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QU’EST-CE QUE LA PNCD ?

11 avril 2015

Je peux déjà vous dire ce qu‘elle n’est pas, du moins ici.

Ce sigle ne désigne pas la Politique Nationale de Communication pour le Développement (du Burkina-Faso, ou du Mali, etc…) ou le Parc National Conkouati-Douli (du Congo), ou encore le Programa Nacional de Controle da Dengue (du Brésil).

Non, notre PNCD à nous, bien franchouillard et bien discret (secret d’État, enfin, ex secret d’État !) c’est la Plateforme Nationale de Cryptage et de Décryptement, l’un des deux programmes dInterceptions électromagnétiques (l’autre étant le « Frencheton » dont je ne sais rien de plus, présentement).

Précisons tout d’abord que cette PNCD dépend de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure, plus connue sous le nom de « la DGSE« , le service de renseignement normalement extérieur donc, de la France. Service qui dépend du ministère de la Défense. Autrement dit des Armées.

Ce système permet d’intercepter (et de lire en clair) les courriels des particuliers, et d’en informer la police ou la gendarmerie sur demande. Donc de passer outre le secret de la correspondance garanti par la Loi (Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales, 1950, dans son article 8 ; Code pénal, articles 226-15 et 432-9, Code des Postes et des communications électroniques, article L 33-1).

Dans certains cas très précis (et à défaut de tout autre moyen d’investigation, et dans des affaires criminelles graves, et selon certaines modalités techniques) dont l’initiative est toujours laissée à la Justice, le secret de la correspondance peut être levé. On est toujours dans « le cas par cas » (qu’il s’agisse de courrier postal, électronique, de conversation téléphonique…) qui se clôt à la fin de l’instruction d’une affaire criminelle particulière.

Or, présentement, il en est tout autrement puisque cette PNCD serait, selon Le Monde de ce jour, « un système complexe et occulte de recueil massif et de stockage de données personnelles étrangères et françaises dans lequel les services de renseignement français puisent à leur guise et sans aucun contrôle autre que leur propre hiérarchie« .

La gazette dit encore :

« Au terme de deux ans d’enquête, il est désormais possible de décrire dans le détail l’architecture interne de ce véritable « Big Brother » à la française classé « secret-défense ». Les gouvernements successifs ont validé son fonctionnement et soutenu son développement. Au nom de la raison d’Etat, des parlementaires nient toujours son existence. Le mode de financement de la PNCD est très discrètement dilué au cœur du budget de l’Etat et les fonds alloués à ce programme n’ont cessé de croître.

« La mutualisation de cet outil, présenté comme une pierre angulaire du monde du renseignement en France, est jugée si essentielle par l’État à la bonne marche des services français qu’elle est totalement absente du projet de loi sur le renseignement présenté, lundi 13 avril, en séance publique à l’Assemblée nationale, dans le but de donner un cadre légal à l’activité des services. La PNCD semble avoir pris une place exorbitante au sein de l’organisation du renseignement… »

*

La description dans le détail du système, je ne vous le donnerai pas aujourd’hui, « l’accès à la totalité de l’article est protégé » et réclame de payer deux euros pour le connaître. Soit quasiment le prix au numéro d’un exemplaire de semaine (2,20 euros). Mais les détails finiront bien par circuler librement, eux aussi. Parenthèse : je trouve ce procédé pécuniaire assez ridicule et puéril car il suffit qu’une seule personne diffuse sur un blog l’information en se démarquant du journal de M. Dreyfus, pour qu’il soit accessible gratuitement à tous. De plus, il est généralement admis que tout cela n’enlève rien aux revenus nés des abonnements « papier ». J’ajoute encore que ce journal reçoit environ 20 millions d’euros par an de l’État, ou plus exactement des contribuables (aide à entreprise privée assurant un service public (payant)). La diffusion totale du journal stagne depuis des années autour de 300.000 exemplaires, dont une part ridicule et de plus en plus faible pour l’étranger. 300.000 au total ce qui ne veut pas dire 300.000 payants, ou pas exactement ; il est bien connu que ce journal a une diffusion institutionnelle (gratuite, payante, je l’ignore) de complaisance. Un peu moins de deux millions serait le chiffre quotidien de lecteurs (terme très vague) de ce journal. Autrefois journal bourgeois de gauche (ou même parfois gauchisant bon teint) dit « de référence », il est devenu aujourd’hui un journal quelconque ayant de temps à autre de petits « scoops » comme celui d’aujourd’hui. Totalement lobotomisé idéologiquement, il ne fait plus quânonner l’idéologie dominante (de l’antirévisionnisme très primaire à l’adulation du monde américano-sioniste). Sa clientèle est celle des cadres, enseignants, politiciens  de “la gauche” beau-beaufisée. Là aussi tout fout le camp, même le « bon français«  : ce n’est pas moi qui le dit, mais des lecteurs qui se plaignent, d’une manière de plus en plus récurrente sur Internet, de fautes d’orthographe ou de syntaxe, de formulations laborieuses, etc. Ce qui est également nouveau.

