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“DU CÔTÉ D’OROUËT”, DE JACQUES ROZIER, UN CHEF D’ŒUVRE OUBLIÉ ———————————– PAR OLIVIER MATHIEU.

12 mars 2015

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Il y a déjà cinq ans (c’était en 2010) que j’ai publié mon roman « Voyage en Arromanches », qui s’inspire en partie – et en partie seulement – de ma propre jeunesse, plus exactement de mes vacances d’autrefois en Normandie.

Vu que nous sommes dans la France de 2015 et que, dans la France de 2015, les journalistes ne parlent pas des (rares) bons romans en général et des (nombreux) miens en particulier, il a naturellement passé strictement inaperçu. Vu l’époque, c’est d’ailleurs bon signe pour moi. Je comprends très bien : les journalistes, qui sont aujourd’hui devenus des « confesseurs laïcs » du « Bien » et du « Mal », n’ont pas pris le temps de lire (pour ceux qui savent peut-être encore lire) mes ouvrages. Les gentils plumitifs confondent évidemment, depuis plusieurs générations, le rôle d’un critique littéraire avec celui d’un curé de confessionnal, quand ce n’est pas avec le juge d’un tribunal. Mais tel n’est pas le sujet dont je désire vous parler aujourd’hui.

Le sujet dont je veux vous parler est un ancien film français de 1973, de Jacques Rozier, datant de 1969, qui s’appelait Du côté d’Orouët. Je connaissais déjà l’oeuvre de Jacques Rozier (on a dit de lui, je pense à raison, qu’il fut le vrai enfant terrible du cinéma français de ces années-là) à travers ses autres très beaux films, en particulier Adieu Philippine. Mais par le plus grand des hasards, je viens de voir Du côté d’Orouët. L’exemple même du film français à tout petit budget, qui a aussi refait une tentative de sortie sur grand écran en octobre 1996. D’une certaine façon, je regrette de ne rencontrer cette beauté qu’en 2015. En même temps, c’est là un bonheur. Vu la nullité cinématographique ambiante, il est heureux que quelques beaux films d’hier m’aient échappé, ce qui me permet de les découvrir aujourd’hui. Cela meuble le néant.

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Du côté d’Orouët est un film qui raconte simplement des vacances, à la fin d’un été, sur une plage vendéenne. Les trois filles s’appellent, dans le film, Joëlle, Karine et Caroline. On y voit aussi un personnage prénommé Gilbert (interprété par un fort jeune et fort sympathique, parfois touchant, Bernard Menez, qui débutait).

Quel sens y a-t-il à ce que je vous raconte le film ? C’est un film à voir. Voilà tout. Et c’est un film dénué de la moindre vulgarité (je crois qu’il est important de le signaler), où l’on ne voit pas même un baiser, et qui raconte, d’une certaine façon, ce que furent les vacances (réelles ou parfois rêvées) de tant et tant de jeunes gens de cette génération-là, et sans doute de quelques autres. Il n’y a ici, je crois, aucune prétention « sociologique » ou « intellectuelle ». C’est un film de vraie vie. C’est un authentique petit chef-d’oeuvre. Je crois que Jacques Rozier est l’un des rares et vrais grands cinéastes français. Pour l’une ou l’autre raison, et peut-être parce que le goût du « grand public » avait déjà été détruit, il n’a pas eu le succès qu’il méritait, et que d’autres ont reçu. Chose que l’on pourrait dire dans tous les arts puisque, à l’époque qui est celle de « l’inversion des valeurs » (déjà dénoncée par Nietzsche), le médiocre trône sur un piédestal tandis que l’esprit supérieur est anonyme, méconnu ou vilipendé. Drôle d’époque…

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Ces vacances vendéennes-là, celles du film de Jacques Rozier, datent de 1968 environ. Moi, c’est quelques années plus tard – en 1978 et 1979 – que j’allais en vacances en Normandie, mais aujourd’hui, je vois fort peu de différences entre ce que décrit le film Du côté d’Orouët et le roman que j’ai écrit en 2010, Voyage en Arromanches (éditions des Petits Bonheurs, de Jean-Pierre Fleury).

Du côté d’Orouët, c’est 154 minutes de bonheur.

Du côté d’Orouët dit qu’il y a eu et qu’il y a encore un peu de beauté en ce monde. Merci Jacques Rozier.

Du côté d’Orouët, c’est de l’intemporelle jeunesse – et de la belle.

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C’est sans doute pour cela (on est en France…) que les pires navets restent à l’affiche pendant des mois entiers, parfois des années, tandis que Du côté d’Orouët, lors de sa sortie (27 septembre 1973), ne resta pas même une semaine à l’affiche…

Que sont devenus les acteurs ? Francoise Guégan n’a plus jamais tourné, elle reste l’actrice d’un seul film. Danièle Croisy a poursuivi une carrière de comédienne, surtout pour la télévision. On apprend avec tristesse que la « Caroline » du film (Caroline Cartier), née en 1948, est décédée bien trop jeune, en 1991, âgée d’à peine davantage que quarante ans.

A lire :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Rozier

http://www.telerama.fr/cinema/six-questions-pour-une-reprise-du-cote-d-orouet-de-jacques-rozier,44111.php

Olivier Mathieu

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