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Manif parisienne pour "Charlie" du 11 janvier 2015 : bonne journée, M’sieurs Dames, et à la santé de votre liberté d’expression! par Olivier Mathieu.

11 janvier 2015

L’actuel  premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, un des partis à l’origine de la manifestation, a dit que « vient qui veut et qui se sent concerné ».

      Merde alors ! Est-ce que je viens ? me suis-je demandé. Est-ce que je me sens concerné ? Ben oui, concerné par la liberté d’expression, je me sens, M’sieur.

      Cela dit, même si les transports sont gratuits aujourd’hui, il se pourrait aussi que j’appartienne à la catégorie des gens pas riches qui, bien que se sentant concernés, ne peuvent pas venir parce qu’ils n’ont pas de quoi se payer un billet de train.

       Alors, je sens que je viens à la manif du 11 janvier 2015 ? Est-ce que je sens que je viens ?

      Parmi des dizaines de chefs d’Etat, je note par exemple la présence du politicien d’extrême droite Bibi Netanyahu, chef du gouvernement israélien. Merde alors ! Israël, dans le classement 2014 de Reporters sans frontières, se trouve à la 96e position, c’est pas brillant.

      Lisez :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/11/a-la-marche-republicaine-des-dirigeants-peu-attaches-a-la-liberte-de-la-presse_4553626_3224.html

      Est-ce que je sens que je viens ? Bof, je sais pas. Le Monde annonce aussi la présence dans le cortège d’un ministre de l’économie israélien, un certain Naftali Bennett – que Le Monde définit comme « chef du parti de la droite sioniste religieuse Foyer juif » – qui avait déclaré il y a  deux ans : « J’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie. Et il n’y a aucun problème avec ça ».

      C’est ici :

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/07/30/foi-jai-tue-beaucoup-darabes-dans-ma-vie-et-il-ny-a-aucun-probleme-avec-ca/

      Alors, je viens ou je viens pas ?

      Et si je venais pour « Charlie » ?

      Oui mais… Excusez-moi, M’sieur Dames, est-ce que «Charlie Hebdo» était, lui-même, pour « la » liberté d’expression ? Il est légitime de se poser la question puisque ce même « Charlie » n’hésitait pas, en plus d’une occasion, à demander l’interdiction de la liberté d’expression de ses adversaires (ou de ceux qu’il considérait tels).

      Je ne voudrais pas devoir rappeler l’affaire de l’exclusion de Siné de « Charlie Hebdo ». Visiblement, en cette occasion, la liberté d’expression de Siné ne convenait pas à ses anciens collègues et amis de «Charlie Hebdo», preuve que les conceptions de la liberté d’expression peuvent être multiples et s’opposer. Il faudrait que je vérifie, mais il me semble d’ailleurs que Siné eut gain de cause devant les tribunaux, qui jugèrent « Charlie » coupable de « licenciement abusif ».

Le Monde vient aussi de publier un intéressant article, qui laisse suffisamment entendre dans quelles proportions «Charlie Hebdo» s’en prenait (ou ne s’en prenait pas) à ce que l’on appelle les trois « grandes religions » (le christianisme, l’islam et le judaïsme).

Le Monde note ainsi, au sujet de « Charlie Hebdo » que depuis ces vingt  dernière années : « Fréquemment attaqué, parfois condamné en premier jugement, mais souvent relaxé en appel, le journal réussit dans les trois quarts des cas à obtenir gain de cause en justice, grâce notamment à une législation française très protectrice vis-à-vis des libertés de la presse ».

      Il est donc clair, en tout cas si l’on en croit cet article, que « Charlie Hebdo » n’était plus la cible du « Système » ou des tribunaux, qui lui réservaient plutôt leur mansuétude.

      En d’autres termes, et comme je l’ai d’ailleurs dit dans un autre de mes articles parus tout récemment sur le blog de Jean-Pierre Fleury, il y a longtemps que « Charlie Hebdo » était institutionnalisé.

      Non, « Charlie Hebdo » n’a pas attendu les événements de janvier 2015 pour être «institutionnalisé». A mes yeux, le journal était institutionnalisé depuis très longtemps.

      Il y a longtemps que « Charlie Hebdo » attaquait certaines religions je ne dirai pas exclusivement, mais nettement davantage, beaucoup plus bêtement et beaucoup plus méchamment que d’autres religions. Et il y a  longtemps que « Charlie Hebdo » bénéficiait, c’est Le Monde qui le dit, « d’une législation française très protectrice vis-à-vis des libertés de la presse ». Il serait peut-être encore plus exact de dire :  une législation très protectrice de Charlie Hebdo, et bien moins «protectrice» quand il s’agissait d’autres.

