les dieux sont mortels, mais Art et patrimoine, science et technique n’auront pas, à long terme, de lendemain.

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L’Homme ne serait-il pas une erreur de la Nature ?

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Ordre le plus fin intimement mêlé au désordre le plus grand, la Nature et l’Univers tissent leurs utopies à leurs nostalgies. L’âme du Monde est la mémoire éternelle du temps, en un espace infini et si vide charriant, de ci de là, quelques entités constamment mouvantes. Dont la minuscule poussière terrestre, rien de plus qu’un simple atome de vie.

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Les vieilles, antiques et poétiques cosmologies et cosmogonies ne sont pas si dépourvues de Raison que ça. La vie terrestre ne tient qu’à un fil. Malheureusement les hommes « modernes », ces si petits, si mesquins, si fanfarons et si malfaisants « cousins des dieux », ne l’ont pas bien compris. Mais les « derniers hommes » en leur « pitoyable suffisance » (Nietzsche) en sont-il encore aptes?

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Avez-vous déjà songé aux grandes terreurs existentielles des hommes, démunis de tout (sauf de l’essentiel) des temps passés ou des derniers « primitifs » ? Avez-vous imaginé qu’il en est sorti le Langage articulé, la Poésie, l’Art et le Sacré ? Tout est déjà dit et inscrit dans l’art pariétal et dans les Vénus préhistoriques. Dans les mégalithes énigmatiques et les pyramides vides. Dans les ruines. Dans la poésie antique ou « primitive ». On ne fait plus que rabâcher depuis un certain nombre de millénaires. Et qui plus est, de nos jours en particulier, en tellement pire, trivial, décadent.

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Qui veut encore comprendre que Nature, Poésie, Art et Sacré sont intimement mêlés et indissociables ? Quelques poètes ou mystiques… ?

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Ernest Hello affirmait : « la vie renferme un trésor caché : elle est chargée de réaliser le vrai, le beau, le bien… ». Il recommandait de « dégager la poésie […] le parfum de la vie ». C’est lui encore qui, évoquant l’ennui, précisait : « et le vide est bien lourd ».*

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L’Homme contemporain gavé de technique et qui, sans fin, médiatise son rapport à la Nature (et à son prochain), semble avoir oublié aussi bien les angoisses primordiales liées à son environnement naturel, aux éléments hostiles et aux astres inquiétants (l’angoisse légitime du pourquoi de l’Univers et de la solitude et la petitesse humaines) que les angoisses à venir concernant sa fin inéluctable à plus ou moins longue échéance : l’angoisse légitime de la fin du Monde, de notre monde riquiqui terrestre.

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La solitude humaine, en conscience, est double : solitude du genre humain sur la Terre au milieu de la faune et de la flore qu’il met à mal, et solitude de chacun au sein ou en marge de la Société qui le met à mal.

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Rien n’est éternel, sauf l’Éternité elle-même.

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« Après moi, le Déluge » est moins une réflexion d’un égoïsme et je-m’en-foutisme étroit que le constat d’une réalité à venir, certes lointaine, mais qui sait ? Si ce n’est pas demain, ça sera juste après-demain. Certaines savantes gens s’en inquiètent déjà. La littérature de science-fiction également.

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Les récits et les mythes antiques, les Vedah, la conception babylonienne du Retour Éternel** et de la Grande Année, la Bible et ses sources, et bien d’autres peuvent contenir quelques poétiques intuitions scientifiques cataclysmiques.

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* Cf. l’introduction à Nouvelles et récits villageois par Jean Lander [pseudonyme de Zoé Berthier, l’épouse d’Ernest Hello].

** et plus généralement le mythe largement répandu de l’Éternel Retour (cf. Mircea Eliade, Le Mythe de l’Éternel Retour).

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