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POST SCRIPTUM À UN ARTICLE PRÉCÉDENT

9 février 2015

À propos (entre autres choses) de ce que je disais récemment sur les liens, non seulement possibles, mais établis entre la voyoucratie et le Résistance.

On peut lire en date du 7 courant, cette invite sur le site du Journal Du Dimanche :

« L’acteur et chanteur Gérard Darmon reçoit le JDD à l’occasion de la publication de son livre Sur la vie de mon père (éd. Michel Lafon), où il évoque la figure admirée de son paternel, déraciné d’Oran, joueur de cartes tour à tour résistant, voyou, marchand de vins et souteneur d’un jour. »

Notons qu’à ce genre d’écrivain, la porte des journaux est toujours ouverte, qui mieux est, on se déplace chez lui pour l’entretenir.

L’histoire du père de Modiano est de la même sauce « nauséabonde » comme dirait l’autre, sauf que, par un opportunisme « inversé », il avait choisi « l’autre camp » (et tous deux les bas-fonds des deux camps). Comme quoi on est bien loin de toutes ces généralisations holocaustiques qui font de tout juif de la dernière Guerre un martyr en puissance et un gazé des anges du Malin. Tout dépend du juif et de sa situation concrète au regard de qui comptait dans la société.

Collabo actif et lié à la Gestapo, le daron modianeux, lui aussi fascinant, permit au fiston monomaniaque et obsessionnel, de faire carrière grâce à cet atavisme et de devenir ainsi notre Marcel Proust des clandés collabos.

*

Je me demande même si ce n’est pas exclusivement le « petit juif » (ce n’est pas un terme péjoratif dans mon esprit), le plus intégré et le moins sioniste qui soit qui a subi des malheurs. Je pense ici encore, et j’aime cet exemple, à Max Jacob le converti au catholicisme, le mystique qui fréquentait les monastères, le poète qui est mort à Drancy de sinistre mémoire.

Max Jacob, le fils d’un tailleur… caricature, le poète et le peintre, le romancier et essayiste, l’épistolier… qui probablement d’un rêve, presque prémonitoire, écrivit ce court texte (cf. Le Cornet à Dés) sur…

« La Guerre.

Les boulevards extérieurs, la nuit, sont pleins de neige ; les bandits sont des soldats ; on m’attaque avec des rires et des sabres, on me dépouille : je me sauve pour retomber dans un autre carré. Est-ce une cour de caserne, ou celle d’une auberge ? que de sabres ! que de lanciers ! il neige ! on me pique avec une seringue : c’est un poison pour me tuer ; une tête de squelette voilée de crêpe me mord le doigt. De vagues réverbères jettent sur la neige la lumière de ma mort.

Max Jacob, le breton du bout des vents et du bout des embruns, le demi-éveillé, le mystique, entrevit en cet instant l’Ankou païen. Intersigne en des lieux où se joignent sans doute, rejoignent et se confondent ciel et mer, les Cieux et l’Océan d’éternité. Par contre ici au calme, protégé des éléments fous, voici Le quiet Port de Locmaria, simple gouache (détail) du même :

bonne image

Et je pense ici à nouveau « à la place de l’étoile » (pour reprendre le titre à double sens de l’un des livres du nobélisé) de certains autres, tel l’agité du bocal et épurateur Jean-Saül Partre qui entama une carrière théâtrale rien de moins que sous l’Occupation. Beau paradoxe existentialiste, non ?

Certains n’avaient pas le droit, leur dit-on dès 44-45, de chanter « Maréchal nous voilà », à d’autres fut contesté leur honneur pour avoir réalisé des films financés par ladite botte allemande. Pourtant personne ne me contredira (et tout le milieu du cinéma de l’époque était le premier à le reconnaître) si j’énonce que ce fut l’une des époques bénies du cinéma français. À l’inverse de la nôtre par exemple. Tout individu doué d’un minimum de raison comprend aisément pourquoi.

Du Bocal, le soutien actif de pratiquement toutes les causes et en particulier des causes tordues ou mauvaises causes des Trente Glorieuses, en bonne Situation et « l’existence précédent l’essence » (sic), donna au public parisien son drame copié à l’antique Les Mouches le 2 juin 1943 au Théâtre de la Cité dans une mise en scène de Charles Dullin et sa pièce « existentialiste » Huis clos le 27 mai 1944 au Théâtre du Vieux Colombier.

*

Entre la Rue Didot et la Rue de Vanves. Georges Brassens chanté par Jean Bertola :

Passait un’ bell’ Gretchen* au carr’four du château,
Entre la ru’ Didot et la ru’ de Vanves,
Callipyge à prétendre
Jouer les Vénus chez les Hottentots,
Entre la ru’ de Vanv’s et la ru’ Didot.

