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____ La liberté d’expression d’après le 11 janvier 2015: droit de l’ouvrir, ou obligation de la fermer? ___ Par Olivier Mathieu

16 janvier 2015

A-t-on découvert à Lille un agent de la ville, grand esprit giralducien-surréaliste et aimable amateur de paradoxes sorites et autres paralogismes ?

      La liberté d’expression est-elle en marche ? Martine Aubry, du moins, a saisi le Parquet de Lille pour dénoncer le comportement d’un agent de la ville dans une école lilloise. Ce dernier aurait en effet refusé de participer à la minute de silence, jeudi dernier.

      Moi, étant partisan de la liberté d’expression, je pensais que chacun était libre de participer, ou pas, à une minute de silence.

      Je me trompais, probablement. En effet, je lis dans Le Monde, que je cite, que cet agent de la ville aurait «expliqué que l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo n’avait pas eu lieu».

       Diantre ! L’attentat contre Charlie Hebdo serait-il donc (ma foi, cet agent de la ville est peut-être lettré) comparable à la giralducienne Guerre de Troie ?

       En tout cas, et toujours selon Le Monde, « Le procureur a reçu une plainte de la mairie de Lille, confirme le parquet. Il a ouvert une enquête concernant le comportement de cette personne. »

       Mais là où ça devient étonnant, c’est que Martine Aubry aurait déclaré: « Il a fait l’apologie du terrorisme en parlant d’un acte compréhensible ».

      Et là, j’avoue que cet « agent de la ville » (dont le nom n’est hélas pas révélé) commence à me sembler un personnage des plus étonnants, des plus littéraires et, pourquoi pas, des plus sympathiques ? Et cela, non seulement par son côté giralducien, mais aussi par un autre côté, que l’on pourrait par exemple définir come « surréaliste ».

      Car quoi ? Cet agent de la ville, selon Le Monde, a donc déclaré (UN) qu’un même événement (l’attentat) n’existait  pas et (DEUX) qu’il était compréhensible.

      Quelque chose qui n’existe pas et qui est compréhensible : voilà une énigme qui va passionner les amateurs de paradoxes sorites, les fanatiques de Zénon d’Elée, et tous les amoureux de paralogismes.

      Trois vacataires de la mairie ont été suspendus. « Deux n’ont pas souhaité faire la minute de silence, ils sont sortis et l’ont expliqué », a précisé Madame le maire de Lille.

      Voilà donc deux jeunes femmes, musulmanes, qui s’occupent des enfants dans une école de Saint-Maurice Pellevoisin.

      Elles sont professionnellement « appréciées dans l’établissement ». Simplement, elles auraient estimé « que le Prophète avait été insulté ».

      Est-ce que cela ne ferait pas partie de leur liberté d’expression ? Il ne semble pas. Car, selon Le Monde, « la procédure de suspension puis de radiation de la fonction publique est en cours ».

      J’imagine le dialogue :

      – « Vous n’êtes pas Charlie ? Votre compte est bon ! Nous avons les moyens de vous faire taire ! »

      Bizarre, vraiment…

      La liberté d’expression, je veux mon neveu, ça ne manque pas à Charlie et à ceux qui sont Charlie.

      La liberté d’expression, c’est la liberté de l’ouvrir. Mais, M’sieur, dans la liberté d’expression de l’après 11-janvier, il y a  donc aussi l’obligation de la fermer en observant une minute de silence obligatoire?

      Olivier Mathieu

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