Skip to content

OPUS DE COMPOSITEURS CLASSIQUES BRETONS (septième série)

20 février 2015

Jean Cras (Brest, le 22 mai 1879 / Brest, le 14 septembre 1932). Remarque en passant, « Cras » se prononce « cra » (du moins en français) et non pas « crasse », ce qui n’autorise pas le malencontreux jeu de mot : j’encrasse. Mais, ce qui n’empêche pas que son nom semble indubitablement breton et pourrait bien remonter au mot « kras » qui en breton veut dire « desséché, grillé, à sec », ou encore « démuni ». Cramoisi, si l’on peut dire.

Son père était médecin en chef dans la marine et musicien militaire, sa mère était musicienne amateur. Il eut une vie assez similaire et fidèle à celle de son père. Officier de « la Royale », il sera nommé contre-amiral en 1931 et après avoir bourlingué sur toutes les mers, il finira comme major général de l’arsenal militaire du port de Brest. Dès l’année suivante, il sera emporté en trois jours par une maladie foudroyante dont j’ignore l’origine, peut-être une fièvre exotique.

Il ne se séparait jamais de son piano droit à bord, ce que sa situation d’officier ou de capitaine de navire lui permettait. J’ai ici une citation de lui, je ne sais d’où elle est rapportée : « Composer, c’est pour moi obéir à une volonté supérieure, qui me dicte ses volontés et que je sers avec l’ivresse de l’humble disciple dont le seul but est d’exécuter le mieux possible les ordres de son maître.»

Seule sa musique sait ce que cette âme plutôt contemplative, et ne recherchant pas la virtuosité en soi mais l’émotion simple avant tout, un lyrique qui faisait chanter les instruments, pensait tant des guerres coloniales que de la Guerre de Quatorze qui ne lui furent pas étrangères. De celui qui écrivait à sa femme : « je suis autrement fasciné par d’autres étoiles que celles d’amiral ».

cras01

A – Suite en duo pour flûte et harpe, en quatre mouvements (avant 1899)

https://www.youtube.com/watch?v=jpVkYGmMkA8&index=3&list=PL6000CA312ED5E635

Valeria Kurbatova (harpe) et Luce Zurita (flûte) au Royal College of Music in London.

À noter la danse à onze temps, rythme aimé de Jean Cras, qui sent non pas le terroir breton mais l’Afrique et, dit-on, le balafon.

*

B – Âmes d’enfants 1913 — pures, naïves, mystérieuses.

https://www.youtube.com/watch?v=74DVofq_zS8

Interprètes asiatiques inconnus.

*

C – Paysages (1917)

https://www.youtube.com/watch?v=xJ4bTGdEfhE&list=PLcg866ovBNkOT5DFFdxw5M3ZB3cVlP-xN&index=8

Deux pièces enchaînées. Interprète inconnu. Les deux thèmes récurrents (beaucoup plus nettement dans la première pièce) sentent indéniablement airs et modes populaires bretons.

cras02.jcras03.Ouest-Éclair du 18 avril 1921.

En décembre 1922, l’Opéra-Comique de Paris a créé son unique opéra Polyphème, un drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux composé entre 1912 et 1918, sur le texte éponyme du drame lyrique d’Albert Samain. Œuvre dont la dédicace est  » A mon maître bien-aimé, Henri Duparc » et qui obtint le prix du Concours musical de la ville de Paris en 1921. Cras fut l’un des rares élèves, pour ne pas dire le seul de l’énigmatique, malade et à oeuvre rare, Duparc ; son fils spirituel, « le fils de mon âme » comme disait Duparc.

cras04cras05

Il fut le second à s’attaquer au drame en vers de Samain, après Raymond Bonheur, le grand ami de ce dernier, qui avait composé une musique de scène (et dit-on la musique des chœurs) pour cette pièce en vers qui fut représentée pour la première fois en 1904 au Théâtre de l’Œuvre. Et qui fut également au répertoire de la Comédie Française.

La composition de Jean Cras n’eut pas l’heur de plaire vraiment à tous, comme le montre l’article suivant :

cras06cras07Ouest-Éclair du 17 janvier 1923.

Je ne sais qui se cache derrière ce « S. Lep. » qui régulièrement signait (« signait », si l’on peut dire), la rubrique « Choses et Gens », en une du journal.

– Trio à cordes . Jean Cras a réalisé trois trios à cordes, je ne saurais dire, ne le connaissant pas suffisamment, duquel il s’agit ici (celui de 1899, 1907 ou 1926-27 ?)

https://www.youtube.com/watch?v=9_kj_M4exvk

Interprètes inconnus.

cras08Ouest-Éclair du 21 mai 1926.

– Journal de Bord (1927) – Partie III : quart de quatre à huit : la terre en vue, droit devant.

https://www.youtube.com/watch?v=fecPkw-l1hM&list=PL5B6FD6D5BF809ADF

Interprètes inconnus.

cras09cras10cras11Ouest-Éclair du 4 octobre 1932.

– Quintette pour harpe, flûte, violon, alto et violoncelle (1928)

https://www.youtube.com/watch?v=Q-ATDBgDbLE

Interprètes : Catherine Michel [harpe], Thomas Prévost [flûte], Marie-Christine Millière [violon], Jean-François Benatar [alto] et Philippe Bary [violoncelle]. Quatre mouvements : Assez animé ; Animé ; Assez lent, sans traîner; Très animé.

cras12Ouest-Éclair du 16 mai 1935.

Colette Cras, l’une des trois filles de Jean Cras (les deux autres se prénommaient Isaure et Monique)* fut la créatrice de son Concerto pour piano et orchestre aux Concerts Pasdeloup, sous la direction de Désiré Inghelbrecht, le 6 février 1932. Elle épousera en 1937 le pianiste et compositeur « de la grande bourgeoisie juive polonaise » (cf. l’Institut Européen des Musiques Juives) Alexandre Tansman et décédera, semble-t-il assez jeune encore, en 1953. (les Archives Départementales du Finistère mettant actuellement de l’ordre dans ses registres numérisés, il m’est impossible dans savoir plus à ce jour).

* si j’en crois une photographie, il devait avoir également un fils plus jeune.

Publicités

From → divers

Les commentaires sont fermés.