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Au sujet des musulmans qui, au Niger, manifestent en disant : « je ne suis pas Charlie ». Par Olivier Mathieu.

17 janvier 2015

     Ce que l’on appelle une « contestation » continue de se donner libre cours dans la capitale du Niger, Niamey, aujourd’hui samedi 17 janvier, pour protester contre le dessin (inintéressant et pas beau, à mon avis), autrement dit la caricature de Mahomet publiée en « une » de l’hebdomadaire Charlie Hebdo.

      Le mot de « contestation » est-il suffisant ? Et qu’en sera-t-il, demain, dans d’autres villes du Niger ou d’ailleurs, voire dans tout le monde arabo-musulman ?

      Il ne s’agit pas, dans mon esprit, de dire que ceux qui manifestent contre Charlie dans les pays arabo-musulmans et ailleurs ont « raison ». Il ne s’agit pas non plus de dire qu’ils ont « tort ». Les concepts de « raison » et de « tort » sont aussi fragiles, au demeurant, que ceux de « bien » et de « mal ». Ces manifestants n’ont sans doute ni tort ni raison. Ils manifestent. Et, en somme, ils exercent ainsi leur liberté d’expression.

      Le Monde écrit : « Au moins sept églises ont été incendiées par des manifestants dans la journée. Les sept lieux de culte, pour la plupart des églises évangéliques, ont été brûlés sur la rive gauche de Niamey, selon un journaliste de l’Agence France-Presse, qui a vu les manifestants se diriger vers la rive droite de la capitale, où il y a aussi de nombreuses églises. (…) De nombreux bars, hôtels, débits de boisson ou commerces divers appartenant à des non-musulmans ou tenant enseigne pour des entreprises françaises, ont également été détruits. (…) En fin de matinée, un millier de jeunes s’étaient réunis près de la grande mosquée de la capitale, en dépit de l’interdiction du rassemblement par les autorités, aux cris de « A bas la France », « A bas Charlie Hebdo », etc.

      Toujours selon le Monde, des manifestations » ont également lieu « à Maradi, une ville située entre Niamey et Zinder, la deuxième ville du Niger, où des manifestations anti-Charlie Hebdo ont dégénéré en émeutes vendredi, faisant quatre morts et 45 blessés ».

Tout ceci est ici :

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/01/17/niger-violente-manifestation-contre-charlie-hebdo-dans-la-capitale_4558380_3212.html#zkMJEmWfg0P8xdXr.99

La question, à ce point, n’est pas seulement de se demander si « Charlie Hebdo » a eu « raison » ou « tort » de republier, tout de suite, des vignettes sur le Prophète de l’Islam.

      Charlie-Hebdo a droit à la liberté d’expression, comme tout le monde devrait y avoir droit : vous, moi, tout le monde. J’entends par là qu’un monde où il n’y aurait QUE les sympathisants de Charlie à avoir droit à la « liberté d’expression », ce serait un monde sans liberté d’expression.

      Je ne sais pas comment tout cela est perçu, au Niger. Mais certainement, beaucoup en France (et dans le monde entier) pensent que « Charlie Hebdo » exagère, ou encore que ce journal n’a pas bien choisi son moment.

      Ce n’est pas moi qui le dis. Celui qui le dit, par exemple, c’est Delfeil de Ton, l’un des fondateurs de « Charlie Hebdo ».

      Je lis en effet dans Le Monde que Delfeil de Ton, parlant de Charb, dit :

« Quel besoin a-t-il eu d’entraîner l’équipe dans la surenchère ? », accuse Delfeil. Peu après la sortie du numéro, les locaux de Charlie sont incendiés. Delfeil rappelle ce que son ami Wolinski, même âge que lui, en disait à l’époque : « Je crois que nous sommes des inconscients et des imbéciles qui avons pris un risque inutile. C’est tout. On se croit invulnérables. Pendant des années, des dizaines d’années même, on fait de la provocation et puis un jour la provocation se retourne contre nous. Il fallait pas le faire. » Ni recommencer, estime Delfeil : « Il fallait pas le faire, mais Charb l’a refait, un an plus tard, en septembre 2012. »

C’est ici :

http://www.lemonde.fr/societe:lma/article/2015/01/14/polemique-dans-la-famille-charlie-hebdo_4556428_3224.html#R7yxfx4UHFZC122O.99

Et toujours dans Le Monde :

      « Ce n’est pas la première fois que Delfeil crée la polémique en consacrant sa chronique à Charlie. C’était à l’été 2008, lors d’une autre querelle qui avait largement dépassé les frontières de la rédaction de L’Obs et les troupes deCharlie. Après la publication d’un article du dessinateur Siné sur le mariage du fils de Nicolas Sarkozy, que Philippe Val avait jugé antisémite, le directeur de l’hebdomadaire avait décidé de licencier le dessinateur (Siné a depuis fait condamner Charlie pour préjudice moral et financier, et obtenu en appel 90 000 euros de réparations). Déjà, comme si chacun pressentait qu’une autre partie, plus vaste, se jouait par-delà du sort d’une chronique et de dessins, une violente polémique s’était engagée, divisant la rédaction de Charlie, les partis de gauche, et jusqu’aux intellectuels. le Prix Nobel de la paix Elie Wiesel avait pris le parti de Philippe Val, comme Bernard-Henri Lévy, Elisabeth et Robert Badinter, Pierre Lescure, Elisabeth Roudinesco, SOS Racisme et d’autres. En défense de Siné, des dessinateurs comme Rémi Malingrey et Lefred Thouron et, au sein de la rédaction, Cavanna (qui évoquait en 2011 l’affaire dans son dernier livre, Lune de miel), Willem, Tignous, ou des journalistes comme Michel Polac et Sylvie Caster. Mais aussi, dans les colonnes du Nouvel Observateur, Delfeil de Ton, qui accuse depuis longtemps Val d’entraîner Charlie dans un combat sionisto-islamophobe ».

      Tout l’article est à lire ici :

http://www.lemonde.fr/societe:lma/article/2015/01/14/polemique-dans-la-famille-charlie-hebdo_4556428_3224.html#R7yxfx4UHFZC122O.99

En ce qui concerne les dessins de Charlie sur le prophète de l’islam, je vous suggère de cliquer sur ce site :

http://www.les-crises.fr/indecense-rendons-hommage-a-charlie/

Et ensuite, de lire cet article, dû à la plume du très grand intellectuel juif Noam Chomsky :

http://www.legrandsoir.info/nous-sommes-tous-remplir-ici.html

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