*

Mais revenons au sujet principal.

On peut donc bien parler des nord-américains. « On«  fait pareil !…

Cherchez sur Internet, vous ne trouverez pas grand chose au sujet de la PNCD, du moins pas grand chose expliquant ses modalités de fonctionnement, son contenu, etc.

Il est dit que cette instance occulte existerait (ou fonctionnerait) depuis 2007. Recopions des extraits d’un article de mai 2009 paru sur Rue 89 (l’annexe du Nouvel Obs, si je ne me trompe) :

« C’est au cours de l’émission « Mots Croisés » diffusée le 11 mai sur France 2 qu’un policier a vendu la mèche. Pendant l’enquête sur le « gang des barbares » [affaire Fofana] les services secrets avaient collaboré aux investigations… sans pour autant apparaître dans le dossier. Grâce à un dispositif sophistiqué d’alerte et de surveillance des messageries Internet, la DGSE a en effet donné un coup de main technique aux enquêteurs de la brigade criminelle et permis de suivre en direct les messages adressés par les ravisseurs à partir de cybercafés parisiens.

[…]

« Élaboré il y a une poignée d’années, le dispositif en question est baptisé PNCD (Programme national de cryptage et décryptement). Installé au sein des services secrets, il a vocation à être utilisé par tous les services de police et gendarmerie après que l’Intérieur en a fait la demande -tout à fait officielle- à la Défense.

« Après une période de rodage, le système, créé en interne par la direction technique de la DGSE avec l’apport de sociétés privées, est de plus en plus régulièrement utilisé par les services d’enquête classiques.

« La police judiciaire parisienne n’a pas souhaité, à cause du procès en cours, commenter les informations de Rue89, mais l’ancien patron de la « Crim », Noël Robin, interrogé le 26 mai à l’audience, a balayé le soupçon d’une enquête menée « hors cadre légal » que les avocats de Youssouf Fofana tentaient de distiller [sic].

« Il a ainsi expliqué que la DGSE avait été mobilisée pour mettre à disposition des enquêteurs les « meilleures options techniques » possibles… »

Plus récemment, le Monde encore, dixit ce journal, « avait révélé, en 2013, l’existence de ce dispositif et s’était vu opposer par les autorités un démenti formel. »

Celui qui dirige depuis avril 2013 la DGSE est un certain Bernard Bajolet, commandeur de la Légion d’Honneur, un diplomate qui a été plusieurs fois ambassadeurs, dans les pays arabes ou musulmans en particulier, qui serait « spécialiste » du renseignement, et un « expert »… du monde arabo-musulman. Comme il se doit ! De juillet 2008 à février 2011, il fut le premier « coordonnateur national du renseignement auprès du Président de la République » Sarközy. « La DGSE n’est pas Big Brother” déclarait “l’expert” dans le numéro de janvier 2014 de la « Revue Défense Nationale ». Bien entendu !

Bourgeois, énarque, « plutôt de gauche » (sic), « catholique tolérant » (resic), Bajolet est également un châtelain (d’une demeure classée dont les rénovations sont payées en partie par les contribuables), amateur d’équitation, et… ami « à tu et à toi » de Hollande. Il ne déroge pas à la norme de l’opportunisme.

On voit donc dans tout ceci, que l’Intérieur court-circuite totalement le Judiciaire, que ce qui devrait être exception entre dans une sorte de quasi norme ou nouvelle routine militaro-policière illégale, enfin que tout cet archivage et cette ouverture de courrier privé sont proprement illégaux.

Le fossé ne cesse de se creuser, en tous domaines, entre la caste dirigeante gangrenée, ivre de son pouvoir mais fort inquiète sur sa pérennité à long terme, et le Peuple qui n’en peut mais.

De quoi rappeler que si le Capital est l’ennemi premier, l’État, qui par ailleurs a déjà le monopole de la violence, est l’ennemi en second. Ces séides maffieux font des lois à l’usage de répression de l’Homme ordinaire, de Populo, tandis que lui en déroge comme bon lui semble. J’ajouterai même qu’il n’a aucune morale à l’image de la bourgeoisie dite républicaine et dite démocratique.

Secret d’État, secret de maffieux…

Finalement, le moyen le plus sûr pour correspondre n’est-il pas encore de recourir « au mot de billet », à la bonne vieille lettre ? Enfin, à condition d’être sûr de la boîte aux lettres qui la reçoit. Et de ne pas être pris par le temps.

PS

Je trouve qu’il y a un certain rapport « conceptuel », ou plutôt un rapport certain entre ce fichage de masse qui criminalise à priori, passe outre la Loi et la Justice, et le recours à l’interdiction administrative (qui également outrepasse le Droit commun) de sites dits terroristes sur Internet.

Existe-t-il encore une séparation des pouvoirs en France ? Existe-t-il encore un Droit unique en France ? Enfin, que reste-t-il de media indépendants ?

Qu’est ce que l’État ? Où va l’État ? Où commence le totalitarisme ? deviennent des questions cruciales et préoccupantes.

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