Skip to content

HENRI DUPARC (1848-1933)

28 février 2015

L’INVITATION AU VOYAGE (Charles Baudelaire)

https://www.youtube.com/watch?v=Ck9geoxCGkc

Chant : Gérard Souzay, piano : Jacqueline Bonneau.

*

Le poème en entier :

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir

Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.


Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

*

Le style de Gérard Souzay, qui avait l’avantage de bien articuler, ce qui n’est pas le cas de tous les chanteurs et chanteuses (y compris des natifs), n’eut pas l’heur de plaire à certain. C’est ainsi que le jargoneux mao-homo-structuro-sémiotiste, le plaisantin de Tel Quel, le fumiste professeur au Collège de France, le totalitaire Barthes, plus connu comme étant Le Degré Zéro de l’Écriture, énonçait dans Mythologies :

« …L’esprit mélodramatique, dont relève l’interprétation de Gérard Souzay, est précisément l’une des acquisitions historiques de la bourgeoisie : on retrouve cette même surcharge d’intentions dans l’art de nos acteurs traditionnels, qui sont, on le sait, des acteurs formés par la bourgeoisie et pour elle. »

Pauvre homme ! Dire que ce fut un mandarin (sans jeu de mot) en son temps !

Souzay est encore là et toi tu n’es plus rien… toi le simple « amateur de signes » (cf. « Sémiologie et Urbanisme »)… Insigne ou indigne ? Question ouverte.

*

SÉRÉNADE (Gabriel Marc)

https://www.youtube.com/watch?v=ksP7ALaJHac

Chant : Léopold Simoneau, piano : Alan Rogers (1955).

*

Gabriel Marc (1840-1931) poète et critique d’art, en voilà d’un oubli, même de ceux qui s’intéressent à la (vraie) poésie du XIXe siècle. Ce dernier se retrouve parmi les quatre-vingt-dix-neuf poètes du Parnasse contemporain édité par l’irremplaçable Alphonse Lemerre. Cinq de ses poèmes se retrouvent dans les volumes deux (1871) et trois (1876) de cette somme parnassienne.

De par les notices de la BNF le concernant, on voit qu’il a été mis en musique par d’autres musiciens (dont Louis Diémer, pianiste, professeur au Conservatoire de Paris, compositeur, écrivain, redécouvreur du clavecin, fondateur de la Société des instruments anciens) et qu’il a consacré une partie de son activité éditoriale à ce qui devait être sa contrée d’origine : l’Auvergne. Il a écrit divers recueils de poésie, des contes, des Salons, des œuvres de théâtre.

*

Le poème :
Si j’étais, ô mon amoureuse,
La brise au souffle parfumé
Pour frôler ta bouche rieuse,
Je viendrais craintif et charmé.

Si j’étais l’abeille qui vole,
Ou le papillon séducteur,
Tu ne me verrais point, frivole,
Te quitter pour une autre fleur.

Si j’étais la rose charmante
Que ta main place sur ton cœur,
Si près de toi, toute tremblante,
Je me fanerais de bonheur.

Mais en vain je cherche à te plaire,
J’ai beau gémir et soupirer.
Je suis homme, et que puis-je faire ?
T’aimer … te le dire… et pleurer !

(in Soleils d’Octobre, poésies ; Lemerre, 1869)

*

LAMENTO (Théophile Gautier)

https://www.youtube.com/watch?v=4cEHNCZW1X0

interprètes inconnus.

*

Le poème en entier :

Connaissez-vous la blanche tombe
Où flotte avec un son plaintif
L’ombre d’un if ?
Sur l’if, une pâle colombe,
Triste et seule, au soleil couchant,
Chante son chant.

Un air maladivement tendre,
A la fois charmant et fatal,
Qui vous fait mal,
Et qu’on voudrait toujours entendre,
Un air, comme en soupire aux cieux
L’ange amoureux.

On dirait que l’âme éveillée
Pleure sous terre à l’unisson
De la chanson,
Et du malheur d’être oubliée
Se plaint dans un roucoulement
Bien doucement.

Sur les ailes de la musique
On sent lentement revenir
Un souvenir ;
Une ombre de forme angélique
Passe dans un rayon tremblant,
En voile blanc.

Les belles-de-nuit, demi-closes,
Jettent leur parfum faible et doux
Autour de vous,
Et le fantôme aux molles poses
Murmure en vous tendant les bras :
Tu reviendras ?

Oh ! jamais plus, près de la tombe
Je n’irai, quand descend le soir
Au manteau noir,
Écouter la pâle colombe
Chanter sur la branche de l’if
Son chant plaintif !

*

Autre Lamento du même Théophile, mis en musique par Pauline Viardot, mais jamais enregistré que je sache :

Lamento
La Chanson du Pêcheur

        Ma belle amie est morte :
Je pleurerai toujours ;
Sous la tombe elle emporte
Mon âme et mes amours.
Dans le ciel, sans m’attendre,
Elle s’en retourna ;
L’ange qui l’emmena
Ne voulut pas me prendre.
Que mon sort est amer !
Ah ! sans amour, s’en aller sur la mer !

        La blanche créature
Est couchée au cercueil.
Comme dans la nature
Tout me paraît en deuil !
La colombe oubliée
Pleure et songe à l’absent ;
Mon âme pleure et sent
Qu’elle est dépareillée.
Que mon sort est amer !
Ah ! sans amour, s’en aller sur la mer !

        Sur moi la nuit immense
S’étend comme un linceul ;
Je chante ma romance
Que le ciel entend seul.
Ah ! comme elle était belle
Et comme je l’aimais !
Je n’aimerai jamais
Une femme autant qu’elle.
Que mon sort est amer !
Ah ! sans amour, s’en aller sur la mer !

Publicités

From → divers

Les commentaires sont fermés.