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C’EST LA MORT À CRÉDIT ET LA VIE À CAPRI

17 juin 2015

J’allais mettre ici une chanson qui eut un très grand succès en 1965 lors de sa sortie : Capri, c’est fini, chantée par Hervé Vilard en français, et – je l’apprends maintenant – en espagnol, italien, allemand…

J’allais même y ajouter une seconde du même qui parle d’amour, de lutter et de changer le monde, ou plutôt de le faire à notre image. Du grand romantisme qui par bien des côtés est l’esprit général des années soixante ; et qui n’est pas étranger non plus à certains aspects utopiques de Mai 68. Ce Mai qui fut à la fois la fin et le début d’un certain nombre de choses, je parle ici des mentalités, des mœurs, de la chanson, de la musique… Un Janus.

J’allais mettre ce qui me semble être un scopitone (un petit film qui dure le temps d’une chanson et que l’on passait dans des sortes de juke-box à images propres aux bistrots d’alors). D’une pleine époque où les cafés proposaient très souvent aussi billard électrique plus généralement dénommé flipper, baby-foot (mot qui est un faux anglicisme)*, et plus rarement billard américain ou petit billard à plots dont je viens d’apprendre qu’il se nomme « billard golf ».

J’ai joué à tout ça et j’en ai mis, on en a mis des pièces de vingt ou cinquante centimes de franc, ou plus dans ces divers instruments. Et quand on pouvait faire des « gamelles », c’est-à-dire faire ressortir la balle, la boule d’un but de baby-foot en « tirant » fort du poignet (du moins de ceux qui n’avaient pas de cage au fond courbe et plongeant, ou muni d’une sorte de rideau ferraillé) on étaient contents. On avait resquillé, on n’était pas bien riche.

Sur « mon » scopitone emprunté sur You Tube, on y voyait Hervé Vilard en compagnie d’une jolie jeune fille déambulant dans le parc d’un château. Lui chantant en « playback ». Je ne sais pourquoi je n’accrochais qu’à moitié, mise en scène bizarre ; y compris dans des vidéos où il chantait seul ; son attitude, son aspect me « troublaient ». Ce n’était pas seulement parce que j’ai toujours trouvé qu’il chantait un peu faux, que ses textes étaient plus ou moins bons, mais finalement (après « enquête ») parce que ce qu’il montrait de lui pouvait être également faux, mensonger.

Une grosse menterie : je viens de lire qu’il est homosexuel. Ce que j’aurais du savoir (ou que j’avais oublié) puisqu’il paraît qu’il ne s’en est jamais caché (il l’aurait dit dès 1967). Je ne voudrais pas extrapoler mais je constate qu’il a été retiré à sa mère, une fille-mère, qu’il a fréquenté l’Assistance Publique, puis diverses familles d’accueil avant d’être pris en charge par un prêtre, de faire de la prison, et pour finir qu’il fut materné si l’on peut dire, et « tutellé », donc encore mineur, par un certain Daniel Bouyjou-Cordier qui avait largement l’âge d’être son père : un ancien Camelot du Roi, devenu secrétaire de Jean Moulin et résistant, puis radical-socialiste ou quelque chose comme ça après- guerre. Ce dernier a été peintre, marchand d’art, historien, décoré, etc. Et il a révélé « au grand public » en 2009 qu’il était homosexuel. Homosexuel ou bien plutôt pédéraste ? Question ouverte.

Et je crois que je viens de comprendre que ce qui me gênait chez René Villard, dit Hervé (R.V.) Vilard, était du même ordre que ce que disait le barde Glenmor de notre époque sous les mots suivants :

Les couples heureux qui passent à l’histoire

Ont de Cocteau l’esprit

De Jean Marais la virilité

Les orgies d’alcôve les sabbats de mémoire

Ont Sodome pour église et Paris pour cité.

(Sodome)

Je n’aime pas les escrocs en tous domaines. Et en premier lieu dans ceux de l’art tant « mineur » que « majeur » et des sentiments. Cette mascarade de giton, cette « petite coquille univalve appartenant au genre pourpre » n’assumant pas son rôle et trompant son monde ne peut que décevoir. C’est Luis Mariano s’éprenant faussement de la Belle de Cadix.

Cela me fait penser exactement à l’image erronée, que j’avais encore il y a très peu, de cette chanteuse dénommée Brigitte Fontaine que je ne « connus » que de très loin pour l’avoir entendu chanter des textes « bof », sur quelque musique maghrébine, et auparavant dans cette chanson qui eut un très grand succès, qu’elle chanta avec Jacques Higelin.

Lui : « Cet enfant que je t’avais fait, / Pas le premier mais le second, / Te souviens-tu ? / Où l’as-tu mis ? / Qu’en as-tu fait ? … » Elle : « Offrez-moi une cigarette, / J’aime la forme de vos mains… » La chanson d’un film oublié, Les Encerclés, sorti en 1967. Quand on épluche un peu, on se rend vite compte que cette chanson ne correspond absolument pas au personnage provocateur et de nos jours totalement décadent (à un tel point que ça fait vraiment pitié) de cette pauvre Brigitte Fontaine (mais j’en reparlerai). On a l’impression d’avoir été trompé et qu’il n’y a aucune sincérité en elle et partant dans cette chanson. Fontaine, tu n’es pas la claire fontaine, je ne boirai pas de ton eau !

Certes, Brel a pu dire : « Ferré, c’est du bidon! », opinion qui n’est pas vraiment la mienne ; Brassens a pu se moquer du « Révérend Père Brel » de ses débuts, ce qui est une vérité incontestable : il suffit de voir sa tenue monacale d’alors et d’écouter les textes de ses premières chansons ; de même Perret beaucoup plus récemment a pu déclarer, faisant la fureur de Béart, que Brassens n’était pas si bonhomme que le laisse croire ses chansons et qu’il aurait été jaloux de ses premiers succès, ce qui m’étonne à moitié.

Je précise que ce que m’étonne c’est cette jalousie supposée de Brassens pour ce qui fut un temps son poulain ; par contre, ce qui ne m’étonne pas du tout c’est le fait que Perret puisse dire cela : il est bien connu que nombre de gens à travers le monde ont toujours su mordre la main de ceux qui les guidèrent, un plus ou moins long moment, et les lancèrent dans la carrière. C’est presque un principe de la psychologie humaine.

… Donc à la place, et on n’y perd pas, voici quelques jolies vues de Capri, sur une musique douce dont s’ignore l’origine :

Rectificatif : cette musique est celle d’une série télévisée de la RAI sur Capri, elle est l’œuvre de l’auteur-compositeur-interprète Peppino di Capri (né Giuseppe Faiella).

https://www.youtube.com/watch?v=ErdVKnup3BU

* ping-foot (qui en est la forme ancienne d’avant-guerre) ou p’tit-foot, baby-foot, baby… ce « foot de table » connaît où a connu plusieurs noms populaires, et plusieurs aspects matériels.

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