* Gretchen : diminutif du prénom Margarete

https://www.youtube.com/watch?v=q_WVfRPpCpE

*

De toute l’œuvre de Modiano il en résulte un adjectif « modianesque » dont on me dit qu’il aurait le sens de  » entre ombre et lumière ». Moi je préférerais dire synthèse impossible, juge et parti, dieu et diable, condamné et bourreau. Mystère de l’ambigu et de la girouette, de l’opportunisme latent, de l’intérêt terre-à-terre.

Faux mystère, tout à l’opposé d’un noble entre-deux de pensée qui, en son essence, s’élève au-dessus des contingences et des idées fourmilières. Simple ambiguïté négative et d’apparence, qui entend participer sans foi ni morale, non pas à la manière de Desproges (« Résistance ou Collaboration, j’ai longtemps hésité […] si bien qu’en 1946, je n’avais toujours pas choisi »), mais à la manière des salauds : Résistance et/ou Collaboration, au mieux non pas de mes idées, je n’en ai pas, mais de mes intérêts immédiats ou de ceux de mon parti politique, quitte aux pires retournement de veste, double-jeu et turpitudes. Ce que Coluche énonça sous la forme : « je suis ni pour ni contre, bien au contraire… »

J’y vois ici une nouvelle manifestation de l’esprit tordu talmudique et de la chutzpah. Car si la chutzpah est une manière d’inverser constamment le réel et de crier au feu tout en allumant le brasier, de représenter publiquement ses pires ennemis ou ce que l’on conteste, etc., elle est aussi une manière de se tenir au monde à l’intersection « décisionnelle » des contraires. Une manière d’occuper tout le terrain et de tenir entre ses mains, et à sa merci, à la fois le positif et le négatif, la droite et la gauche, le haut et le bas ; y compris la négation de sa propre négation comme dirait l’hégélien de service. Mais entre leurs mains, thèse, antithèse et synthèse… tout se tient et se vaut. Seul compte in fine l’intérêt supérieur des Élus de toutes obédiences (sectaires, religieuses, financières, franc-maçonnes, sionistes, etc.) Ceci est à la base de tout « l’art » médiatique, contemporain en particulier.

L’interlope, l’indéfinissable ou le masqué sous un autre nom, de préférence son inverse ou son demi-vrai, ou faux. Dans d’autres domaines, c’est l’action répréhensible sous faux-drapeau, prêche du faux pour savoir le vrai, endoctrinement décati, provocations à tour-de-bras et sans discernement tant de l’Ombre que la Lumière pour attiser les conflits dont on entend bien tirer les ficelles messianiques (certains disent sataniques). Affaiblir et dénigrer tout ce qui élève : le Beau, le Bien, le Bon, le Vrai… Forme feutrée de cette Terreur « non-violente » : celle des bras-cassés du charlo-sionisme de l’Empire, par exemple.

Beauté et Laideur, Bien et Mal, Bonté et Barbarie, Vérité et Mensonge, Grandeur et Servitude… mais il s’agit de façonner le Monde à leur image pour mieux le dominer. Aussi, à l’intersection de Grandeur et Servitude, de Beauté et Laideur, etc. il n’y a rien de grand, de beau, de bon, de bien, de vrai ou pour le moins de « vérace ». Ceux-là se doivent de confisquer. De tromper. D’annoncer le Malheur. De gérer la Fin des Temps, je veux dire de la Civilisation occidentale, et européenne encore plus. Même bain noir de la Décadence généralisée qui est laideur, male mort, barbaries, mensonge, servilité. Non-sens.

Plus que perte du Bonheur (illusoire), c’est la ruine de l’Honneur. Et de tout Humanisme, le vrai Sacré massacré. La confusion entretenue. Et plus encore que l’inversion du réel, la perte de sens du Verbe, le loup qui se fait brebis.

*

“L’Occupation, c’est comme un terreau sur lequel j’ai poussé.” Cette phrase référence n’est pas, comme on pourrait le penser, de l’agité, de Jean-Paul Du Bocal mais… de Modiano soi-même. Comme quoi tout se tient dans ce bas-monde.

Georges Brassens, La Tondue :

https://www.youtube.com/watch?v=mMh4Wi4VziI

Version espagnole illustrée d’images pas assez connue sur la veulerie humaine :

« les poules à boches »

https://www.youtube.com/watch?v=4M4wZU5y5Pc

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From → divers

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