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Un numéro si peu spécial de Charlie Hebdo. Par Olivier Mathieu.

14 janvier 2015

Je veux dire que, personnellement, je n’ai pas acheté et je n’achèterai pas le « numéro spécial » de «Charlie Hebdo» qui devait être tiré à un million, puis a trois millions, puis à cinq, puis certainement à six et à on ne sait plus combien de millions. Où est-ce que ça s’arrêtera ?

      Je voudrais préciser, vu les temps qui courent, que mon refus d’acheter « Charlie Hebdo » ne signifie pas que je dénie le droit à qui le désire de l’acheter. Cependant, je trouve extrêmement maladroit de recommencer à publier des vignettes caricaturales sur l’Islam. Je trouve extrêmement curieux que le journal (qui publiait un dessin prémonitoire au sujet d’un attentat, quelques jours avant d’en être la cible) persévère dans cette voie, comme s’il feignait d’être content de ce qui se passe. Est-ce vraiment là le moyen de revenir à une situation et à une atmosphère plus paisible ? Un numéro réellement spécial de « Charlie hebdo » serait, à mes yeux, un numéro qui pour une fois cesserait de publier des vignettes au sujet de la religion musulmane. Il y a, au demeurant, d’autres religions en France (il n’est sûrement pas besoin d’indiquer lesquelles) vis-à-vis desquelles les dessinateurs de « Charlie Hebdo » pourraient manifester leur insolence.

      Je tiens à faire savoir que moi, Olivier Mathieu, écrivain, poète et romancier, je me désolidarise de l’initiative prise par le journal « Charlie Hebdo » de publier de telles vignettes, et que ma façon de le signifier  est de ne pas l’acheter.

      Depuis quelque temps, il y avait dans l’opinion publique un sursaut vis-à-vis des « lois spéciales » édictées aux Etats-Unis après le 11 Septembre, ou vis-à-vis des tortures d’Abu Ghraib, ou des « prisons secrètes » de la CIA en Europe, ou encore vis-à-vis des milliers des civils qui meurent, chaque année, sous les drones américains et sans autre forme de procès.

      Et puis voilà qu’alors que l’actualité était déjà chargée – on est à quelques semaines de nouvelles élections en Israël – est arrivé le « 11 Septembre français ». Et voilà que peu de jours à peine après une manifestation de millions de Français « pour la liberté d’expression », le président américain Barack Obama annonce en effet qu’il réfléchit à une opération militaire non plus contre l’Irak, l’Afghanistan ou la Syrie mais, cette fois, contre « l’Etat islamique » ; on parle (et on ne va pas faire qu’en parler) « d’encadrer » (qu’en termes délicats ces choses-là sont dites !) « la liberté d’Internet ».

       On a aussi placé en garde à vue un certain M’Bala M’Bala Dieudonné (que je ne connais pas personnellement et que j’ai toujours considéré – je l’ai souvent dit – comme un piètre humoriste) pour avoir écrit « je suis Charlie Coulibaly ». Ce qui est certes une phrase banale, complètement stupide et dont je ne comprends d’ailleurs pas le sens, une phrase qui me semble privée de sens. Mais s’il faut arrêter tous ceux qui écrivent des idioties sur Facebook, on n’a pas fini.

      Moi, en tout cas, je ne suis personne d’autre qu’Olivier Mathieu. Et j’espère que ne pas acheter un numéro si peu spécial de « Charlie Hebdo » ne deviendra pas un délit en France – à moins bien sûr que l’on ne veuille légiférer que la France est devenue exclusivement la patrie de la liberté d’expression de ceux qui « sont Charlie ».

      Olivier Mathieu.

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