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OPUS DE COMPOSITEURS CLASSIQUES BRETONS (sixième série)

15 février 2015

Paul, Émile Ladmirault (Nantes, le 8 décembre 1877; Camoël, le 30 octobre 1944).

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« Breton mystique et inquiet, toujours prisonnier d’un rêve intérieur, bienveillant et distrait, ayant des nerfs de sensitive, l’innocente gaieté d’un enfant, la pudeur farouche d’un moine séculier et l’ardeur d’un disciple de Léon Bloy… »

« Pour ceux qui ont connu Paul Ladmirault, ajoute son fervent admirateur, diffuseur et petit-fils Paolig Ladmirault, ce portrait signé Émile Vuillermoz, le dépeint exactement ». (cf. L’Association des Amis de Paul Ladmirault).

A – Les Sablaises, suite pour harmonie (vers 1896).
En 3 mouvements:
– Gigue ;
– Pantomime et passepied ;
– Sous les pins.
Musique des Gardiens de la Paix, direction Désiré Dondeyn

https://www.youtube.com/watch?v=Q5bD8ca4x3g

Les Sablaises, il s’agit d’une évocation des habitantes des Sables d’Olonne, sur la côté vendéenne où l’on rencontre de nombreux bois ou forêts de pins. Et peut-être aussi évocation de tout ce qui concerne les traditions locales d’art du vêtement (broderie, coiffe…) ou culinaire (de la sardine au biscuit), toutes ou tous bons à croquer.

Le passepied (ou passe-pied) est une « danse française ancienne à trois temps, d’origine bretonne, vive, gaie et qui s’apparente au menuet » et partant, en musique classique, une « pièce instrumentale dans le rythme de cette danse, parfois insérée dans la suite classique, entre la sarabande et la gigue. » (in Trésor de la Langue Française).

*

« L’ardeur d’un disciple de Léon Bloy. » Il se fait que l’admirateur de Léon Bloy eut l’heur de ne pas plaire à ce dernier et eut à se plaindre de lui. Ce qui finalement était dans la norme des choses touchant à l’entrepreneur de démolitions qui n’aimait personne (y compris le personnel religieux commun) hormis Jésus-Christ, la Croix et l’Art, de préférence sacré ou édifiant.

Le gueux possédait un piano à l’usage de ses deux filles. Ce qui indignait certains « généreux donateurs » qui toléraient mal le superflu, ou jugé tel, voulant s’en tenir au dit essentiel.

On peut lire dans le Journal du patriarche, ce passage peu amène à l’encontre de notre compositeur :

« 6 janvier 1908. Un abbé ou père Gaffre a imaginé une croisade sociale aussi ridicule que son nom — à lui. On me propose de collaborer à cette croisade… »

Suit un extrait de lettre donnant ses raisons, parmi celles-ci :

« … On peut encore agir sur quelques âmes isolées, quand on est exceptionnellement béni, mais non sur des groupes et encore moins sur des multitudes. Le mal est désormais sans remède… »

Le dénommé Gaffre était un membre des Frères Prêcheurs très anti républicain, ou plus exactement très anti anticlérical et anti franc-maçon qui militait dans le domaine de l’Action Catholique. Le gaffre (ou gafre, gaffe…) est en argot tout ce qui ressemble de près ou de loin à celui qui surveille, que ce soit dans le domaine de la contrainte étatique (gardien de prison, de bagne, gendarme, sentinelle…), que du défendu (celui qui fait le guet en vue de quelque mauvais coup).

Quant à « On », il s’agissait de Paul Ladmirault qui était donc alors âgé d’une trentaine d’années.

*

B – Symphonie (1909).

https://www.youtube.com/watch?v=jN-VtB834ls

Orchestre et direction inconnus.

*

Ladmirault se plaignit à Bloy de ce qu’il avait écrit. Après avoir reçu une claque sur la joue droite et ayant tendu la gauche, il reçu donc logiquement une seconde claque sous la forme de cette note du même Journal bloyen :

« 7 janvier 1913. Lettre de P. L. me reprochant certains passages du Vieux de la Montagne, où il me trouve injuste et dur, ce qui est possible, mais j’avais un tel besoin de me débarrasser de cet effrayant raseur ! »

Or Paul, sans rancune, ou plutôt portant sa croix lui aussi, ne le lâcha pas. Le même Journal nous dit encore :

 » 30 décembre 1915. À 1 h, arrivent à mon adresse 200 francs de Marguerite Le Meignen, personne absolument inconnue de moi, mais qui se recommande d’Henri Morin et de Paul Ladmirault (!) qui lui ont appris que j’étais malade… » Un peu plus loin, ce même jour dans une lettre destinée à M. Le Meignen : « Et Paul Ladmirault que j’ai le regret d’avoir maltraité dans l’un de mes livres… »

Marguerite Le Meignen dirigeait la Schola Cantorum de Nantes qu’elle avait fondée en 1913. Henri Morin en était alors le directeur d’orchestre.

D’autres passages du Journal de Bloy, non de son Journal publié mais de son Journal intégral (qui a été réédité ces années dernières) notent des réceptions ou envois de lettres à Paul Ladmirault ou encore l’arrivée d’argent de la part de Paul Ladmirault qui lui-même ne vivait pas de sa musique mais, à cette époque encore, des subsides de sa riche famille de commerçants. La guerre pour laquelle il fut mobilisé, coupa net son début de reconnaissance, par ses pairs en particulier, dont les meilleurs, et il se retrouva contraint après-guerre d’avoir une obscure activité de professeur au Conservatoire de Nantes, ce qui réduisit d’autant sa production musicale.

C – Variations sur des airs de biniou trécorois* tirés du recueil de Quellien, pour piano à 4 mains de 1906, orchestrées en 1916).

New-York Philharmonic, dirigé par Dimitri Mitropoulos, le 03/04/1950

https://www.youtube.com/watch?v=_U9UKAGUh2Y

* On dirait aujourd’hui « trégorrois », c’est-à-dire du Trégor, de la région de Tréguier.

*

De l’Ouest-Éclair (éd. de Nantes) du 24 février 1921. Signé d’un J.C. inconnu de moi :

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Graslin : l’opéra de Nantes sis Place Graslin.

Jean de Gibon (14-10-1873, Redon / 09-01-1952, Redon) fut lui aussi un compositeur. Il fut même, aux sorties de la Guerre Quatorze-Dix-huit, pendant quelques mois, le professeur d’harmonie du tout jeune Olivier Messiaen qui vécut à Nantes le temps d’une année scolaire, et à qui il fit découvrir Debussy. Je n’ai pas trouvé d’enregistrement le concernant.

*

D – Valse triste, pour piano et orchestre (valse pour deux pianos, orchestrée en 1933).

Orchestre de Bretagne, Stefan Sanderling, Colette Diard, Orchestre de Bretagne, Stefan Sanderling, Colette Diard.

https://www.youtube.com/watch?v=CscUoYDG9HY

*

Pendant longtemps, Paul Ladmirault a tenu une chronique théâtrale (et musicale) dans ce même journal Ouest-Éclair (l’ancêtre de l’actuel Ouest-France). En voici une datée du 28 octobre 1935 :

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E – Deux Pièces pour piano (dates inconnues).

Regrets :

http://www.youtube.com/watch?v=eTrbhRLPg8U

Plaisanterie :

http://www.youtube.com/watch?v=sOAurilaS38

Par Jean-Pierre Ferey enregistré en concert, probablement au Japon.

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