      Le Monde précise : « En tout, d’après les données partagées par le cache du site et les archives de l’AFP, il n’est condamné que neuf fois en 48 procès (…)  Les plaintes déposées par les différentes associations communautaires ont rarement débouché sur une condamnation du journal, les tribunaux ayant toujours reconnu son droit à la caricature ».

      Il y a d’ailleurs là matière à une VRAIE réflexion : à mon avis, si la justice d’un pays ne condamne pas de la même façon ceux qui crient « mort à ceux-ci » ou « mort à ceux-là », mais  si une justice condamne de façon différente ceux qui s’en prennent à ceux-ci ou à ceux-là, le risque est grand. Il est énorme. Ici encore, c’est ce que confirme Le Monde : « En parallèle, l’hostilité vis-à-vis de Charlie Hebdo s’est en partie déplacée du terrain judiciaire à celui du vandalisme, puis du terrorisme ».

http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/08/charlie-hebdo-22-ans-de-proces-en-tous-genres_4551824_3224.html

      Hypothèse… Il est en effet à craindre que, dans des esprits de gamins des banlieues, qui n’ont pas pu faire de « bonnes études » et sont donc parfois simplistes, certains en aient conclu que « Charlie Hebdo » jouissait d’une sorte « d’impunité » devant les tribunaux, et qu’ils aient alors en quelque sorte décidé de choisir la voie (évidemment répréhensible) de la violence.

      En d’autres termes encore, termes éminemment paradoxaux, il est à se demander si les frères Kaouchi et Coulibaly, sans même le savoir, n’ont pas ouvert la «boîte de Pandore» contenant tout ce que la France avait espéré étouffer sous la chape des lois liberticides qu’elle avait édictées.

      Alors, j’y vais ou j’y vais pas, à cette manif qui a lieu à Paris, capitale de la France – pays qui a édicté tant de lois mémorielles?

      Je me suis longuement demandé s’il fallait vraiment que moi, Olivier Mathieu, j’aille me joindre à tant d’importantes personnalités réunies pour manifester en faveur de leur liberté d’expression et de celle d’un journal comme « Charlie Hebdo », qui était lui aussi tellement attaché à sa liberté d’expression, la même que la leur.

      Mais heureusement, on vit en France, pays qui aime tant la caricature. Allez, p’tit gars, me suis-je exhorté, alors vas-y toi aussi ! J’ai donc regardé dans mes poches. J’y ai trouvé peu de chose. Presque rien. Rien du tout, même, par rapport aux grandes fortunes, aux trésors de « liberté d’expression » dépensés par les médias, dilapidés par les politiciens, et multipliés par un million de super-sympathiques et super-originales petites pancartes « je suis Charlie ».

      Et moi, comme un brave soldat Chveïk, j’ai demandé :

      – Messieurs, honorés Messieurs, restera-t-il une petite miette de liberté d’expression pour moi aussi ? Un peu de liberté d’expression pour moi, M’sieur Hollande ? M’sieur Valls ? M’dame Le Pen ? Un peu  de liberté d’expression pour moi, chers et honorés talentueux confrères ? Un peu  de liberté d’expression pour moi, M’sieur Finkielkraut ? Un peu  de liberté d’expression pour moi, M’sieur Bernard Henri Lévy ? Un peu  de liberté d’expression pour moi, M’sieur Zemmour ? Un peu  de liberté d’expression pour moi, M’sieur Houellebecq ? Un peu  de liberté d’expression pour moi, M’dame Le Pen ? Un peu  de liberté d’expression pour moi, M’sieur Aliot ? Un peu  de liberté d’expression pour moi, M’sieur Philippot ? Un peu  de liberté d’expression pour moi, M’sieurs-Dames ?

      Oh merci, M’sieurs Dames ! Merci, M’sieur, merci M’dame !

      Vous savez, M’sieurs Dames,  voilà, faut que je vous avoue, je suis comme vous, moi aussi j’aime bien ma liberté d’expression à moi, même qu’elle me suffit et que, M’sieur Dames, si vous me la laissez, moi je vous laisse la vôtre et même j’vous souhaite plein de bonheur !!!

      Alors bonne  journée, M’sieurs Dames !

Olivier Mathieu, écrivain.

*

Précision de J.-P.F : je confirme pour Siné qui a obtenu un bon pactole de dommages et intérêts : 90 000 euros en appel.

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