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QUELQUES NOTES SUR LES PANTHÉONISÉS

28 mai 2015
Il y a présentement, sauf erreur, 73 restes (pour de vrai ou pour de faux) de quidams (qui n’ont rien demandé d’ailleurs) dans cette église Sainte Geneviève dont la première pierre a été posée par Louis XV, réaffectée au rite laïcard. Mais encore dominée par sa croix d’origine, au grand dam d’un certain athéisme monomaniaque qui ne se rend même pas compte qu’il pratique un rite tout aussi religieux que le rite catholique et pour le moins tout aussi idolâtre qui remonte tout droit au court temps du culte de l’Être Suprême de la Révolution bourgeoise, fort franc-maçonnesque.

Le Panthéon n’a vécu qu’à certaines époques. Il a accueilli pour l’essentiel un bon nombre d’illustres inconnus ou des personnages au gré essentiellement des grâces politiques du moment. Des circonstances, comme on dit.  Et de la présence au pouvoir de certains milieux de la politique, pour ne pas dire de la politicaillerie. Il n’est absolument pas représentatif de la valeur, de la grandeur ou du talent français, pas plus d’ailleurs que ne le sont, par exemple, les Académie française et autres. Ni de notre Histoire depuis deux siècles.

Période révolutionnaire : deux furent mis ici comme assise ; Voltaire en 1791 et Rousseau en 1794 ; sur un fronton, ces deux-là sont mis en opposition, chacun regardant dans un sens opposé, ce qui est fort bien vu ;
Période de l’Empire : 42 ! dont 18 militaires, ou encore Bougainville, le mathématicien italo-français Lagrange (Giuseppe Ludovico de Lagrange Tournier), le peintre néo-classique Joseph Vien, seul artiste-peintre, et même artiste tout court, en ces lieux jusqu’à ce jour;

Entre 1816 et 1884 : un seul, Soufflot, le premier architecte des lieux, celui de l’église Sainte Geneviève dont la crypte avait sans doute été prévue pour les membres royaux, ou peut-être déjà pour d' »illustres personnages » ;

Entre 1885 et 1894 : six ; le politicien et franc-maçon Baudin mort sur les barricades en 1851, Victor Hugo homme de lettres prétendument républicain et moins connu comme colonialiste convaincu, le général de l’époque révolutionnaire Marceau mort en 1796, le « premier grenadier » de l’époque révolutionnaire Théophile Corret dit de la Tour d’Auvergne, le scientifique et autre général encore de l’époque révolutionnaire Lazare Carnot, et enfin son petit-fils Sadi Carnot, franc-maçon, mort comme on sait, assassiné par Caserio. Président d’une République qui venait de voter les « lois scélérates » selon l’expression des socialistes de l’époque (autres temps, autres mœurs) qui visaient la presse et les milieux anarchistes. Et président qui avait refusé la grâce de l’anarchiste Auguste Vaillant auteur d’un attentat (sans morts) à la Chambre des Députés, qui fut pourtant condamné à la guillotine.

Entre 1895 et 1919 : trois ; le scientifique, politicien et franc-maçon Berthelot et sa femme, également scientifique, en 1907 ; et Zola-Caniveau en 1908 ;

Entre les Deux Guerres : trois ; en 1920, Gambetta l’un des dirigeants de ladite Défense Nationale en 1870-71, franc-maçon, etc. ; en 1924, Jaurès socialiste pacifiste (une curiosité extrêmement rare, mais enfin comme il fut assassiné juste avant la Guerre de 1914, on ne sait pas comment il aurait pu virer) ; et enfin en 1933, Paul Painlevé mathématicien et surtout politicien radical-socialiste, membre de la Ligue des Droits de l’Homme à ses origines, franc-maçon, ministre du gouvernement Briand pendant la Guerre de Quatorze, inspirateur du Cartel des Gauches entité qui se signale par la répression des rebellions du Rif, plusieurs fois ministre de la Guerre (il lance la construction de la ligne Maginot !), il meurt fin octobre 1933 ; béatifié et canonisé dans la foulée, il reçoit des funérailles nationales et est inhumé au Panthéon début novembre de la même année. C’est le type même, la caricature, du politicard « Troisième République ».

(à suivre)

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