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À MÉDITER — HYPOCRISIES ET BEAUX SOUTIENS, MAIS À QUOI DONC AU JUSTE ?

13 janvier 2015

D’après diverses dépêches d’agence des jours passés.

Quelques heures après la tuerie à Charlie Hebdo, le gouvernement saoudien avait condamné « cette attaque terroriste lâche qui est incompatible avec l’islam ».

Quarante-huit heures après la condamnation par Ryad de l’attaque contre Charlie Hebdo un blogueur saoudien, dont le site internet a été fermé, a reçu vendredi 50 coups de fouet pour « insulte envers l’islam ».

Raef Badaoui, 30 ans, a été fouetté devant une foule de fidèles après la prière hebdomadaire devant la mosquée al-Jafali de Jeddah (ouest de l’Arabie saoudite), selon des témoins.

Emprisonné le 17 juin 2012, Raef Badaoui avait été condamné en mai 2014 à dix ans de prison, une amende d’un million de riyals (267.000 dollars) et 1.000 coups de fouet répartis sur 20 semaines. La première séance de flagellation, qui a duré une quinzaine de minutes, a donc eu lieu vendredi.

Raef Badaoui, qui portait des chaînes aux mains et aux pieds, a été conduit dans un véhicule de police près de la mosquée al-Jafali. Un fonctionnaire des forces de l’ordre a lu devant la foule la sentence du tribunal.

Le blogueur a ensuite été placé debout, dos à la foule, et un homme (un sous-homme) s’est mis à le fouetter. En retenant visiblement ses coups, ouf, j’ai eu peur ! ont indiqué des témoins. Voilà que la charia se libéralise ! Où va-t-on ?

La foule a assisté en silence à la scène. Les forces de l’ordre ont signifié aux fidèles présents qu’il était formellement interdit de prendre des photos.

L’Arabie saoudite, berceau du wahhabisme (version plus que rigoriste de l’islam, pour ne pas dire pathologique), est un royaume ultraconservateur, ou plus exactement ultra-réactionnaire, où le mélange des sexes (mais pas la polygamie) est interdit en dehors du cadre familial et où les femmes n’ont pas, par exemple, le droit de conduire. Toute critique de la dynastie des tyrans Al-Saoud, des institutions religieuses et de l’islam est passible de poursuites et de condamnations.

Les États-Unis et l’Arabie saoudite sont de très proches alliés et Ryad fait partie de la coalition militaire internationale qui bombardent (après les avoir armés et incités) des groupes jihadistes en Syrie et en Irak. Washington exprimerait, dit-on, « parfois » des « critiques » sur la situation des droits de l’Homme en Arabie saoudite.

*

Classé en 2013 par Reporters Sans Frontières au premier rang (sic !!!) du monde arabe en matière de liberté de presse et à la  67e  position sur 179 pays du monde, la Mauritanie a condamné « fermement l’attentat terroriste commis à Paris, provoquant des morts et des blessés. »

Dans un communiqué publié mercredi et relayé par l’Agence Mauritanienne d’Information (officielle), le ministère des affaires étrangères a  indiqué que  « la Mauritanie  est fidèle à son engagement dans la lutte contre le terrorisme et à son attachement aux valeurs de l’Humanité » et a conclu en présentant les condoléances de la Mauritanie aux autorités et au peuple français ainsi qu’aux familles des victimes. On les comprend : le terrorisme “islamique” peut les toucher eux aussi ! Mais aucun mot sur la liberté d’expression dernier de leurs soucis.

Jeudi, l’AMI a publié les condoléances du Président de la république à la méduse élyséenne. Ould Abdel Aziz y qualifie de « barbare, l’attaque terroriste contre le siège de l’hebdomadaire Charlie hebdo ».

« Je tiens à Vous adresser, Excellence Monsieur le Président, et à travers Vous, au peuple et au gouvernement français amis ainsi qu’aux familles des victimes, l’expression de nos très sincères condoléances et de notre solidarité entière dans cette pénible épreuve. » A écrit le chef de l’Etat mauritanien.

Maintenant, si on disait quelques mots du terrorisme d’État pseudo-islamique mauritanien qui ressemble fort à une Inquisition politique.

En 2012, suite à la reproduction par ce même Charlie Hebdo de caricatures du prophète de l’Islam, des manifestations ont eu lieu en Mauritanie pour protester. Les foules fanatisées de marcheurs qui voulaient se rendre devant l’Ambassade de France  ont été stoppés par la police. Des mesures de sécurité draconiennes ont été prise pour mettre la représentation diplomatique français à l’abri. Par intérêt, bien évidemment !

Et infiniment plus tragique, Il y a deux, trois semaines,  un jeune homme mauritanien a été condamné à mort pour “apostasie” suite à un écrit jugé « insultant à l’endroit du Prophète ».  On se croirait en plein Moyen-âge européen !

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DÉLIT D’ANTI-ESCLAVAGISME — LE PROPHÈTE A LE DOS LARGE —

Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir n’aurait pas dû : ce jeune écrivain a publié un papier dans un pays où les divisions sociales et raciales sont profondément ancrées. Et l’on ne plaisante pas du tout avec la structure de la société mauritanienne. Surtout que le président, Mohamed Ould Abdel Aziz, continue de nier la pratique de l’esclavage moderne, en dépit des multiples preuves qui sont exposées de violations des droits de l’Homme commises dans le pays.

La Mauritanie est l’un des derniers pays au monde à avoir aboli officiellement l’esclavage, en 1981. Or, dans les faits, la situation n’est pas encore très reluisante. D’autant plus que les autorités religieuses continuent de mener une politique d’intolérance vis-à-vis de tout ce qui à leurs yeux toucherait à l’islam.

Le tribunal a demandé la peine de mort, conformément (je ne sais pas comment) à ladite charia contre le jeune écrivain. Mais qu’on se rassure le « mécréant » ne sera pas lapidé, mais seulement fusillé. Grand souci d’humanisme ‘islamiste ». Il s’est pourtant défendu de toute volonté d’insultes, et clamait, durant le procès, que son article avait été mal compris, ou mal interprété. Il avait même plaidé non coupable, assurant qu’il n’était « pas dans ses intentions de nuire au prophète ».

Comme on peut voir il n’est absolument pas question de religion, puisque dans son article, il écrivait que la Mauritanie autorisait la constitution de castes inférieures, et maintenait une discrimination dès la naissance.

La caste des Lemaalmine, à laquelle appartient l’auteur, compte parmi les personnes largement stigmatisées dans le pays. Il compte bien faire appel de la décision. Une organisation anti-esclavage, l‘Initiative de résurgence de l’abolitionnisme, a par ailleurs dénoncé le verdict.

La peine capitale n’a pas été appliquée en Mauritanie depuis 1987, mais il fallait sans doute faire un exemple politique. Le jeune écrivain se serait évanoui durant le procès, en apprenant la sentence. Tandis qu’à l’extérieur du tribunal, la sentence a été accueillie avec des vivats et des acclamations de la foule des fanatiques incultes.

La veille du verdict, plusieurs militants des Droits de l’Homme étaient également passés devant la cour de Rosso, dans le sud. Ils sont accusés de troubles à l’ordre public, ainsi que d’appartenance à une organisation illégale.

Mais pour ce qui est de l’esclavage, tout va bien, et c’est réglé…

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