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Je ne suis pas l’Airbus A 320. Par Olivier Mathieu.

26 mars 2015

Quelques questions au sujet de l’Airbus 320.

Pourquoi un avion que l’on dit en bon état, conduit par des pilotes chevronnés, de surplus dans de bonnes conditions météorologiques, s’écrase-t-il sur une montagne après huit minutes de descente dans le plus parfait silence ? Il n’a pas explosé en vol, semble-t-il, puisqu’il y a eu des témoins oculaires de sa descente.

Si l’on veut être logique, il n’y a alors que quatre hypothèses, pas cinq : ou bien un pilote a conduit (1) volontairement l’avion à l’écrasement, ou bien (2) il y a été contraint. Et s’il y a été contraint, il l’a été (3) soit par une volonté humaine (un hypothétique terroriste), soit (4) par un problème technique (par exemple une dépressurisation) ou extérieur (impact avec quelque chose : une météorite, des oiseaux, etc).

LES BOÎTES NOIRES. Pourquoi a-t-on mis tant de temps à retrouver les « boîtes noires » ? Pourquoi en parle-t-on tant avant même de les avoir retrouvées ou exploitées ? Pourquoi la « société du spectacle » est-elle tellement avide d’informations ? Chacun sait que tout téléphone portable est « traçable » en permanence, et donc que la position géographique de tout individu possédant un téléphone est au moins potentiellement connue des services de police. On appelle ça la « géolocalisation ». Au lieu de « géolocaliser » toute la population mondiale, n’y a-t-il pas moyen de géolocaliser les « boîtes noires » ? Et si le système même de ces boîtes noires est désormais obsolète, n’en existe-t-il pas d’autres ? Question de gros sous, probablement…

LE SILENCE DES PILOTES. Que le silence des pilotes ait été volontaire ou involontaire, et qu’il soit dû soit à une volonté humaine soit à une panne technique, pourquoi n’existe-t-il pas des procédures de pilotage automatique à distance ? Pour quel motif est-il techniquement possible de diriger des drones (américains) dans certains pays (arabo-musulmans), pourquoi est-il possible de concevoir (et bientôt de commercialiser ?) des « voitures sans conducteur », pourquoi y a-t-il des trains sans conducteur, pourquoi est-il possible d’envoyer des vaisseaux spatiaux sur les stations orbitales, et de diriger des sondes sur la planète Mars, mais pourquoi ne serait-il pas possible, par exemple en cas de silence soudain des pilotes d’un avion ou en cas de détournement, de le guider à distance ? Ici encore, cela demanderait sans doute simplement de dépenser des sous…

LES LOUPS. Pourquoi raconter, encore et toujours, des crétineries sur les loups ou sur la dangerosité des loups pour l’homme ? Pourquoi, encore une fois, cette vision anthropocentriste ridicule ? Tout spécialiste des loups le sait : le loup n’est pas, ou est très rarement dangereux pour l’homme. Dans cette région (que je connais un peu, parce que dans mon enfance j’y allais en vacances : j’ai un souvenir émerveillé d’une promenade que je fis, en 1976, à Saint-Martin Vésubie), combien doit-il rester de loups ? Fort peu. Et il est évident que ce sont les rares, trop rares loups qui auront eu peur de l’homme : de l’explosion de l’avion et, maintenant, du ballet des hélicoptères et de la présence des journalistes, des gendarmes, des badauds et du défilé (incessant et un peu émétique) des hommes (et femmes) politiques.

LES SAUVETEURS. Selon Le Monde, « plus de 300 gendarmes ont été dépêchés sur place aux côtés de 380 sapeurs-pompiers et de plusieurs membres des compagnies républicaines de sécurité (CRS) ». Ce qui m’étonne un petit peu, moi, c’est que l’on envoie 600 « sauveteurs » et que la presse continue à parler de « sauveteurs » y compris alors que la nouvelle a déjà été donnée, il n’y a pas de survivants. Dès lors qu’il n’y a pas de survivants, il n’y a plus personne à sauver. De même, à quoi sert concrètement le défilé des hommes (et des femmes) politiques, depuis les responsables des pays concernés jusqu’au dernier des petits députés locaux ? Probablement (en tout cas c’est à espérer) certains sont sincères. Mais comment ne pas craindre qu’il puisse y avoir aussi des gens pour faire commerce de sensationnel et étalage de fausse compassion ?

A quand « Je suis l’Airbus A 320 » ? On est encore tout près des manifestations de gens qui affirmaient « Je suis Charlie ». Il faut bien admettre que les images de l’accident d’avion Airbus A 320 tournent en boucle, aujourd’hui, exactement comme tournaient en boucle hier celles des manifestations « pro-Charlie ». François Hollande, les ministres, les députés, les maires de la région, et même les badauds interrogés par les journalistes nous resservent en quelque sorte le deuil national (même s’il n’y avait aucun passager français, semble-t-il, dans l’avion) comme dans les semaines de la frénésie « Je suis Charlie ». Une frénésie quasi hystérique, évidemment relayée par la propagande de la presse et de la télévision, qui entendent semble-t-il plonger la nation entière dans un « deuil » qui est certes respectable (en ce qui concerne les familles des victimes) mais n’est pas le mien, personnellement (je dis bien personnellement : je ne connaissais quiconque sur cet avion). Or il n’y a aucune raison rationnelle pour que je me sente en « deuil » car, si je devais me sentir en deuil, alors je devrais par exemple aussi me sentir en deuil pour tous les accidentés, pris un par un, de la route.

Il serait juste, dans l’intérêt même des familles des victimes, que les journalistes et les hommes politiques montrent un tant soit peu de pudeur. Les citoyens, ceux du moins qui auraient encore un zeste de sens critique, devraient refuser les stratagèmes politico-médiatiques de la fausse compassion. La manipulation sentimentale des foules, hélas, bat évidemment son plein.

Puisse venir ou revenir une époque où les masses diront qu’elles ont marre de la fausse compassion ! Et cela, au bénéfice d’une vraie et authentique compassion.

Olivier Mathieu

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